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mardi 12 septembre 2017

UNE AUTRE APPROCHE DE L'UNIVERS TEXTILE

 
Le toucher ou comment juger de la qualité d'une étoffe avec la main.
Bien sûr, c'est au premier coup d'œil qu'habituellement on jauge une étoffe, mais ce n'est pas suffisant, si nous avons cinq alors autant les utiliser.
La vue nous renseigne sur l'apparence d'un tissu : brillant, mat, uni, imprimé, clair ou foncé ... Le toucher nous livre d'autres secrets : doux, rêche rugueux, urticant, lisse, fin, épais , raide ou souple, lourd ou léger, froid, chaud...etc.
Comment procéder? C'est facile et vous aurez toujours cet outil "sous la main"
Prenez un morceau de l'étoffe choisie entre vos doigts, mais pas n'importe comment . Saisissez le tissu entre le pouce par dessus et l'index et le majeur par dessous, et vous voilà en mesure de juger de la qualité , du maintient, de la nervosité, du poids., de différencier une viscose d'une soie, d'une lainé cardée d'une lainé peignée. Les professionnels parlent de la main d'un tissu, une manière simple d'apprécier les qualités et d'évaluer défauts d'une étoffe. Mais professionnel ou pas si ce geste s'il vous paraît
incongru et superflu aujourd'hui, je vous assure qu'il deviendra naturel, question d'habitude. Dans un magasin avant d'acheter un vêtement ou un métrage de tissu, vous aurez recours au toucher presque inconsciemment.
À suivre

vendredi 8 septembre 2017

LE BARONG TAGALOG : UNE TUNIQUE EN FIBRE D'ANANAS

Les diététiciens nous conseillent  de consommer au moins cinq fruits et légumes par jour, mais si nous commencions par non pas ingérer mais utiliser au moins un fruit chaque matin en ouvrant notre dressing? Une chemise en fibre de banane? Non se sera pour un prochain post, mais pourquoi pas une tunique en fibre d'ananas? C'est à mon avis bon pour le moral, peut être plus gourmand que d'enfiler un vêtement issue de la pétrochimie...
 Si je vous entraine dans ce délire gastronomique c'est parce que j'ai été séduite par " les barong tagalog phililipins. Le nom déjà incite à la curiosité, mais l'étoffe est plus que magique, c'est un nuage impalpable que les hommes arborent avec fierté. 

Il y a quelques mois j'ai eu l'occasion d'assister à un mariage dans le très chic Manilla Hôtel à Manille justement.

Chic aussi le mariage car les hommes et les garçonnets portaient tous ce vêtement masculin traditionnel philippins, le baron tagalog, qui peut se traduire par vêtement du peuple tagalog. Aujourd'hui il faudrait trouver un autre nom pour ce vêtement qui n'a plus rien de populaire. Les tuniques tissées  c'est devenu un produit de luxe, très sophistiqué et rare car la main d'œuvre qualifiée disparait peu à peu. La production artisanale est restreinte, mais on peut déjà trouver dans les rayons de quelques boutiques des articles confectionnés industriellement d'un prix abordable.

La particularité de cette tunique blanche, légere, transparente, ample, qui se porte non pas à même la peau mais sur une chemise plus fine encore, réside  dans la fibre textile utilisée : la fibre est extraite de la feuille d'une variété d'ananas le "perolera". Les feuilles de cette espèce d'ananas, longues, larges et rigides sont utilisée pour depuis des siècles aux Phillipines pour leur capacité à produire des fibres textiles.
Une fois filée et tissée on obtient un tissu blanc, brillant, quasi transparent, plus ou moins rigide le piña. mot d'origine espagnole qui signifie ananas. 

Je n'ai pas rapporté de tissu piña de ce voyage, mais  j'en ai vu de près et j'avoue que c'est magnifique. Sans doute un peu raide mais adaptée au modèle des tuniques masculines. qui se portent sur le pantalon. Parfois la fibre d'ananas mélangée à un fil de soie gagne en souplesse et peut alors s'immiscer dans le vestiaire féminin. Quelques stylistes commencent à prendre conscience des possibilités offertes par cette fibre  et proposent des robes  et des manteaux en fibres d'ananas, mais ils ne sont pas nombreux, enfin pour le moment.  


Une fois filée et tissée on obtient un tissu blanc, brillant, quasi transparent, plus ou moins rigide le piña.
Cependant aujourd'hui le baron tagalog n'a plus rien de populaire, c'est un produit très sophistiqué et onéreux car les ouvriers capables d'extraire la fibre des feuilles, de la transformer en fil et ensuite de tisser sont de plus en plus rares. Je n'ai pas rapporté de tissu piña de ce voyage, mais je j'en ai vu de près et j'avoue que c'est magnifique. Sans doute un peu raide mais adaptée au modèle des tuniques masculines. Parfois la fibre d'ananas mélangée à un fil de soie gagne en souplesse et peut alors s'immiscer dans le vestiaire féminin 

UNE LEGENDE OU UNE REALITE ? LE BYSSUS

UN TISSU DE LEGENDE : LE BYSSUS
Pour les curieux qui veulent en savoir un peu plus sur ce cadeau de la mer voici quelques précisions qui je l'espère les combleront
Quel drôle de nom pour une étoffe!
Elle mérite que l'on s'attarde. Jadis hissée au firmament, admirée et convoitée par les personnages les plus illustres elle sera ensuite délaissée au profit de la soie naturelle terrestre puis oubliée un temps avant de renaître dans le cœur des amateurs de curiosités rares.
Son étymologie est une histoire à elle toute seule
D'abord bissum puis busse et enfin byssus
Mot emprunté au grec =lin fin , lui même emprunté à l'hébreu (buwts= byssus ; ce mot buwts signifie décoloré, c'est à dire sans couleur, donc blanc (curieux pour le blanc qui est la somme de toutes les couleurs ) et à l'araméen bus, enfin du latin byssus = lin fin. Pline écrit que "le byssus etoit une espèce de lin très fin." Pausanias remarque que" dans toute la Grèce, il ne croissoit de Byssus qu'en Elide."
Mais il y a une autre hypothèse plus concrète peut être qui serait la corruption d'un mot grec signifiant barbe et qui désigne l'ensemble des filaments soyeux sécrétés par testacés des bivalves (animaux à coquilles)
Unique en son genre, cette fibre ne trouva pas vraiment sa place et pour la décrire les anciens ne purent qu'user de comparaisons. La fibre antique qui offrait le plus de similitudes avec le byssus était le lin, d'où parfois la confusion.
Tissu de soie marine ou tissu de lin, l'un ou l'autre ou l'un et l'autre? "sorte de lin jaunâtre dont ils fabriquaient les plus riches étoffes" Littré. Il est fait référence à un fil de lin fin autrefois filé à la main, dans les pièces humides et sombres afin justement obtenir plus de finesse. Ce produit était la fierté de la région de Valenciennes, et sa richesse aussi puisqu'il était utilisé par les dentellières de la région, mais les conditions de travail des ouvrières étaient extrêmement pénibles. Mais aujourd'hui si la fabrication des dentelles du nord est entrée dans les musées c'est que la tradition ne se perpétue plus faute de fil. Aucune machine à ce jour ne permet d'obtenir un fil équivalent en finesse à celui obtenu par le processus manuel.
S'il est une étoffe historique c'est bien le byssus, déjà présente dans la bible :
"David était revêtu d'un manteau de byssus, il en était de même de tous les Lévites qui portaient l'arche, des chantres et de Kenania chef de musique parmi les chantres Et David avait sur lui un éphot de lin" (chroniques 15. 27)
" La Syrie trafiquait avec toi , à cause du grand nombre de tes produits d'éscarboucles, de pourpre, de broderies, de byssus , de corail et de rubis..." (Ezechiel 27.16)
-"Salomon demande au roi de Tyr de lui fournir un maître artisan habile au tissage du byssus et aux teintures violettes ou cramoisies faites avec la pourpre du murex.
. (chroniques II°chant)
- "ton costume était de byssus, de soie et de broderies…" (Ezechiel chapitre 16- verset 13).
Le byssus mentionné dans la Bible n'est en fait que du lin fin, utilisé pour la fabrication des tunique
En Egypte ce tissu obtenu à partir de fil de lin très fin était utilisé pour envelopper la tête des momies. Le lin de la vallée du Nil, donna le byssus alexandrin. La spécificité de ce tissu était sa finesse, sa quasi transparence, qui en faisait un tissu d'exception même 3 000 ans avant Jésus Christ. On a retrouvé des bandelettes entourant les momies tissées avec une fibre d'ortie, la ramie, plus blanche et plus fine encore que le lin. Cela prouve que les anciens utilisaient à la fois le lin et la ramie.
Plus proche de nous, Jules Verne dans 20 000 lieues sous les mers évoque le byssus" Bientot j'eus revêtu mes vêtements de byssus, fabriqués avec les filaments lustrés et soyeux qui rattachent aux roches les "jambonneaux" sortes de coquilles très abondantes sur les rivages de la Méditerrannée. Autrefois on en faisait des bas, des gants, car ils étaient à la fois moelleux et très chauds."
Les machines si promptes habituellement à remplacer l'homme, ne sont pas encore capable de produire un fil aussi fin. Le pourront elles un jour ? La question ne se pose pas en ces termes , mais plutôt est il nécessaire de fabriquer une machine capable de produire un fil de lin d'une extrême finesse ? Si le marché potentiel existe pourquoi pas, sinon laissons notre imagination naviguer dans le monde merveilleux des fibres oubliées. Ici encore une fois je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement avec notre alimentation et cet engouement pour les légumes oubliés.
Aujourd'hui le véritable byssus est un produit rare car très peu de personnes sont capables de récupérer cette soie marine de la filer et encore moins de la tisser. L'Italie et plus spécifiquement la région de Tarente fut un grand centre de production de byssus Quelques familles continuent à fabriquer un fil de soie marine généralement utilisé pour broder sur des supports de soie ou de lin fin. Le tissage est plus rare, car il demande plus de matière et de ce fait le prix d'une pièce entièrement en byssus atteindrait des sommes vertigineuses. Ce savoir- faire se transmet de génération en génération sous le sceau du secret. Chiara Vigo en Italie est probablement la dernière "ouvrière" capable de "récolter",de filer , de tisser et de broder avec la soie marine. Sa fille qui vit en Irlande ne sait pas si elle continuera la tradition familiale ou si elle coupera à jamais le fil historique qui lie sa famille au byssus.
Pour voir et admirer des articles confectionnés avec cette fibre il faut aller dans les musées qui possèdent des collections textiles rares. La plupart se trouvent en Italie, mais les collections américaines sont assez fournies.
Qu'est ce que le byssus ? Une soie marine, mais encore?
Au XIX e siècle, le terme byssus est employé en botanique par l'intermédiaire du latin scientifique byssus, utilisé par Linné en raison de l'analogie entre les fils de lin fin et les filament de certains cryptogrammes formant des moisissures. Ce même terme fut repris en zoologie vers 1810 pour désigner les filaments soyeux sécrétés par une glande située dans le pied de certains lamellibranches (mollusques bivalves) telle "pinna" marine et qui leur sert à se fixer sur un rocher c'est 'origine de la soie marine
Le byssus a donc une double identité : végétale /animale.
Au XIX e siècle, une industrie locale sicilienne prospéra autour du byssus. La pinna sorte de coquillage que l'on trouvait encore en grand nombre en Méditerranée au siècle dernier possède la faculté de filer une soie solide . Cet animal ne file pas vraiment comme la chenille du bombyx du mûrier, mais elle retire une sorte de pâte d'une fente située dans sa langue. Le byssus est en fait une touffe composée d'une très grand nombre de fils extrêmement fins. Cette substance sert d'amarres à l'animal qui se fixe sur un corps étranger. Malgré et à cause de sa finesse, le byssus de la pinna devint une matière première très recherchée pour la filature. Une industrie naquit en Sicile et devint un important commerce.
Cet artisanat réclamait savoir faire et patience. Les opérations telles qu'elles sont décrites dans un manuel de filature de 1914 résument à elles seules la difficulté de récolte et surtout la difficulté du filage.
La pinna se retirait de la Méditerranée à une profondeur variant entre 6 et 9 mètres Les fils constituant la touffe étaient parfois si résistants que de grands efforts étaient nécessaires pour détacher l'animal de son lieu d'attache. On se servait d'une sorte de grande fourche à dents ou crampon. Cette masse fibreuse ou "lana pinnae" était séparée du coquillage et lavée à l'eau savonneuse. Ensuite elle était séchée à l'ombre et l'on coupait les radicelles endommagées ou inutiles. Le triage et peignage étaient les opérations suivantes. D'abord un premier démêlage s'effectuait avec un peigne à larges dents, suivit d'un peignage avec un peigne plus fin. Pour 500g de fils bruts on obtient environ 150 g de fils fins filables. La filature réalisée au fuseau était une opération délicate étant donné la finesse de la fibre .
Le fil obtenu était lavé dans une eau citronnée, frotté à la main avant d'être lustré au fer chaud. La couleur se situe entre le jaune, le brun et le doré. A Madagascar j'ai eu la chance de voir quelques articles tissés avec la soie d'araignée, et les similitudes sont flagrantes : la couleur dorée, la brillance, la finesse du fil sont présentes dans les deux cas. En ce qui concerne le toucher, malheureusement je ne peux pas me prononcer, ces articles étant placés dans des vitrines....
Le byssus permettait de fabriquer des accessoires de luxe : des gants, des châles, des chaussettes dont l'aspect très brillant et le toucher soyeux surent séduire une certaine clientèle
Plusieurs raisons sont à l'origine du déclin de cette fibre, mais la plus importante demeure l'arrivée d'une concurrente . Lorsque la soie "terrestre" fut introduite en Occident, la soie marine ne fut pas à même de rivaliser. La soie terrestre était plus facile à produire, même en grande quantité, elle est plus facile à travailler, moins couteuse tout en restant un produit de luxe.
Lorsque la production de soie du bombyx du mûrier se développa, elle entraina le déclin du byssus.
La nature offre une quantité de matières qui selon les capacités humaines peuvent être filées et tissées
Ainsi retira t on un fil soyeux de la coquille des oeufs de la raie blanche (raja batis) et de la raie bouclée, la soie de l'araignée Nephila, de Madagascar produit un fil soyeux et solide plus difficile à travailler que celui du vers à soie car bien plus fin.
Comparer à tout ceci les innovations des hommes semblent parfois bien ternes, et de ce que nos ancêtres avaient entrevus et parfois exploités avec leurs faibles moyens nous ne savons pas tout, heureusement il nous reste les légendes .