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mercredi 25 octobre 2017

LE GHALAMKAR : GRAVURE . IMPRESSION. (suite et fin)

LES INTERVENANTS
Les opérations  suivent  un ordre inexorable. Le travail est partagé entre trois ou quatre artisans suivant que le tissage du coton ait lieu sur place ou qu'il soit un produit importé. Les artisans sont secondés par des ouvriers qui accomplissent des taches moins nobles telles que la découpe du tissu, le lavage, le rinçage, le repassage..
Dans l'ordre d'apparition nous trouvons



-LE TISSERAND celui qui tisse essentiellement du coton. Il fournit des toiles  écrues, simples comme le calicot ou plus élaborée comme la percale. L'étape du tissage peut être supprimée si les tissus sont importés
Les toiles de coton ont un fond  clair  mais jamais blanc, il est généralement écru voir jaunâtre lorsque le tissu est plongé dans une décoction de pelures de grenades  mais il est toujours décati avant d'être livré aux mains de l'imprimeur.




Percale cotonnade plus blanche et tissage serré, ou calicot plus jaune et au tissage plus lâche. Bien que la plupart des teintures soient réalisées avec des colorants chimiques, je n'ai pas vu de support textile autre que du coton.
La  percale  ou le calicot sont  aujourd'hui importés d'Inde ou de Chine, et livrés en pièce de 50 mètres , la première étape consiste à  découper le tissu en morceaux de différentes longueurs selon la destination   (nappes, rideaux, sacs ou serviettes). Les coupes sont mises à bouillir  dans de grandes bassines pour les décatir

Le tissu est ensuite essoré d'une manière très particulière : plié en quatre les coupes sont balancées ou plutôt lancées    à  plusieurs reprises contre une grosse pierre posée sur le sol, pour évacuer l'eau en surplus. C'est un travail de force mais très efficace. Est ce une mise en scène ou bien cette façon de faire est elle  systématique? Je n'ai pas eu de réponse satisfaisante, alors je me console en imaginant que la tradition à la vie plus dure qu'on ne l'imagine.



La suite est plus simple : les coupes étaient étalées sur le sol pour sécher naturellement au soleil. Aujourd'hui je suppose que les machines à laver et à sécher sont largement utilisées. 
le pont aux 33 arches  Allahverdi khan qui enjambe  le fleuve Zayandeh rud  qui traverse Isfahan coupant la ville en deux.
jadis les ghalamkar étaient lavés et rincés dans l'eau du fleuve.

- LE SCULPTEUR intervient pour graver les blocs de bois, en général en Iran on utilise le bois du poirier . Il reproduit les dessins sur des morceaux de bois appelé bloc ou timbre, puis il creuse en suivant le trait,  afin d'obtenir le motif en relief.  Il semble que la machine n'ait pas encore remplacée la main de l'homme.
Le bothé ou palmette est un motif traditionnel très souvent repris par les sculpteurs; en persan il signifie bouquet de fleurs; c'est aussi ce même motif que l'on retrouve en Indes et sur les châles du kashmir, en Occident on parle de motif cachemire.




-LE TEINTURIER prépare les matières colorantes. Aujourd'hui son travail est simplifié, puisque la plupart des ateliers utilisent des colorants chimiques


-L'IMPRIMEUR arrive en bout  de chaîne. La totalité du tissu est couvert de dessins dont seuls le contour a été imprimé en noir. Il faut ensuite les remplir de couleur. Un passage par couleur est nécessaire et entre chaque passage il faut compter un temps pour le  séchage. Il y a généralement trois ou quatre couleurs Selon la dimension de l'article à imprimer, l'imprimeur peut frapper entre 500 et 4000 fois sur un timbre. C'est la raison pour laquelle le tranchant de sa  main est équipé d'une protection  de cuir maintenue par un bandage en coton.




















Il pose son bloc préalablement imbibé de matière colorante sur le tissu et à l'aide du tranchant de sa main  il assène un coup sec sur le bois afin que le dessin et la couleur soit en contact sur toute sa surface avec le tissu. Pour amortir le choc le tissu est posé sur une superposition de couvertures de feutre. L'opération se poursuit  jusqu'à ce que tous les dessins soit colorés.

LES PETITES MAINS
Je n'oublie pas ces gens,  ceux qui travaillent dans l'ombre, ici on dirait plutôt au soleil, 
Ils sont les premiers et les derniers maillons de la chaîne. Ils commencent par  décatir les tissus, puis lvont  mettre le point final au travail en lavant et en rinçant le tissu imprimé afin de fixer les couleurs. 
J'oubliais dans cette liste la main d'œuvre féminine.  Les ghalamkar sont reconnaissables non seulement aux motifs imprimés mais également aux franges nouées qui terminent  deux ou quatre cotés  des coupes, Travail fastidieux, répétitif  dévolu aux femmes  






  FINITION : LA GRANDE LESSIVE
.
Autrefois toutes ces opérations de lavage se passaient sur les rives du fleuve Zayandeh rud
 aujourd'hui il est malheureusement à sec 11 mois par an, il faut donc sortir de la ville pour laver et rincer les ghalamkar. Des grands ateliers se sont installés dans la banlieue afin de traiter dans des machines à laver  quasi industrielles  toute la production locale.
Les colorants chimiques utilisés  aujourd'hui pour imprimer les cotonnades sont néfastes pour l'environnement et si le fleuve retrouve un jour son niveau d'eau  d'antan,  jamais plus on ne verrait les artisans laver et rincer les tissus dans la rivière car la pollution des eaux serait inévitable.

Après être passé entre  les mains des artisans les coupes imprimées   vont subir une série de lavages/ rinçages afin de fixer la couleur.


Elles sont plongées pendant plusieurs heures dans de grandes cuves d'eau chaude, où elles sont remuées à l'aide de grands batons




elles sont  ensuite emmenées au bord d'une rivière  où elles sont jetées dans un bassin et laissées dans l'eau courante  pour être rincées .
 t

rinçage en eau courante

essorage


sechage

La dernière opération  avant la mise en vente consiste à laisser sécher les tissus au soleil sur les rives de la rivière  pendant  quelques jours en été afin d'adoucir les couleur, puis en hiver ils sont à nouveau exposés au rayon du soleil pendant plusieurs semaines, ainsi les couleurs seront solides
Je ne sais pas combien de temps encore ces opérations seront réalisées dans le respect des traditions. Pour les plus belles pièces elles perdurent mais  pour le tout venant, les  machines remplacent les hommes au moins pour les opérations de lavage et de séchage. Le cout de la main d'œuvre moins qualifiée devenant un handicap pour la commercialisation.


Un petit retour historique
Si aujourd'hui on redécouvre cet artisanat, au XVIIeme siècle  les indiennes et les persiennes importées en France par les compagnies des Indes connurent un vif succès ce qui  engendra des protestations de la part des artisans et fabricants français qui jugèrent  cette concurrence déloyale, leur commercialisation fut alors interdites par la loi. Mais cette interdiction fut détournée par de nombreux "indienneurs" qui installèrent leur manufactures dans des régions ou des pays dans lesquels cette loi n'était pas appliquée . L'Alsace et la Suisse surent tirer profit de cette interdiction offrant asile aux expatriés économiques. Au XVIIIeme siècle, cette loi fut abrogée.  C'est un allemand nommé Oberkampf qui installa en France à Jouy en Josas une manufacture d'impression sur tissus. Il connut un beau succès commercial avec ses toiles de Jouy.



A SUIVRE

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