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lundi 1 octobre 2018

LA FARANDOLE DES FOURNITURES OUBLIEES

MON PETIT MUSEE A MOI
Laissez moi vous  entrainer dans mes souvenirs d'enfants. Je me suis fabriqué un petit musée personnel de fournitures pour tailleurs. de mots magiques . Je les ai connus "vivants" et aujourd'hui ils  sont considérés comme des ovnis  et se révèlent sans utilité, ou plutôt les fabricants s'en passent
Petit à petit ces termes techniques , désuets, abstraits, peu ou plus utilisés disparaissent des pages des dictionnaires.  Alors avant qu'ils ne disparaissent corps et bien, je vais  vous les présenter tour à tour,   sous-titre à l'appui.

LA FARANDOLE DU PETIT TAILLEUR
Poltaise, talonnette, mignonnette...Comme ils chantent, comme ils résonnent à mes oreilles ces noms
Une farandole joyeuse, des mots mystérieux mais chargés de souvenirs.
Dans les années 70 ces fournitures étaient encore  vendues dans des boutiques spécialisées notamment celle de mon père rue des francs bourgeois à Paris. Il y avait les  grossistes  chez qui  les tailleurs venaient s'approvisionner et quelques merceries proposaient  un choix restreint d'articles  nécessaire à la fabrication de vêtements pour  les clients particuliers et les couturières.
Moi je jouais avec les boutons comme les autres enfants jouaient avec des cubes. J'adorais l'ambiance de la boutique de mes grands parents rue de Sévigné à Paris, le bruit des ciseaux, des maîtres en bois que l'on posait sur le comptoir,  les mots lancés brièvement et qui étaient pour une enfant indéchiffrables, comme bougran, percaline...La sonnerie stridente du téléphone en bakélite noire,  le toucher de la toile en poils de chèvre "capella" qui piquait mes petits doigts, la douceur des doublures satin que j'aimais caresser..  Dans ce magasin  de vente en gros de  fournitures pour tailleurs il y avait tout cela et bien plus encore, une atmosphère indescriptible, fondement de mes souvenirs. Ces mots  je les entends, voltigeant entre les comptoirs en bois  :  deux boites de craies tailleurs blanches,  cinq rouleaux de ceintures de pantalons, trois pièces de  percaline grise par ici, 100 mètres de bougran  gris d'accord, 25 rouleaux de toile tailleur, de la capella oui monsieur! Mon apprentissage commença ainsi, par  les fournitures pour tailleurs. C'est avec un sentiment  à la fois de  bonheur et de nostalgie  que je me replonge dans cet univers.

Ce qui me chagrine c'est que l'on oubli qu''un vêtement, un vrai est avant tout un montage de divers éléments, un puzzle qui comporte un certain nombre de pièces, si ce nombre est revu à la baisse,  le motif  sera pas incomplet, ce qui est un comble pour "un complet". Pour un vêtement si le compte n'y est pas, l'équilibre est rompu, "il y a comme un défaut"  Bien sûr  le prêt à porter ne peut pas rivaliser avec un produit réalisé sur mesures, voire de la semi- mesure, mais il n'en demeure pas moins que le client a droit à un minimum, ce qui n'est pas toujours le cas.
Des articles  jadis indispensables pour fabriquer un véritable vêtement, ayant du corps, de la tenue, de l'allure, un vêtement fait  pour durer.
Ces fournitures sont aujourd'hui oubliées dans la confection industrielle, mais  préservées  dans le domaine du luxe, du sur-mesure, réduites à un rôle de figurante dans la demi mesure,
Tout doit aller vite depuis la fabrication du vêtement jusqu'à sa  durée de vie. On constate que malgré les progrès de la technique, les industriels  négligent pour le moins les fournitures pour tailleurs traditionnelles. Elles sont  remplacées par des matières de substitution, moins couteuses, plus faciles  à travailler, plus rapide à poser. Cette simplification a pour conséquences la disparition d'une main d'œuvre spécialisée
 Les maîtres tailleurs anglais et italiens  perpétuent la tradition avec succès, en France cela me semble beaucoup moins évident.
 Avant de vous offrir ce bouquet de mots délicieux je ne peux pas ignorer un fait qui aujourd'hui plus que jamais résonne très fort. Pourquoi ces fournitures, étaient des  "outils" indispensables aux tailleurs et rarement utilisés  par les couturières ...? J'ai une réponse mais elle ne me satisfait pas vraiment.  Les hommes ne changeaient pas de costume tous les ans, la mode leur permettait  de conserver ce vêtement plusieurs années, donc les costumes étaient fabriqués pour durer plusieurs saisons. La mode féminine était et est toujours plus changeante, et c'est sans doute  ce qui justifie la différence de conception du vêtement et des prix. Si l'on compare un manteau féminin et un pardessus masculin, il y a déjà une différence au niveau du vocabulaire, mais également au niveau du poids. Un pardessus réalisé dans les règles de l'art est beaucoup plus lourd qu'un manteau, on retrouve cette différence dans les vestons et les vestes


LE MEMO DU TAILLEUR


PERCALINE ou LUSTRINE  : doublure de qualité ordinaire,  fortement apprêtée et quelque fois lustrée sur l'une des faces.  Utilisée pour les poches de vestons.  Elle avait une fâcheuse tendance à rétrécir au lavage. Une fois décatie,  elle pouvait servir de pattemouille Elle se vendait en laize de 0,70m. A l'occasion,  la percaline était utilisée  pour faire des robes ou des chemisiers.
…"sa robe de percaline lui venait de son père câlin"…in Idylle philoménale. Paroles de Yves Montand

LA TALONNETTE OU EXTRAFORT
Elle se coud  au bas des jambes des pantalons afin d'éviter l'usure provoquer par le frottement du tissu sur la chaussure. Cet accessoire  est nécessaire surtout pour les tissus légers, il plombe le bas des pantalons. Pour les étoffes plus lourdes, il suffit de poser la talonnette sur l'arrière, protégeant ainsi la partie en contact avec la chaussure.

LA POLTAISE
Un coton ou coton / polyester solide, qui sert de fond de poche  pour pantalons et pour veston. La gamme de couleur est restreinte, gris, beige, blanc cassé ou noir. Longtemps les vêtements pour hommes évitèrent la couleur.


LA MIGNONETTE
C'était une doublure utilisée pour les manches. La plus classique était blanche avec des rayures bleues.  Cette doublure en satin de coton ou en acétate/viscose était plus glissante que les autres, ce qui évitait que les manches des chemises ne s'accrochent.

TOILE TAILLEUR
Ce métier n'est que patience, savoir faire, expérience et tradition. Savil Row à Londres est toujours la capitale de ces faiseurs qui tiennent boutique dans cette avenue légendaire.
Je me souviens de celle que vendait mon grand père, il y avait le dessin d'une chèvre parce que elle était tissée avec un mélange de laine de mouton et de poil de chèvre. La marque ?capella c'est à dire petite chèvre!,Certes elle piquait, mais c'était une très belle toile utilisée pour renforcer les devants des pardessus .
Le tailleur construit un vêtement, aujourd'hui le vêtement n'est qu'un squelette, sans consistance qu'une machine commandée par un ordinateur qui se contente d'assembler pièce par pièce. Il faut connaitre le passé pour juger du présent. Qui n'a pas eu entre les mains un costume d'homme des années 50 ne peut pas comprendre.
Comme une recette de cuisine, chaque tailleur avait ses secrets, la grandeur du point, la coupe de l'entoilage, les fournitures


Ce n'était certes pas mieux avant c'était différent. Mais tout de même le savoir- faire de ces artisans découlait d'un long apprentissage, et ces faiseurs étaient  des artistes, ils savaient construire une veste, choisir la bonne étoffe, adapter  la forme à la morphologie du client. C'était un métier.
 Jusqu'au vocabulaire qui change,  se vêtir ou s'habiller versus se saper ou se fringuer...
  Ne croyez pas que je sois passéiste, je suis plutôt perfectionniste.

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