degillestissus@free.fr

Messages les plus consultés

profil

profil
mes tissus

lundi 18 février 2013

Billet d'humeur : oui il y a de l'avenir pour les marchands de tissus

L'anonymat des étoffes La signification première des tissus tient bien peu de place aujourd'hui, c'est sans doute pour cette raison qu'ils ont tendances à se faire oublier, à ne plus avoir d'existence à vivre dans l'anonymat. Le nombre des étoffes par ailleurs se restreint à vue d'oeil, qui pourrait désirer un métrage de zénana, qui réclamerait une bengaline, où envisagerait de faire un vêtement dans de la ziberline? Cependant si l'on cherche une gabardine, une cotonnade, une microfibre, ou une laine polaire, pas de problème, il y en aura toujours et partout ou presque. Le hic c'est que ces dénominations ont perdu toute substance, toute spécificité, un coton oui mais longue soie, indien, égyptien, suisse? Autant d'interrogations qui n'auront pas de réponses. Au fil des textes Prendre des fils et les entrecroiser d'une certaine manière pour obtenir un tissu c'est un peu choisir des lettres, faire des mots afin d'obtenir un texte. Tissu et texte sont des mots très proches. Et si on refaisait le monde en donnant au tissu son potentiel au lieu de l'affubler de clichés : chiffon ici, frivolité par là, futilité de ce côté ... Rarement il fut une époque où la matière textile était autant déconsidérée, jusqu'à n'être plus qu'un tissu, sans rien d'autre, juste un bout de chiffon sans nom, sans valeur, sans importance. Dans l'univers de la mode c'est le modèle qui compte, dans le commerce c'est la couleur tendance, dans l'industrie c'est le prix , dans la littérature contemporaine existe t il un écrivain qui décrive aussi bien"le bonheur des dames" que Zola? Alors le tissu dans tout cela? Il est dans tous ces états mais bien en deçà de ces capacités. Sommes nous les seuls au monde à avoir oublié l'importance de ce bout de tissu protecteur de notre naissance à notre mort? Peut-être bien parce que notre société c'est à perdu une partie de ses repères. La technique oui mais au mépris d'une histoire, d'un passé, d'une tradition textile qui fut dans notre économie un des domaines de pointes, des siècles durant ? Aux noms des tissus Je persiste et je signe. Oui les étoffes ont des noms et oui il est important d'avoir le choix, d'élargir le choix des fibres, des armures, la gamme des couleurs et surtout de distinguer les tissus les uns des autres en leur octroyant un nom. Ouvrez un journal de mode et comptez combien de tissus différents vous pourrez y trouver, j'entends combien de mots désignant une étoffe spécifique. Oui les formes, oui les longueurs, oui les couleurs mais crêpes, cotons, soie et puis quoi? Rien le néant, pourquoi ne pas parler d'un pantalon en crêpe marocain, d'une chemise en fil à fil, d'un manteau en radzimir, ou d'une redingote en gabardine de laine? Parce que l'information ne passe pas, parce qu'il est quasi impossible de trouver des magasins de tissus. Bien sûr il y a internet, pour les inconditionnels de ce mode d'achat why not, mais c'est un acte abstrait, une photo suffit-elle à rendre la rondeur d'une étoffe, le toucher doux ou rêche, le tomber, la chaleur ou la fraîcheur... Nos sens nous aident instinctivement à appréhender les matières, et ainsi influencent -ils nos décisions. La faute à qui? Chacun à sa part de responsabilité -les fabricants qui réduisent l'importance de leur offre car les recherches en matière d’innovations ont un coût très important -les stylistes, créateurs, grands couturiers qui se contentent de ce qu'il y a sur le marché sans vraiment chercher à sortir des sentiers battus, car -les recherches en matières d'innovations ont un coût très important - les vendeurs qui ne s'intéressent pas au produit qu'ils proposent -les clients qui acceptent dans leur majorité de suivre la tendance? Les boutiques de tissus sont- elles destinées à devenir des musées? Oui, les boutiques de tissus ferment les unes après les autres. Le constat est simple : il y a quelques années encore on pouvait trouver des marchands de tissus dans tous les quartiers des grandes villes, dans le centre des villes plus petites, sur les marchés les forains qui proposaient un choix important de tissus. Aujourd'hui il y a pénurie de marchands de tissus, non pas par manque de clients mais par manque d'intérêt des commerçants. Je me souviens Je me souviens de cette femme sans âge, que j'avais toujours vu vieille dans sa vieille et merveilleuse boutique de tissus de la place des Vosges, c'était une vedette dans le quartier et mes visites dans ce capharnahüm ont certainement influencé ma façon de travailler. Je me souviens de ces virées chez Max aux Champs- Elysées et des mannequins miniatures. Je me souviens des boutiques Bouchara et de la variété des étoffes proposées. Je me souviens de Maupiou, ce temple des tissus de luxe qui a fermé ses portes aussi. Je me souviens de ce gentil et bavard marchand de tissus de l'avenue de la république qui pouvait vous parler de ses tissus pendant des heures, il est parti. Je me souviens de cette petite boutique de tissus près de la place des ternes à Paris, tenue depuis des années par sa propriétaire et vendeuse : les tissus des tweeds, des tartans, des lins irlandais, des soies de Lyon, tous bien rangés pliés sur des plaquettes en carton ou en bois, attendaient patiemment que les clientes fidèles viennent les choisir, fermée aussi ce lieu voué aux belles étoffes. Les parisiens sont privilégiés car ils ont la possibilité de se rendre dans le quartier de Montmartre, dévolu au monde du tissu d'ameublement ou d'habillement. Des enseignes prestigieuses proposent un choix de matières et de prix unique. Le déballage Saint Pierre ou encore Reine, deviendront – ils bientôt des musées ? De Gilles tissus c'est encore autre chose, un lieu de rencontre pour les amateurs de tissus, particuliers et professionnels ; on y vient de loin parfois par curiosité, parfois pour la photo, souvent par nécessité... Aucune autre ville que Paris ne possède de tels lieux, c'est unique et merveilleux il faut savoir en profiter. Marchand de tissus, un vrai métier Ma conception du métier de "vendeur de tissus" est guidée par la passion. Outre le conseil aux clients qui est primordial, il est impératif de proposer des produits étonnants comme ce double organza en trois D, rares comme ces carrés de soie imprimés au cadre dans les années 70, curieux comme ce tissu en éponge de mer. J'aime par -dessus tout commenter, décrire, raconter les nouveautés qui entrent dans le magasin. Susciter la curiosité, éveiller la passion, provoquer des coups de foudre, donner envie de travailler les matières . Il faut rassasier les sens, accrocher la vue avec des couleurs ou des imprimés, nourrir le toucher avec des matières douces, rugueuses, souples, rigides... Enfin il faut du choix, de la diversité et un savoir faire qui s'acquiert avec l'expérience. L'avenir des magasins de tissus c'est vous ! J'étais partie pour écrire un article sur l'oubli dans lequel était tombé mon métier et je m'aperçois que finalement j'aime tellement ce que je fais et ce que je vends que je vous propose un plaidoyer pour faire entrer dans votre quotidien un peu plus d'élégance, de surprise, de découverte, de subtilité. Habillez vous plutôt que de vous fringuer et là aussi je pèse mes mots Faites de vos habits des amis qui vous abritent tout comme votre habitat vous protège, et si vous les aimez, la forme et aussi la matière alors ils vous le rendront et d'une année à l'autre vous les porterez avec plaisir. C'est vers cette découverte, cette rencontre avec les étoffes, matières premières de nos vêtements que j'aimerais vous amener. Ressentir une émotion en enfilant une vieille veste, votre vieille veste à vous, c'est comme enfiler une paire de chaussures parfaitement ajustées à la forme de vos pieds, c'est une "madeleine", c'est délicieux et gourmand et ça fait partie de souvenirs. J'ai pu constater combien j'ai été heureuse de transmettre à ma petite fille une robe en coton fleuri avec une énorme fraise . Ce vêtement, je l'avais conservé précieusement car ma fille l'avait porté, aimé et c'est vrai que depuis les tissus avec des fraises, imprimées ou brodées elle en raffole. J'espère qu'elle transmettra à son tour à sa fille ce sentiment de plénitude qui nous inonde lorsque l'on se sent bien dans ses habits. Au plaisir de vous recevoir chez De Gilles Tissus et bonne couture.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire