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lundi 4 juin 2012



N°2

 ÉCARLATE/KERMES

Ses origines sont incertaines, ou plutôt multiples
Le mot pourrait venir 
du persan "saqirlat" ou saqallat = au sens d'étoffe  teinte en rouge  
de l'arabe qirmiz = étoffe de soie décorée de sceaux brodés d'or
L'écarlate est une teinture rouge obtenue à partir du broyage et du séchage d'un parasite vivant sur les chênes méditerranéens le kermes.
La racine de Kermes est d'origine indo européenne :
du sanscrit kermi, 
à l'arabe qirmiz= cochenille, puis de l'espagnol Alkermes= carmin
en français cramoisi,  
kermes  signifie globalement "ver ou larve" qui donne en français vermillon  

ROUGE ET FACONNÉE ÉTAIT LE TISSU ECARLATE

 Le mot siquillat ou siqlat viendrait du grec sigillatos qui désigne une étoffe ornée de figurines, emprunte d'un cachet ou d'un sceau, d'une corde..; (seing ou signe)
du grec sigillatos= tissu orné de figures ou du latin sigillatus orné de dessins. On applique le terme sigillé à de poteries décorées de motifs  stylisés de l'époque gallo romaine.
de l'arabe siqlat = étoffe de soie brodée d'or.  
du néerlandais scarlaken = drap à tondre
du latin médiéval "scarlata"  = "drap écarlate de différentes couleurs éclatantes" 
la profondeur de la couleur écarlate est probablement à l'origine du  nom  donné à cette maladie infantile qui vous rend tout rouge : la scarlatine.
Dérivent d'écarlate le mot siglaton, étoffe de soie, ou d'autres matières précieuses.
Le tissu nommé Ecarlate est orné de motifs, obtenus par tissage

ESTIMÉE ETOFFE ÉCARLATE

 Le principe tinctorial du kermes est l'acide kermésique, pigment rouge, que seule possède la femelle.  
Une fois broyé on obtient une poudre qui mélangée à de l'alun et à de la crème de tartre devient l'écarlate dite de Venise ou des Gobelins.Venise ou Paris? Il semble que le procédé ait été imaginé dans la cité lacustre et mis au point à Paris par un membre de la famille Gobelin. La réputation de cette lignée de teinturiers ne fut plus à faire

L'écarlate la plus renommée fut celle de Bruxelles au XIV e siècle.
L'écarlate peut être obtenu aussi par le traitement de la cochenille mélangée au chlorure d'étain et à la crème de tartre ; ce sera alors l'écarlate de Hollande, la plus estimée, c'est elle qui s'imposera en France à Lyon dès 1677. Nommée écarlate de Hollande parce que le procédé fut découvert en Hollande par un physicien hollandais Cornelius van Drebell en 1630. Ce serait une histoire de famille, car son gendre, un certain Kuffelar, teinturier à Leyde apporta quelques perfectionnements à l'invention de van Drebell. Le produit fut alors commercialisé en France dès 1655 par Jean Gluk ou Klock

 On obtient à présent une couleur similaire avec des produits chimiques comme l'écarlate d'aniline (mélange de fuchsine et de chrysaniline). L'écarlatine est une laine rouge.


ENCORE UN  ROUGE ET  TOUJOURS LA MÊME HISTOIRE

Le rouge fut longtemps une teinte difficile à obtenir et surtout difficile à conserver, la couleur virant souvent vers le rose, à cause de l'eau et de la lumière. Un rouge solide était rare et par conséquent cher c'est pourquoi  dans les civilisations occidentales cette couleur est resté un signe honorifique : tapis rouge, ruban rouge, la robe rouge des princes de l'église, le rideau rouge au théâtre


LE ROUGE EST MIS

 Au XIXe siècle les idéologies révolutionnaires  utilisèrent le rouge comme un symbole. On  le constate dans un écrit de Victor Hugo en 1862 : les opinions "écarlates".
L'habit rouge lorsqu'il ne s'agit pas d'un parfum est "remarquable" voir mémorable. C'est ainsi que le monde littéraire se souvient encore du gilet rouge arboré par Théophile Gautier qui défendait l'esprit romantique aux côtés de Victor Hugo lors de la bataille d'Hernani. Fronde menée contre Victor Hugo  par les inconditionnels du classicisme.
Le rouge est la couleur adoptée par les communistes et le petit livre rouge de Mao  en est une preuve.


DU KERMES A LA COCHENILLE OU DU CARMIN AU VERMILLON

 Exploité en Occident jusqu’au XVIe siècle, le kermes, précieux, cher était un produit de luxe. 
La réputation du rouge obtenu à partir du kermes fut durant une grande période aussi recherchée que la  pourpre.
En teinturerie, l'écarlate se composait d'une série de sept teintes de rouge.
Pour différencier les nuances, le vocabulaire met à notre disposition plusieurs termes  = carmin = cramoisi = écarlate=vermillon


ROUGE PASSE ET MANQUE

A partir du XVe siècle, le kermes fut délaissé au profit de la cochenille du nopal vivant sur des cactus  de la famille des figuiers de barbarie,  originaire du Pérou et du Mexique. 
La cochenille des teinturiers, cochenille globuleuse qui fut longtemps prise pour une sorte de baie, parce que la femelle pour protéger ses oeufs se couvre d'une pellicule dure prenant ainsi la forme d'une graine rouge.  La nature animal de la cochenille ne fut révélée qu'au XVIIe siècle par l'italien Cestoni.

Son exploitation   était plus rentable et le pouvoir colorant plus de dix fois supérieur à celui du kermes. La cochenille se verra à son tour mis au rebus avec l'apparition des teintures chimiques au XIXe  

Les conquistadors  espagnols  avaient découvert la puissance du pouvoir tinctorial de cette cochenille. Ils avaient dans les mains un potentiel inestimable, et la première idée fut  de développer cette production dans plusieurs régions du Mexique et d'importer le produit fini en Espagne. La seconde idée fait suite à un constat : la rentabilité serait bien meilleure si le lieu de production était situé en Europe.  Donc acclimater le nopal en Europe et élever la cochenille. Il se trouve que le climat du sud de l'Espagne  permis l'épanouissement  du nopal, plante nourricière  de la cochenille   
 Le succès économique fut à la hauteur des espérances des différents gouvernements espagnols. Les îles canaries et Alméria devinrent des  centres de productions qui permirent de répondre à la demande occidentale
       
UN TISSU  ROUGE DE TOUTES LES COULEURS ?

La logique n'étant pas la caractéristique principale de l'histoire des textiles, l'étoffe persane désignée sous le nom d'écarlate était bleue, en Occident il faudra attendre le XIIe siècle pour attribuer définitivement la couleur rouge au tissu nommé Ecarlate

Le sens du mot latin sigillatus a évolué vers le sens "d'un tissu au fond de couleur bleue" Ainsi en Occident l'évolution a donné un sens très général  au terme écarlate ou escarlate qui désignait un riche drap de laine que les opérations successives de foulage, chardonnage et de tonte rendaient à la fois feutré et velouté sans distinction de couleur.
 Ce sens fut attesté par Chrétien de Troyes en 1168
Puis le développement en Occident de la  luxueuse teinture rouge à base de cochenille  à sans doute contribué à  transformer le sens du mot écarlate : on lui attribua dès lors la couleur rouge

Déjà dans les temps anciens, le mot  écarlate était employé : la bible en témoigne plusieurs fois sans spécifier s'il s'agit d'une étoffe ou d'une couleur

Exode 26 : "Puis tu feras le tabernacle, à savoir dix tapis qui seront faits de lin retors, de fils d'azur, de pourpre et d'écarlate, et artistement damassés de chérubins (...)"

La littérature est une source précieuse pour les historiens. Dans le roman de la rose, vers  1240  le héros n'est il pas vêtu d'une robe "d'escarlate noire comme mûre"?

Entre le XIII e siècle et le XIVe siècle en Occident l'escarlate était une étoffe de luxe, n'utilisant que de la laine importée d'Angleterre, mais peu importe la couleur pourvu qu'il s'agisse d'une étoffe de grand prix.
Le prestige de l'étoffe est porté très haut, car les villes " drapantes" offraient des pièces d'écarlates à leurs hôtes de marque,  aujourd'hui on déroule le tapis rouge. A Cannes pour le Festival, à L'Elysée pour la prise de fonction des nouveaux présidents de la République...
  
Au XVIe siècle le mot cramoisi, ne s'applique ni à un tissu ni à un rouge particulier, bien qu'il s'agisse d'une teinture rouge obtenue à partir de la cochenille. Il  est utilisé pour marquer l'éclat intense d'une couleur, non une couleur 
Ces détails sont accrédités par les livres de comptes de nombreux marchands d'étoffes. Les listes mentionnent en effet des draps jaunes cramoisis, des coupes d'amaranthe cramoisie.  . Ce supplément d'éclat des tissus cramoisis se traduisait par des tarifs majorés.  
Mais malgré tous les progrès de la technique, toutes les avancées en matière de teinture, le rouge demeure un problème au quotidien. Observez les étiquettes de vos vêtements de couleur rouge : les recommandations sont toujours les mêmes. Il faut laver ces articles séparément, car la couleur risque de  dégorger. Et pas seulement la première fois. Au fur et à mesure des lavages, la profondeur du  rouge s'estompe... Mais où va donc cette couleur qui s'étiole dans les machines à laver? Elle va tout naturellement sur le chemisier blanc que l'on a glissé par mégarde avec le reste du linge. Et voilà qu'apparaît un nouveau chemisier rose, imprévu? Magie? Non car"rien de se perd, rien ne se crée, tout ce transforme. " Lavoisier.


A suivre N°3 le rouge d'Andrinople


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