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jeudi 3 octobre 2019

LA BOURETTE DE SOIE UNE AMIE QUI VOUS VEUT DU BIEN

Chers (es) amis (es) lecteurs (trices) de ce  blog, je reviens les bras chargés de nouveautés, de rencontres étranges et curieusement interessantes, et nous allons en cette nouvelle saison, cheminer ensemble dans les méandres des vies secrètes des étoffes.

Alors pour commencer je vais vous dévoiler la face cachée de la "bourrette" de soie.

De Borre puis puis bourre du latin burra = étoffe grossière à longs poils. Le mot bourrette apparaît dans la langue française vers 1420.
Le tissu nommé bourrette est constitué d'un fil de soie reconstitué avec des déchets recueillis tout au long des étapes de la transformation du cocon en fil. La soie n'est pas la seule matière  textiles à subir différentes opérations. lors du peignage de la laine, il "tombe" des fibres  trop courtes pour être filées, ce qui donne la bourre de laine ,  pour le lin ou le chanvre ces déchets se nomment étoupe  et   pour la soie c'est la schappe.
Il existe ensuite des sous divisions dans les déchets  ; il convient de différencier schappe et filoselle, les fils dits schappe sont soumis à une opération de schappage qui consiste à désagréger les brins dans l'eau chaude ce qui conserve le lustre, la filoselle quand a elle est un tissu mixte (déchet de soie et coton) 
La bourrette (fil et tissu), la bourre de soie(fil) et le fleuret (tissu)sont encore autant de produits textiles de soie différents :
La bourrette est une étoffe tissée avec des fils constitués des déchets obtenus lors des diff_rentes opérations  effectuée sur le brins de soie(du d_vidage au tissage)
On peut donc considérer comme impropre le terme bourrette il faudrait plutôt dire schappe.

Les déchets de soie, une fois récupérés sont traités spécialement par cardage. On parvient par une forte torsion ˆ obtenir des fils grossiers certes mais solides, qui entre dans la fabrication d'étoffes de qualité courante Commercialisés sous forme d'articles en maille (T shirt) d'articles tissés ( des chemises, jupes ou vestes) à des prix très abordables pour une soie, d'ailleurs le consommateur ne s'y trompe pas et le succès de la bourrette croît d'année en année.

Les bourrettes les plus fines ont une surface granuleuse et les bourrettes plus _paisses ont un aspect rustique ; les fils plus épais permettent un tissage destiné à la fabrication de vestes, chemises ou m_me pantalons. 

Pour reconnaître la bourrette  l'utilisation d'un grand nombre de tests est requise. Utilisez à volonté la vue, le toucher, l'odorat

La vue
Bien que la composition chimique soit la m_me pour les brins de soie naturelle (provenant du dévidage du cocon des bombyx du mûrier ) et les fils de bourrette, ces derniers n'ont ni la douceur ni le brillant de la soie naturelle parce que :
-ces brins ne peuvent pas être débarrassés de leur grès en totalité_
-la forte torsion nécessaire à leur filage absorbe en bonne partie l'éclat qui pourrait subsister : un crêpe de Chine est moins brillant qu'un taffetas
-Le fil obtenu après le cardage est irrégulier, sa surface est "poilue" et rend le tissu granuleux    qui  un relief qui rythme la surface des étoffes
Ces "boutons" moins nombreux et moins visibles que dans les soies sauvages agrémentent la surface du tissu mais emprisonnent le reste de lustre
-Du fait de la torsion du fil et de son non dégommage la surface est grenue et n'a pas la douceur que l'on attend d'une soie.
-les poils absorbent la lumière en empêchant celle ci de se refléter sur une surface lisse
Une bourrette de bonne qualité offre une  inhabituelle combinaison :
-le tissu est fin, son éclat caché est sous-jacent, il ne brille pas de tout ses feux, mais on perçoit une lueur derrière la brume, sa surface est à la fois mate, granuleuse et poilue mais jonchées d'étincelles.
La bourrette est pleine de promesses (qu'elle tient) et pourtant  d'aucuns la  considèrent comme une étoffe pauvre.
Un fil tors de bourrette résiste bien à la traction, par contre si vous prenez un fil, que vous le détorsadiez en même temps que vous lui fassiez subir une traction, il se désintègre, un peu comme de la ouate...

Le toucher :
Les bourrettes de soie ont un toucher reconnaissable à la fois rêche, doux et savonneux, que l'on ne retrouve pas ni dans les doupions ou les shantung qui ne sont pas des déchets aussi petits
La bourrette donne l'étrange sensation qu'ayant été à lavée à l'eau et au savon, le tissu a été mal rincé_ et par conséquent il "grince" entre les doigts
 La meilleurs façon de vous en rendre compte c'est de les manipuler...Pour certaine personnes le toucher d'une bourrette de soie provoque la même répulsion que le toucher d'un velours  ou la même réaction épidermique que le  grincement de la craie sur un tableau noir. Une bourrette de soie  possède une main particulière : c'est un tissu mou et pesant, et en général son tissage lâche empêche une utilisation en biais car il se déformerait facilement ; il est tout le contraire d'un tissu nerveux, mettez le en boule, il ne se mettra pas en colère ! Il n'est pas élastique mais inerte chose particulièrement inhabituelle pour une soie.

L'odorat
Malgré tout ce qui précède il est  encore possible de se fourvoyer car la bourrette ressemble à s'y méprendre  à un coton, non pas un coton Suisse, lisse et brillant, mais un coton indien, rustique, irrégulier, boutonné, épais et mat. Si un doute subsiste, ayez recourt au test de l'allumette. L'ôdeur de la corne brûlée ne vous laissera alors plus aucun doute sur la nature du tissu. S'il s'agit de filosselle, vous aurez également un fil de coton qui brulera comme du papier en laissant des cendres grises

Les bourrettes sont selon les qualités fines ou épaisses, tricotés ou tissées mais attention, ces fibres très courtes s'useront plus rapidement qu'une étoffes tissées avec des fils longs   Compte tenu de ces caractéristiques un fil constitué de brins courts (quelque soit sa nature, soie, laine ou Fibranne) n'est pas absolument idéal pour la chaîne (la traction étant forte) bien que certains tisserands en fassent usage.  Cependant si c'est le cas, un tisserand consciencieux utilisera des fils obtenus à partir des déchets de cocons autres que ceux du bombyx du mûrier, par exemple ceux des chenilles vivant à l'état sauvage qui sont plus solides, mais ceci est rarement indiqué sur l'étiquette.
Il est fréquent de trouver des bourrettes comportent en chaîne et en trame le même genre de fil, et si souvent on rencontre l'armure panama, (deux fils en chaîne croisant deux fils en trame) c'est pour conférer à l'ensemble du tissage une plus grande solidité_.
Pourquoi les uns sont ils plus solides que les autres ?
Parce que les animaux ont une nourriture diff_rente qui entraine une couleur de bave différente mais aussi une composition chimique quelque peu différente (plus de calcium pour les cocons sauvages) : les chenilles vivant à l'état sauvage ont une nourriture
Parce que les déchets des cocons de vers sauvages résultent du cardage de la totalité du cocon, ce qui n'est pas le cas en ce qui concerne le traitement des cocons des chenilles du bombyx : les cocons non percés sont dévidés et les déchets obtenus sont alors moins nombreux, plus fins et moins solides(récupérés seulement dans les rebuts des premiers tours du cocon, irréguliers, abîmés ou tachés et dans la fin du cocon c'est à dire la partie proche de la chrysalide, fil faible parfois contenant des impuretés, traces de la chrysalide elle même ; les fibres proches de la chrysalide fabriquées par la chenille quasiment épuisée à ce stade sont trop faibles pour être dévidées (elles se cassent) En général ces segments de brins plutôt faibles et irréguliers sont utilisés pour la fabrication des shantung.

Etant donné la courte longueur des fibres, le fil peut manquer de vigueur et surtout d'élasticité dans les qualités les plus courantes aussi préférez une bourrette de bonne qualité même un peu plus cher, que vous aurez bien en main et qui vous semble exister à une bourrette pauvre c'est à dire inerte, sans présence et sans éclat. On trouve des bourrettes commercialisées sous  diverses formes
-de toile simple  armure simple 
- d'un dérivé de l'armure toile le panama les fils de trame et de chaîne s'entrecroisent deux par deux.   Son toucher semble adouci, son tomber est plus lourd, et sa solidité plus grande. Poids idéal pour tailleurs


La bourrette "crêpée" : les fils ont subit une torsion  mais l'aspect crêpé est produit par un artifice : le fil est un fil fantaisie c'est à dire qu'il sert d'^me et qu'autour de lui serpente un fil de soie ou de coton qui crée un certain relief, ce qui donne un tissu encore différents de ceux que nous venons de voir : souple et lourd Parfait pour une veste



La bourrette de soie a une excellente affinité avec les colorants. Elle se déteint et se reteint avec beaucoup de facilité (avis aux costumiers) La surface de ces tissus étant "sablée" l'impression est difficile. La couleur (épaissie pour l'impression) s'accroche aux aspérités de l'étoffe, et les dessins manquent de lisibilité
A l'usage, une bourrette imprimée semble avoir usée prématurément, le tissu bouloche comme une laine, et les dessins ont tendance à s'estomper aussi faut il se méfier des bourrettes imprimées si l'on aime les vêtements irréprochables
Sur une bourrette naturelle non blanchie, des taches noires peuvent apparaître, il s'agit de résidus de la chrysalide (terme désignant la nymphe des lépidoptères, état intermédiaire entre la chenille et le papillon. La chrysalide se développe dans une enveloppe de protection nommée cocon dont on tire la matière textile) La chrysalide du ver à soie est huileuse et comme rien n'est perdu dans l'industrie des déchets, on  exploite aussi ces résidus (comme les graines de lin) On en extrait l'huile qui sera utilisée en complément protéïnique pour la nourriture (animale) j'ose l'espérer. On nomme bourre  le fil obtenu par la filature de la partie externe du cocon, et les premières couches entourant et protégeant le cocon du ver à soie, souvent irrégulières, abîmés courtes et faibles. On l'utilise en général sous forme de brin non tors pour la broderie ou certains tissages.
C'est le cas de la bourre de Marseille " étoffe de soie dont la chaîne était en  gros fil de soie non torse, et la trame en bourrette (filé de fibre tors.)  Avec le fil de bourre on tisse une étoffe nommée fleuret : les fils étant poilus, l'aspect du tissu sera pelucheux. Le fleuret est à la soie naturelle ce que la Fibranne est à la viscose, ou le pilou au coton. L'utilisation industrielle des "déchets textiles "est considérable.

UTILISATIONS
L'aspect mat et doux à la fois de ces tissus de soie permet un usage moins restrictif que les soies naturelles ; des lignes de vêtements quotidiens ont été  ainsi commercialisées
- Vêtements : vestes, tailleurs, robes, pantalons, chemises, T-shirt...

- Décoration : rideaux ou coussins, plutôt pour un style rustique, car le tissage est grossier mais les tissus sont très solides.
Les couleurs sont variées mais  peu éclatantes

Détachage :
Certains fabricants recommandent de faire nettoyer à sec ce tissu, l'eau risquant quelquefois de le tacher. Une tache d'eau sur la surface d'une bourrette ressemble à une tache de graisse
Mais ceci est sans conséquence sur la vie future du vêtement: la tache  disparaîtra si vous plongez la totalité du vêtement dans l'eau ; en séchant tout rentre dans l'ordre. Cette particularité tient au fait que les fils  ne sont pas entièrement débarrassés de leur grès 

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