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mardi 25 avril 2017

FABRICATION D'UN TAPA ou MARO EN PAPOUASIE INDONESIENNE

Dans toute l'Océanie on utilise la sous écorce de mûrier ou liber ou phloème, tissu conducteur de sève pour obtenir un matériau qui se rapproche physiquement d'une étoffe.
Les artisans locaux s'appliquent à décorer ces tapas de motifs géométriques, graphiques, abstraits ou, au contraire, des représentation très concrètes de la faune, la flore, des diverses activités de la tribu avant de les utiliser pour la décoration, l'habillement ou pour en faire des accessoires.


Ce matériau prend des noms différents suivant les régions. En Papouasie indonésienne, c'est le maro ; à Wallis et Futuna, c'est le tapa. Jadis, les petits maros ou tapas étaient des articles utilisés au quotidien : besaces, ceintures, ponchos, capes. Les grands modèles richement décorés servaient de costumes d'apparat et parfois, de linceul pour envelopper le corps des défunts.

           Lorsque j'ai visité ce petit village tribal installé sur une île au milieu du lac Sentani



                                     j'ai eu la chance de voir des femmes fabriquer un maro.


Cet artisanat est devenu un commerce florissant. La qualité de la production locale est reconnue dans le pays et les points de vente se multiplient en Papouasie, tandis que sur l'ile, les maros sont destinés  aux touristes qui visitent ce village de pêcheurs et aux costumes pour les danses traditionnelles.


J'ai fait mon choix : des marques pages en écorce de mûrier , original non?



Ce commerce est un moyen d'enrichir le village, de faire connaître leur culture et de perpétuer un savoir faire traditionnel.

Après les danses traditionnelles de la cérémonie d'accueil,  je suis allée dans les coulisses pour admirer les costumes

Tapa ou maro, c'est un produit difficile à décrire lorsqu'on ne l'a jamais eu entre les mains. Ce n'est pas un tissu puisqu'aucun fil n'entre dans sa fabrication. Bustier, ceinture, pagne, tout est fait en écorce de murier. La matière est similaire à un feutre assez fin, la fibre est "tassée" dense, et légèrement cartonneuse. Elle n'a pas la souplesse d'un tissu, mais il est possible de l'utiliser pour construire des vêtements aux formes géométriques, comme des rectangles, des carrés ou des triangles.



Sur l'ile, le travail de l'écorce de mûrier est réservé aux femmes, mais ce sont les hommes qui vont couper les mûriers dans la foret avoisinante, de préférence à la pleine lune afin que la sève soit  mieux répartie dans le tronc, ce qui simplifiera les opérations suivantes.
Pour obtenir une simple feuille d'écorce plusieurs étapes sont nécessaires. Ici, le savoir faire se transmet de mère en fille, alors que dans d'autres régions d'Océanie ce sont les hommes qui sont en charge de récupérer l'écorce.

Même les barques sont décorées avec les motifs traditionnellement destinés aux maros

Ensuite, le tronc est fractionné, les "tronçons" étant coupés à la mesure des maros sont transportés à proximité du village en barque, puis sont déposés dans le lac quelques jours afin de faciliter la séparation de l'écorce.




Le bois se travaille encore humide, la buche est raclée afin de dégager la partie tendre du bois : le phloème. Une fois le bois entaillé, débute l'épluchage. La feuille séparée du bois est battue longuement afin de l'assouplir et de lisser sa surface. Il en résulte une feuille blanchâtre qui séjournera encore quelques jours dans l'eau. En ressortant, elle ressemble à une peau de chamois, la couleur a viré au brun et la texture a acquise une souplesse étonnante. La feuille est mise à sécher au soleil avant de pouvoir être décorée avec des pigments naturels : ocres, blancs ou noirs. Après cette suite d'opérations le maro ou tapas est enfin prêt.


lundi 24 avril 2017

PREPARATIFS DE L'EXPOSITION DE SCHIAPARELLI A DIOR : DANS LES COULISSES DE LA HAUTE COUTURE

Encore de belles découvertes dans les archives des familles Sache/Kouliche/Goldman

Robe imprimés papillons pour Givenchy collection 1970 imprimé Sache atelier Beauclère






vendredi 21 avril 2017

LES SURPRISES DES ARCHIVES

Parfois les archives réservent de belles surprises. En préparant l'exposition de Sache textile designer  j'ai trouvé des feuilles d'échantillons de cotonnades et de soieries imprimées  destinées à quelques grandes maisons de Haute Couture, je vous livre ici quelques photos.


Redfern - Worth - Maison Callot - Mainbocher


                                   

mardi 4 avril 2017

EN EXCLUSIVITE QUELQUES PAGES DES CARNETS DE COMMANDES DE LA MAISON BEAUCLERE

Je suis en pleine préparation de l'exposition consacrée à Sache, un textile designer qui travailla pour les plus grandes maisons de Haute Couture entre 1925 et 1972. Voici en avant première quelques pages des carnets de commande de la maison Beauclère qu'il créa avec sa sœur Espée. Les annotations sur les fiches de commandes sont de la main d'Espée.


Des souvenirs textiles pleins les yeux.

Deux mois de voyage au bout du monde. Deux mois de découvertes, de rencontres. De l'Australie au Japon en passant par la Nouvelle Zélande, la Nouvelle Calédonie, le Vanuatu, les iles Salomon, les Philippines, Taiwan. J'ai rencontré des hommes et des femmes formidables, des personnes qui vivent en osmose avec une nature parfois docile, parfois vindicative, quelquefois dangereuse, mais toujours puissante, intimidante, surprenante, époustouflante, surtout pour la citadine que je suis. C'est une expérience fabuleuse, une chance pour une curieuse, un bonheur pour qui possède la fibre textile. L'homme est ainsi fait qu'il s'adapte à la nature environnante et qu'il y puise ses moyens de subsistance. J'ai admiré la manière dont les habitants d'îles perdues dans l'océan pacifique utilisent ce que la nature peut leur offrir pour protéger leur corps des caprices de la météo.  
C'est avec une récolte fructueuse que je reviens, la tête pleine de souvenirs et l'appareil photo bien rempli. 
Ces découvertes textiles, je veux les partager avec vous qui me suivez sur les cinq continents. Je connaissais beaucoup de choses, mais je dois avouer que j'étais loin d'imaginer découvrir autant de secrets de fabrication, de techniques de tissage aussi sophistiquées. J'ai rencontré des artisans dont le savoir faire est un trésor national largement protégé. Tradition et transmission sont les clés de la survie de bien des civilisations. 

Le costume traditionnel est un signe identitaire qui, face à la mondialisation qui touche toutes les populations, demeure un rempart. Le jean et les baskets ont conquis le monde. Tandis que certains ne résistent pas à la tentation, d'autres perpétuent en parallèle un mode de vie traditionnel. Ils conservent ainsi leur identité culturelle et c'est une image que je veux garder de ce périple qui m'a emmené loin, très loin. Le vacarme des voitures et les embouteillages de Paris furent un temps effacés au profit du bruit assourdissant d'un volcan qui crache de la lave en fusion, du rugissement  des vagues qui heurtent la coque du bateau, du bruit sourd de la pluie qui rebondit sur les feuilles de bananier, du silence d'une mer calme, du brouhaha incessant de la foret primaire. La nature est bavarde et, pour qui sait l'entendre, elle est formidable. Si les mots sont éloquents,  les actes sont concrets. Apprenons à nos enfants à préserver la nature et à sauvegarder les diversités culturelles.

vendredi 10 février 2017

Une étoffe au poil

Un poil d'opossum, un brin de laine mérinos, une dose de polyamide.
Ceci n'est pas une découverte artisanale, mais c'est une nouveauté pour moi, intéressante bien qu'industrielle.
En effet, les néo-zélandais ont mis à profit ce qui aurait pu être une catastrophe. De quoi s'agit-il donc ? De la création d'un fil mixte qui donne comme résultat un tricot à la fois doux, léger, et chaud. Pas question d'imiter le cachemire, mais il y a des similitudes, un cousinage en somme.
Pourquoi la décision d'utiliser les poils d'opossum s'est elle imposée ?
C'est une drôle d'histoire. Les premiers colons britanniques arrivés sur ces terres commencèrent par chasser les animaux endémiques pour se nourrir, mais quand les quantités furent quasiment épuisées, ils importèrent des lapins. Ces animaux s'adapteront si bien aux conditions climatiques, qu'ils prolifèrent. Devant cette invasion, les britanniques eurent l'idée d'importer de l'Australie "voisine" un animal carnivore qui débarrasserait le pays de ces intrus. C'est à ce moment de l'histoire que l'opossum entre en jeu. 
Au début, il fit ce que l'on attendait de lui, c'est-à-dire qu'il se goinfrait de lapins. Mais au fur et à mesure que cette nourriture devenait plus difficile à chasser, les opossums se tournèrent vers des proies providentielles endémiques : les oiseaux qui ne volent pas. Et ce qui devait arriver arriva : les lapins se multiplièrent et les opossums se goinfrèrent de proies aux maigres défenses.

L'idée de se débarrasser de cet encombrant fardeau qui, en se multipliant détruisait la faune environnante, était dans tous les esprits.

Les consommer ? Non, alors utiliser leur fourrure ? Une possibilité. Une publicité incitait les habitants à se vêtir de manteaux en opossum, en argumentant :  vous voulez sauver la faune, alors achetez des fourrures d'opossum !
De nos jours, la fourrure n'est plus en vogue, par contre les articles en tricot sont devenus des "must have" surtout dans le sud du pays où le climat est très froid en hiver.
La laine des moutons mérinos se trouve à profusion dans le pays, alors pourquoi ne pas mêler brin de laine et poils d'opossum ? Sitôt dit sitôt fait, peut être pas aussi vite mais l'idée était sur la table et le principe adopté.
Aujourd'hui, dans les boutiques de Queenstown, on trouve des pulls, des ponchos, des bonnets, des gants... En maille laine de mérinos, poils d'opossum et polyamide pour les articles courants, poils d'opossum, laine de moutons mérinos et soie pour les articles de luxe.

dimanche 29 janvier 2017

A LA RECHERCHE DES ARTISANS DES ILES DU PACIFIQUE

"OBJETS INANIMES AVEZ-VOUS DONC UNE AME ?"
A. de Lamartine in "Milly ou la terre natale".
Que notre quotidien serait triste, fade, uniforme sans la présence d'artisans, une catégorie socio/professionnelle trop ignorée dans notre civilisation dominée par la production industrielle. L'artisan, qu'il soit boulanger, électricien, tailleur, nous régale, nous dépanne, nous habille. Il crée une diversité dans notre quotidien, il est témoin de la transmission d'un savoir faire que les machines ne pourront pas toujours égaler.
 Un exemple ? La dentelle de lin Valenciennes n'est plus fabriquée aujourd'hui dans sa forme originale.
Jadis, le lin était filé manuellement dans les caves sombres et humides. Les contraintes techniques, les conditions insalubres rendaient le travail très difficile, mais la finesse du fil obtenu était incomparable. Aucune machine ne peut l'égaler. Ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, mais il prouve que la machine n'est pas la panacée. L'artisanat reste une niche permettant à l'homme d'exprimer tout son savoir faire, un potentiel mal exploité dans les pays industrialisés.
L'artisanat c'est l'occasion de mettre un soupçon d'humanité dans notre quotidien. La régularité n'est pas à l'ordre du jour mais qu'importe, la main de l'homme n'est pas une machine il faut lui accepter une marge d'erreur, c'est parfois là ce qui rend les produits artisanaux si attachants. Les japonais ont compris bien mieux que nous la nécessité de protéger les artisans et leur travail. Imitons-les, sans tarder, avant qu'il ne soit trop tard et que disparaissent les passeurs de savoir faire.
L'ARTISANAT POPULAIRE, UNE ACTIVITE INCONTOURNABLE DANS DE NOMBREUX PAYS EMERGENTS
Dans un grand nombre de pays émergents, l'artisanat populaire est libéré de tout carcan administratif et c'est sans doute ce qui lui permet d'exister et de faire vivre une population qui n'aurait pas d'autres moyens de subsistance. Je pars faire un tour, un grand tour dans le Pacifique entre la Nouvelle Zélande et le Japon J'espère vous faire découvrir le travail des artisans locaux.
Suivez-moi à partir du 6 février sur facebook (Catherine Kouliche Goldman)

mardi 24 janvier 2017

LE FEUTRE CE CELEBRE INCONNU


A PAS FEUTRÉS POUR UN HIVER CALFEUTRÉ
Décembre approche, l'hiver arrive, les mots pour le dire se font plus concrets :  frimas,  gelées, neige, vent, doudoune, cachemire, pull, chaleur, cheminée... C'est la saison froide, alors on se calfeutre chez soi, on avance à pas feutrés dans la neige et dans le vent.
On voudrait se blottir dans un univers rassurant, dans un monde clos, paisible, on apprécie le cocooning .
Conclusion : le feutre est notre ami pour l'hiver

UNE PROTECTION ARTIFICIELLE
Parce que nous, pauvres humains, sommes nus et sans défense face aux déchaînements climatiques, nos ancêtres ont été obligé de remédier à cette lacune en inventant l'habit-abris.
Pour protéger son corps des excès climatiques et d'une végétation parfois hostile, l'homme utilisa ce qu'il avait à portée de main. Avant le fil, avant le tissu, il y eut les plantes avec la  feuille de vigne qui était en fait une feuille de figuier. Puis, vinrent les peaux de bêtes à fourrure, puis les fibres animales feutrées des feutres, et enfin les tissus obtenus par l'organisation des fils perpendiculaires et horizontaux.
Conclusion : saluons le feutre qui fut l'un des premiers textiles créés par l'homme.

LE FEUTRE  EST UN PRODUIT A LA FOIS COMPLEXE ET SIMPLE
Selon la façon dont la matière première est travaillée, le produit fini se présente sous des formes très diverses. Le feutre peut paraître rustique ou sophistiqué, souple ou raide, épais ou fin, solide ou diaphane. Je comprends pourquoi ce produit attire tant d'artisans et d'artistes. Ils peuvent créer leur support de A à Z sans avoir recours à des machines coûteuses ou encombrantes. Le savoir faire, la patience, l'inspiration, la créativité sont des qualités que l'on retrouve dans ces catégories socio-professionnelles. Le feutre est un matériau maniable et chaleureux qui offre tant de possibilités que nos mains ne suffisent pas 
à toutes les exploiter.
Conclusion : pour moi le feutre, le véritable feutre de laine, est simple dans sa structure et humain dans sa complexité. 

UNE ENIGME
Le succès ou plutôt l'insuccès du feutre demeure pour moi une énigme. Ce n'est pas le mystère de sa création qui m'intrigue, je connais bien les différentes opérations qui transformeront une masse informe de fibres animales en une étoffe plane, solide destinée à de multiples usages. Non  ! Ce qui m'interpelle, c'est le désamour du public pour cette matière chargée d'histoire et bourrée de qualités. On peut rapprocher ce phénomène de celui du chanvre qui n'est pas utilisé à sa juste valeur dans notre pays.
Le véritable feutre de laine est un article que l'on trouve rarement vendu au mètre dans les magasins de tissus. Des entreprises spécialisées dans les feutres destinés aux industries automobiles ou papetières existent, mais les  entreprises proposant du feutre de laine destinés au grand public sont moins nombreuses et les prix sont "prohibitifs" pour une vente au détail. Cette constatation me navre. L'offre existe, la demande aussi et pourtant impossible de les accorder.
Conclusion : le feutre a une place à prendre dans notre quotidien

L'EXPERIENCE TACTILE
Il faut avoir eu un contact physique avec cette matière pour comprendre le feutre. Le toucher est un passage essentiel dans la connaissance des textiles.
Je sais que l'expérience ne se partage pas, mais pourquoi ne pas essayer ; parfois les mots ouvrent des portes inexplorées.
La découverte du feutre est étonnante parce qu'unique :  douce sous les doigts, la matière est compacte et solide au point de pouvoir recouvrir les tentes des nomades.
Le feutre se joue de notre imagination, tantôt rudimentaire, sobre lorsqu'il sert d'abris,  il sait se faire arachnéen pour s'entourer autour de votre cou, il gagne en souplesse quand  il s'interpose entre votre pied et le macadam, il peut être chaud ; coloré et brodés s'il devient manteau... Le feutre est une matière chaleureuse, réconfortante et naturelle, chargée d'Histoire et d'histoires.
Conclusion : le feutre devrait côtoyer le velours de coton, le twill de soie, la toile de jute et autres matières textiles dans les tapis d'éveil.

UN INTRUS DANS LE MONDE TEXTILE
Le mot feutre résonne d'une manière très particulière, loin des conventions textiles, car il est considéré par les puristes comme un intrus dans cet univers dominé par la chaîne et la trame.
Si le tissu résulte de la technique de l'entrecroisement de fils, si le tricot nait de l'utilisation d'un seul fil et d'un matériel rudimentaire, le feutre est créé à partir d'une série d'opérations ultra simples, sans support préalable. 
La différence essentielle entre les tissus et les non tissés réside dans l'utilisation de fils ordonnés régulièrement pour le tissu et l'absence de fils dans les non tissés, remplacés par  des fibres désordonnées.
Les toisons des animaux à poils longs peuvent feutrer à force de frottements, de sueur, et de pression. Les poils des pattes des moutons, par exemple, feutrent plus que le reste de leur toison. Mettez une peau de bête sur une selle puis chevauchez toute la journée, le soir vous aurez un tapis de fibres solidement agglomérées, ce que l'on nomme feutre.
Conclusion : le feutre est certainement le seul textile qui se fabrique spontanément 

UN PHENOMENE NATUREL RÉCUPÉRÉ PAR L'HOMME
Une masse de fibres animales enchevêtrées, généralement poils de moutons, de chèvres ou de camélidés en fonction des régions, est soumise à l'action d'une forte pression, de mouvements  répétés et de la chaleur humide.
Ce phénomène de feutrage est naturel chez l'animal : leur toison est parfois très emmêlée, le duvet est quasiment feutré sur le dos des moutons lorsque les tontes se font trop attendre.  Ceci est la partie visible, mais les animaux, en se lavant et se léchant les poils, en avalent suffisamment  pour que leur estomac ne puissent pas les digérer dans leur totalité ; ainsi, se forme une espèce de pelote de poils aglomérés ou boules de déjection. 
Le feutrage peut être involontaire :  il peut être fortuit dans votre machine à laver ou à sécher. Lorsque un pull en pure laine est lavé dans une eau trop chaude ou laissé dans une machine à sécher avec un programme mal adapté ;  les trois éléments mis en action simultanément sont alors réunis pour obtenir le feutrage presque parfait bien qu'involontaire.
Conclusion : le feutre et l'homme : une belle et vieille histoire

FEUTRE ET NON PAS FEUTRINE
On donne le nom de feutre à une étoffe non tissée, faite de poils ou de brins de laine soumis au foulage.
En vert, il est largement utilisé pour les tapis de jeux ou pour recouvrir les tables de billard,  en rouge ou bordeaux il gaine les coffrets où l'on range les ménagères en métal argenté, en rose, bleu ou jaune il est idéal pour fabriquer des déguisements en trois coups de ciseaux parce qu'il se découpe facilement et à bord franc. Mais là, il y a erreur sur la personne, il s'agit en fait de la feutrine. Etoffe plutôt fine, non tissée évidemment, apparentée au feutre,  rarement en pure laine. Ses principaux atouts sont liés au prix bas, à sa gamme très colorée et à sa simplicité d'utilisation. Inutile de faire des surjets ou des ourlets, il suffit d'une paire de ciseaux, cranteurs ou non, et le tour est joué. En général, les feutrines sont vendues au même rayon que les tulles synthétiques, des articles hauts en couleurs et bon marché.
La feutrine comme le tulle ne s'effilochent pas. Cette caractéristique s'applique également à la laine bouillie, au feutre de laine ou synthétique.
En cette période de pré-noël, vous désirez fabriquer votre calendrier de l'avent, des bottes  vertes et rouges pour mettre devant la cheminée, alors c'est bien la saison de la feutrine.
Cela devient un jeu d'enfants, une paire de ciseaux, un métrage de feutrine, de la colle  ou une aiguille et du fil pour assembler les morceaux et voilà le travail : magnifique et presque sans peine.
Conclusion: la feutrine est la reine au royaume des loisirs créatifs

FEUTRE ET LAINE FEUTREE
Il ne faut pas confondre ces étoffes qui sont de nature différente. Le feutre est une étoffe non tissée, mais foulée alors que la laine feutrée subit des opérations de feutrage après avoir été filée et tissée. On parle alors de tissé-foulé.
Conclusion : n'est pas feutre qui veut

UNE LEGENDE PEUT EN CACHER UNE AUTRE

Plusieurs légendes circulent sur la création spontanée de cette étoffe. La plus courante est celle des Huns. Les hordes d'Attila qui déferlent sur les terres d'Asie Centrale sont composées de cavaliers émérites ; ils passent quasiment leur vie à cheval. Afin de rendre ces chevauchées plus confortables, ils mirent sur la selle des peaux de moutons. Et  par le plus grand des hasards si l'on veut, ou par le résultat d'un processus qui conjugue humidité, chaleur et mouvement, la peau lainée se transforma en une couche de fibres solidement enchevêtrées : le feutre.

On raconte aussi que pour tenir leurs pieds bien au chaud, les cavaliers rembourrèrent leurs bottes avec des fibres animales ramassées par ci par là. Et toujours le même résultat pour un processus identique.

Il se forma une sorte de semelle chaude et solide.

Autre civilisation, autre légende: celle de Saint Clément devenu le saint patron des fabricants de feutre et des chapeliers.
Ce moine errant, pour protéger ses pieds lors de ses longues marches, avait l'habitude de mettre dans ses chaussures des touffes de poils de moutons. Il se rendit à l'évidence, la transpiration plus le poids de son corps parvenaient à tasser la laine et à agglomérer tous ces poils. Une véritable semelle garnissait l'intérieur de ses souliers.
Lorsqu'il fut nommé évêque, on dit qu'il aurait créer des groupes "de travail" visant à améliorer la technique de fabrication du feutre.
Celle qui a ma préférence est la légende rattachée à l'arche de  Noé. Avant de larguer les amarres, il fit tondre des moutons. Il fit étaler la laine sur le fond de l'arche qui servirait de litière aux animaux durant la "croisière". Après 40 jours, la couche de laine qui jonchait le sol, après avoir été piétinée, souillée par les animaux et mouillée par les vagues, les amas de laine s'étaient amalgamés, formant une étoffe solide : le feutre était né.
Conclusion : le feutre, une génération spontannée

LE FEUTRE UNE ÉTOFFE HISTORIQUE
Pazyryk, un site situé au confins de la Mongolie apporte la preuve, s'il en fallait, que le feutre a une longue, longue histoire. Des articles en feutre, tapis, sacs, vêtements datant du Ve siècle avant J- C y ont été découverts lors de vastes fouilles archéologiques.
C'est ce qui permet d'affirmer que les hommes vivant il y a plus de 2500 ans maîtrisaient bien la technique du feutrage. Certains historiens textiles font remonter l'utilisation du feutre à près de 8000 ans avant J.C.

Pline l'ancien, dans son Histoire naturelle, consacre quelques lignes à cette étoffe
"La bourre de laine est, de toute antiquité, en faveur pour les tapis. Homère (Od.,IV) nous montre que les anciens s'en servaient déjà. Les Gaulois et le Parthes ont chacun une manière différente de les broder. En foulant la laine on fait le feutre, étoffe qui imbibée de vinaigre, résiste au fer même bien plus, la laie résiste au feu dans le dernier apprêt qu'elle subit, car elle sort des chaudières des dégraisseurs pou être employée  faire des matelas, invention qui je crois est gauloise "

Juste Lipse dans son ouvrage intitulé De remilitari romanorum dit que les soldats samnites, issus d'une tribu installée en Italie centrale, portaient des cuirasses faites de laine feutrée.
On sait aussi que les romains utilisaient le feutre pour des usages militaires (boucliers)

En France, en 1768,  le sieur Antheaume, drapier, présenta au roi louis XV une pièce de drap feutré avec du poil de castor, puis un habit réalisé dans la même étoffe, et sans couture.

Longtemps, ce sont ces draps de castor, fort chers au demeurant, qui étaient les seuls feutres connus. Ce n'est qu'en 1789 que des feutres plus abordables furent proposés sur le marché français par monsieur Trousselier puis un peu plus tard par Messieurs Antheaume et Vera.

Aujourd'hui, on trouve dans certains manuels destinés à simplifier la vie quotidienne des conseils comme celui-ci  in Vinaigre malin, Leducs éditions : Votre stylo feutre est fatigué? Trempez sa pointe dans du vinaigre blanc et vous lui donnerez un sursis. 

Conclusion : le feutre, un textile sans frontières

UN ANCETRE ENCORE TRES VERT
Nous sommes en présence du patriarche de la famille textile. Sa naissance est due au hasard plus qu'à la nécessité. Mais dès son apparition, l'homme lui trouva de multiples utilisations. Dans les plaines mongoles c'est ce qui recouvre l'habitation traditionnelle des nomades, les yourtes ou gers, sortes de tentes circulaires, mais aussi des vêtements de protection solides, imperméables et chauds, des bottes, des coiffes, ou des tapis. Cependant, ici comme ailleurs, les plus jeunes préfèrent porter des doudounes et des jeans que les tenues traditionnelles. Qui pourraient les en blâmer, certainement pas nous. En Bretagne, les jeunes bretonnes continuent-elles à porter la coiffe en dentelle amidonnée,  les alsaciennes portent-elles toujours la tenue traditionnelle que l'on voit encore sur les paquets de levure "alsacienne" ou bien ces vêtements restent-ils dans les armoires pour ne ressortir que ponctuellement pour des fêtes villageoises ? Le parisien sort-il tous les jours avec son béret, ses bretelles, sa baguette sous le bras ? Ce sont des images d'Epinal voilà tout. Ne jetons pas l'opprobre sur une civilisation qui oublie ses traditions, nous sommes loin de pouvoir leur donner de leçons.
Conclusion : le feutre basique artisanal se fabrique sans y penser, en refaisant toujours les mêmes gestes, transmis par nos ancêtres, mais le feutre d'art ne se dompte pas aussi aisément. Il  réclame un savoir qui est l'apanage des artistes.

 LES PEUPLES DU FEUTRE
Sans conteste, ce sont  les civilisations d'Asie Centrale qui, aujourd'hui encore, maîtrisent le mieux la technique du feutrage et surtout, malgré les contraintes de la vie quotidienne moderne, les artisans continuent à produire des articles en feutre.
Le mode de vie des peuples nomades est sans doute l'explication de la permanence de cet 
artisanat. C'est un élément essentiel de leur vie quotidienne. La fabrication du feutre nécessite de l'eau, des fibres animales et de l'huile de coude.
Ces nomades vivent essentiellement de l'élevage de chèvres et de moutons. Ces animaux.  leur procurent la matière première, l'eau est transportée dans des bidons pour leurs besoins quotidiens ou ils installent leur campement près d'une source connue. D'autre part, l'huile de coude semble être une constante chez ces hommes et femmes ; c'est leur moyen de survie, eux qui vivent éloignés du monde moderne et de son confort. 
Le feutre fait partie de leur vie. Leurs yourtes sont en feutre, les tapis sont en feutre, les bottes sont en feutre, les manteaux sont en feutre, les coiffes, les sacs… 
Leur spécificité sont les broderies multicolores qui décorent cette étoffe.
L'artisanat d'Asie Centrale perpétue la tradition du travail du feutre, l'Europe du Nord a fait sienne cette technique et joue avec les couleurs.

Aujourd'hui, même en Mongolie l'artisanat est en voie de disparition, et les feutres industriels se développent. La raison est simple, le gouvernement incite les nomades à se sédentariser, donc leur habitat devient résolument urbain et le feutre disparait faute de trouver sa place. Les maisons sont chauffées, elles ont un toit en "dur". Alors, les industriels fabriquent du feutre pour l'exportation. Les petits articles comme les chaussons ou les chapeaux deviennent des souvenirs pour touristes. Les tenues traditionnelles sont réservées aux fêtes et aux photos souvenirs pour les touristes. 

Conclusion : le feutre est l'ami de la famille, mais pour combien de temps ?

RECETTES TRADITIONNELLES A LA MODE MONGOLE
Non, ce n'est pas la recette du lait de yack fermenté que je vous offre, mais celle de la 
fabrication traditionnelle du feutre.
Pour réaliser cette recette il vous faut de la bourre de laine, un arc à carder, de l'eau chaude, de la teinture, des fils de laine teints, une natte à poser sur le sol, et beaucoup de patience et d'huile de coude.
La bourre de laine est cardée, à l'aide d'un arc.  Si un décor est nécessaire, des fils de laine diversement  colorés seront étalés sur une natte déposée sur le sol. Puis le tout est recouvert par une couche plus ou moins épaisse de laine. 
L'ensemble sera copieusement arrosé d'eau chaude, enroulé dans la natte en jonc le plus souvent. Commence alors le véritable travail. Le paquet sera roulé sur lui même des heures durant. Le temps que les fibres individuelles s'assemblent, s'enchevêtrent. Une autre opération va suivre pour conférer la solidité à l'étoffe. La natte qui servait d'enveloppe est retirée et le rouleau de feutre va être battu, écrasé jusqu'au résultat désiré. La densité dépend de l'utilisation future. Pour un tapis ou pour un sac l'épaisseur sera différente.

Bien entendu, ces peuples connaissaient l'art du tissage, mais ils trouvaient le feutre plus adapté à leurs besoins et leur mode de vie nomade : parfait isolant thermique et phonique, imperméable, solide. La matiere première leur étant fournie par les poils de chameaux et des chèvres, la toison des moutons et de tous les autres animaux à poils vivants à proximité de ces peuples bergers.

UNE RECETTE ANCESTRALE A LA MODE MONGOLE

Les yourtes ou gers sont l'habitat séculaire des nomades vivant dans les plaines de Mongolie. Ces tentes dont l'armature en bois est recouverte de couvertures de feutre, le sol jonché de tapis de feutre. Le principe est simple. On démonte et on remonte ces habitations nomades assez facilement, les éléments sont solides et les nomades, qui sont des bergers, sont habitués depuis des générations à déménager leur habitat en fonction des herbages où paissent leurs troupeaux.
Aujourd'hui, les nomades sont de moins en moins nombreux, le gouvernement de la Mongolie extérieur les invitent à venir habiter dans des appartements construits à leur intention à Ulan Bator. Les yourtes montées en France sont devenus des abris pour touristes en mal d'exotisme au même titre que les cabanes dans les arbres ou les hôtels troglodytes.

UNE RECETTE SIMPLE  DANS L' ABSOLU

Dans le première recette comme dans la seconde, la technique demeure la même : on part de la technique du roulage à plat. Je rapproche cette fabrication de notre pâte feuilletée, à quelques détails près.
Pour réaliser cette recette il vous faut : de la bourre de laine en vrac, de la paille, une grande toile, un bâton, de la ficelle, un cheval, un cavalier en bonne forme, et des milliers d'hectares désertiques.
Donc, la laine et autres fibres sont étendues sur une grande toile généralement en coton ou sur une autre pièce de feutre déjà prête, le tout est recouvert de paille puis largement humidifié. L'ensemble est roulé autour d'un bâton et solidement ficelé. Ce rouleau est alors fixé à l'arrière d'un cheval et traîné pendant des kilomètres à travers la steppe : les chaos du terrain, les accidents du relief, la poussière de la piste, les frottements feront  le travail de mille bras. La couche de laine se solidarisera et, une fois le boudin déroulé et la paille ôtée, une pièce de feutre utilisable pour la yourte et autres utilisations sera enfin prête.
Conclusion Ce produit est fabriqué sans intermédiaire, du producteur au consommateur. Mais si le temps ne comptait pas jadis, il semble que les règles changent dans notre civilisation moderne. Ce sont sans doute les dernières démonstrations de générations de nomades qui mettent en place ce savoir faire millénaire.

Restons dans le domaine culinaire et voici ma version purée de pomme de terre et feutre. 

FEUTRE ET POMME DE TERRE  : UNE SAVEUR DU TERROIR
Parce que j'ai encore le goût de la purée de pommes de terre de Joel Robuchon que j'avais dégustée lorsqu'il avait son restaurant rue de Longchamps à Paris, je me dis qu'un produit banal peut devenir un produit hors du commun lorsqu'il est transformé par des magiciens.

Drôle d'amalgame indigeste me direz vous ! Peut être, mais en écrivant ce post, je me suis mise à penser à cette matière d'une autre manière et un parallèle s'est imposé à moi très involontairement mais spontanément. Le feutre, matière textile, possède de nombreuses 
similitudes avec la pomme de terre, matière alimentaire.

Produits roboratifs, rustiques, qui peuvent, entre les mains expertes d'artistes textiles ou culinaires, devenir des articles raffinés voir sophistiqués. 

La grande variété de pommes de terre que l'on trouve au Pérou, et la diversité des produits fabriqués à partir du feutre, voici encore des éléments qui autorisent ce rapprochement inattendu.
La fabrication du feutre est une véritable recette de cuisine, d'abord chacun revendique la sienne, et les artistes ne divulguent pas la leur.
Fabriquer un feutre artisanal c'est un peu faire une pâte feuilletée maison : les mains dans la farine ou dans un amas de fibres animales on mélange, on malaxe les ingrédients, on ajoute de l'eau et ensuite va pour l'huile de coude, la patience, le tour de main.
J'aime la façon de procéder, parce qu'elle est éminement tactile. Nos mains sont en relation avec la matière, qui va peu à peu se transformer, nos muscles viennent à la rescousse et l'apparition d'un produit nouveau est quasi magique . 
Les machines remplacent souvent la force humaine, le travail obtenu est alors plus régulier, plus rapide, plus homogène, plus lisse mais moins personnel par la force des choses ou des machines, déshumanisées. J'aime sentir autre chose que la présence d'une machine dans une étoffe. Des petits défauts, des variations de nuances, des imperfections parfois à peine décelables, sentir une présence humaine, loin de la perfection mais oh combien subtile.


Conclusion: carpe diem ; profitons de l'instant, soyons feutre jusqu'au bout, faisons nous plaisir en portant des articles que l'homme façonne en utilisant sa force et sa créativité. Homme made, et pourquoi pas aussi Femme made, ce qui serait plus adapté aux articles en feutre artistico-artisanal.

DE LA FABRICATION ARTISANALE À LA FABRICATION INDUSTRIELLE
Aujourd'hui, la fabrication artisanale du feutre est restreinte pour de multiples raisons. Il s'agit plus d'un artisanat artistique. Les articles sont souvent des pièces uniques. 

LE FEUTRE UN ARTICLE PRIMITIF, UN MOYEN D'EXPRESSION REDÉCOUVERT PAR LES ARTISTES
Le feutre est un article qui nous vient d'Asie centrale. En Occident, il fut longtemps cantonné à des utilisations de première nécessité ou à la fabrication d'accessoires (semelles chaudes, vêtements de protection, tapis, sacs…). Mais quand la mode du fait maison, du fait main réapparut, le feutre devint un acteur de premier plan. L'attrait d'une technique simple, d'un matériel réduit, fit son succès.
LE LANGAGE LIBERÉ DU FEUTRE
Si les artistes ont trouvé dans le feutre un moyen de s'exprimer plus librement encore que dans la sculpture ou la peinture, ce n'est pas par hasard et encore moins par nécessité.
Dans ce post, mon propos est de vous en dire plus sur ce feutre artisanal qui se présente sous diverses formes et couleurs.                 
Le feutre industriel est plus sérieux, la gamme de couleur réduite, visuellement sa surface est plane. Il est aussi moins riche en histoires, et je laisse aux industriels mieux armés pour  parler de leur production. 
Le feutre est un concentré non seulement de vitamines mais plus encore. Il possède des qualités dont il nous fait bénéficier : c'est un article  naturel, avec protection thermique excellente, c'est un bon isolant phonique , son imperméabilité n'est plus à démontrer,  il se découpe à bords francs. C'est le tissu idéal pour de nombreuses applications ; il est gratifiant   pour les enfants, les adultes, les novices car il permet d'obtenir un résultat très rapidement. Ni chaîne ni trame, voilà qui laisse libre court à l'imagination créative de chacun et libère le mental de toute forme de restrictions.
Curieusement, étoffe traditionnelle s'il en est, le feutre autorise une évasion du poids culturel, il se plie aux volontés des créateurs, avec ses multiples facettes : distorsion, brut ou sophistiqué, il se cache ou se dévoile, se déguise ou se livre tout nu. Cette étoffe vit, séduit et éconduit nos contemporains. 

LE FEUTRE DE LAINE INDUSTRIEL  `
C'est aujourd'hui un produit rare sur le marché français car le prix de revient rebute les clients. Les feutres synthétiques ont largement pris la place du feutre de laine. C'est dommage.
Si c'est un hobby,  nous sommes alors dans un espace temps qui devient un plaisir.
  
DU FEUTRE INDUSTRIEL AU METRE DANS LES MAGASINS DE TISSUS ?
Trouver aujourd'hui du véritable feutre de laine est un casse tête auquel je me suis heurté maintes et maintes fois. La production française est faible et les tarifs élevés, compte tenu de  la  faible demande. La lutte contre la concurrence des feutres synthétiques se révèle inégale.
Celui qui n'a jamais tenu entre ces mains du véritable feutre en laine ne peut imaginer la texture, la densité et la légèreté de ce produit. Alors comment faire la différence entre le feutre, le feutre en fibres de polyester et la feutrine? Tout est question de dosage et d'expérience.
Pour obtenir des feutres de laine il faut passer par le marché de Mongolie ; les délais sont très longs et les tarifs, compte tenu du transport et des frais de douane, ne sont pas vraiment bas.

LA SECONDE VIE DU FEUTRE INDUSTRIEL : UN RECYCLAGE BIEN VU
Les charentaises tirent leur nom de la région charentaise. En effet, dès le XVIIe siècle, des industries papetières et textiles se sont installées le long de la Charente et de ses affluents.    Les presses à papier nécessitaient des tampons en laine qui devaient aussi absorber le surplus d'humidité de la pâte à papier.
Une fois qu'ils n'étaient plus suffisamment absorbants, ces tampons étaient mis au rebut. Or  le recyclage était chose courante . Ainsi, le feutre inutilisable dans l'industrie papetière, trouva une seconde vie. Les savetiers alors nombreux dans les campagnes, misèrent sur ce produit Imperméable, chaud et confortable. L'idée était d'utiliser ce matériau facile à travailler et chaud pour des semelles. Ces premiers essais furent concluants, les agriculteurs trouvèrent le produit à leur convenance car ces chaussons portés dans les sabots rendaient ces derniers plus confortables. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que l'on rajouta une semelle rigide et la partie supérieure, appellée la tige, était réalisée avec les surplus des tisserands alors nombreux dans la région. Tout à portée de mains ou de pieds, la matière premiere bon marché et le savoir faire des savetiers permettaient de marcher toujours à l'intérieur sans le support des sabots.

Un temps, ces pantoufles nommées "silencieuses" furent portées par les valets, qui pouvaient ainsi se déplacer dans les pièces sans déranger leur maître.
On raconte que les bijoutiers d'antan portaient des chaussons en feutre afin d'étouffer le bruit des souliers dans les ateliers, et une fois hors d'usage, ils étaient incinérés afin de récupérer les  particules de métaux précieux qui auraient pu tomber. 

BAGUETTE, BERET ET CHARENTAISE : UNE SILHOUETTE UN BRIN FRENCHY

Les charentaises sont un exemple de produit qui eut son heure de gloire et, malgré un relooking, ne parvient pas à trouver un large public. Chaussons douillets, pantoufles confortables à défaut d'être sexy, très french touch. Aujourd'hui assimilés à la baguette et au béret , ces articles ont un peu perdu de leur prestige acquis dans l'entre deux guerres. 
Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte : les gens de ma génération ont tous vu leurs parents, surtout leur père et grand père, porter ce type de pantoufles or en 68, nous avons essayé de bousculer les codes, alors pourquoi les reprendre 40 ans après ? Les intérieurs des maisons et des appartements sont mieux chauffés, et le prix peut être disuasif entre 30 et 50 euros selon la taille.
De nos jours, c'est aussi un produit à la mode, les bobos apprécient le confort feutré de cet 
article de luxe et pour eux, le prix élevé est un accélérateur d'achat .

Ce petit air français s'exporte très bien et le succès est probablement encore plus important à l'étranger  mais, comme toujours, nul n'est prophète en son pays. 
Ici comme ailleurs, il y a  toujours des pantouflards alors tout n'est pas perdu. Mais combien de temps encore cette production survivra-t-elle à la concurrence étrangère ?
Il se pourrait que ces pantoufles deviennent collector dans quelques années, au même titre que nos vinyls 33 tours et nos cassettes audio

 Conclusion : aujourd'hui le label made in France fait vendre en France, et encore un peu à l'étranger. 

CONCLUSION 
Le monde tourne, et nous avec lui.  Au risque de nous perdre dans notre passé ne nous reposer sur nos lauriers. Notre jeunesse est loin et il nous faut aller de l'avant, être opérationnels, vivre au rythme de notre époque et garder le passé dans notre boite à souvenirs avec les photos, les films  super huit, la machine à coudre à pédale et le mange disque.Mais le passé n'est pas pavé d'inutilités, non! Les légumes anciens reviennent dans les recettes des nouveaux jeunes chefs, les disques vinyls deviennent des must have. Ce n'est plus une honte de regarder le passer et d'y prendre ce qu'il y avait de bon. Le feutre est un de ces trucs qui depuis des siècles traverse les époques avec élégance.

CONCLUSION DE LA CONCLUSION  
Profitons de l'instant, profitons de ce que nous offre le monde textile d'aujourd'hui avec les matières textiles d'hier tant qu'il en est encore temps .
Les fibres naturelles sont nos amies, elles sont encore présentes dans les rayons des magasins et reviennent même en force dans l'univers de la mode. Sachez en profiter c'est  ce que je vous souhaite.

lundi 23 janvier 2017

UN BAIN EN TETE A TETE AVEC VOS SOIES

Le bain est un moment d'intimité, un tête à tête avec votre chemisier en soie préféré.
Ne vous méprenez pas, il ne s'agit que d'un clin d'œil, rien de consternant ou de dramatique, mais une expérience sensuelle, parce que le tissu se découvre non seulement avec les yeux mais aussi avec le toucher. Je veux simplement dans ce post vous faire prendre conscience de la simplicité et du plaisir que l'on peut prendre à entretenir un article en soie que l'on aime et que l'on désire conserver le plus longtemps possible dans les meilleures conditions.
Utiliser ses mains, ses doigts pour aller à la rencontre d'un article que vous portez à même la peau, qui vous protège et vous pare mais que vous ne connaissez pas vraiment.
Les fibres textiles animales, qu'il s'agisse de soie ou de laine, aiment l'eau tiède, ni trop chaude, ni trop froide, détestent les changements brusques de température, tout doit se faire graduellement. Force est de constater la similitude avec notre peau. C'est pourquoi, si vous prenez autant de précautions à entretenir vos vêtements en laine ou en soie que votre peau, alors vous ne les abimerez jamais.
Fastidieuse, récurante, ennuyeuse la lessive ? Pas toujours, faites de ce moment un moment poétique, remplacez le par le mot bain, je n'irai pas jusqu'à "spa" mais en y songeant, pourquoi pas, certaines pièces de votre vestiaire le valent bien non ?

C'est une carte du tendre que je vous propose, et cela peut se faire avec des
sous-vêtements, des bas, des gants, des foulards en soie... Tout ce petit monde attend que vos mains remplacent le bruit de la machine à laver, le tambour de la machine à sécher. Je suis certaine qu'après ce spécial spa, rien ne sera plus comme avant. Dans les magasins, vous regarderez de plus près les étiquettes d'entretien et vous oublierez la fast-wear. Prendre conscience de ce que l'on veux porter c'est déjà porter attention à ce que l'on va acheter, et la voie est ouverte au slow wear! Youpee !
Un entretien de quelques minutes, le lavage à la main est une expérience sensuelle. Tous les articles qui sont en contact direct avec notre peau ont besoin de lavages fréquents. Les traces de transpirations (sels et acides) ne doivent pas rester trop longtemps sur les fibres, au risque de les altérer. Si certains articles vestimentaires sont considérés comme une seconde peau, entretenons les comme tels. Quelques minutes vont suffire à rendre tout son lustre à un chemisier et ce n'est pas beaucoup lorsque l'on pense à tout ce chemin parcouru depuis le cocon, en passant pas le filage, le tissage, la teinture, la couture. Alors oui, posséder des articles en soie implique que l'on sache les entretenir.
Prendre le temps de choisir, prendre le temps d'entretenir, prendre le temps de profiter.
Faites couler de l'eau chaude dans un lavabo. Jetez-y quelques paillettes de savon, sans parfum et autant que possible sans colorant, agitez le tout avec les mains, sans gant, uniquement avec les mains. Une fois le savon dissout, rajoutez de l'eau froide afin d'obtenir un bain tiède. Au jugé, il faut que la température de l'eau ne provoque pas de sensation désagréable sur vos mains. Alors, et alors seulement, plongez votre chemisier dans le liquide. Remarquez comme il va peu à peu se fondre dans ce bain délicatement savonneux, il se gorge de ce liquide onctueux, il se déploie, il surnage un instant puis va sombrer au fond du lavabo, entrainé par le poids de l'eau absorbée. Mouillée, la soie est sensuelle, mais attention ! Elle est plus fragile que lorsqu'elle est sèche.
Maintenant c'est à vous de jouer. Jeu de mains jeu de vilain ? Non pas ici, au contraire.
Vous allez l'aider à se débarrasser des poussières, de la saleté ou d'éventuelles taches en l'entrainant dans une danse en eau trouble. A deux mains, agitez délicatement l'article, puis sortez le sans l'essorer drastiquement mais en le pressant légèrement. Renouvelez le bain toujours tiède, cette fois sans savon mais avec quelques gouttes de vinaigre blanc pour le rinçage et retrempez un petit moment le vêtement. Ressortez le pour une dernière fois. Videz le lavabo et remplissez le à nouveau avec de l'eau fraiche. Replongez le chemiser dans une eau limpide et recommencez la danse. Vos mains sont en contact avec ce tissu et vous allez découvrir un autre vêtement, un inconnu dont vous faîtes connaissance différemment, au cœur de la fibre. Et voilà ! Le spa se termine. Sortez le chemisier de l'eau, pressez le délicatement puis enroulez le dans une serviette éponge qui absorbera l'excédent d'humidité.
Ensuite, faites sécher votre chemisier à plat sur une autre serviette sèche.
Ce chemisier anonyme qui attendait sur un cintre dans votre dressing va désormais vous être familier. Vous l'avez vu nu, sans protection, et vous l'avez protégé, rénové. Il devient votre ami. Le respect dû à un vêtement commence par sa conquête. Il vous a conquis dans le magasin, mais aujourd'hui c'est à vous d'aller à sa rencontre. Il a une personnalité, il n'est ni banal, ni ordinaire parce qu'il vous plait et que vous lui plaisez.


PS Attention : pour laver un article en soie, il ne doit être ni brodé, ni teint artisanalement. Il faut s'assurer que les couleurs sont grand teint. Si l'article est doublé avec une matière différente ou entoilé, reportez vous aux indications portées sur l'étiquette, en général le nettoyage à sec est préconisé.