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jeudi 15 septembre 2016

DE PERE EN FILLE SUITE

ET SI ON RENDAIT LEUR PLACE AUX FOURNITURES  

 Le monde va ainsi, plus on avance plus on recule ; plus l'offre semble large, plus les détails sont négligés ; plus la qualité est vantée, plus le leurre est immense. Au final, le consommateur est soit dupé, soit négligent.

TOUS RESPONSABLES MAIS PAS ENCORE COUPABLES 
Nous sommes tous des clients potentiels, des consommateurs responsables de ce que l'industrie propose et que nous acceptons. 

LE CONSOMMATEUR FACE A SES CONTRADICTIONS
Nous ne sommes pas congruents car nous voulons acheter des vêtements made in France avec les prix des fabrications chinoises, trouver des pantalons qui nous vont sans avoir à faire d'ourlet tout en achetant en prêt à porter, trouver des chemises avec des manches de la bonne longueur pour chacun d'entre nous tout en acceptant la standardisation des tailles. Vêtements et alimentation même combat, c'est une demande que le mouvement locavore dénonce ; vouloir manger local en Normandie mais des produits exotiques comme des avocats ou des ananas.
Je m'éloigne de mon sujet ? Pas vraiment parce que vouloir l'impossible est utopique mais vouloir donner un sens, une identité à un produit est un sacerdoce et je sais de quoi je parle.

ET SI LE PRET A PORTER REVOYAIT SA COPIE ?
Prêt à porter ou sur mesure, pourquoi devoir choisir ? Si le prêt à porter se conduisait avec courage et loyauté envers sa clientèle. Si les finitions étaient plus soignées, les boutons cousus avec un point d'arrêt, les ourlets droits, les coutures solides, une doublure qui ne déforme pas le vêtement et des tissus sélectionnés avec bon sens, adaptés au produit et à sa destination?

TAILLEUR ET COUTURIERE UN METIER D'AVENIR ? POURQUOI PAS
Il fut un temps pas si lointain ou l'on allait chez une couturière ou un tailleur pour se faire faire manteaux, robes ou costumes. Le "home made" était une solution  économique, généralement adoptée par les mères de familles nombreuses. Les grands magasins proposaient des articles de confection mais les habitudes ont la vie dure…
Les couturières, professionnelles ou non, pouvaient à l'envie copier les modèles des grands couturiers, les tailleurs étaient des faiseurs consciencieux qui connaissaient leur travail, savaient quel qualité de fil choisir pour coudre un tissu, pouvaient avec l'expérience modifier une épaule tombante ou faire disparaître un dos rond. Les couturières et les tailleurs pouvaient se vanter de la qualité de leur travail, parce qu'ils ne négligeaient pas l'invisible, c'est-à-dire l'intérieur du vêtement : le détail d'une boutonnière, la forme d'une épaulette, la surpiqûre d'une couture, le pli d'aisance dans la doublure des manches et du dos, le revers du col en feutrine, l'entoilage cousu et non thermo-collé. Autant de détails qui augmentaient la durée de vie du vêtement. C'est aussi vrai que le temps passé ne se comptait pas en heures mais en journées. Maîtriser la coupe, la couture et choisir efficacement les étoffes et les fournitures, voilà le plus qu'apportaient les tailleurs et les couturières et voilà ce que le prêt à porter néglige. Est-ce une utopie de croire à la renaissance des ces métiers ?

LE PRET-A-PORTER, UNE IDEE VENUE DES USA
Le prêt-à-porter apparaît en France dans la seconde moitié du XXeme siècle. Cette nouveauté va modifier considérablement la manière de se vêtir et surtout la façon de produire.  Il convient de célébrer la démocratisation de  la mode grâce à un mode de fabrication plus rationnel. 
Le prêt-à-porter est né de la nécessité. Durant la première guerre mondiale, l'armée américaine a due faire face à un dilemme : comment vêtir les soldats dans l'urgence à moindre frais ? Faire fabriquer des uniformes en très grande série avec une standardisation des tailles. C'est ce qui fut fait avec succès. Mais il fallut plus d'un quart de siècle pour que la population accepte pleinement ce type de produit.

DE LA PIECE UNIQUE A LA GRANDE SERIE
 Le terme  prêt-à-porter, fidèle traduction de l'anglais "ready to wear",  fut importé en France par le directeur de la maison de couture Weill. A son retour des USA, il décida d'imiter certains industriels américains et de se lancer dans la fabrication de vêtements en série avec des tailles standards.
Le terme modernise le mot confection devenu dans le langage courant un brin péjoratif. Prêt-à-porter ou confection, ces deux termes désignent un article textile fabriqué industriellement en quantité, de qualité moyenne, avec une standardisation des tailles et d'un prix abordable.  
La confection considère le corps comme un porte manteau, ce n'est pas le vêtement qui s'adapte à lui. Pour s'habiller en confection il faut avoir une "taille mannequin" autrement, comme disait Fernand Raynaud dans un de ses célèbres sketchs "y a comme un défaut" : taille trop haute, épaules trop étroites, poches trop basses, etc. 

La fabrication en série diminue le coût de fabrication et, en contrepartie, simplifie, uniformise, égalise, rationalise tout, jusqu'aux tailles qui désormais forment un trio : S  M L voir XS M XL. Il faut forcer votre corps à prendre la forme du vêtement ; si vous êtes hors normes, c'est-à-dire trop grand, trop petit, trop gros, trop maigre et si la Haute Couture est hors de propos, puisque hors de prix, partez à la recherche d'une couturière ou d'un tailleur, un petit conseil pour une pièce importante comme un manteau ou une robe, éviter les retoucheurs sous peine de désagréments. 
Il convient ici de rendre hommage à ces marques qui ont pris le train en marche et se sont adaptées à la demande des "non -conformes" : LES PETITES, XXL,  CAPELSTORE, BALSAMIK...

SOUVENIRS SOUVENIRS 
C'est un passage du monde artisanal à l'univers industriel. La modification des habitudes vestimentaires a engendré la réduction drastique voire la disparition de certains métiers comme celui de tailleur. Le tailleur de quartier, le petit tailleur qui travaillait dans son atelier avec un ou deux compagnons n'est plus qu'un souvenir en France.
Il me souvient d'un temps où, petite, la boutique de mes grands-parents me servait de terrain de jeu. sise au 16 rue de Sévigné dans le Marais. On y vendait des fournitures pour tailleurs.  
Dans les années 50 les tailleurs, les entrepreneurs à façon, les retoucheurs, les couturières étaient nombreux et venaient s'approvisionner dans les magasins de gros comme celui de mon grand-père. Aujourd'hui, le local existe toujours et je n'y passe jamais sans un pincement au cœur. Seuls les carreaux de ciment au sol, sur lesquels je jouais à la marelle, ont été préservés, le reste a été largement revisité. C'est une boutique de chaussures.

DES MOTS POUR DES DETAILSLes métiers ont disparu et ils ont emporté dans leurs bagages les mots de tous les jours.
Des mots oubliés derrière lesquels il y avait de vrais produits aux destinations très précises résonnaient dans la boutique  : 
Le gros grain pour la ceinture de pantalon, le bougran pour renforcer les dos de gilets ou pour donner de la tenue au  bas de manches, la cingalette pour faire des patrons, la poltaise pour fabriquer les poches, la mignonnette rayée en bleu et blanc pour doubler les manches, et la fameuse toile tailleur "Capella" en poils de chèvre qui grattait et piquait tant, même à travers le tissu. Je n'oublie ni  les boutons en corozo avec lesquels j'ai appris à compter en les regroupant par grosse (1 grosse = 12 douzaines, soit 144 boutons) ni les boites rectangulaires en bois brut, pleines de sciure qui se répandait sur le sol lorsqu'on les ouvrait et qui contenaient les craies tailleur, grises, jaunes ou rouges. Une fois vide, j'y rangeai mes crayons de couleurs. J'ai eu grâce à tout ce petit monde de quoi remplir le grenier de mes souvenirs.
Voilà aussi pourquoi je pars si souvent en croisade contre le minimalisme du prêt-à-porter comme du prêt-à-manger.
Si demain nous ne voulons pas être fringués ou fagotés été comme hiver, dimanche et jours de fête, sachons nous en donner les moyens. Et pour que demain nous puissions encore nous habiller, nous pârer, nous vêtir et non plus uniquement nous saper, apprenons les étoffes comme jadis nous avons appris l'alphabet.
Voilà toutes les raisons pour lesquelles il me semble important dans le domaine du textile, de faire un effort et de décliner correctement l'identité d'une étoffe. Après toutes ces épreuves, un tissu peut enfin porter fièrement sa filiation et son "appellation contrôlée". Il vraiment dommage de passer outre et de ne pas appeler un nansouk, nansouk.

VALORISER LES TEXTILES
 Curieusement, le vocabulaire textile s'appauvrit en même temps que le nombre de "fibres nouvelles" augmente. Les nouveaux venus sont des micro-fibres, du bambou,  des TUT 5 textiles à usage technique.
Afin que ces produits soient facilement lisibles, une désignation rationnelle et descriptive est nécessaire. Mais pourquoi voir une opposition entre la technicité proposée par le fabricant et le charme du naturel réclamé par certains consommateurs ? En réalité, cela devrait  passer par un savant dosage de technique, de tradition et d'un soupçon de fantaisie ? Difficile de concilier progrès et poésie ? Il ne semble pas, même si tout, autour de nous, semble démontrer le contraire.
Désigner un tissu par son nom, c'est d'abord un signe de culture et c'est le choisir lui et non un autre. C'est, par conséquent, l'utiliser au mieux de ses qualités intrinsèques.
Désigner un tissu par son nom constitue un effort, mais aussi une prise de conscience de sa "personnalité", de son existence à lui et non à celle d'un autre.
Désigner un tissu par son nom c'est le valoriser, lui et non un autre, c'est le sortir de la masse des étoffes orphelines qui n'ont ni nom, ni couleur, ni passé, si peu de présent et pas vraiment d'avenir.
Désigner un tissu par son nom c'est démontrer que, face aux possibilités infinies de la science et au poids du patrimoine, nous restons en mesure de faire un choix irraisonné, parce que nous ne sommes pas à l'abri d'un coup de foudre, et heureusement !
Il n'y aurait évidemment pas autant de tissus différents si tous pouvaient servir à tout et à n'importe quoi. Y aurait-il 26 lettres à notre alphabet si elles ne nous servaient pas toutes ?
Les fiches qui vont suivre présentent l'histoire, la description et les utilisations de chacun des tissus que j'ai pu répertorier depuis les temps bibliques jusqu'à ceux qui nous serons proposés au troisième millénaire.
Je vous invite  à découvrir  avec passion, curiosité, étonnement, émerveillement, les mille et un chemins des tissus.

1 commentaire:

  1. Merci. Pendant que je lis cet article mon fils regarde "Plus Belle La Vie"; Cette série est bien le reflet de notre époque. Les comédiens y sont habillés par Zara, H&M etc...,l'une des actrices principales porte un chemisier que la plupart des téléspectateurs trouveront hyper-tendance et voudrons acheter dès demain. Mais moi, il me fait grincer des temps ce chemisier. L'entoilage du col est pourri : le col est mou et rebique, il est de plus orné d'un joli faux pli. Bien sûr quasiment personne ne le remarquera. La plupart des gens ont tellement perdu le goût des belles choses en matière d'habillement que l'ampleur de la tâche à accomplir pour rééduquer leur œil me paraît insurmontable. Pour ma part, je couds mes propres vêtements et j'avoue que bien qu'indigente je me contente de ma garde-robe faite à mes mesures (bien sûr tout n'est pas parfait, mais j'y travaille) et quand j'achète une pièce c'est à contre-coeur... Je sais que tout le monde ne peut pas faire comme moi et que cela prends beaucoup de temps, mais c'est ma passion.

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