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mercredi 28 novembre 2018

QUESTIONS /REPONSES

Si vous voulez que je réponde aux questions que vous me posez dans vos commentaires, laissez moi  votre nom et votre e mail.  Merci

mardi 13 novembre 2018

L'ART ET LA MATIERE : LES IKATS EN OUZBEKISTAN



Boukhara, Samarkand, villes mythiques qui jalonnent une des  routes de la soie, ce sont des noms qui longtemps m'ont fait rêver. D'abord, lors de mes études à l'Ecole du Louvre, je découvris les villes à travers leur patrimoine historique notamment l'architecture, les portes monumentales, les coupoles turquoises, les écoles coraniques, les mosquées,  puis ce fut par le biais des célèbres tapis de Boukhara que je rencontrais encore une fois  l'Ouzbékistan




le turquoise du dôme sur le bleu du ciel  cette image à elle seule vaudrait le déplacement


une mosaïque de couleurs obtenue avec  une juxtaposition d' adras et
d'atlas 
Longtemps je  n'ai visité ces sites que par procuration, à travers des récits d'explorateurs, des livres d'art et des photos. Je n'avais jamais rencontré une personne physique qui était allée dans ce pays. Jusqu'au jour où un ami, grand voyageur, me parla de son séjour en Ouzbékistan avec tant de poésie, de convictions, d'émotions, de ferveur, que ma curiosité fut mise à rude épreuve. Mon imagination n'eut de cesse de rencontrer enfin la réalité. Je fut conquise, séduite, angoissée et excitée à l'idée de faire ce périple en Asie centrale.

le pays des Atlas satin de soie


un exemple d'abr (nuage)
un détail de suzani. Broderie main, point de chainette provenance Boukhara Le fil de soie sur fond satin de soie

Suzani, mot persan signifiant aiguille. Ce sont des panneaux brodés  aux dimensions variées qui  à l'origine ornaient les murs des palais comme des maisons particulières.




 macro photographie d'un ikat soie et coton   Adrass






le turquoise du dome sur le bleu du ciel  cette image à elle seule vaudrait le déplacement


une mosaïque de couleurs obtenue avec  une juxtaposition d' adras et
d'atlas 
Je ne connaissais ces sites que par procuration, à travers des récits d'explorateurs, des livres d'art et des photos. Je n'avais jamais rencontré une personne physique qui était allée dans ce pays. Jusqu'au jour où un ami, grand voyageur, me parla de son séjour en Ouzbekistan avec tant de poésie, de convictions, d'émotions, de ferveur, que ma curiosité fut mise à rude épreuve. Mon imagination n'eut de cesse de rencontrer enfin la réalité. Je fut conquise, séduite, angoissée et excitée à l'idée de faire ce périple en Asie centrale.

le pays des Atlas satin de soie


un exemple d'abr (nuage)
un détail de suzani. Broderie main, point de chainette provenance Boukhara Le fil de soie sur fond satin de soie

Suzani, mot persan signifiant aiguille. Ce sont des panneaux brodés  aux dimensions variées qui  à l'origine ornaient les murs des palais comme des maisons particulières.




 macro photographie d'un ikat soie et coton   Adrass

Alors à mon tour de vous distiller mes impressions sur ce pays oublié, perdu dans les steppes, de vous donner l'envie de visiter ces lieux enchanteurs, au passé chargé d'histoire et au présent riche de mille trésors.
Le saviez vous?
-c'est le pays les tulipes sont originaires de cette région, elles furent ensuite exportées et cultivées en Turquie avant de conquérir les Pays Bas ?
-c'est le pays où les roses poussent comme par miracle, elles sont magnifiques, fleurissent dans les jardins publics, et dispersent un parfum sucré qui vous enivre  ?
-ce fut la patrie du grand Tamerlan, dit Timor le boiteux ? Un guerrier doublé   d'un protecteur des arts et lettres. Il permit à des architectes de talent d'édifier une ville à sa gloire. Des monuments aujourd'hui heureusement restaurés donnent une idée de ce que fut la beauté de cette ville.
-Ce fut longtemps le"grenier à coton" de  l'URSS?  Aujourd'hui à force d'épuiser les sols et de puiser des quantités énormes d'eau, la nature est exsangue et le lac d'Aral a quasiment disparu.En effet dans les années 60 le gouvernement soviétique décida de transformer les steppes du pays en champs de coton et de blé  Il fallut irriguer ces cultures et pour ce faire détourner l'eau des deux grands fleuves qui traversent le pays  le Syr Daria et l'Amou Daria c'est le pays de la grenade dont on fait des boissons miraculeuses ?
-c'est est le berceau des Ikats ?  Ces ikats si colorés ne sont-ils pas la représentation de ce pays où la nature et l'architecture rivalisent de couleurs, de formes, de lignes ?    Dans les villes qui sont des Oasis, des jardins au milieu du désert,  les tissus des robes et des manteaux des habitants sont comme des bouquets de fleurs aux couleurs éclatantes qui ondulent dans les rues écrasées sous le soleil. Les textiles,  les couleurs, les motifs, les fibres sont les reflets d'une civilisation. Le tissu est un passeport, un guide, un dictionnaire, une encyclopédie, qui  donne un but à mes voyages et qui permet de communiquer avec les populations locales sans l'aide d'un interprète.

au quotidien  les femmes revêtent encore le costume traditionnel 
Ce territoire baigné de soleil l'été, recouvert de neige l'hiver, nous réserve tant de  belles surprises. Ce voyage demeure une exception dans mes souvenirs de "globe-textiles", parce que encore presque vierge de touristes, avec une production locale artisanale qui perdure malgré une économie très difficile mais avec une population déterminée à conserver ses traditions.
Les anciens prennent la pose pour une photo souvenir. Les touristes sont rares et sont encore source de curiosité 


 Pour trouver des merveilles, il faut chercher, prendre son temps, avoir de la patience, de la chance, rencontrer les bonnes personnes et bien sur, connaître son sujet. Vous ne trouverez pas les beaux ikats  facilement, c'est un travail, un cheminement, beaucoup d'obstination et au bout la passion qui peut déplacer des montagnes. Les trésors en général sont bien cachés et les découvrir est un honneur.

Il existe encore quelques artisans 

Ce qui m'a étonné durant ce voyage c'est l'attachement de la population à cette tradition textile, confondant les générations. En soie et coton ce sont des adras, en  satin de soie ce sont des Atlas, quant  aux Suzanis il s'agit de  broderies réalisées à la main au point de chainettes sur des supports de soie ou de coton, avec des motifs  traditionnels comme  les tulipes, les œillets, les grenades. Le costume national féminin, robe en atlas, est largement porté par les femmes au quotidien dans les  ville et les campagnes
Dans les villes qui sont des Oasis, jardins au milieu du désert,  les tissus des robes et des manteaux   sont comme des bouquets de fleurs aux couleurs éclatantes qui ondulent dans les rues écrasées sous le soleil. Les textiles,  les couleurs, les motifs dévoilent un instinct de survie, c'est un patrimoine que la population tient à bout de bras, mais pour combien de temps?
Pour moi le tissu est un passeport, un guide, un dictionnaire, une encyclopédie, qui  donne un but à mes voyages et qui permet de communiquer avec les populations locales sans l'aide d'un interprète

au quotidien  les femmes revêtent encore le costume traditionnel 

Les anciens prennent la pose pour une photo souvenir.  Les ouzbecks jouent les touristes, car les étrangers sont encore rare et  demeurent une source de curiosité 


deux générations, mais un même costume traditionnel

Il existe encore quelques artisans 
Ce territoire baigné de soleil l'été, recouvert de neige l'hiver,  réserve tant de belles surprises. Ce voyage demeure une exception dans mes souvenirs de "globe-textiles", parce que encore presque vierge de touristes, avec une production locale artisanale qui perdure malgré une économie très difficile mais avec une population déterminée à conserver ses traditions.

lundi 12 novembre 2018

BILLET DE MAUVAISE HUMEUR : DEMASQUER LE MASQUE

Il s'agit dans ce post de décortiquer l'image idyllique que nous propose l'industrie des cosmétiques. J'ai vu hier un produit de soin que l'on applique directement sur le visage. 




 Prend on encore la consommatrice  pour une imbécile? Voici ce qui est mentionné sur la pochette.



"le masque est en Tencel® un tissu naturel à base d'eucalyptus...Et pour insister sur cette idée de végétal,  rien de plus banal que le dessin d'une   branche de thé sur la pochette.
Le processus de fabrication du Tencel® est réalisé en circuit fermé. La fibre textile est obtenue à partir d'un mélange de pulpe de bois qui peut être de l'eucalyptus)  d'eau et d'un solvant  récupéré et non déversé dans la nature  "avec l'eau du bain". Il est précisé que dans ce cas aucun polluant ne pourra nuire à l'environnement ce qui sous entend qu'il s'agit bien d'un produit polluant. Le Tencel® n'est pas en cause ici, c'est simplement une information erronée  qui apparait dans la présentation du produit qui me gêne. Pourquoi accoler le mot  naturel au Tencel®, simplement pour être dans l'ère du temps?
Comme pour le modal, le Tencel® est une  sorte de viscose, améliorée donc une fibre chimique artificielle et non pas naturelle, bien qu'issue de matière première végétale. Le Tencel® est apparu dans  les années 80 dans le but de supplanter la viscose dont le procédé de fabrication s'avérait trop polluant, trop gourmand en eau et en énergie. Petit à petit l'homme s'évertue à copier la nature tout en la préservant. Cependant qui se préoccupe de l'impact des résidus de  produits chimiques contenus dans les fibres textiles et absorbées par simple contact avec la peau?
Par curiosité j'ai aussi demandé le pourcentage de thé vert dans ce masque miraculeux. J'attends encore la réponse. 

dimanche 11 novembre 2018

LE BON SENS NE DATE PAS D'HIER


“La manière de se vêtir est aussi grande que la diversité des nations. Ce qu’il y a de singulier c’est que de toutes les espèces d’habillements nous avons choisi l’un des plus incommodes et que notre manière quoique souvent imitée par d’autres peuples de l’Europe, est en même temps de toutes les manières de se vêtir celle qui demande le plus de temps et qui parait la moins assortie à la nature” Buffon


JE SUIS LA FILLE QUI MURMURE A L'OREILLE DES TISSUS

Regarder un tissu c'est un acte bien banal, disons automatique c'est quelque chose qui se trouve dans notre champ de vision, il fait partie d'un tout, de l'environnement, du décor, mais voilà, le quotidien gomme la curiosité
 
Voir un  tissu c'est plus que regarder c'est une action voulue, un acte  réfléchi, comme entendre c'est plus qu'écouter
Voir un tissu c'est le découvrir  avec une loupe et pour les professionnels avec un compte fil (qui ne quitte jamais le fond de  leur poche)


Comprendre une étoffe c' est encore une autre option. Ce n'est pas avec l'aide d'une quelconque machine, loupe microscope, compte fil, c'est une accumulation de connaissances, c'est un échange, c'est épidermique, on se glisse entre la chaîne et la trame, on pénètre la fibre, on soupèse la matière, on scrute la couleur, on estime la main. La subtilité d'un motif, la légèreté du tissage, l'intensité de la teinte, le toucher de la matière, tous ces éléments entrent en ligne de compte, mais c'est avant tout un accord, une entente, une affinité avec ce produit. En fait, tous nos sens sont en émoi lors d'une rencontre  entre une étoffe et nos sens

 C'est une joie de toucher, c'est un événement de sentir, c'est une découverte de goûter, et c'est encore un plaisir de voir des fibres textiles s'emmêler, se chevaucher, se superposer, se croiser pour au final donner naissance à un tissu. 


Cette direction, voilà longtemps que je l'ai empruntée. Etrange peut être, mais confidence pour confidence, j'aime les tissus, je me sens aussi bien parmi eux qu'au milieu d'un jardin, je parle aux arbres, aux fleurs, aux plantes, 
je les complimente, parfois je les gronde, souvent je les admire. Et bien, mon rapport avec les tissus est très similaire. Chaque matin en ouvrant le magasin ce sont des amis qui m'accueillent, ils me  rassurent, ils m'encouragent, ils sont là, fidèles et fiers. C'est toujours avec un pincement au cœur que je me sépare de l'un d'entre eux, mais c'était le deal dès le début, et je sais que la personne qui les achète les aimera aussi. Ensemble, en vous attendant nous discutons en silence.
Saviez-vous que dans certaines civilisations, chez les indiens d'Amérique par exemple, on ne coupe pas le tissu, on n'interrompt pas le fil de la vie, on ne coupe pas la parole ; c'est pourquoi le vocabulaire vestimentaire est réduit et les vêtements plus souvent drapés que coupés cousus. Par respect pour le tissu, pour ce flot de fil, cette abondance de matière, on se doit de lui conserver son identité, donc sa globalité.
 Je les connais presque tous, je sais où ils se trouvent, et dans ce désordre qui n'est qu'apparent, je connais chaque habitant. Cet univers fait de couleurs et de matière  dans lequel j'évolue, me passionne. Chaque jour je  retrouve, je redécouvre, un imprimé attire mon regard et je pars dans mes rêves, je m'évade sur le dos d'un nénuphar, je courre après un oiseau, je délire à travers les méandres d'un ikat.
Les tissus et nous cela peut aussi être une histoire d'amour. Souvent, lorsque je demandais aux visiteurs de la boutique De Gilles s'ils avait besoin d'aide, et souvent j'endentais la même réponse , de la part des femmes plus que des hommes :  "merci, mais je cherche le coup de foudre", un tissu dont je ne me lasserai pas, une étoffe qui me ressemble, celle qui me plaira. En fait, le tissu idéal, mais cette quête est-elle un rêve ou une réalité, mais je suis certaine qu'il existe quelque part un tissu qui vous est destiné… Cherchez le.  N'est-ce pas là un vocabulaire amoureux ?
Alors oui vraiment, prenez le temps de choisir, de trouver le tissu de vos rêves, prenez le temps de faire connaissance et  vous ne regretterez pas ces quelques instants consacrés à ce monument créé par la main de l'homme. Au nom des tissus, je vous remercie d'avoir pris conscience de leur existence et de la place qu'ils occupent dans votre univers.

vendredi 9 novembre 2018

L'ALCANTARARA® ?MAIS QU'EST CE QUE C'EST?


Rendons à César ce qui lui appartient : Alcantara en arabe El Kantara signifie le pont c'est une commune espagnole située dans la province d'Estrémadure.
Plongeons maintenant dans le vif du sujet : premier point Alcantara ® est une marque déposée par la société éponyme Alcantara SpA
Aujourd'hui les micro fibres sont des produits relativement classiques,  mais dans les années 70 c'était un produit révolutionnaire. L'Alcantara est une matière  synthétique qui imite le daim composée à 60% de polyester et à 40% de polyuréthane.  Dans la mesure où il n'est pas tissé ce n'est pas un tissu mais une étoffe comme le feutre qui lui non plus n'est pas obtenu par tissage  

Leader sur le marché  des imitations peau,  l'Alcantara® résiste à ses concurrents  grâce à ses qualités : facilité d'entretien, solidité, souplesse, douceur et  une large gamme de coloris. Son prix élevé est la conséquence des ses points forts.

Alors qu'est ce qui fait la différence avec les produits concurrents ? Le concept. L'idée se s'approcher au plus près du daim naturel.

 Pour réaliser ce projet les industriels italiens se sont adjoint un associé de poids : Toray industries entreprise japonaise connue pour ces microfibres.
Pour se convaincre de ces points forts il n'est qu'à comparer ce produit avec une imitation. Vous remarquerez qu'il n'y a pas d'envers les deux faces sont identiques couleur et matière, alors qu'une simple imitation peau possède une face endroit et un envers . Les "poils" sont posés sur un support tissé qui n'est généralement pas de la même couleur.

 Techniquement l'Alcantara est une fibre 50 fois plus fine qu'une fibre de coton. Cette fibre est si fine que des milliers de mètres ne pèsent pas plus de 1 g. La fibre de base le polyester est découpée en un nombre infini de segments qui subissent un traitement en passant  dans des machines à carder  à l'issu duquel on obtient un feutre d'environ 10 cm d'épaisseur. Ensuite la surface est peignée et traitée chimiquement afin d'obtenir cet aspect si particulier.  Les micro fibres sont ordonnées de manière à ressembler à la structure microscopique du daim, si bien que les doigts laissent sur sa surface les mêmes traces  caractéristiques que sur le daim naturel.   La dernière opération avant l'apprêtage est la teinture.  L'Alcantara peut être teint dans une gamme infinie de coloris, et les couleurs sont très résistantes.
Cette matière est d'un entretien aisé, pour cette raison elle est utilisée en confection mais également en ameublement. et surtout depuis quelques années  près de 80%  de la production est destinée au secteur automobile afin de recouvrir les sièges des voitures de haut de gamme. La demande est si importante que l'usine située près de Milan, et seul point de fabrication de l'Alcantara® a dû réduire le nombre de nouveaux clients  afin d'honorer ses commandes. 
  
Autres spécificités de l'Alcantara   sa perméabilité à l'air, et sa légèreté. Il est facile à travailler, il se coupe sans s'effilocher, il est stable et infroissable.

L'Alcantara ® c'est aussi le nom que l'entreprise italienne qui commercialise ce produit   a pris à la suite du succès mondial du produit. A l'origine la société se nommait Ganto.

Le marketing ingénieux institué par la direction classe cette étoffe  dans la catégorie luxe  et  pour lutter contre les imitations qui apparaissent sur le marché  chaque vêtement en Alcantara  ou chaque article recouvert porte une étiquette avec la marque de fabrique et un numéro de contrôle brodé.  Ainsi le client peut il être certain de l'authenticité du produit. Je ne peux m'empêcher de rapprocher cette idée avec celle des fabricants de Harris Tweed qui  pour les mêmes raisons mais bien avant décidèrent de marquer leurs tissus ou les vêtements coupés dans ces lainages d'un orbe ou globe surmonté d'une croix   

jeudi 8 novembre 2018

LE CHEMIN DES SOUVENIRS

Il a suffit d'un rayon de soleil, d'un ciel tout bleu au dessus de Paris après une journée maussade, grise, pluvieuse,  pour que d’un seul coup l’image de la petite fille que j'étais refasse surface. Par quel hasard ai je remonté le chemin de mes souvenirs, pourquoi ma mémoire a t elle été chercher ces quelques instants? Mystere? Peut être pas. La vision fugace d'une fillette en jupe écossaise et socquettes blanches qui traverse la rue devant moi a été le déclencheur de ce retour aux années 50...
L’école  primaire de la rue de Sévigné n’existe plus mais le bâtiment lui est toujours là, solide, historique,   désormais muet. L’heure de la récréation ne sonne plus et le brouhaha des enfants  qu'on libéraient quelques instants ne résonne plus dans cette cour, aujourd'hui seuls peut être quelques oiseaux citadins qui nichent encore dans les arbres de la cour de cet hôtel particulier du XVIIe siècle se permettent de troubler le silence   
Mais ce jour de juin 195 … il faisait chaud et j’avais eu l’autorisation de sortir « en taille » comme disait maman. L'arrivée du printemps c'est aussi une tenue nouvelle et cette  jupe plissée à carreaux  bleu-marine et vert je pouvais enfin la porter. Avec des sandalettes blanches aux semelles en crêpe et mes socquettes neuves évidemment blanches.   
 je portais une chemise bleue et un gilet tricoté par une de mes tantes probablement ... j'avoue ne plus me souvenir de sa couleur. C'était une tenue tout à fait conforme à l’idée que l’on se faisait alors d’un vêtement confortable   , pas vraiment élégant mais fonctionnel pour une écolière.  Je me sentais légère, et à l'époque je l'étais vraiment,  je volais plus que je ne marchais et sur ce bout de trottoir, parce que manteau, veste, bottines    témoins d’un hiver rude étaient restés dans mon armoire.  Cette nouvelle jupe, c'était le présage d'une nouvelle saison, avec elle la liberté de mouvements un les prémices de l’été  qui laisse  les bras et les jambes à l’air, imperceptiblement caressés par les rayons encore timides du soleil
Comment une tenue aussi  quelconque  a t elle pu  imprimer dans mon disque dur ?  Je n’ai pas d’explication, mais ce que je ressens aujourd’hui  c'est le début d'une belle saison, celle qui libère le corps de ce carcan d'étoffe.  Je vous laisse, je vais m'habiller, et avec un immense plaisir  puisqu'il fait si beau encore en ce début d'automne je continu à utiliser mon vestiaire estival, manteaux, bottes, collants sont encore remisés pour quelques jours, aujourd'hui je sors "en taille".


UN VELOURS MADE IN USA
 C’était dans les années 50, finalement pas si longtemps après la fin de la seconde guerre mondiale. En France, tout était calme, et rue de Sévigné la vie s’écoulait joliment. Nous habitions alors au dessus du magasin de mes grands parents, un magasin qui a marqué mon enfance et  plus encore puisque dans ce lieu magique on vendait des fournitures pour tailleurs....! Tout un programme n'est ce pas. 
Un jour le facteur nous livra  un colis, en provenance des USA. Les timbres étaient nombreux et la mention air mail barrait une partie de l’emballage. Le nom de l’expéditeur ne surpris pas mes parents, il s’agissait de l’oncle d’Amérique. Eh oui nous en avions un, un vrai le mari de la sœur de ma grand mère. 
La curiosité vous taraude? Alors je ne vous fais pas attendre plus longtemps je vous livre le contenu de ce colis : un métrage de velours corail ! Je n'avais  que six ou sept ans et voilà peut être l’origine de ma passion pour la couleur sinon pour les tissus. Une lettre accompagnait ce cadeau inattendu. Outre Atlantique on  nous pensaient dans l’embarras, je dis nous, mais je pense les français. Avions nous suffisamment de nourriture,  pouvions nous acheter du tissu pour fabriquer des vêtements chauds pour l’hiver ? Il semble que l’information n’était pas arrivée jusque Trenton une ville située dans le New Jersey, (n'y voyez aucune allusion au tissu, quoi que...)
 Bien sûr que nous avions de quoi manger et pour nous vêtir , mon grand père étant lui même marchand de tissus nous étions pourvu de ce coté là au moins! Mais après les remerciements d’usage, il fallut faire quelque chose avec cette coupe. Et le cadeau me tomba sur le dos, je veux dire sur les jambes, car la couturière transforma ce velours côtelé corail en un pantalon pour le moins voyant. Il faut un début à tout et malgré ma timidité j’assumais cet accoutrement. Imaginez les réactions des écolières lorsque vêtue de ces spectaculaires culottes longues  je traversais la cour de récréation. Le velours passe encore, mais corail, alors là je renversais les codes. Marquée par cet épisode, je suis depuis une fille insensible aux diktats de la mode, et je m'en porte fort bien merci..

UNE ROBE DE PETITE FILLE D’HONNEUR 
 Il faut souffrir pour être belle, que n’ai je entendu ce ridicule diction dans mon enfance. Le passage chez le coiffeur, disons plutôt le friseur m’a laissé un souvenir si terrible que pendant des années j’ai refusé que l’on s’attaque à ma chevelure,  toute allusion à une  permanente et une coloration  était bannie de mon vocabulaire.
Le coiffeur était un ami de mes grands parents, et pour le mariage de mon oncle il fallait boucler mes cheveux qui ressemblaient à des "baguettes de tambour"  Je pense que cette expression désuette était pourtant bien choisie. Cinq ans, j’avais cinq ans et une peur panique de cette machine à bigoudis chauffants. On me mis sur la tête ces trucs chauds qui étaient sensés friser mes cheveux. Pourquoi fallut il m’infliger ce supplice ? Mes cris et mes pleurs  n'empêchèrent rien, et l’assistance c’est à dire la clientèle du salon de coiffure de monsieur  Simon  souriaient en voyant cette charmante enfant tenter de se soustraire à la permanente.
Mais c’était là le dernier acte avant la cérémonie, avant cela il y avait eu les essayages  innombrables chez la couturière. Je me souviens encore  de cette femme, aimable, patiente et habile de ces mains, qui m’avait confectionné une robe  en organdi bleu ciel  doublée d’une soie bleue plus foncée. 

Je me rend compte en déroulant ces souvenirs

combien  déjà l'étoffe avait de l'importance dans mon environnement proche.  Une robe qui tourne c'est formidable mais les  interminables retouches c'était redoutable, parce que au moindre geste et hop une épingle qui me piquait. Ce qui me consola c’est ce petit sac, une petite bourse en fait que je portais au poignet  fabriquée dans le même tissu que la robe. Il faut croire que cela en valait la peine, car sur les photos non seulement je frise, mais ma robe est magnifique et en prime je souris, visiblement ravie d’être en vedette entre les mariés.

Pourquoi attache t on tant d'importance à un vêtement? C'est bien peu de chose en somme, un métrage de tissu, quelques coutures, et puis ce petit plus qui donne l'allure, j'avoue avoir des souvenirs textiles marquants mais je ne suis pas la seule, autour de moi beaucoup de mes amies gardent un souvenirs ému, douloureux, heureux, mais un souvenir bien encré au fond de leur mémoire d'un vêtement, parfois même de plusieurs...
Je me souviens.... bien sûr qu'on s'en souvient de ses premiers bas nylon, de sa première mini jupe, comme de son premier baiser ou de son premier mobile... mais pourquoi? Parce que le tissu, l'étoffe, la matière est une chose tactile, sensuelle, visuelle, parce que nous vivons de la naissance avec le lange jusqu'à la fin avec le suaire dans un monde où le textile est toujours près de nous. Ainsi le chemin de nos souvenirs est il jonché  d'images  vestimentaires :  une tenue, une couleur, une    étoffe ou un vêtement. Nos sens sont là pour nous faire découvrir les secrets d'un monde inconnu et pourtant si présent : celui des étoffes.