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mardi 12 juin 2012

LES HABITS DE L'HABITAT N°2


VOLONTÉ PROLONGER LA VIE DES CHOSES OU DESIR SURCONSOMMER ?

La longévité d'un produit fut une des forces du commerce d'antan. On achetait pour longtemps, on achetait pour la durée, on achetait ou on fabriquait pour une utilisation fréquente et durable. Réparations, raccommodage, ravaudage, reprisage, rapiéçage se pratiquaient afin de prolonger autant que possible la vie d'un article.
C'était l'idée qui dominait depuis des siècles. Cela impliquait même une transmission aux générations suivantes. Mais ce temps est révolu. Les fabricants "inventent" des produits à durée de vie limité. Fini les réparations, on jette et on remplace. Les déchéteries sont pleines de produits qui pourraient avoir une seconde vie. Alors consommer et jeter est-ce la solution? A chacun de faire selon sa conscience !

DU DRAP A LA CHARPIE :  GACHER N'EST PAS JOUER

Le drap est la pièce de  toile qui garnissait autrefois le lit familial ou parental généralement en chanvre ou en lin. Aujourd'hui, le drap est devenu un produit commun en coton, ou en coton et polyester. 
L'évolution des formes suit le changement de mode de vie. Les draps housses, les housses de couettes, remplacent les draps du dessous, du dessus, les couvertures et ou les édredons, et facilitent grandement la "mise au carré du lit". Gagner du temps, voilà la demande du client. Facilité d'entretien et vitesse d'exécution, voilà la réponse des fabricants.
Revenons à l'historique du drap. Passons rapidement de la préhistoire, et des débuts de l'histoire. Le drap était alors inconnu et inadapté à la rusticité de la couche, constituée d'un amas de végétaux séchés, recouvert ou non de peaux de bêtes.
1-Au Moyen Age le lit devient familial ; on se réchauffe en se serrant les uns contre les autres. Le drap  simple ou sophistiqué selon les finances de chacun, est alors utilisé. Une pièce d'étoffe recouvre le grand lit. Mais lorsque l'usure se faisait sentir au milieu du drap, celui-ci était coupé en deux, et peut alors garnir un lit plus petit, celui des enfants par exemple.
2-Après de nombreuses années de bons et loyaux services, la première destination du drap devenait obsolète ; cependant le tissu possédait encore des ressources.  
3-De drap point, mais bonjour les torchons. Redécoupée une fois de plus, l'étoffe, ou ce qui en restait,  devenait torchon. Puis son l'usage intensif le rendant impropre à servir dans la cuisine, on lui trouvait encore une utilisation.
4-Et voici notre drap devenu serpillière. A la suite de toutes ces transformations, lorsque enfin il devenait bon à rien, on lui trouvait encore une raison de vivre.
5-Au XIV e siècle, le verbe charpir signifiait carder la laine ou mettre en pièce : ce mot vient du latin  carpire c'est-à-dire arracher ou effiler la laine. C'est ainsi que le linge usé était mis en lambeaux ou en charpie pour servir de pansement.

 NAPPE ET SERVIETTE COLLECTIVE, DEUX EN UN

IL FAUT UN DEBUT A TOUT

Dans la Rome antique, la table telle que nous la connaissons n'existait pas ;  les convives s'allongeaient sur des lits, et c'est mollement étendus, que les mets leurs étaient proposés. 
Dans certaines civilisations orientales, la coutume voulait que l'on invite les assistants à s'asseoir sur les tapis, ailleurs c'était sur des coussins. Assis  en tailleur ou vautrés sur des étoffes luxueuses,   ces positions n'étaient pas propices à un service de table. Aussi posait-on les plats sur des guéridons ou sur des plateaux. Au Japon les tables très basses contraignent à se poser sur le sol avec bien entendu un coussin pour améliorer le confort. Je trouve pour ma part, cette contrainte fort incommode, lorsque l'on manque de souplesse. Cependant ce qui me semble être un inconvénient est largement contrebalancé par  la gourmandise. Comment résister à des plats aussi exquis, présentés avec tant d'élégance, avec des   goûts si subtils? Après tout ces dégustations valent  bien quelques douleurs articulaires!
La mode vestimentaire occidentale est répandue dans le monde ; il n'en va pas de même en ce qui concerne les arts de la table. Bien des sociétés on conservé leur propre style, baguettes et non fourchette, coussin et non chaises, tables basses et non tables hautes, ce qui n'empêche nullement les convives de porter tous le même blue jeans.

DE L'USAGE ET DES FORMES

Au Moyen Age,  qu'il s'agisse de repas familiaux ou de banquets,  il y avait toujours du monde autour de la table. Les repas étaient collectifs, exception faite  pour les repas royaux.
La nappe servait à masquer les planches et les tréteaux et, à l'occasion, permettait aux convives de s'essuyer les mains.
Les arts de la table suivaient un schéma bien établi qui s'affina au fur et à mesure des siècles. La table une fois dressée était recouverte par une pièce de tissu dont les dimensions varièrent au cours des siècles.
Le doublier
La table dressée était recouverte avec le doublier, un morceau de toile, de la longueur de la table, plié en deux d'où son nom. Ce n'est pas par hasard mais par nécessité que le tissu était ainsi doublé. Cet astuce permettait en cas de nécessité  de retourner le tissu et de cacher la saleté ou les taches .
Une partie tombait sur les genoux des convives afin qu'ils puissent utiliser ce supplément d'étoffe pour s'essuyer les mains et la bouche. 
La longuière
La table était recouverte d'une longue pièce de toile  dépassant largement sur s bords de la table, servant de serviette collective.
La touaille 
 Vers le XIIIe siècle apparait sur les tables une pièce d'étoffe grossière, longue d'environ 4 m, pliée en deux et posée sur un bâton, ou accrochée au mur, dans la pièce où le repas se déroulait qui permettait à chacun de venir s'essuyer les mains.
Accessoire mobile, la touaille était déplacée en fonction de l'endroit où était dressée la table ;  les convives se déplaçaient au cours du repas afin de s'essuyer les mains et la bouche si nécessaire ; et c'était généralement nécessaire.
 Dans les maisons royales ou princières, les nappes étaient considérées comme des objets précieux. Un "garde nappe" était préposé uniquement à leur rangement et à leur bonne conservation. La lavandière s'occupait, quant à elle, de l'entretien du linge de table. Une fois propre, le linge était rangé dans de grands coffres de bois, fermés à clé.
Le pliage des nappes suivait des règles strictes, et sur certaines gravures on observe que les nappes qui recouvrent les tables ont des plis bien marqués, ce qui produit une sorte de quadrillage.
 Henri III voulait que la nappe supérieure soit plissée avec art, comme les fraises que l'on portait au cou,  afin qu'elles offrissent des dessins agréables à la vue.

L'utilisation de la nappe, habit de séduction de la table,  respecte selon les époques et les civilisations des prescriptions religieuses, ou sociètales. Comme dans de nombreux domaines, il est encore des traditions observées sans que l'on prête la moindre attention à leurs origines

NAPPE ET RELIGION
La première destination de la nappe avait une connotation religieuse. Elle servait à la célébration de rites religieux chrétien ; elle symbolisait la place du mystère consommé avec Dieu. Les autels étaient recouverts lors des messes d'une nappe elle devait alors être parfaitement blanche et immaculée : c'est de cet endroit que s'élève l'hostie, nourriture presque immatérielle.
On comprend alors mieux pourquoi la nappe de fête est blanche, parfois brodée de fils d'or ou d'argent.
Certaines coutumes très anciennes sont toujours perpétuées comme en Provence, la vieille de Noël, le 24 décembre, il y a un grand et bon repas de famille pour lequel on recouvre la table de trois nappes blanches qui représentent la sainte trinité, avant d'y disposer tous les plats.

NAPPE ET CIVILITES

"Il est discourtois de se lécher les doigts graisseux ou de les nettoyer à l'aide de sa veste. Il vaut mieux se servir de la nappe ou de la serviette."
Erasme de Rotterdam 1530

Au début du Moyen-Age dans les civilisations chrétiennes, napper la table devient courant ; les miniatures en font foi. Lors des déplacements des rois ou des princes, on dresse la table sous la tente,  en prenant soin de la garnir d'un linge blanc.  
Dans ses chroniques, Froissart décrit les noces d'Isabelle de France, fille de Charles VI avec Richard II  roi d'Angleterre : "Ce dîner passé en la tente du roi de France qui fust bien brief, on leva les nappes les tables furent abaissées..."
Entre le XII e et le XV e siècle, la nappe porte le nom de doublier car l'usage voulait que le linge fut plié en deux, peut être pour avoir la possibilité de la retourner en cas de nécessité.

Au XIII e siècle, généralement les ménages aisés possèdent nappes, touailles et doubliers.
La nappe servit souvent de serviette et même de mouchoir, quelquefois en remplacement  des vêtements.
Dans les riches demeures  la coutume voulait que l'on mette deux nappes. Dans les milieux populaires  on mangeait à même la table, et pour les liquides il y avait les écuelles, lorsqu'il avait de quoi se nourrir.

A partir du XV e siècle, le doublier fait place à une nappe simple, recouverte en partie par un napperon de luxe nommé tablier ou trabelier.
Tablier = nappe destinée à protéger la table, ce sens de protection nous l'avons conservé dans le mot tablier aujourd'hui utilisé dans le sens de vêtement de protection des cuisiniers et des cuisinières. Dans les autres métiers, le vêtement de protection est une blouse (celle de l'infirmière est blanche, celle du maître d'école est grise) ou une chemise (celle du boucher est à carreaux).
Ce morceau d'étoffe avait juste la dimension du plateau de la table alors que la nappe proprement dite retombait tout autour jusqu'au sol.
La décoration des nappes se cantonnait aux liteaux, de l'ancien français listel = bande.
Les premiers signes de décor dans le linge de maison et de table, étaient les raies bleues ou rouges allant d'une lisière à l'autre, et  les franges qui garnissaient les dites lisières.
La production de nappes se développant, un métier va naître : le nappier.
Au XV e siècle, la production de linge précieux dit "à ramages"  de Reims était renommée. Les grands seigneurs   possédaient plusieurs de ces précieux articles textiles  qui étaient rangés  dans une chambre spéciale "la chambre aux nappes." L'entretien du linge de table dans les grandes maisons constituait à lui seul un office : la napperie, pièce généralement peu éloignée de la cuisine, et la personne qui en avait la charge était le "garde nappe". Il nous reste de cette tradition l'office qui est, lorsque qu'elle existe, une pièce attenante à la cuisine où l'on conserve les provisions, la vaisselle et le linge de maison. 

LA NAPPE MIROIR DU RANG SOCIAL

La nappe a conservé avec les siècles un reflet social au même titre que le vêtement.
Le rituel de la nappe était strictement réglementé. Lors des repas, le partage de la nappe comme celui de la table, indiquait une égalité ou une inégalité complète :  lorsque le maître de maison mangeait avec ses serviteurs, il avait une nappe particulière devant lui, et si une seule grande nappe recouvrait la table en totalité, on disposait devant lui une touaille supplémentaire afin de bien marquer la différence due à son rang. Dans les grands couverts, des napperons individuels étaient disposés devant chaque convive sous chaque tranchoir (tranche de pain épaisse qui tenait lieu d'assiette).  
On employait en plus du napperon et de la nappe une seconde nappe supplémentaire très longue et peu large "la longière" qui, placée en bordure autour de la table, des buffets et des dressoirs, permettait aux convives de s'essuyer la bouche et les mains.
La première nappe est de couleur ou à motifs et la seconde ou napperon, simple en toile de lin blanc. En effet, les doigts servant de fourchette, la nappe servait de serviette ; les repas durant un certain temps, il fallait parfois changer la nappe du dessus entre les plats.
N'oublions pas que ce n'est qu'au XVI e siècle que l'usage de la fourchette se développa et que la serviette de bouche remplaça la nappe du dessus.
Dans les maisons de grand train de vie les nappes étaient ouvrées, damassées, et parfois brodées.
Sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV les nappes étaient repassées de façon à bien marquer les pliures. Elles devaient être visibles, représentant des carreaux ou des rectangles une fois le tissu déplié sur le plateau de la table.

L'usage des nappes au XVIII e siècle était régi par des règles très précises ; l'étiquette était sévère.
Pour un repas simple, on mettait une nappe plutôt rustique ; pour un repas de fête, outre le fait que la table était dressée avec la vaisselle la plus belle, les aiguières d'argent et de cristal, la nappe était de lin fin, brodée, damassée, c'est la nappe d'apparat. Il faut montrer à ses amis ce que l'on possède, et à ses ennemis combien de belles et rares choses on peut s'offrir. Remémorez-vous l'épisode du camp du drap d'or et tout est dit.
On note l'appellation de "service" pour désigner la nappe, son napperon et les serviettes assorties. Savary écrit à ce propos :
"Douze serviettes, une grande nappe et une petite font ce qu'on appelle un service de table aujourd'hui"

OUVREE OU  DAMASSEE LA NAPPE SE PARE D'ELEMENTS DECORATIFS

Connaissez vous la différence entre une nappe ouvrée et une nappe damassée? Dans le premier cas les dessins sont réguliers, exemple les jours, dans le second cas les motifs sont irréguliers. Les fleurs et les arabesques sont les éléments les plus  employés dans les tissus damassés.
L'invention du métier Jacquard a favoriser la production en grande série de tissus façonnés, permettant des couleurs et des motifs plus variés et des prix de revient rendant ces articles plus accessibles. Les nappes  de couleurs et ornées de dessins fantaisie font partie des articles réclamés par une clientèle traditionnelle.
A Paris, il existe un magasin dont je ne me lasse pas d'admirer les vitrines chaque fois que j'ai l'occasion de passer devant. C'est la maison Noel place d'Iéna, spécialisée dans le linge brodé depuis plus de 100 ans. Des pièces magnifiques de linge de maison plus élégantes les unes que les autres, sont présentées da, un peu fleur bleue ai je besoin de l'avouer,  je rêve devant les vitrines de Noël et j'imagine toutes les tables impériales, royales, et même républicaines puisque cette maison vénérable fournie le linge de table de l'Elysée  . Quelle magnificence cela doit être. Des nappes, des serviettes, des draps brodés, sur différents supports  de la toile de lin  à l'organdi, avec un éventail de couleurs et de motifs. C'est déjà un plaisir de les voir  quant à les posséder c'est une autre histoire. Le prix étant en rapport avec la rareté du produit.
 Aujourd'hui les belles tables semble revenir à la mode. Un autre décors ressurgit , oublié, délaissé, démodé, il fait les couvertures des magazines de décoration : le tissu rayé. Il envahit même les maisons  de la table aux fenêtres en passant par les lits. Mais c'est un article traditionnel qui nous vient du Pays Basque.  Ce linge de maison est appelé linge basque. La tradition, et oui encore et toujours, et c'est avec joie que j'en parle dès qu'elle apparaît quelque part.
Jadis les paysans basques recouvraient  le dos de leur boeufs  avec  une mante, pièce de  toile de lin épaisse et  rayée, pour les protéger des moustiques et du soleil pendant les travaux des champs. Cette fabrication  perdure  et des entreprises régionales cultivent  les souvenirs  avec succès : la gamme des produits en toile rayée c'est élargie. On trouve du linge de lit, des serviettes, des rideaux, des nappes... Toute la maison peut s'habiller de rayures aux couleurs vives. Attention n'est pas qui veut une toile basque, la rayure ne fait pas la renommée. La spécificité de la toile basques tient de son histoire : il doit y avoir 7 rayures et pas une de plus : une par province  du Pays Basque  c'est à dire 3 en France et 4 en Espagne plus, ce serait de la gourmandise et une erreur. Sept bandes rouges et vertes sur fond écru si vous tenez à l'original voici pour les précisions, maintenant à vous de découvrir ce petit trésor de notre terroir..

 QUAND NAPPES ET SERVIETTES  SE DIFFERENCIENT
La nappe eut longtemps une double destination : cacher avec plus ou moins d'élégance la rusticité de la table et permettre aux convives de s'essuyer les mains et la bouches au cours des repas. Elle perdit cette double identité lorsque la serviette individuelle fit son apparition.

A SUIVRE UNE HISTOIRE DE LA SERVIETTE

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