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jeudi 8 novembre 2018

LE CHEMIN DES SOUVENIRS

Il a suffit d'un rayon de soleil, d'un ciel tout bleu au dessus de Paris après une journée maussade, grise, pluvieuse,  pour que d’un seul coup l’image de la petite fille que j'étais refasse surface. Par quel hasard ai je remonté le chemin de mes souvenirs, pourquoi ma mémoire a t elle été chercher ces quelques instants? Mystere? Peut être pas. La vision fugace d'une fillette en jupe écossaise et socquettes blanches qui traverse la rue devant moi a été le déclencheur de ce retour aux années 50...
L’école  primaire de la rue de Sévigné n’existe plus mais le bâtiment lui est toujours là, solide, historique,   désormais muet. L’heure de la récréation ne sonne plus et le brouhaha des enfants  qu'on libéraient quelques instants ne résonne plus dans cette cour, aujourd'hui seuls peut être quelques oiseaux citadins qui nichent encore dans les arbres de la cour de cet hôtel particulier du XVIIe siècle se permettent de troubler le silence   
Mais ce jour de juin 195 … il faisait chaud et j’avais eu l’autorisation de sortir « en taille » comme disait maman. L'arrivée du printemps c'est aussi une tenue nouvelle et cette  jupe plissée à carreaux  bleu-marine et vert je pouvais enfin la porter. Avec des sandalettes blanches aux semelles en crêpe et mes socquettes neuves évidemment blanches.   
 je portais une chemise bleue et un gilet tricoté par une de mes tantes probablement ... j'avoue ne plus me souvenir de sa couleur. C'était une tenue tout à fait conforme à l’idée que l’on se faisait alors d’un vêtement confortable   , pas vraiment élégant mais fonctionnel pour une écolière.  Je me sentais légère, et à l'époque je l'étais vraiment,  je volais plus que je ne marchais et sur ce bout de trottoir, parce que manteau, veste, bottines    témoins d’un hiver rude étaient restés dans mon armoire.  Cette nouvelle jupe, c'était le présage d'une nouvelle saison, avec elle la liberté de mouvements un les prémices de l’été  qui laisse  les bras et les jambes à l’air, imperceptiblement caressés par les rayons encore timides du soleil
Comment une tenue aussi  quelconque  a t elle pu  imprimer dans mon disque dur ?  Je n’ai pas d’explication, mais ce que je ressens aujourd’hui  c'est le début d'une belle saison, celle qui libère le corps de ce carcan d'étoffe.  Je vous laisse, je vais m'habiller, et avec un immense plaisir  puisqu'il fait si beau encore en ce début d'automne je continu à utiliser mon vestiaire estival, manteaux, bottes, collants sont encore remisés pour quelques jours, aujourd'hui je sors "en taille".


UN VELOURS MADE IN USA
 C’était dans les années 50, finalement pas si longtemps après la fin de la seconde guerre mondiale. En France, tout était calme, et rue de Sévigné la vie s’écoulait joliment. Nous habitions alors au dessus du magasin de mes grands parents, un magasin qui a marqué mon enfance et  plus encore puisque dans ce lieu magique on vendait des fournitures pour tailleurs....! Tout un programme n'est ce pas. 
Un jour le facteur nous livra  un colis, en provenance des USA. Les timbres étaient nombreux et la mention air mail barrait une partie de l’emballage. Le nom de l’expéditeur ne surpris pas mes parents, il s’agissait de l’oncle d’Amérique. Eh oui nous en avions un, un vrai le mari de la sœur de ma grand mère. 
La curiosité vous taraude? Alors je ne vous fais pas attendre plus longtemps je vous livre le contenu de ce colis : un métrage de velours corail ! Je n'avais  que six ou sept ans et voilà peut être l’origine de ma passion pour la couleur sinon pour les tissus. Une lettre accompagnait ce cadeau inattendu. Outre Atlantique on  nous pensaient dans l’embarras, je dis nous, mais je pense les français. Avions nous suffisamment de nourriture,  pouvions nous acheter du tissu pour fabriquer des vêtements chauds pour l’hiver ? Il semble que l’information n’était pas arrivée jusque Trenton une ville située dans le New Jersey, (n'y voyez aucune allusion au tissu, quoi que...)
 Bien sûr que nous avions de quoi manger et pour nous vêtir , mon grand père étant lui même marchand de tissus nous étions pourvu de ce coté là au moins! Mais après les remerciements d’usage, il fallut faire quelque chose avec cette coupe. Et le cadeau me tomba sur le dos, je veux dire sur les jambes, car la couturière transforma ce velours côtelé corail en un pantalon pour le moins voyant. Il faut un début à tout et malgré ma timidité j’assumais cet accoutrement. Imaginez les réactions des écolières lorsque vêtue de ces spectaculaires culottes longues  je traversais la cour de récréation. Le velours passe encore, mais corail, alors là je renversais les codes. Marquée par cet épisode, je suis depuis une fille insensible aux diktats de la mode, et je m'en porte fort bien merci..

UNE ROBE DE PETITE FILLE D’HONNEUR 
 Il faut souffrir pour être belle, que n’ai je entendu ce ridicule diction dans mon enfance. Le passage chez le coiffeur, disons plutôt le friseur m’a laissé un souvenir si terrible que pendant des années j’ai refusé que l’on s’attaque à ma chevelure,  toute allusion à une  permanente et une coloration  était bannie de mon vocabulaire.
Le coiffeur était un ami de mes grands parents, et pour le mariage de mon oncle il fallait boucler mes cheveux qui ressemblaient à des "baguettes de tambour"  Je pense que cette expression désuette était pourtant bien choisie. Cinq ans, j’avais cinq ans et une peur panique de cette machine à bigoudis chauffants. On me mis sur la tête ces trucs chauds qui étaient sensés friser mes cheveux. Pourquoi fallut il m’infliger ce supplice ? Mes cris et mes pleurs  n'empêchèrent rien, et l’assistance c’est à dire la clientèle du salon de coiffure de monsieur  Simon  souriaient en voyant cette charmante enfant tenter de se soustraire à la permanente.
Mais c’était là le dernier acte avant la cérémonie, avant cela il y avait eu les essayages  innombrables chez la couturière. Je me souviens encore  de cette femme, aimable, patiente et habile de ces mains, qui m’avait confectionné une robe  en organdi bleu ciel  doublée d’une soie bleue plus foncée. 

Je me rend compte en déroulant ces souvenirs

combien  déjà l'étoffe avait de l'importance dans mon environnement proche.  Une robe qui tourne c'est formidable mais les  interminables retouches c'était redoutable, parce que au moindre geste et hop une épingle qui me piquait. Ce qui me consola c’est ce petit sac, une petite bourse en fait que je portais au poignet  fabriquée dans le même tissu que la robe. Il faut croire que cela en valait la peine, car sur les photos non seulement je frise, mais ma robe est magnifique et en prime je souris, visiblement ravie d’être en vedette entre les mariés.

Pourquoi attache t on tant d'importance à un vêtement? C'est bien peu de chose en somme, un métrage de tissu, quelques coutures, et puis ce petit plus qui donne l'allure, j'avoue avoir des souvenirs textiles marquants mais je ne suis pas la seule, autour de moi beaucoup de mes amies gardent un souvenirs ému, douloureux, heureux, mais un souvenir bien encré au fond de leur mémoire d'un vêtement, parfois même de plusieurs...
Je me souviens.... bien sûr qu'on s'en souvient de ses premiers bas nylon, de sa première mini jupe, comme de son premier baiser ou de son premier mobile... mais pourquoi? Parce que le tissu, l'étoffe, la matière est une chose tactile, sensuelle, visuelle, parce que nous vivons de la naissance avec le lange jusqu'à la fin avec le suaire dans un monde où le textile est toujours près de nous. Ainsi le chemin de nos souvenirs est il jonché  d'images  vestimentaires :  une tenue, une couleur, une    étoffe ou un vêtement. Nos sens sont là pour nous faire découvrir les secrets d'un monde inconnu et pourtant si présent : celui des étoffes.






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