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vendredi 11 février 2011

Ma cabane au Canada

 La tempête, les routes bloquées par la neige, le froid, alors employons les moyens du bord, et vive les raquettes
Tempête de neige, mais chaud les coeurs, car il y a les cabanes à sucre, le sirop d'érable dans tous ces états et croyez moi, ce liquide ambré vous réchauffe tout de suite surtout s'il accompagne des gaufres ou des crêpes... Mais la cabane, mot peut être audacieux, en tout cas le lieu que j'ai découvert (Et oui, encore des découvertes textiles!) est situé dans un joli village qui vit hors du temps. Bien entendu les habitants ont internet, les centaines de chaînes de tv, des congélateurs, des 4X4 avec des pneus neige ... Mais pas de chaînes de fast food, pas d'enseignes lumineuses qui éblouissent la nuit, pas de supermarchés, peu de circulation  et des conducteurs d'une extrême civilité qui stoppent leur voiture dès que vous êtes sur la chaussée. Les passages piétons ne se voient pas à cause de la neige, donc traverser en toute sécurité c'est, je l'avoue, moi qui suit parisienne, une merveilleuse expérience. Voilà ce que donne  la modernité sans ses nuisances.

la neige, le ciel bleu et le silence ! quel luxe!
Pour retrouver le vrai monde il faut parcourir 20 km : la pollution, le bruit, les magasins, le shopping...  Mais en attendant moi je reste dans cet univers qui me plaît,  vaguement  vintage, faussement bio, mais pour quelques jours j'y crois.
Comme dans de nombreux villages, le point stratégique, le lieu de rassemblement en semaine, c'est le General Store. La journée on y retrouve tout le monde et ou trouve de tout ou presque. Dans celui-ci il y a un rayon confiserie, avec des centaines de bocaux remplis de sucre d'orge à faire palir d'envie les plus gourmandes.

Un peu plus loin, une délicieuse pâtisserie installée dans le salon d'une demeure privée. La patronne fait elle même ses pancakes et ses muffins chaque jour ou  plutôt chaque nuit parce que dès 7 h du matin on peut y déguster outre un délicieux café et toutes sortes de thés, des gâteaux tout juste sortis du four et, si l'envie vous prend d'avoir une petite faim vers 11 h,  pas de soucis de 10  à 14 il y a un snack tenu par un frère et une soeur qui vous préparent des soupes, des salades bios et quelques sandwichs. Le tout home made évidemment. Il y a aussi la nourriture de l'esprit et le village n'est pas en reste : magnifique bibliothèque, deux galeries de peinture et bien sûr, la librairie. La presse du jour et les livres de chevet vous les trouvez dans un autre general store avec les gants, les bonnets les anoraks et, au sous-sol , le sirop d'érable, les sous-vêtements, les pyjamas en coton gratté, et les souvenirs du Vermont. Et je n'oublie pas l'incontournable pub, un bien joli refuge, où  le soir vous trouverez de quoi vous réchauffer en retrouvant les habitants qui ont déserté le "général store"

Comme je n'avais plus faim et que j'avais eu le temps de parcourir la presse quotidienne régionale au petit déjeuner, je me suis promenée dans les rues désertes
seuls les touristes sont assez fous pour affronter de telles températures


 Et tout à coup,  une enseigne improbable,  inattendue, attendrissante, attira mon regard et me fit presque fondre en larmes. Fabric and Yarn autrement dit : tissu et fil.


Rencontre improbable entre une "chasseuse" de bonne adresse et une bonne adresse par moins 25°


C'est en fait le rez de chaussée d'une maison transformée en boutique. Mais une boutique comme je les adore, pas tout à fait un lieu commercial, pas tout à fait artisanal pas non plus :  un vrai magasin vivant... Toutes les clientes se connaissent, si je mets ces mots au féminin c'est parce que les femmes sont tout de même la majorité agissante de cette entreprise.
En restant quelques minutes j'ai vu défiler des clientes amies , et je me suis dit que j'avais trouvé    disons le centre de loisirs et de créations, un club féminin, un lieu de convivialité, une caverne d'ali baba pour mains agiles.

 La boutique du quilting, du patchwork, des travaux d'aiguilles, des ouvrages de dames est, d'entrée de jeu, agréable . C'est une invitation   à la flânerie. Sur la gauche de la laine, en pelote, en écheveau, sur des portants, dans des casiers, dans des paniers.. sur la droite des ouvrages brodés, cousus, matelassés et au fond dans la dernière pièce  les quilts
Avant d'admirer les ouvrages exposés, il me faut un temps d'adaptation, passer de moins 25° à  plus 20° en quelques marches, c'est difficile!


Pourquoi donc ce petit paradis voué aux matières textiles dans une ville somme toute animée par le tourisme sportif ski ou randonnées ? Parce qu'ici aussi les femmes ont du temps libre et l'ambiance fan club, réunion, papotage, c'est super. Le patchwork est depuis longtemps et dans de nombreux pays un élément social très important et les loisirs associatifs sont très développés dans les petits villages isolés Fabric and yarn propose pêle mêle des pelotes de laine, des ouvrages que les clientes laissent en dépot, des tabliers, des bavoirs, des enveloppes pour serviettes, broderie, les articles proposés à la vente sont "home made" pas d'importations, de l'authentique comme on en souhaiterait davantage.



Deux  femmes qui ont fait de leur passion leur métier
Et puis il y a cette pièce remplie de quilt , dessus de lit, enveloppe de coussin etc. Et nous voila replongé au 19 eme siècle, lorsque les femmes des pionniers, arrivées d'Europe, avec pour tout bagage ou presque leur courage  devaient fabriquer des couvertures et des vêtements pour leurs famille. Les produits textiles étaient rares,  la population ne pouvait pas compter sur une production locale alors il fallut trouver des solutions. Les femmes mirent en pratique un système formidable : le partage du temps, le partage des ressources et le recyclage. La mise en commun des rares morceaux de tissus provenaient  de la récupération de vieux draps ou de vêtements usés. Cette technique n'était pas une innovation , elle avait  des siècles auparavant   été mise en pratique  sur d'autres continents avec succès.  Bien sûr la technique est ancestrale celle du rapiéçage au moyen de pièces appliquées  était courante même si aujourd'hui on oublié son utilité Par contre la mode s'est emparée de cette technique  en proposant des jeans troués et rapièces.
Il n'est pas si loin le temps  les vêtements et le linge de maison  rapiecés était chose courante. Si les oeufs en bois qui servaient à repriser les chaussettes sont aujourd'hui recherchés par les collectionneurs, il n'en reste pas moins vrai que repriser et rapicer devrait être remis à l'ordre du jour parce que consommer /jeter sans modération n'est peut être pas la bonne solution.
une pièce entière qui sert d'écrin à une centaine de quilt
 une pure merveille, un bonheur pour les yeux
 L'assemblage de simple bout de chiffons devint insuffisant pour lutter contre un climat rude , des abris de fortune, des maisons rudimentaires. Alors  pour une meilleure protection les femmes trouvèrent encore une fois la solution : doubler la couverture avec d'autres petits bouts de tissus et entre les deux épaisseurs l'espace était remplis avec des déchets de tissus de fils . Les morceaux étaient assemblés par des coutures visibles, avec  des points plus ou moins grands ce qui donnait du relief  au tissu  On obtenait un patchwork matelassé qui pouvait aussi être travaillé pour en faire des vêtements de protection, des tabliers tout comme des plaids. Chacune arrivait avec un morceau de tissu provenant d'un vêtement usagé ou encore d'articles d'ameublement hors d'usage. Et ainsi tout en se retrouvant en petit groupe elles confectionnaient des plaids en assemblant des centaines de petits morceaux d'étoffes disparates. L'hiver on assemblait les petits morceaux souvent chez soi puis lorsque plusieurs grands carrés étaient prêts alors les femmes se retrouvaient pour les assembler et ainsi obtenir un ouvrage plus grand. Il fallait attendre les beaux jours pour le matelassage qui se faisait dehors. Le  patchwork était tendu avec les moyens du bord sur une sorte de cadre et toutes les femmes pouvaient alors travailler à plusieurs mains   pour  rembourrer et surpîquer ce qui deviendra le quilt.
 Si au début ce fut par soucis d'économie que cette technique vit le jour, cela devint rapidement un passe temps créatif comme la broderie  et au XXIe siècle ne serait on pas en train de  réhabiliter le recyclage? Cette occupation  remplacait le filage d'antan au coin de la cheminée durant les longs mois d'hivers dans nos campagne et aujourd'hui même s'il y a la télévision, le cable et internet, parfois on a besoin de se raccrocher à des valeurs tactiles et de voir la progression d'un ouvrage collectif cela est satisfaisant. Né de la nécessité du quotidien,  le patchwork se transforma avec le temps et une économie plus florissante en une activité qui fut et reste un ciment de la vie communautaire.
C'est ainsi que naquit le patchwork, le quilting et le log cabin le crazy work et bien d'autres fantaisies
Au fil des ans ces femmes devinrent expertes  et se donnèrent des contraintes de plus en plus complexes
ainsi naquirent l'art du patchwork et du quilting Parce que le décor de l'ouvrage obtenu a été pensé  l'assemblage des morceaux ne se fait plus au harsard. Les couleurs et la forme des morceaux sont préparées avant le début de la fabrication.

Les amish dans la région de Philadelphie font commerce de cette technique et parce que la réalisation d'un plaid par exemple est longue et couteuse, on la réserve souvent pour de grandes occasions (mariages, naissances, anniversaires) Chaque second week end du mois d'Aout
a lieu un grand rassemblement au marché couvert de Philadelphie. Les amish viennent présenter leur production textile et leurs produits alimentaires. On se précipite de très loin pour manger des bretzels géants mais aussi pour   commander  des courtepoints des plaids ou des dessus de lit en patchwork
Les commandes se prennent d'une année à l'autre. Soyez patiente et comptez environ douze mois   pour la réalisation d'une courte pointe sur mesure.
Je souhaite que ces quelques lignes vous invitent au voyage, ou vous incitent à  l'initiation au quilting.

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