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jeudi 31 janvier 2013

N°4 UNE NOUVEAUTE MILLENAIRE : LE TISSU DE LOTUS


UN LAC FLEURI
Imaginez vous une vaste étendue d'eau, d'où sortent par milliers des tiges portant des fleurs plus belles les unes que les autres. Ces boutons blancs, roses et rouges vont éclore entre le mois de juin et de septembre, et alors le spectacle est unique.
Ces corolles  délicates se détachent sur les larges feuilles vertes. C'est simplement éblouissant, qu'il s'agisse d'un lac, d'une mare ou d'un bassin, l'aspect décoratif est extraordinaire. Qui plus est, si les tiges renferment des fibres susceptibles d'être filées, c'est magique. Il existe de nombreuses variétés de lotus, mais seules les tiges du Padonma kyar sauvage ou lotus rouge sont utilisées en filature.

LE TEMPS DE LA RECOLTE
C'est le matin que la splendeur des fleurs qui ouvrent leur corolle est à son apogée. Avec le coucher du soleil, les fleurs se fanent, pour mieux renaître le lendemain. La pleine saison pour la récolte se situe  pendant la mousson Ensuite, les fleurs sont moins abondantes et la qualité des fibres est de moins bonne qualité.

TOUT EST BON, IL N 'Y A RIEN A JETER
Dans le lotus tout est bon : la fleur est belle, elle se vend à l'entrée des temples et sert d'offrande aux fidèles, les graines, les pétales des fleurs se cuisinent, les graines séchées ou fraîches se dégustent comme des friandises, les racines semblables à des tubercules sont utilisées dans la pharmacopée chinoise





                   Lotus rouge royal, dont la fleur émerge majestueusement des eaux troubles.

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UN LIEU, UNE FIBRE, UN TISSU
Quelques écharpes en tissu de lotus 
C'est dans le village de Kyaingkhan situé sur le lac Inlé que sont tissées traditionnellement les robes "offrandes" des moines en fibre de lotus ; quelques articles comme des écharpes ont été fabriqués afin de satisfaire une clientèle de passage, essentiellement composée de touristes car le tissu de lotus est symboliquement destiné à habiller les statues de bouddha et les vénérables vivants dans les monastères.

UN PROCESSUS IMMUABLE
Les femmes recueillent les fleurs et les graines, qu'elles vendront près des temples et au marché.
Les marchés sur le lac Inlé sont tournants, c'est-à-dire que tous les cinq jours ils reviennent dans le même village afin que tous les habitants du lac puissent dans la semaine avoir leur marché et faciliter les échanges. 

                                                      Aujourd'hui, c'est jour de marché

Les hommes  vont "cueillir" les tiges de lotus étêtées, dont les fleurs ont déjà été enlevées pour la vente.
Les tiges fraîches sont rassemblées et les opérations vont se succéder dans l'atelier. C'est à peine 24 heures après la récolte que commence l'extraction des fibres. L'ouvrière fait un tri, elle sait quelle tige choisir, souple mais pas molle car les fibres ont, dans ce cas, tendance à se décomposer et à donner un  fil inutilisable.
Les tiges une fois coupées, sèchent rapidement et deviennent cassantes. Il est alors impossible d'obtenir une fibre textile convenable.

 SYMBOLISME
Dans le bouddhisme, le lotus symbolise le potentiel de tous les êtres vivants de se développer au-delà des désirs de l'existence terrestre pour devenir des êtres purs, personnifiés par le Bouddha.

TRADITIONS
Les habitants du lac Inle suivent les traditions locales ; ils pensent que le lotus est doté de pouvoirs surnaturels. Ainsi, des rites anciens se poursuivent et les exigences perdurent
Les personnes qui vont travailler les fibres de lotus, doivent être respectueuses des cinq règles qui régissent la vie quotidienne des bouddhistes : ne pas voler, ne pas mentir, ne pas boire d'alcool, ne pas avoir une vie sexuelle dépravée, et ne pas tuer.
La plante est respectée, jusque dans la manière de la cueillir.
Une semaine avant la récolte des tiges, les paysans vont faire des offrandes au lac qui donne la boue et l'eau nécessaire à l'épanouissement de la plante, puis ils feront la même offrande au gardien spirituel de l'atelier où sera tissée la robe de moine. C'est une statue de bouddha que l'on retrouve dans chaque habitation et dans les temples et les monastères avec des tailles et des matières différentes. Ces offrandes consistent en 9 plats de nourritures terrestres déposés sur l'eau et devant la statue.

C'est un travail saisonnier puisque c'est entre mai et juin que la floraison atteint son apogée et jamais on ne coupe les tiges avant la pleine floraison. Ceci pour obtenir la meilleur qualité de fibre.
C'est une des raisons qui expliquent la faible production de cette fibre. Un jour peut être finira t on par  cultiver les lotus et congeler les tiges de lotus afin d'avoir de la matière première toute l'année et de pouvoir répondre à une demande internationale friande de nouveautés. Mais c'est une autre histoire.


Les femmes n'ont pour tout outil un petit couteau et parfois une simple lame, une bassine d'eau et une table basse qui sert d'établi. Les tiges sont incisées peu profondément, cassées d'un coup sec et  tordues de manière à extraire les filaments, une vingtaine par tiges. C'est avec curiosité que j'ai découvert l'intérieur de la tige.

En coupe transversale, on distingue quatre trous qui contiennent des filaments blancs, quasi transparents et humides. On les sort de leur cavité en éloignant les deux parties de la tige sectionnée.

L'ouvrière tient les bouts dans chaque main et d'un geste calculé, ni trop fort ni trop faible, elle obtient à chaque fois une trentaine de centimètres de fibre.



Les fibres seront déposées sur la planche en bois dont la surface est humidifiée en permanence. D'un mouvement énergique, l'ouvrière roule les filaments sur eux-mêmes de manière à obtenir une sorte de fil, encore faible car sans réelle torsion. Cette façon de faire me rappelle l'artisan boulanger qui fait les baguettes. Il prend un petit boudin de pate qu'il roule, allonge, puis il prend un couteau et d'un geste précis il fait des scarifications qui donneront une fois la cuisson terminée cette croute relièfée et craquante si particulière à la baguette "parisienne."
Elle dépose cette portion de fil qui ne dépasse pas 0,30 à 0,40 cm dans un panier à côté de la table basse et recommence l'opération avec de nouvelles tiges.
C'est un travail fastidieux et répétitif.
Le travail se fait à la chaîne, on coupe, on tire, on tord, on roule et on recommence.

LES BONS COMPTES
12000 tiges de lotus et plusieurs mois pour le filage, le tissage et la teinture sont nécessaires pour fabriquer le tissu d'une robe de moine. A ce compte, les birmans n'ont pas de soucis à se faire, leur production ne sera pas délocalisée et c'est heureux.

LE FILAGE
Les filaments vont être transformés en fil, petits bouts par petits bouts, ils seront assemblés de manière à obtenir un fil continu. Le processus est manuel, il faut éviter que les filaments s'emmêlent. Une fois la transformation achevée, le fil se retrouve sur de grosses bobines.
 Une torsion supplémentaire transforme les filaments en un fil suffisamment solide pour être tissé.
LE TISSAGE
C'est le travail de tout tisserand, rien d'extraordinaire à ce niveau là, bien qu'ici les outils soient réduits à leur plus simple expression.
Les métiers à tisser sont, comme le montre la photo, rudimentaires. On note que la largeur des tissus est limitée et dépasse rarement 0,90cm.


Avant le tissage, il est d'usage d'enduire les fils d'une sorte d'amidon de riz qui rigidifie le fil puis, pour faciliter le tissage, les fils sont légèrement huilés et, durant l'opération de tissage, les fils sont constamment humidifiés. Une fois le tissage terminé, le tissu obtenu est lavé afin d'ôter toute trace d'amidon et d'huile.

Le travail avance lentement, les commandes dépassent largement les possibilités de production, c'est pourquoi les délais sont si longs.



les moines entretiennent leur robe eux même;  dans les  monastères , les étoffes étendues au soleil le temps de sécher, sont autant de taches de couleur qui se détachent sur la verdure environnante


Les robes de moines sont teintes dans une gamme de rouges sombres. Le travail n'est pas pour autant terminé car le tissu est découpé en rectangles ou en carrés de tailles différentes qui sont assemblés pour donner l'impression d'un vêtement fabriqué avec des morceaux de tissus récupérés ça et là. L'ensemble semble rapiécé et symboliquement, la robe une fois terminée, ressemble à un paysage de rizières, avec ces parcelles irrégulières qui sont séparées les unes des autres par de petites digues.

Maintenant vous savez tout, je vous ai livré tous les secrets que j'ai pu glaner ici ou là, surtout là, c'est-à-dire dans les villages lacustres du lac Inle en Birmanie




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