degillestissus@free.fr

Messages les plus consultés

profil

profil
mes tissus

vendredi 29 juin 2018

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE


Un voyage au centre de la terre? Je l'ai fait, je suis allée dans les entrailles de notre planète... Jules Verne l'avait imaginé, moi je l'ai réalisé. 

A quelques kilomètres de Reykjavik, le volcan Thrihnukagigur est le seul endroit dans le monde où l'on peut descendre au coeur de la chambre magmatique. En général quand l'activité d'un volcan cesse, la lave froide reste à l'intérieur du volcan et bouche la cheminée, ou bien il s'effondre sur lui même lorsque la lave se retire ,Ici rien ne s'est passé comme prévu et c'est pourquoi il est possible de descendre dans ce trou béant de plus de 120 m. 

Rien à voir avec les puits creusés dans les mines, la main de l'homme n'est pas intervenue ici, c'est la nature à l'état brut, et une nature brute s'il en est. Les couleurs sont extraordinaires, de véritables œuvres d'art, des tableaux qui pourraient prendre place dans les plus grands musées du monde. Le cuivre offre des nuances d'orangé, le fer des veines gris vert, le souffre jette des particules jaunes qui illuminent les violets et les noirs...

 Une palette magique qu'un artiste peintre aurait eu de la peine à recréer. Je reste incrédule devant cette nature cachée enfouie des siècles durant, une création inhumaine si artistiquement agencée.
Mais avant de descendre le plus difficile c'est d'arriver jusqu'au volcan. Près de trois kilomètres sur un chemin caillouteux, dans le froid, le vent et le brouillard affublé d'un imperméable fluo

.... Une véritable expédition, et sécurité oblige, casque et cordon de sécurité, Mais la magie opère, tout est oublié, un pied "distroy" les mains glacées, le nez rougit, les yeux larmoyants...

 L'exploit il est là j'y suis arrivé .
Je pensais volcan= chaleur or à l'intérieur il faisait froid, j'imaginais me sentir confinée, oppressée, mais non rien de tout cela, la lumière de ces journées sans nuit filtrait tout en haut de ce tunnel vertical et me rassurait, et sur les parois je voyais défiler des tableaux abstraits, figuratifs,

expressionnistes. Des textures apparaissent aussi, des velours par endroit ou la pierre est lisse et brillante, des laines cardées qui grattent lorsque la matière est  ébouriffée par des explosions, tordue par la chaleur , des mousselines transparentes à travers lesquelles suintent des gouttes d'eau et ces bruits assourdis des pas, des paroles échangées entre nous,
tout cela ne fut pas qu'un rêve ce fut une belle expérience pour terminer ce voyage  en Islande  

OVIS ARIES - ISLENSKA SAUÔKINDIN-LOPI WOOL-MOUTON ISLANDAIS

Chose promise chose due. Retour d'Islande je suis en mesure de vous parler des moutons et de cette laine si particuliere la lopi wool
Ovis aries ou moutons islandais, une race de moutons acclimaté au région du nord de l'Europe, trapu, de taille moyenne à queue courte. 

 Ce qui est exceptionnel avec ces animaux c'est leur pureté, car des siècles durant ils n'ont eu aucun contact avec d'autres races de mouton du fait de  l' isolement de ces terres peu accueillantes
.Ces animaux  sont élevés pour leur viande, les islandais les surnomment gigot à pattes et leur laine on pourrait aussi les surnommer lopapeysa, littérrallement "pull en laine" de lopa laine et peysa pull) articles iconiques de cette île depuis le milieu du XXeme siècle, traditionnellement tricotés en rond à la main avec du fil lopi et des motifs autour de l'encolure




les pulls colorés comme celui ci sont destinés aux touristes, les autochtones préfèrent les couleurs naturelles entre le gris, le noir le beige et le blanc

En Islande le tricot fait partie de la vie quotidienne. Chacun ou presque tricote ou à tricoté, homme femme ou enfant. Jadis c'était un moyen de se vêtir en utilisant la production de laine locale, aujourd'hui c'est devenu une "industrie". Les machines sont évidemment mises à contribution, car s'il y a plus de moutons que d'habitants, il y a bien plus de produits tricotés que pourrait en fournir la population. Cependant dans les campagnes dans les bourgs et les bourgades, l'hiver est long, les jours sont courts et les nuits sans fin ou presque alors le tricot demeure une occupation rémunératrice. Les articles bonnets, gants, chaussettes ou pulls q sont pas utilisés par les membres de la famille sont sont vendus dans des boutiques sortes de coopératives. Ils sont mis en commun et un membre de la communauté est chargé de la vente. Chaque article porte une étiquette mentionnant le nom et le prénom de la personne qui l' a tricoté. C'est charmant, authentique mais les modèles sont disons rustiques, peu de choix dans les tailles et à mon grand regret trop grand dans les tailles femmes et trop petit dans les modèles enfants... Je suis donc restée sur ma faim à la fin du voyage. Cependant ma curiostié n'ayant pas été émoussée par le froid, la pluie et les jours sans fin, je me suis demandée ce qui pouvait bien différencier cette laine des autres laines. La réponse est venue d'une vendeuse, qui m'a expliquée la spécificité de la lopi. La toison des moutons islandais comme celle de beaucoup d'animaux vivant dans un climat extrême est double, elle se compose d'un manteau externe le Tog poil long brillant imperméable et solide et d'un sous manteau le Bel ou duvet léger souple et isolant. Ces  deux types de laines sont utilisés à pour des produits différents. Le poil couvrant est plus épais, plus raide il entre dans le tricotage de produits qui réclament à la fois de la solidité et un pouvoir isolant comme les tapis et le feutre,  le duvet, plus fin et plus souple permet la fabrication d'articles qui seront en contact avec la peau, type sous-vêtement
Mais en mélangeant le Tog et le Bel, le poil et le duvet on obtient le lopi. 
Au toucher le brin est hirsute, il n'a pas la douceur d'un cachemire et  l'association du tog et du bel est visible, l'ensemble est peut être léger si la maille est aérée ou bien plus dense comme pour les plaids, articles industriels tricotés à la machine 

Cette laine étonnante pleine de qualités n'a cependant pas la douceur de la laine du Qiviut que j'ai trouvée au Groenland. 

Touriste consciencieuse et vigilante je me dois de dévoiler un point qui me met en colère et qui malheureusement se retrouve sur tous les continents : le tourisme est une manne,  les touristes des cibles faciles à duper  en leur proposant des articles sans intérêt ;  les rayon des  magasins des grandes villes comme des petites villes proposent des articles en maille d'aspect laineux, mais lorsque l'étiquette de composition porte la mention polyester ou polyester and wool c'est se moquer du monde en tous cas des clients potentiels. C'est vraiment dommageable pour l'image d'un peuple qui vit dans un pays où la laine matière première naturelle de qualité est à portée de main, dans un pays où l'on apprend dès le plus jeune âge à respecter l'environnement, dans un pays où la nature dompte les hommes. 

mardi 12 juin 2018

LA LOPI WOOL

Mon prochain voyage, c'est l'Islande... les volcans, les geysers et bien entendu le lopapeysa en lopi wool, la magnifique laine des moutons islandais. Alors à bientôt pour en savoir plus sur le lopapeysa

mardi 5 juin 2018

LES MOLAS UNE AFFAIRE DE FEMMES SUITE

LA PUISSANCE DU LANGAGE VESTIMENTAIRE
Au début du XXe siècle, le gouvernement panaméen tenta d’interdire aux femmes kunas le port des chemises ornées des molas, considérant qu’elles arboraient le symbole de leur identité culturelle, action jugée comme un acte d’indiscipline. Cette sanction n’était pas une nouveauté pour les tulés car, au  XVIe siècle, sous la pression des  européens, les peintures corporelles avaient été interdites.  Orner  les chemisiers de molas étaient devenu  un moyen de résistance passive vis-à-vis du pouvoir en place.
Les motifs volontairement naïfs pour les étrangers véhiculaient des symboles, représentaient des personnages héroïques ou illustraient des légendes que seuls les initiés pouvaient décrypter. Cet interdit provoqua de vives réactions, les indiens se sentant opprimés par les forces gouvernementales.
La révolte du peuple Kuna éclata en 1925 et le gouvernement  dû  céder, octroyant à ce groupe ethnique un  régime d'autonomie territoriale, qui perdure encore en 2018
On sous-estime trop souvent le   pouvoir  du vêtement dans l’histoire. Les exemples ne manquent pas mais ils feront l’objet d’un autre post.

 










COMMENT LE MOLA EST IL DEVENU UN PRODUIT DE COLLECTION

C'est le canal de Panama qui est à l'origine du succès des molas. En effet ses répercussion sur l'histoire, le commerce, l'économie sont importantes. Les étrangers sont arrivés en grand nombre au Panama à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, certains pour travailler sur le chantier géant, et d'autres par curiosité. C'est parmi les curieux que l'on trouve les premiers amateurs de molas. C'est en voyageant un peu dans la région qu'ils découvrent ce groupe ethnique qui avait peu de contact avec les occidentaux, ils vivaient à l'écart, dans la foret. 
A cette époque les molas n'étaient pas un produit commercial, tout au plus les femmes qui les fabriquaient les utilisaient comme monnaie d'échange au sein de leur groupe, lorsqu'elles ne les utilisaient pas pour leur propre compte. 

Parmi les étrangers qui se pressaient à Panama se trouvaient des  collectionneurs qui furent séduits par ces articles authentiques et originaux. Les collections privées de molas  à travers le monde sont  peu nombreuses, mais elles sont généralement constituées   des molas anciens, "utilisés" ;  les couleurs de base sont le rouge foncé, l'orange, et le noir,  le support textile est en coton, les motifs sont complexes et  n'ont rien à voir avec les articles modernes fabriqués pour les touristes
C'est un parcours similaire à celui des ikats d'Ouzbekistan.


L'INFLUENCE NEFASTE DU TOURISME SUR L’ARTISANAT
Aujourd’hui, le tourisme risque de détruire une activité artisanale car, devant la demande sans cesse croissante, la qualité des molas diminue inéluctablement. Le coton n’est plus qu’un souvenir, les colorants naturels sont oubliés, les différentes épaisseurs sont assemblées à grands points, les messages ne sont plus masqués et se jouent des travers de notre civilisation (image de foot, de produits de consommation occidentaux apparaissent). Une question se pose ici comme partout dans le monde, s’il en était autrement,  si la qualité était préservée et le  prix plus élevé les ventes diminueraient-elles ?



Je pense malheureusement que ce que les panaméens cherchaient à éradiquer au début du XX e siècle,  à savoir la perte de l’identité d’un peuple, est en train de se produire sans l’usage de la force, mais uniquement par une surproduction insipide et grossière. Ce sont les femmes Kunas qui, elles mêmes, sans s’en rendre compte, vont à l’encontre de leurs convictions, rendant caduque la lutte de leurs ancêtres. Leur production ne doit pas s’adapter à la demande ; le contraire me semble une évidence.


DEVENIR UN TOURISTE RESPONSABLE POUR UN COMMERCE EQUITABLE
Nous, touristes, voyageurs curieux  nous avons une action à mener.Ne nous contentons pas de rapporter un souvenir de voyage, mais apprenons à connaître ceux à qui l’on rend visite, ne dénaturons pas ce qu’ils ont de plus précieux, leurs traditions, leur culture.  Maintenir l’authenticité des produits artisanaux  ici et ailleurs, est un devoir pour l’étranger de passage et une nécessité pour les autochtones. Le travail et le savoir- faire ont une valeur certaine et la morale voudrait que nous l’acceptions ou que nous passions notre chemin.
Refuser de prendre part à cette mascarade que sont devenus les marchés artisanaux qui fleurissent un peu partout  depuis l’apparition du tourisme de masse, ne pas acheter ces objets de qualité médiocre qui ne véhiculent aucune émotion, qui ne sont pas uniques mais multiples,  c’est  aider les artisans à  produire selon des méthodes ancestrales sans se faire déposséder par des marchands de souvenirs qui font peu cas de la survie d’une culture. Sur ces bonnes paroles je vous quitte pour aller à la recherche du plus beau des molas, celui qui se cache, celui qui m’attend quelque part dans cette région du monde. Il faut se donner la peine de chercher pour trouver.



LES MOLAS DES KUNAS, UNE HISTOIRE DE FEMMES

VOYAGE PASSION
Evidemment j’aime les voyages et pour moi ils  sont souvent un prétexte à découvrir le secret des traditions textiles locales. Il n’était donc pas question de passer si près de l'archipel de San Blas, situé dans  la mer des caraïbes,  à proximité de la côte du Panama et de la côte colombienne, sans faire un  post sur les molas, ces pièces de textile savamment colorées, éléments incontournables des parures du costume  traditionnel des indiennes kunas.


UNE HISTOIRE DE FEMMES
Le mola  c'est l'union de l’imagination, de la tradition et de la technique. Un savoir -faire  transmis de mere en fille chez les tulés   groupe ethnique  dont les origines remontent aux Mayas. Les tulés ou kunas   perpetuent le régime matriarcal.  Le terme Kuna n'est que le nom donné à ce peuple par les étrangers.
Les molas sont la prolongation des peintures corporelles ancestrales. Avant l'arrivée des 
occidentaux catholiques  au XVIe siècle et des protestants au XVIIe siècle en Amerique centrale, les femmes tulés décoraient leurs corps de peintures  aux lignes géométriques en utilisant les colorants naturels locaux.
Les molas étaient  un des  éléments de la tenue vestimentaire traditionnelle des femmes kunas apparu au XIXe siècle.  Aujourd'hui  les molas   sont les éléments essentiels  d'un commerce  lucratif qui s'adresse aux touristes.  Même si quelques hommes commencent à créer des molas, ce sont les femmes qui assurent majoritairement leur fabrication et la vente ; ce sont elles que l’on retrouve sur les marchés artisanaux, vêtues de leur costume traditionnel, mais un grand nombre de boutiques de souvenirs proposent des molas plus ou moins élaborés. Il serait dommageable que la demande de plus en plus importante   anéantisse la qualité de ces articles, et que tout cela finisse par une production industrielle.
 J'ai rencontré sur une des iles de l'archipel, un homme qui crée et qui vend des molas,  un artiste qui signe toutes ses œuvres, et qui à le mérite de les accompagner d'explications très intéressantes. ... mais  il a refusé d'être photographié.  Sur sept ou huit femmes qui exposaient leurs productions il était le seul homme.
 
une femme Kuna qui vend sa production sur un marché artisanal de Panama city



ETYMOLOGIE
Mola signifie dans la langue kuna «plumage de l’oiseau ».

QU'EST CE QU'UN MOLA?
 Il s’agit d’une pièce d’étoffe, jadis en coton (aujourd'hui il faut être attentif à la qualité du support), utilisé en plastron et en dossard, cousue sur des chemises,   devant et dans le dos. Réalisée avec une technique complexe dite l’appliqué inversé, la technique du quilting à l’envers. Les motifs des molas sont obtenus en retranchant des parties dans chacune des épaisseurs de deux pour les plus simples jusqu'à six ou sept pour les plus élaborées).
Cette création textile en 3 D est constituée de plusieurs couches de tissus superposées de couleurs vives et contrastées. Le noir, le rouge foncé et l’orange sont des réminiscences des colorants naturels utilisés jadis pour les peintures corporelles.
Les différentes épaisseurs   sont  d’abord assemblées par des coutures plus ou moins discrètes avec un fil de la couleur du tissu. Parfois, les coutures sont plus élaborées considéré comme un élément de décor. Le dessin nait des de l’agilité manuelle des artisans illustrant l’imaginaire traditionnel des  kunas.


les poissons un motif très fréquent dans les molas modernes


Chaque épaisseur de tissu est ensuite découpée à l’aide de ciseaux faisant apparaître des motifs géométriques, abstraits  ou figuratifs. 

un travail qui réclame  de  la patience et de l'habileté


LES MOLAS : UN MOYEN D’EXPRESSION CAMOUFLE
A l’origine, c’est–à-dire avant la conquête espagnole, les indiennes tulé ornaient leur corps de peintures. Les colons incitèrent ou  plûtot obligèrent les indigènes à masquer leur nudité en couvrant leur corps  de vêtements.  De fat les messages véhiculés par les peintures furent alors transposés sur un support textile. Ainsi naquit le mola des kunas. A cause, ou peut être grâce, aux colons, le langage éphémère des peintures corporelles s’est transformé en une expression durable.


le costume traditionnel : jupe mi longue, jambiere et bracelets en perles de couleurs et la blouse ornée d'un mola que l'on ne voit pas sur cette  photo...!


A SUIVRE


vendredi 11 mai 2018

LA VERITE SUR LE PANAMA LE COUVRE CHEF DES STARS

C'est parce que je reviens d'un séjour en Equateur et au Panama que je tiens à rétablir une vérité trop souvent ignorée.

D'Equateur au Panama.... le panama est de rigueur
Guayaquil en Equateur


Panama city en Avril 2018 avec une femme Kuna toujours avec mon chapeau de paille d'Equateur



Par ce post je veux rendre  à César ce qui lui appartient, à savoir la véritable identité de ce magnifique chapeau que l'on nomme à tort panama.



Voici sa véritable histoire

Le panama est un accessoire qui appartient à l'histoire de l'Equateur. Le parcours de ce trésor national, né et fabriqué en Equateur, s'est trouvé quelque peu bousculé par de fâcheux concours de circonstances au cours des siècles. Le bon sens voudrait que l'on porte un Equateur et non un Panama pour se protéger des rayons ardents du soleil.

ERREUR SUR L'ORIGINE DE LA FIBRE VEGETALE
La matière première utilisée pour le tressage de ce chapeau de paille fine et souple est la feuille du carludovica palmata ou palmier de Panama. Or, ce n'est pas un palmier et la plante ne pousse pas au Panama. Il s'agit d'un arbuste à feuilles persistantes qui ne croît à l'état sauvage qu'en Equateur et au Perou, nommé paja mocora par les indiens indigènes.

LES COLONS ESPAGNOLS PRENNENT LE POUVOIR AUSSI AVEC DES MOTS
L'arbuste fut baptisé paja toquilla par les espagnols. Le nom ordinaire de cet arbuste, Jipijapa, est gommé au profit du nom savant Carludovica Palmata au XVIIIe siècle. Quelle drôle d'histoire et quel nom curieux! En réalité, rien n'est plus simple et idéologiquement parlant fort bien trouvé. Il s'agit pour les espagnols de rendre hommage à leur roi Charles IV et à la reine Luisa tous deux reconnus comme protecteurs de la botanique. Ainsi, toute trace de son origine équatorienne se trouve effacée.

UNE BREVE MAIS NECESSAIRE INCURSION DANS LE DOMAINE TECHNIQUE
Au XIXe siècle, le botaniste britannique Hugh Algernon Weddell décrivit en détails la préparation de la fibre, démontrant ainsi la complexité du travail.
"Avant son épanouissement, le limbe de la feuille du carludovica palmata est ordinairement d'un blanc un peu jaunâtre et sa figure celle d'un éventail fermé. A ce moment de son développement, on l'appelle cogollo. C'est à cet état seulement qu'on doit l'utiliser pour confectionner les chapeaux.

les feuilles sont déjà très grandes pour être utilisée, je suis arrivée  trop tard dans la saison , l'éventail est largement déployé


Après la récolte, les cogollos sont soumis à plusieurs opérations qui les décolorent totalement. On taille dans la feuille encore fraîche des lanières ou brins qui seront utilisés pour le tressage. Cette opération se pratique en fendant longitudinalement de bas en haut les feuilles à l'aide de l'ongle du pouce. La feuille ainsi préparée est trempée dans l'eau bouillante puis sortie et replongée dans une eau tiède acidifiée par l'addition de jus de citron. Elle est ensuite retirée et replongée dans un bain très froid. On laisse ensuite sécher les lanières. On s'aperçoit que les bords des lanières se replient en prenant une forme cylindroïde ce qui en accroît la solidité."

LES DIFFERENTES QUALITES
Dans les manufactures de Cuenca on tresse toujours les chapeaux avec la paja toquilla selon des méthodes ancestrales, différentes qualités sont proposées aux clients. Cependant, les différentes étapes du travail sont toujours réalisées manuellement.

La plus commune, un moyen de gamme est la plus largement répandue. L'artisan, homme ou femme, travaille assis son ouvrage sur les genoux la paille à ses pieds. Le cuenca est caractérisé par  le  tressage en forme de chevrons. Le temps du tressage varie entre quelques heures et quelques jours.
Les Montecristi, fabriqués à l'origine dans la ville de Montecristi  sont les plus fins et les plus beaux du marché. Leur fabrication s'effectue dans des conditions particulières à certaines heures de la journée lorsque la rosée peut donner à la paille toute la moiteur nécessaire. L'artisan se tient debout, penché au dessus de son ouvrage. Les plus belles pièces sont réalisées avec une seule feuille et la confection d'un chapeau demande plusieurs mois voir une année. C'est un luxe que peu de personne peuvent s'offrir ; c'est pourquoi ces articles sont fabriqués uniquement sur commande.

TRAITS DE CARACTERES D'UN SOMBRERO DE PAJA TOQUILLA POUR NE PAS DIRE PANAMA
Un véritable sombrero se reconnait à la rosace visible en son centre, le point de départ du tressage et à sa souplesse. Il est en général utilisé par les voyageurs qui, d'un point de vue pratique, trouvent leur compte avec cet accessoire qui se plie ou se roule sans se déformer. Un cuenca peut voyager dans une boite en balsa, bois très léger, et un Montecristi est logé plus luxueusement dans un étui en cuir. Le gros grain extérieur gris, brun ou noir, n'est pas uniquement décoratif. Sur commande, il est possible de choisir sa couleur, le mien est rouge !
Ce ruban permet d'adapter avec précision, la taille du chapeau au tour de tête de son propriétaire. Lorsqu'il s'agit d'un article déjà fabriqué, il est amovible et sert à l'occasion "d'emballage".  On roule le chapeau et le ceinture à l'aide du ruban qui le maintient pour faciliter son transport.



Le service après vente de la manufacture Homero Ortega est de tout premier ordre.  Si comme ce fut mon cas, votre sombrero de toquilla a trop voyagé et que vous n'avez pas su ménager votre monture, s'il est fatigué, si vous le trouvez hors d'usage, vous pouvez le retourner à l'atelier ou revenir comme moi à l'atelier quelques années plus tard et il vous sera rendu remis à neuf. Une seconde jeunesse, les rides effacées, la blancheur retrouvée. Maintenant, si le voyage ne vous tente pas, voici un ou deux conseils qui suffiront à le remettre en forme. Vaporisez la calotte et les bords avec une eau fraîche et repasser au fer doux le rebord, puis laissez reposer  à l'ombre. Cette méthode, je l'ai aussi testée, est moins onéreuse qu'un voyage  et néanmoins très efficace. Autre solution, achetez directement deux panamas.

AU  FIL DE L'HISTOIRE
Au XVIe siècle, les conquistadors arrivent d'Amérique centrale et débarquent à Cadaquez au nord de Guayaquil sur l'Océan pacifique. En remontant vers la cordilière des andes, il traversent les villages Jipijapa et ils remarquent que les indigènes se protègent du soleil en se couvrant la tête, la nuque et les épaules avec une mante légère en paille tressée. Cet accessoire étant parfaitement adapté au climat local, fut adopté par les nouveaux arrivants qui le baptisèrent paja toquilla, c'est-à-dire petite paille. Et voilà le point de départ de la formidable aventure de ce petit trésor.

EN ROUTE VERS LA GLOIRE
Si la fabrication de ce chapeau ne cessa jamais en Equateur au cours des siècles, sa forme change et la technique s'améliore, la demande s'accroît et la production suit dans une certaine limite. Les relations commerciales entre les états d'Amérique du sud deviennent plus aisées et le petit chapeau voit les demandes affluer d'Argentine, du Brésil ou du Chili. L'ouverture du canal de Panama va être le point culminant de cette nouvelle célébrité mais aussi le plus sournois des avantages. Connu et acclamé dans le monde entier à la fin du XIXe siècle, porté par les têtes couronnées ou les stars du grand écran, ou lancé comme un trophé par les politiques, c'est sous un nom d'emprunt que ce chapeau de paille, objet futile pour les uns, indispensable pour les autres, acquit sa notoriété.

PANAMA UN PASSAGE INCONTOURNABLE
Avant le percement du canal, l'Equateur exportait ses produits vers les pays limitrophes par voie terrestre. Ainsi, jusqu'au  XIXe siècle, le sombrero de paja toquilla fit les délices des populations sud américaines et le succès des petites entreprises équatoriennes. Une production confidentielle jusqu'à ce que la demande de sombrero se fasse plus importante, l'Europe et l'Amérique du Nord étant touchés par la frénésie de la mode du chapeau de paille fine. La production dut passer à la vitesse supérieure tout en conservant son intégrité. Difficile passage, le rendement artisanal ne pouvant rivaliser avec les productions industrielles. Mais les manufactures équatoriennes firent face et surent prendre le bon virage. Bien sûr, il y a aujourd'hui encore un grand nombre de contrefaçons. Sur la grande place au Guatémala, il est possible d'acheter un panama pour deux dollars.

Avant ou après le percement du canal, pour rejoindre l'océan atlantique et la côte est de Etats-Unis et les pays occidentaux, le passage par le Panama était de mise. Plus rapide après certes, mais le Panama était toujours le point de départ de la marchandise.

UN SUCCES MONDIAL EN TROIS ACTES

1 En 1867, lors de l'exposition universelle de Paris, le Panama pays invité à exposer, offrit à Napoleon III  un sombrero de paja toquilla. L'erreur est alors consommée, car l' Equateur n'est pas un pays inscrit sur la liste des nations représentées à Paris. Ainsi, le pays d'origine fut-il confondu avec le pays importateur. Le panama ne fit jamais amende honorable et laissa la légende étendre son aura sur le vaste monde de la mode. Les journalistes firent leur travail en décrivant l'empereur arborant un chapeau de paille du Panama.
2 L'histoire continue à patiner et à jouer en faveur du Panama. En effet, en 1880 débute un gigantesque chantier ; celui du percement du canal de Panama qui va relier l'océan pacifique à l'océan atlantique. Des milliers d'ouvriers sont alors recrutés venant de divers pays, notamment d'Equateur, pays voisin. Rapidement, les autorités sanitaires imposent aux ouvriers le port d'un chapeau pour se protéger du soleil. Les équatoriens travaillant sur le chantier venus avec leur traditionnel sombrero de paja toquilla, solides, légers, pratiques, il ne fallut que peu de temps pour que les autres ouvriers réclament et adoptent aussi ce type de protection comme le firent les conquistadors quelques siècles plus tôt. Mais ce chapeau devint l'emblème du costume des ouvriers du chantier de Panama, Une fois de plus l'équateur était évincé de ce succès.
3 La conquête du Panama n'est pas encore arrivée à son point culminant. Il faut attendre 1906 et la visite de Théodore Roosevelt sur le chantier du canal qui salue la foule en agitant d'une main son chapeau de paille. Les médias ont progressé depuis l'exposition universelle de 1867 à Paris, et désormais, les photos en disent plus long que les mots. Celle-ci fit le buzz. La photo du président des Etats-Unis et son panama hat fit le tour du monde. Désormais, il était trop tard pour que les équatoriens redressent la barre : Alea jacta est.


Depuis, on ne compte plus les célébrités photographiés coiffés d'un panama hat, assurant ainsi la promotion d'un objet devenu iconique, abusivement nommé panama. Après tous ces malentendus, il est difficile de rétablir la vérité. L'Equateur demeure le pays où se fabriquent les véritables sombreros de paja toquilla, paille fine, blanche et souple, mais il restera pour l'éternité dans l'ombre du Panama.


UNE RECOMPENSE BIENVENUE  QUI CONFORTE UNE FOIS DE PLUS L'IMPOSTURE

Le tressage traditionnel du panama est classé au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par UNESCO depuis 2012 !  C'est un hommage rendu aux artisans qui, de génération en génération, ont participé à la transmission des traditions culturelles de l'Equateur. Bien que cela ne change guère le cours de la petite histoire, cet accessoire qui a traversé les modes et les ans, mérite tout de même un grand coup de chapeau. A vous, maintenant que vous connaissez les arcanes de la vie tourmentée du panama hat, de rendre à Cesar ce qui lui appartient.

LE  SOMBRERO PINTADO LE VERITABLE CHAPEAU DU PANAMA
Ceci est une autre histoire qu'un jour peut être je vous raconterai, mais il convient de mentionner ce beau couvre chef, un article  artisanal panaméen qui mérite que l'on y prête attention.



jeudi 10 mai 2018

IL Y A UN APRES PROFESSIONNEL APRES LA FERMETURE DE DE GILLES TISSUS

Ce post s'adresse aux curieux et aux amoureux des étoffes, aux particuliers et aux  professionnels, à ceux qui les connaissent déjà et à ceux qui aimeraient faire leur connaissance.
Partager mon expérience du monde textile, c'est presque un devoir pour moi. Mon activité dans ce domaine que j'adore ne s'est pas terminée avec la fermeture de la boutique De Gilles. J'aspire à  transmettre mes connaissances acquises au cours de mes trente années passées au sein de cette belle entreprise familiale. D'une façon ludique, moins conventionnelle que les formations traditionnelles, il est possible de découvrir la matière première trop souvent oubliée au profit de la mode qui s'affiche sur papier glacé. Un poète pourrait-il écrire sans connaître l'alphabet ? Non bien sûr, alors pourquoi un couturier pourrait-il créer des modèles sans connaître intimement les étoffes, comment choisir un vêtement sans savoir quelle matière première a été utilisée pour sa confection ?
Déguster les étoffes à l'aide des cinq sens, découvrir les grandes et les petites histoires des tissus historiques, déchiffrer  les spécificités des principales fibres à l'aide d'une allumette ou d'une goutte d'eau...  Il existe mille et une manière d'appréhender l'univers des étoffes, à la fois si familier et pourtant si mystérieux. Moi, je vous en propose quelques-unes.  
Depuis des années je sillonne notre planète à la recherche de sensations textiles et j'avoue qu'à chaque voyage, je découvre des trésors. Le langage des tissus permet de passer outre la barrière de la langue, parce que le tissu est une sorte d'espéranto, le langage des tissus est universel.
C'est toute cette manne emmagasinée depuis des années que je souhaite partager avec ceux qui, comme moi, aiment passionnément les étoffes.
Après De Gilles Tissus, je redeviens Catherine Kouliche Goldman, l'expérience en plus.  
-->
                       Catherine Kouliche Goldman
                                       Ancienne élève de l’Ecole du Louvre


                                   CONSULTANTE TEXTILE


 Mobile : 06 13 22 06 11                                          Mail  degillestissus@free.fr
2, Place léon Blum  75011 Paris                             Blog  degillestissus/blogspot.Com