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mardi 6 septembre 2011

L'indigo Trésor National japonais



Dans le dédale des ruelles de Kyoto, se trouve une échoppe qui fut l'une des plus jolies découvertes dans ce pays qui recelle tant de merveilles. Dans une ancienne batisse, une  simple devanture en bois, et une vitrine qui instinctivement pousse  un amateur de tissus  à visiter les lieux. Des dizaines de rouleaux de tissus  dans une  variété de bleu étourdissante. Des  kimonos en lin, pièces uniques, pièces de rêve, chef d'oeuvre. Saviez vous que la couleur bleue est la couleur préférée dans le monde ? Il existe tant de nuances, et on peut tirer de cette matière tant de beauté.






Au Japon,  les Trésors Nationax  désignent  les plus précieuses propriétés culturelles de la nation. La liste est établie par le ministère de l'éducation, de la culture des sports, de la science et de la technologie. Parmi tous ces trésors on trouve l' indigo. Si les oeuvres sont des trésors  nationaux, ceux qui les fabriquent sont des Trésors Vivants Nationaux. Ainsi les Maîtres Teinturiers sont des Trésors  Vivants Nationaux, c'est à dire qu'ils représentent la perfection humaine, si tant est qu'elle existe
 Chaque année à lieu l'élection des trésors nationaux vivants, un peu à l'image de nos meilleurs ouvriers de France. La liste des noms est alors officièlement publiée. Il y a des trésors vivants pour de nombreux secteurs artistiques  comme la céramique, la peinture, la broderie, l'architecture et la teinture bien entendu.

Kimono "indigo" et superbe obi contre T shirt gourmand
La directrice du magasin après m'avoir fait les honneurs de ses trésors, se  laissa convaincre  de poser pour la photo souvenir
Le processus de transformation de l'indigo est long, et réclame des soins, une surveillance de tous les instants, en un mot un savoir faire  sans faille.
 Les bassines dans lesquelles fermentent l'indigo sont surveillées de près,  chaque maitre   teinturier  procède à sa façon,  pour  fabriquer ce  précieux liquide. On entre dans un monde si particulier, l'homme et l'indigo vivent en osmose, pour réussir la transformation de ce liquide en  cette poudre  qui permettra de donner à des supports de lin, de coton ou de soie des nuances subtiles, raffinées, complexes.
Le maître pouponne, surveille, examine,  ralenti, accelère, laisse reposer. La moindre erreur de dosage, d'écart de température durant  le processus de transformation du produit et tout est à recommencer. Jusqu'au moment où la couleur du bain vire au bleu et là c'est la révélation, c'est réussi ou raté, pas de demie mesure
En bleu indigo de la tête aux pieds ou presque après le passage dans la boutique de Kyoto
Ceci explique pourquoi les articles teints à l'indigo naturel sont des produits de luxe. Je comprends mieux maintenant pourquoi ces vêtements sont si fascinants. Ce n'est ni la forme, ni le prix, qui les rendent si différents des autres. Je prends conscience de leur humanité. Dans la préparation de la teinture l'homme à mis tout son savoir faire,  son temps,  et dans la teinture c'est son art , son ame qui se révèle. Il a travaillé la matière avec respect et c'est avec respect également que l'on doit porter ces vêtements. Pour moi il y a un petit quelque chose difficile à cerner mais que je soupçonne lorsque je porte ce pantalon acheté à Kyoto. Lorsque je l'ai choisi  il avait déjà un passé, meme neuf, il avait dans ses fibres toute la mémoire du travail accumulée par des générations de teinturiers.
Et comme l'indigo ne se fixe jamais vraiment, les lavages successifs transforment avec subtilité l'intensité de la couleur  d'origine. Si nos visages se rident avec les ans, les tissus teints  à l'indigo se fanent  peu à peu, acquierent des  nuances si délicates que les mots ne suffisent pas à les décrire et cette patine elle donne vie à ce vêtement que j'adore. Il est aujourd'hui usé jusqu'à la corde, mais je ne me résouds pas à m'en séparer, nous  partageons tant de souvenirs. Je vous souhaite de trouver comme moi des vêtements qui deviennent aussi des amis.



 Longtemps, cette couleur fut destinée aux gens du peuple, les couleurs fortes et criardes étant réservées à la noblesse et aux soldats. Le bleu indigo était alors partout : sur les vêtements des paysans mais aussi sur les filets qui protégeaient les cultures. Takao, un de mes amis japonais, me racontait que lorsqu'il était enfant, les champs étaient bleus, parce que recouverts en partie de filets de protection teints à l'indigo ; il se souvient également que sa grand-mère mettait toujours sur la table un peu de poudre d'indigo dans un récipient. Mais pourquoi donc ce bleu sur le dos des paysans, dans les champs et dans les maisons à la campagne ? Parce que ce produit, dit-on éloigne les insectes et les serpents et accroit la solidité des tissus ainsi teints.
II existe encore au Japon des écoles de teinture, et notamment des maîtres qui enseignent les techniques ancestrales à des élèves venus du monde entier. L'intérêt de ce type de teinture, c'est l 'étendue de la palette que l'on peut obtenir. Attention ! Si vous possédez un vêtement teint à l'indigo naturel, lavez le sur l'envers et faites le sécher sur l'envers à l'abri des rayons du soleil et de la lune si vous ne voulez pas avoir un vêtement décoloré qui passe du bleu indigo au violet trop rapidement.
Existe-t-il un secret pour ces teintures à l'indigo au Japon ? Peut-être, peut-être pas mais jamais un pigment artificiel ne rendra les nuances obtenues avec ce pigment naturel. Constat étrange l'indigo naturel est un produit qui se trouve sur quasiment tous les continents et pourtant son utilisation se raréfie sur la planète bleue, il devient aujourd'hui un luxe pour les citadins alors que pendant des siècles il fut utilisé par les classes populaires. Le jean devenu l'emblème de la mondialisation et du vêtement unisexe est aujourd'hui un produit qui n'a jamais vu de près l'indigo, comme les tomates en branches que l'on trouvent en toute saison sur les étales des supermarchés n'ont jamais vu la terre...
Il y a indigo et indigo : celui du Japon est exceptionnel et  ce ton aubergine/bleu est unique, parce qu'il y a un savoir faire unique

4 commentaires:

  1. C'est toujours impressionnant de voir les différences des tissus et de leur confection entre les cultures. Merci pour votre article!

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  2. Bonjour !
    J'ai trouvé votre article fort intéressant - merci !

    Aussi, j'aimerais beaucoup partager l'adresse à un ami créateur de Kimonos et qui part au Japon dans quelques jours. Pensez-vous pouvoir me l'envoyer svp?

    Merci encore et bon weekend,
    Cécile

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  3. Bonjour,
    Je suis emue de découvrir une personne avec les memes symtomes que moi. Les tissues sont une maladie pour moi et par desus tout j'aime les tissues fait main teint a la main avec une "ame".Mon plus grand reve c'est de parcourir le monde pour decouvrir toute ces richeses. Je suis tapissier et aimerai recouvrir le plus possible des fauteuils avec ce genre de tissue! J'espere un jour pouvoir venir decouvrir votre boutique. Merci
    eliane

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    1. Bonjour,

      Bravo et merci pour votre article. J'adore l'indigo aussi. Je suis créatrice de vêtements et accessoires et je travaille l'indigo d'Afrique de l'ouest, de la Guinée notamment. Si vous êtes intéressée vous pouvez me contacter. Merci.

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