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lundi 1 mai 2023

CHAPEAU LA PAjA TOQUILLA!

 UN COUP DE CHAPEAU A LA VANNERIE 

Bien qu’en Avril le dicton incite à ne pas se découvrir d’un fil, j’ai choisi de vous faire découvrir au fil des siècles la rocambolesque histoire du mythique panama, peut-être le plus célèbre des articles de vannerie.Comment un banal chapeau de paille est-il devenu un « must to have » ? C’est précisément la raison de ce postal. Depuis la préhistoire, sous des formes différentes et des noms d’emprunt, il a traversé les océans, conquis les populations des cinq continents, permis de financer une révolution, résisté aux crises économiques et vaillamment tenu tête à la concurrence des produits industriels. De fait, il est intimement lié à l’histoire de l’Equateur. 


LA VANNERIE UNE, TECHNIQUE PLUS ANCIENNE QUE LE TISSAGE  

« L’enchevêtrement des fibres d’un panier ou celui d’une étoffe peuvent être identiques sans qu’on les considère comme appartenant à la même catégorie technique » Leroi-Gourhan

Le saviez-vous ? Vannerie, de van, terme emprunté au latin vannus : panier en osier à fond plat utilisé jadis par les paysans pour séparer les bons grains de l’ivraie. 

Le vannier tresse des fibres discontinues et flexibles à mains nues pour fabriquer des objets domestiques servant à transporter, stocker, pêcher, filtrer, presser, éventer, sécher, dormir, se parer, et parfois se vêtir. Le tisserand entrecroise dans un certain ordre des fils souples et continus à l’aide d’un matériel et d’outils plus ou moins sophistiqués pour obtenir un tissu à usages multiples.


LA STAR DES CHAPEAUX DE SOLEIL ET LE CHAPEAU DES STARS

Ce n’est pas une couronne mais un chapeau de paille, écru ou blanc, à bord plus ou moins large, ceinturé d’un gros-grain de couleur, qui couvre les têtes de bien des personnalités du monde politique et de l’univers artistique. Leur notoriété joua un rôle certain dans l’accession à la postérité de cet accessoire. Cependant, cela me semble insuffisant pour comprendre cet engouement de toutes les catégories de population. Une part de mystère subsiste…   

Le saviez-vous ? Napoléon 1er emporta, lors de son exil à Ste Hélène, son bicorne à cocarde tricolore et un panama, probablement un montecristi superfino. Lorsqu’il sortait au jardin, il revêtait une veste et un pantalon de nankin sans oublier son panama. Cette tenue amusait les jardiniers et l’empereur souhaita que chacun d’eux possède aussi sont petit chapeau de paille.


USURPATION D’IDENTITE

Au-delà de la légende, une ombre plane sur ce “sombre héros“ : l’appellation « panama », apparue au XIXe siècle, résulte d’une méprise. Les exportations vers l’Europe, l’Asie ou les Etats unis, des produits fabriqués en Equateur empruntèrent, des siècles durant, la seule route possible qui passait par l’isthme de Panama. Les colis étaient estampillé Panama par les douaniers, seule information à destination des clients, le lieu de fabrication étant effacé au profit du lieu d’expédition. 


RENDRE A CESAR…

La logique voudrait donc que l’on parle d’un équateur et non d’un panama, mais changer les habitudes est plus difficile que changer de nom. En Equateur, c’est encore et pour toujours, le sombrero de paja toquilla. Seuls les touristes parlent de panama.


BIS REPETITA OU PRESQUE

Voir la paille dans l’œil de son voisin et ne pas voir la poutre dans le sien. Ce proverbe ne s’appliquerait-il pas aux équatoriens ? Le sublime panama superfino montecristi, bien que fabriqué dans le village de Pile, est commercialisé dans la ville voisine de Montécristi. Cette fois encore, le lieu de commercialisation l’emporte sur le lieu de production.


OFFICIALISATION D’UN MALENTENDU

En 2012, le “panama palm hat“ fut classé au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Comment ne pas regretter que la terminologie panama soit, de fait, considérée comme acquise ? 


TROMPETTES DE LA RENOMMEE SONNEZ !

La renommée internationale du panama, acquise au XIXe siècle, ne s’est jamais démentie. En 1944, ce couvre-chef devint le plus important produit d’exportation d’Equateur. En 2009, l’institut équatorien de la propriété intellectuelle reconut l’Appellation d’Origine Contrôlée du panama (à condition de respecter le tressage manuel, l’utilisation exclusive des fibres du carludovica palmata et la fabrication dans une localité équatorienne).  En 2012, ce fut l’apothéose avec la consécration du panama hat par l’Unesco.


« LE PANAMA HAT » N’EST PAS A UN PARADOXE PRES

Le chapeau de fine paille, accessoire emblématique des classes populaires amérindiennes, est devenu au fil des siècles, un article de luxe et même de grand luxe ; le summum de l’élégance, une pièce incontournable du vestiaire des dandy et le compagnon de tête préféré des globe-trotter, élégants jusqu’au « sommet ». 

Le saviez-vous ?  La valeur d’un montecristi « ultrafino » peut atteindre des sommes faramineuses qui dépassent l’entendement. On raconte qu’en 1934, au casino de Monté Carlo, un joueur de Baccarat à court de liquidité proposa son montecristi ultrafino modèle Fedora avec un ruban bordeaux, en guise de mise de 1 000 $.  La direction accepta, le joueur impénitent mais chanceux, joua gagna et garda son chapeau de paille.


DE LA FORET EQUATORIALE AUX PODIUM DES FASHION WEEKS 

A l’époque pré-hispanique, Les recherches archéologiques de la culture Valdivia en Équateur prouvent l’existence de coiffes en paille, tressés dès l’an 4 000 av. J.C. Les amérindiens avaient à leur disposition de nombreux végétaux qu’ils utilisaient pour se vêtir et se protéger. Les feuilles du latanier et du bombanaxa servaient au tressage des premiers « sombrero de paille » puis, délaissées à cause de leur fragilité, elles furent remplacées par les feuilles du palmier Astrocaryum standleyanum ou mocora  qui peut atteindre 15 m de haut et dont le  tronc  est hérissé d’épines. Pour contourner cet « obstacle » les indigènes fixaient un outil tranchant au bout d’une longue perche pour récupérer les feuilles qui, découpées en fines lanières, bouillies puis séchées, servaient à tresser les sombreros de paja mocora.  La paille fine et solide fournie par une herbacée endémique de la région de Manabi, de la famille des cyclanthaceaes, sorte de palmier sans tronc aux larges feuilles en forme d ‘éventail est, aujourd’hui encore, toujours utilisée. 

En 1532, les conquistadors qui débarquèrent en Equateur furent intrigués par les curieux vêtements qui couvraient la tête des natives. Il s’agissait de coiffes en paille tressée en forme d’ailes, destinées à protéger la tête, la nuque et les épaules des paysans, du soleil comme de la pluie.  

 Le saviez-vous ? Les étrangers comparaient la finesse du tressage et la forme particulière de ces protections solaires, aux ailes des chauves-souris. ils allèrent jusqu’à imaginer qu’elles étaient fabriquées avec la peau des ailes de ces chiroptères. Cette idée fut rapidement chassée lorsque, à leur tour, ils adoptèrent ce chapeau de paille plus léger et mieux adapté au climat que leur casques. 

Au XVIIe siècle :

En 1636, Fransico Delgado, entrepreneur espagnol venu s’installer en Equateur, vit le potentiel économique des sombreros de paja toquilla. Visionnaire, il « révolutionna » l’artisanat local, créa des ateliers structurés à Montecristi, ville qui, depuis, est un des principaux centres de fabrication de panama, la paille mocora  étant remplacé par la paille des cyclanthaceaes, le  modèle de coiffe à « deux pans »  fut  abandonné pour une forme plus occidentale, une petite toque, d’où l’appellation sombrero paja toquilla ou petite toque en paille.

  XVIIIe siècle : Charles IV, roi d’Espagne, commanda aux colons ces petits chapeaux de paille pour son épouse Ludovica. La noblesse n’eut de cesse d’imiter la coiffure de leur reine. Curieux, le roi envoya deux éminents botanistes en Equateur pour obtenir une description précise de cette plante qui servait à la fabrication de ces sombrero. A leur retour, ils donnèrent une description minutieuse de la cyclanthaceae. C’est donc en hommage au roi et à son épouse que cette herbacée fut baptisée carludovica palmata.

1867. Lors de l'exposition universelle de Paris, le Panama invité à exposer ses produits, offrit à Napoleon III un sombrero de paja toquilla. L'erreur fut alors consommée car l'Equateur n’était pas inscrit sur la liste des nations représentées à Paris. Le panama ne fit jamais amende honorable et laissa la légende étendre son aura sur le vaste monde de la mode. Les journalistes firent leur travail en décrivant l'empereur arborant un chapeau de paille du Panama. Son épouse Eugenie de Montija resta fidèle au chapeau de paille d’Italie aux larges bords, comme le montre ses nombreux portraits réalisés par le peintre Winterhalter.

Le saviez-vous ? Le canotier, chapeau de paille rigide, fut concurrencé par le panama plus moderne, plus souple, et si pratique pour les voyageurs. Les parisiens, friands de nouveautés, se laissèrent convaincre par ce nouveau venu et cet engouement laissa un trace que les artistes reprirent à l’unisson en chantant les belles romances de Paname.

1870.  Eloy Alfaro Delgado prit la direction de l’entreprise familiale basée à Montecristi tout en ayant des prétentions politiques. Contraint à l’exil, il se réfugia au Panama où il ouvrit un comptoir d’import-export de chapeaux de paille qui lui permit d’écouler la production des ateliers équatoriens vers l’Europe, l’Asie et les Etats Unis. Delgado utilisa les bénéfices tirés des ventes de panama pour financer le soulèvement populaire équatorien de 1870.  Il fut, à deux reprises, élu président de la république équatorienne.  

En 1880, débuta le gigantesque chantier du percement du canal de Panama qui se termina en 1914.  Des milliers d'ouvriers y travaillèrent, dont de nombreux équatoriens venus en voisins, avec leur sombrero. A la suite de bon nombre d’insolations et de malaises, les autorités sanitaires imposèrent à tous les ouvriers le port d'un chapeau pour se protéger du soleil. Le sombrero de paja toquilla, adopté par les ouvriers, devint la vedette du chantier du canal de Panama. 

Vous le saviez ! Nul ne fit allusion à l’Equateur, encore écarté du succès.

1882. Naissance de la légende de l’iconique modèle Fédora de la maison Borsalino, qui sera décliné ensuite en fine paille. C’est à la grande Sarah Bernhardt que ce modèle doit son aura.  C’est, en effet, coiffée d’un feutre mou que l’actrice joua le rôle de Fédora dans la pièce éponyme de Victorien Sardou. Qu’importe si son chapeau n’avait pas la forme du Fédora d’aujourd’hui, les légendes ont la vie dure.

 Le saviez-vous ?  On raconte que le creux, ou pli central, qui caractérise le dessus du Fédora fut inspiré à Monsieur Borsalino par les coups de matraque que les policiers assénaient sur la tête des partisans de l’unification italienne, écrasant leurs chapeaux lors des violentes répressions des manifestations pour l’unification de l’Italie. 

En 1906, lors de sa visite au chantier du canal de Panama, la direction offrit un sombrero de paja toquilla à Théodore Roosevelt. Lorsqu’il répondit aux acclamations de la foule, il la salua à son tour en agitant la main qui tenait son chapeau de paille. Sur la photo iconique du président des Etats-Unis à Panama c’est surtout l’image de son panama hat qui fit le tour du monde. Alea jacta es, les équatoriens ne pouvaient plus redresser la barre.

Le 7ème art fit la part belle au panama hat, qui parvint à chiper la vedette aux stars, notamment à Paul Newman, dans “the long hot summer“, ou encore à Dirk Bogard dans “Mort à Venise“.

Les grands noms de la haute couture internationale n’hésitent pas à faire défiler sur les podium des mannequins coiffés d’un panama montécristi ou cuenca, portant ostensiblement le sigle de leur propre marque. Ce signal est un blanc sein pour les fashionistas.


LA BANDE DES TROIS : LE BASIQUE BRISA - LE CLASSIQUE CUENCA - LE TRES SOPHISTIQUE MONTECRISTI  

Il existe trois types de panama protégés par une A.O.C. Ils se différencient par le « point » de tressage, le diamètre des fibres et leur couleur, mais ils ont en commun une fabrication dans une localité équatorienne, un usage exclusif de la paja Ludovica palmata et un tressage manuel. Selon la finesse des fibres, la fabrication d’un chapeau peut prendre entre deux jours et quelques mois. Mais avant que celui-ci ne prenne forme, il y un travail complexe de préparation des fibres.

Les trois critères de qualité sont : l’homogèneïté de la couleur, la finesse de la fibre et la régularité du tressage.  

Le brisa est le panama le moins onéreux, mais il respecte les points forts de la tradition. Le tressage est similaire à l’armure panama utilisée par les tisserands. Il en résulte une succession de petits carrés, la souplesse des fibres est relative, c’est pourquoi il ne peut se rouler ni se plier sans dommages irréversibles. 

Le cuenca est vraiment produit dans la ville de Cuenca. C’est un article moyen de gamme, caractérisé par un tressage en chevrons, avec une paille fine, d’un blanc pur. Le blanchiment se fait en deux temps :  la paille est bouillie pour éliminer la chlorophylle, puis blanchie à la javel. Les ouvriers travaillent assis pour le brisa et le cuenca. Le stock important permet un achat immédiat.   

Le montecristi est un chapeau de paille hors normes tant au niveau de la qualité que du prix. Il existe trois qualités qui se distinguent par la finesse du tressage le fino, le superfino et l’utrafino. Les artisans respectent la tradition ancestrale : ils travaillent debout penchés sur leur ouvrage, les fibres sont toujours séchées à l’air libre ; certains disent à la pleine lune, puis blanchies à la fumée de souffre pour éliminer la chlorophylle, ce qui explique la couleur ivoire et non un blanc pur. Le rythme du travail se calque sur celui de l’ouvrier, pas sur celui de la machine. 

Le saviez-vous ?  C’est in the pocket ! Plus le tressage est serré, plus les fibres sont fines, plus l’article est souple et léger plus la magie opère : on peut faire d’un panama montecristi un origami : le plier et le déplier sans dommage collatéral. 

Du merveilleux, passons à l’extraordinaire superfino montecristi que seuls quelques artisans aguerris sont encore en mesure d’exécuter. Considéré par les professionnels comme une pièce d’exception comparable au chef d’œuvre des compagnons. Ces articles sont généralement tressés avec une seule feuille de carludovica palmata, en sachant qu’elle peut atteindre jusqu’à 6 m de long . Le tressage peut durer quelques mois, parfois plus d’une année, le prix est en conséquence. Pour toutes ces raisons, ces articles d’exception ne sont fabriqués que sur commande. 


LA MAINTENANCE EST DE MISE 

Si votre sombrero de papa toquilla a trop voyagé, s'il est fatigué, si vous le trouvez hors d'usage, vous pouvez le retourner à l'atelier où il sera remis à neuf. Une seconde jeunesse, les rides effacées, la blancheur retrouvée.

En attendant, vaporisez la calotte et les bords avec une eau fraîche et repassez au fer doux le rebord, puis laissez reposer à l'ombre. Autre solution : achetez directement deux panamas.


A CHACUN LE SIEN : LE PINTAO SYMBOLE IDENTITAIRE PANAMEEN

Un chapeau de paille ivoire, souligné de fines rayures noires ou brunes. Contrairement au sombrero de paja toquilla tressé d’un seul bloc, le sombrero pintâo est composé de plusieurs tresses cousues en spirales sur une forme en bois. Le sombrero “pintâo“ ou chapeau peint, est porté traditionnellement par les panaméens. Seul le touriste non averti en visite au Panama se contente d’un panama : double erreur.


 EPILOGUE : TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN

Après le panama en 2012, c’est le sombrero pintâo qui fut classé au patrimoine immatériel de l’humanité par UNESCO en 2017.


POST CRIPTUM : LE MYSTERE DE LA BOTTE SECRETE   DU PANAMA

Mais pourquoi les stars adoptent-elles ce couvre-chef plutôt qu’un autre ?  Après avoir fait des recherches pour écrire ce post, le mystère s’éclaircit. Plus qu’un phénomène de mode, plus qu’un article fonctionnel qui se plie et se déplie sans broncher, il attire l’attention, il passionne l’auditoire, il ravit les curieux, il étonne par son CV prestigieux, il se découvre pour vous.

Le saviez-vous ?  Ces trois “fossettes“, des creux visibles de chaque côté et au milieu contribuent au confort du panama ; elles permettent de le saisir facilement d’une seule main pour l’enlever.

Cet objet, a priori inanimé, a-t-il donc une âme ?  Peut-être !  Entre ses mailles, se cachent un condensé de sensations, d’émotions, de sensualité que les artistes ou les politiciens de haut vol à la sensibilité exacerbée peuvent percevoir. Chaque authentique sombrero de paja toquilla est une pièce unique, chaque artisan parsème chacun de ses ouvrages de son savoir-faire, chaque heureux possesseur d’un panama partage cet héritage culturel et, oserais-je dire, cela n’a pas de prix ?

Le saviez-vous ? Certains panama montecristi portent la signature de l’artisan. En 2008, Simon Espinal, un artisan de Pile, village proche de la ville de Montécristi, tressa « The Hat »,  le panama superfino montecristi le plus fin jamais réalisé et le plus cher jamais mis sur le marché ; chef d’œuvre d’une vie, évalué à 100 000$.

dimanche 26 mars 2023

L'ART ET LA MANIERE D' APPRIVOISER LA BOURRETTE DE SOIE N°2

 


L’ORGANIGRAMME DES DECHETS DE LA SOIE 

 Qualité n°1 La soie schappe est un sous-produit de la soie grège. Les déchets du dévidage des cocons du vers à soie du bombyx du mori, sont peu nombreux et les brins, bien que de longueurs inégales, sont suffisamment longs (entre 8 et 30 cm), pour être exploités en filature avec un minimum de manipulations. Les irrégularités sont limitées, le lustre encore perceptible et les nœuds espacés. C’est la version chic des filés de fibres de soie utilisée pour le velours de soie, le fil à broder, la dentelle, le jersey, les toiles …

Qualité n°2 La bourrette de soie est le sous-produit d’un sous-produit. Les déchets issus du cardage et du peignage de la schappe de soie sont des brins courts, fins, faibles et emmêlés. La transformation en fil de cette masse inextricable de brins de soie nécessite des opérations spécifiques dont le peignage ne fut pas la moindre.        

Le saviez-vous? Le peignage de la bourre de soie, une opération fastidieuse, était dévolue aux prisonniers des maisons d’arrêts situées dans les régions séricicoles et continua jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Qualité n°3 Les déchets du peignage de la bourrette donnent la ouate de soie utilisée par l’industrie comme matériau d’isolation. 

Le saviez-vous ? En Chine cette bourre servit, des siècles durant, à rembourrer les vêtements.

Qualité n°4 Le mélange de bourre de soie et de fibres courtes de coton donne le fleuret. 

Le saviez-vous ? Une entreprise zurichoise s’est spécialisée dans la fabrication de fil fleuret dès le 16 e siècle, utilisant les cocons inutilisables des filatures lombardes. Mais cette embellie s’est éteinte petit à petit pour se terminer à la fin du XIXe siècle.


MIROIR MON BEAU MIROIR !

Pour reconnaître la bourrette la vue, le toucher, l’odorat et un brin de curiosité suffisent.

Juste un regard

La surface d’une toile de bourrette de soie, bien que mate, granuleuse, barbue est jonchée d’étincelles. Le lustre est absent parce que :

- les brins ne sont pas totalement débarrassés de leur « gomme » qui rend leur surface grasse. 

Le saviez-vous ? Certains fabricants recommandent le nettoyage à sec, parce qu’une tache d'eau sur la surface d'une bourrette ressemble à une tache de graisse. Mais ceci est sans conséquence sur la vie future du vêtement : la tache disparaîtra si vous plongez la totalité du vêtement dans l'eau ; en séchant tout rentre dans l'ordre. Cette particularité tient à la présence du décreusage partiel des brins.   

- la forte torsion nécessaire à leur cohésion absorbe en bonne partie l'éclat qui pourrait subsister : un crêpe de Chine est moins brillant qu'un taffetas, 

- l’aspect pelucheux du filé de fibres empêche la lumière de se refléter comme elle le ferait sur la surface lisse du grège. 

La main :

Les bourrettes de soie ont un toucher excentrique, à la fois rêche et doux, sec et savonneux. Les fils « poilus » rendent la surface du tissu pelucheuse mais, en contrepartie, une certaine idée de douceur est au rendez-vous, qui diffère de celle d'une soie naturelle. Je dirais que le toucher d’une bourrette est « soft ». La surface d’une toile est animée par les aspérités qui se détectent sous les doigts ; c’est aussi une façon de se démarquer de la sophistication pour accentuer « ce côté rustique de bon aloi ».

Exercice :  La meilleure façon de vous en rendre compte est de manipuler une coupe de bourrette ou un vêtement. Pour certaines personnes, le toucher d'une bourrette de soie provoque la même répulsion que le toucher d'un velours ou que celle, épidermique, du grincement de la craie sur un tableau noir. Une bourrette de soie possède une main particulière ; c'est un tissu souple voire mou ; tout le contraire d'un tissu nerveux. Mettez-le en boule, il ne se mettra pas en colère ! Il n'est pas élastique mais indolent.  

La qualité d’abord : le filé de fibre peut parfois manquer de vigueur et surtout d'élasticité aussi, une belle bourrette se juge avec la main. Préférez une bourrette qui existe à une sans prestance ni présence. 

La flamme et le feu

Malgré tout ce qui précède il est encore possible de se fourvoyer car la bourrette ressemble à s'y méprendre à un coton, non pas un coton Suisse, lisse et brillant, mais un coton indien, rustique, irrégulier, épais et mat. 

Exercice : Si un doute subsiste, ayez recourt au test de l'allumette. La flamme ne dure que quelques instants, mais l’odeur de la corne brûlée qui se dégage et les résidus noirs et friables ne laissent alors plus aucun doute sur la nature de la fibre. S'il s'agit de filoselle, vous aurez également un fil de coton qui brûlera comme du papier en laissant des cendres grises.

La bourrette n’est pas muette elle sait donner de la voix

Peut-être pas aussi violent que le cri de la soie « naturelle », la parole de la bourrette est glacée ! Je m’explique : j’ai toujours d’étranges sensations au contact de cette étoffe qui comme si, ayant été lavée à l'eau et au savon, elle aurait été rincée sommairement. Par conséquent, elle "grince" lorsqu’on la manipule.

Exercice : Froissez l’étoffe près de l’oreille et vous entendrez peut être comme moi le bruit de pas dans la neige fraiche, pesants, profonds, crissants, glaçants ! Une expérience simple à vous donner des frissons.


LA SUBTILITE DES TEINTURES

La bourrette de soie a une excellente affinité avec les colorants. Elle se déteint et se reteint avec beaucoup de facilité, ce qui en fait un tissu de cœur des costumières. 

La surface "sablée" de ces tissus rend l’impression difficile. La matière colorante s'accroche aux aspérités de l'étoffe et les dessins manquent de lisibilité. A l'usage, une bourrette imprimée semble avoir été usée prématurément ; le tissu bouloche comme une laine cardée, et les dessins ont tendance à s’estomper.  

Sachez que, si vous optez pour une bourrette naturelle non blanchie, des taches noires peuvent apparaître. Il s'agit de résidus de la chrysalide du ver à soie ou des brins tachés qui ressurgissent.


LES PETITS PLUS QUI FONT LA JOIE DES CONNAISSEURS

Son aspect mat et sa souplesse autorisent un usage moins restrictif que les soies naturelles, c’est pourquoi on trouve des articles vestimentaires et décoratifs moins formels, adaptés au confort.

La rondeur des plis, le tomber séduisant, la sobriété de son apparence et la tenue du vêtement demeurent impeccables parce que une bourrette de soie se froisse peu, les fils sont souples et ne se cassent pas. Ils acceptent les acrobaties, sont autant de strokes positifs. 

L’aspect sportswear des articles en maille est un atout supplémentaire à utiliser sans modération. Quelle que soit la saison, sa texture est infiniment agréable au contact de la peau et n’oubliez pas : une soie sans lustre ostentatoire reste une soie.

Les articles vestimentaires en bourrette de soie sont souvent en maille, alors que les articles tissés sont plus souvent destinés à la décoration d’intérieur. En ameublement, la bourrette de soie est devenue un article accessible et fonctionnel en coussins ou plaids, en rideaux ou en dessus de lit. Elle allie solidité, souplesse et confort. 

LA VIE SECRETE DE LA BOURRETTE DE SOIE N°1


La bourrette de soie, en chaîne et trame ou en maille est une étoffe pleine de promesses qu’elle cache sous une apparente modestie. Ce post est l’occasion de découvrir une soie originale, moins sophistiquée qu’un satin duchesse mais qui, pour plaire, déploie des trésors d’ingéniosité. Loin des chemins convenus, rarement présente sur les podiums, ce petit bijou a pourtant un parcours semée d’étoiles. Au XXIe siècle, à l’heure du surcyclage, voici une matière noble qui intéresse une « industrie »  en pleine expansion.


D’UN POINT DE VUE CHIMIQUE 

La composition chimique (fibroïne et sericine) des fils de bourrette de soie est identique à  celle de la soie grège ou soie naturelle, c’est donc bien une soie à part entière. 


D’UN POINT DE VUE PHYSIQUE 

C’est, par son apparence, dont la plus « visible », est l’absence de lustre, que la bourrette de soie se distingue de la soie naturelle.  

 

DU LATIN ORIGINEL

Borre puis puis bourre du latin burra = étoffe grossière à longs poils. Plus contemporaine est cette définition : toute espèce de poil, laine, fibres, déchets de fibre en vrac.


UNE RECONNAISSANCE TARDIVE

Le mot bourrette apparaît dans la langue française vers 1420.


BOURRE DE SOIE

Les déchets provenant du dévidage des cocons des vers à soie sauvages ou éduqués dans des magnaneries, se présentent sous forme d’un agrégat hétérogène constitué de la partie externe du cocon, des premières couches qui l’entourent qui sont des matières faibles, la chenille étant exténuée arrivée à ce stade de conception de son abri. Ces brins courts, irréguliers et agglomérés, sont inutilisables en l’état pour la filature. Ce n’est qu’après le décreusage très partiel, le cardage et le peignage que l’on obtient une matière apte à être filée, selon les même techniques que pour les brins les plus courts du coton ou de la laine. 


RIEN NE SE PERD, TOUT SE TRANSFORME

Le traitement des résidus collectés lors des différentes opérations depuis le cocon jusqu’au fil de grège est devenu une véritable industrie alimentée par les magnaneries, les usines de tissages, les ateliers de filature. Ce sont les italiens qui, les premiers, dès le XIe siècle, eurent l’idée d’exploiter cette manne négligée jusqu’alors. 

Etant donnée la valeur inestimable de cette fibre, la récupération des déchets était financièrement rentable. Les tisserands italiens, habitués au travail de la soie, surent tirer profit de ce potentiel en l’utilisant pour la fabrication de tissus.

Le saviez-vous? En moyenne 100 kg de soie brute donne 70kg de soie pure et 30 kg de déchets.

 Avant l’industrialisation du traitement des déchets du moulinage de la soie, les cocons inaptes (tachés, doubles, percés) étaient jetés dans les champs pour servir d’engrais.

Le toucher légèrement huileux des cocons à retenu l’intérêt d’industriels. L’huile extraite des résidus de cocons, riche en protéines, entre dans la composition de certains produits alimentaires pour animaux. 


LA GREGE ?

C’est le fil de « soie naturelle » obtenu avec la bave du vers à soie du mûrier. Ce filament continu, de grande longueur, souple, lustré, lisse et régulier, se compose de deux brins soudés entre eux par le grès d’où le nom de grège. Plusieurs brins sont alors réunis par torsion. Le grès peut être ôté en totalité ou partiellement, c’est une opération destinée à  « doser » le lustre et la souplesse du fil. La couleur du fil, à ce stade, hésite entre le gris et le beige. Ce n’est qu’une fois la gomme complètement dissoute que le fil devient blanc. 

Le saviez-vous : c’est le fil de soie grège qui permet de tisser ces merveilleuses étoffes que sont les taffetas, satins, failles et autres twills.


LE FILÉ DE FIBRES DE SOIE VUE DE L’EXTERIEUR

Un filé de fibres est une construction plus complexe qu’un fil grège : il est constitué de brins discontinus très courts, de diamètre irrégulier qui sont maintenus entre eux par torsion 

Le saviez-vous? Le nombre de tours varie entre 100 et 1500 par mètre. Voilà pourquoi le degré de torsion à une incidence directe sur la solidité du fil, il est fonction de la destination du produit : tissage, fil à tricoté ou fil à broder.


LE MÊME VUE DE L’INTERIEUR

Le fil de bourrette de soie résiste bien à la traction, mais il se désagrège aisément. Faites l’expérience suivante : prenez un brin entre les doigts et étirez le en même temps. L’ensemble se désolidarise et reprend son identité initiale sous forme d’une infinité de brins « ouateux ». 


UN USAGE RESTREINT

Compte tenu de ces caractéristiques, un filé de fibres n'est pas idéal pour la chaîne, soumise à une forte tension lors du tissage. Une exception est tolérée pour l’armure panama : deux fils en chaîne croisant deux fils en trame, le but étant de renforcer la solidité de l’étoffe.

Le saviez-vous? La nourriture des chenilles (vers à soie) a des incidences sur le futur fil . Les chenilles vivant à l’état sauvage se nourrissent de feuilles de divers arbres qui contiennent plus de calcium que celles du mûrier blanc ou noir, l’alimentation des vers à soie du bombyx du mûrier. Les conséquences de ces régimes se répercutent dans la composition et la couleur des cocons. 

Les  filés de fibres sont généralement utilisée soit pour les articles en maille ou en trame dans le tissage des bourrettes de soie ou de soies dites sauvages . Ce sont leurs particularités physiques qui donnent « du caractère » à ces étoffes.


A SUIVRE



 

 






vendredi 24 février 2023

N2LES BAZINS D'ICI ET D'AILLEURS


A l’origine, le bazin était une étoffe à armure sergé (croisé) chaîne était en lin et trame en coton pour les plus belles qualités. Pour les qualités courantes, le coton entrait seul en trame et en chaîne. Les bazins de Bruges et de Hollande étaient admirables de finesse. les bazins de Pondichery étaient  eux exceptionnels. D’abord caractérisés par de larges rayures, ils furent enrichis de motifs floraux ou animaliers très stylisés et l’armure satin, remplaça petit à petit l’armure croisé

 

A Rouen, les siamoises devinrent des rouenneries

Les tisserands rouannais se spécialisèrent  dans la fabrication de cotonnades rayées, imprimées à prix modique baptisées “rouenneries“. Ce mot devint un nom générique qui s’applique aux cotonnades de qualité ordinaire tissées et imprimées à la manière de Rouen.

Le saviez-vous ? Le rouge andrinople des véritables siamoises ne put être obtenu par les artisans normands, la couleur virant au brun assez vite sur les rouenneries. La solution la plus simple était d’acheter cette matière colorante fort cher, mais c’est à prix d’or, que  les fabricants obtinrent la recette de la fabrication du rouge turc.

 A Marseille, les rouenneries devinrent rouenneries de Marseille

Les tisserands se spécialisèrent dans la fabrication d’étoffes de coton teint en fil à la manière des cotonnades de Rouen.

A Tours, les rouenneries devinrent le bombazin

 La demande pour ces cotonnades de Rouen se faisant de plus en plus importante, de nombreuses manufactures furent créées. A Tours, les fabricants proposèrent une étoffe populaire dont le fil de chaîne était en lin et le fil de trame en coton et, pour se différencier des produits de Rouen ou de Marseille, on le baptisa Bombasin qui désignait, quelques siècles plus tôt, une cotonnade venue d’Orient vendue en Italie : la « bambagine".

Troyes prit part à l’aventure des cotonnades rayées  

Troyes, ville textile s’il en est, se forgea une renommée dans la fabrication de bazin rayé au XVIIIe siècle, caractérisé par une chaîne en fil de chanvre et une trame en coton et un tissage en 50 ou 60 cm de large.

Paris ne fut pas en reste avec un duo de choc : Richard et Lenoir 

Au tournant du XIXe siècle, se développa à Paris d’abord, puis en province, l’industrie cotonnière avec, en point d’orgue, le commerce du bazin. Grâce à deux entrepreneurs, Richard et Lenoir Duchesne, au demeurant pas si entrepreneurs que cela puisque l’histoire se termina par une faillite mémorable de Richard Lenoir. 


POUR LA PETITE ET GRANDE HISTOIRE

De petits boulots en petits boulots

Dans les années 1890, le sieur Richard débute dans le commerce à la sauvette de vente de coupons d’étoffes, mais il amassa un petit magot dans la version suivante de ses activités avec l’achat et la revente de toile et de mouchoirs. 

Un sens aigu du commerce

C’est avec des innovations commerciales comme lavæente à prix fixe et le remboursement possible, mises en œuvre dans le magasin de drap rue Montorgueil, qu’il accéda au succès. 

L’anglomania

Sous le Directoire les deux associés se lancèrent dans la contrebande de bazin anglais, marchandises alors prohibées mais très en vogue puisque l’anglo mania était à son comble dans l’univers de la mode. Il était de bon ton pour les “incroyables“ de porter des gilets en bazin anglais !

La recette, point de départ de l’aventure.

Un point demeure obscur, le secret de fabrication du bazin anglais n’a pas encore traversé le Channel et pourtant, à la faveur d’une rencontre fortuite, Richard et Lenoir se procurèrent la formule de ce tissu lin et coton alors considéré comme un luxe. 

De l’espace, de l’espace !

Fort de cette recette, les deux hommes se mirent en quête de coton et d’un local. Apres quelques essais dans des locaux exigus, c’est dans  un ancien couvent au centre de Paris que les premiers bazins parisiens furent tissés.

Une aide technique venue d’outre Manche

Grâce aux métiers à filer (anglais), la mule Jenny démontée arriva frauduleusement en pièces détachées en  France via la Belgique et remontée à Paris sous le nom de “mule jeanette“. Grâce à cette machine et à l’énorme quantité de balles de coton acquise en quelques semaines, la production de bazin gaufré façon anglaise débuta à Paris avec l’aide d’ouvriers et de mécaniciens venus d’outre Manche. 

La réussite

Les clients, ravis, pensaient acheter des bazins anglais ignorant la supercherie puisque tous les articles qui sortaient des ateliers de Richard et Lenoir portaient une marque anglaise, ce qui permettait d’augmenter les prix. Tout était maitrisé : production et commercialisation. 

Les impondérables

Les aléas de la politique économique mirent fin à cette ascension en Avril 1814.

Reste dans la mémoire collective l’histoire de Richard et Lenoir qui furent à l’origine du développement de l’industrie cotonnière en France. 

Le saviez-vous ? Avant de mourir, Lenoir demanda à Richard que leurs deux noms soient toujours liés. C’est ainsi que  Richard devint Richard-Lenoir.


LES QUALITES SE MULTIPLIENT

Les qualités de bazin se diversifièrent afin d’élargir  l’offre commerciale.

Le basin pauvre en coton chaîne et trame, monochrome. 

Le basin, riche en fil et coton, plus épais, avec des effets damassés plus prononcés du fait de l'inégalité voulue de la ténuité des fils.  

Le super basin est un basin riche pour le fond avec des motifs colorés en surimpression. 


US ET COSTUMES

Une étoffe aux accents africains

Ce tissu fabriqué en Europe a encore, de nos jours, une connotation africaine et, puisqu'il est généralement vendu dans des boutiques qui proposent aussi des Wax, Java et autres batik, l'amalgame s'est fait de lui-même. Son succès commercial, surtout en Afrique de l’Ouest, est incontesté. Cependant, l’aspect du Bazin africain se caractérise par une raideur accrue, une brillance plus q’un lustre et un  teinture artisanale. Il est adapté à la mode locale, articles amples et longs comme le boubou, donc fabriqué en grande largeur. C’est un damassé de coton blanc qui est importé en Afrique d’ Allemagne, des Pays-Bas et, depuis peu de Chine qui propose au marché africain un bazin synthétique, moins cher et d’entretien simplifié.

Le blanc gagnant

Au XIXe siècle, le bazin blanc était privilégié. En Europe, il était utilisé pour des gilets, des pantalons, des robes, des manteaux. Dans les colonies européennes au climat tropical, le bazin  blanc était un élément basique dans la garde robe des colons.

Au bain!

Au XVII et XVIIIe siècle, le bazin est un tissu  d’habillement et d’ameublement. 

Le saviez-vous ? Il servait d'équipage de bain : fonds, garnitures, tour de baignoires. L’équipage de bain de Louis XIV était en basin blanc rayé, garni de dentelle d’Angleterre. Un bien joli habillage pour le roi qui dit on ne fit pas grand cas de sa salle de bain ! 

A table !

Pourquoi ne pas utiliser des métrages de basin pour des nappes, simplement pour changer des damassés très classiques et moins adaptés à la vaisselle contemporaine ?

N1LE BAZIN, UN MELANGE DES GENRES

 


Une étoffe qui, à la suite de ses nombreuses configurations, a perdu une part de son identité. Une histoire ancienne : la première manufacture de bazin en France est établie en 1580 à Lyon. En 1733, un bazin à double armure et effets de rayures est tissé à Marseille, en 1806 le bazin  « parisien »  est accueilli avec succès.

Parallèlement, diverses étoffes viennent enrichir l’offre textile. Elles se nomment  rouenneries, siamoises et autre bombazine.  Aujourd’hui, le bazin se confond avec les damassés ou fait référence à une étoffe africaine.


PORTRAIT CHINOIS  

Les hypothèses fourmillent autour de l’étymologie de ce tissu ; en voici quelques unes :

De l'italien “bombaggino“, tissu fabriqué dans la région de Côme influencé par les soies damassées de Damas.

Du latin“ bambax" emprunté au grec « pambax", coton (pambuk= coton en turc). Mais pambax, par altération, donne « bambax", terme trop proche de "bombux" ou bombyx= ver à soie sans doute à l’origine d’une fausse identification.

De bombasine, tissu soie et laine, armure sergé, noir, qui était destiné aux vêtements de deuil au courant du XIXe siècle en Angleterre. 

La bombazette, toile de laine importée d’Angleterre.

De bombasin, toujours de l'italien bombaggine (bombyx). Une altération de la première syllabe "bom" qui devient bon d’où “le bon basin“ en soie et coton.

De “bombax », arbre dont les fibres molles, semblables au coton, furent un temps transformées en fibres textiles.

Peut être d'après un tisserand lyonnais nommé Bazin qui au XVIe siècle aurait crée cette étoffe…


SIMPLIFICATIONS

Les mots se faisant et se défaisant, bombazine devint bombaizin, bon bazin puis simplement bazin. La fabrication du bazin évolua elle aussi et ce tissu rayé et coloré devint monochrome, son lustre se jouant des jeux d'armures à la manière des damas.

Une chose demeure : la  valse hésitation dans les dictionnaires entre le S et le Z entre bazin et basin !


DES RAYURES TEINTÉES D’EXOTISME

Il était une fois l’incomparable éclat des couleurs qui embrasait les costumes des trois Ambassadeurs du Siam et de leur suite, venus rencontrer Louis XIV qui les reçut en “grandes pompes“ à Versailles en 1686.  Le cortège débarqua dans à Brest, vêtu de leur costume traditionnel et de leur curieuse coiffe pointue. Les rayures multicolores rehaussées par l’éclat de la soie eurent un effet hypnotique une clientèle avide de nouveautés. 

 

CONSÉQUENCES INATTENDUES DES VISITEURS DU SIAM 

Si les suites politiques de cette visite ne furent pas à la hauteur des espérances de Louis XIV, ces nouvelles étoffes contribuèrent au développement des manufactures textiles dans le royaume.

Dans un numéro de 1686 du “Mercure Galant“ on trouve la liste détaillée des nombreux cadeaux offerts par le roi de Siam à Louis XIV. De somptueuses étoffes figuraient en bonne place. De cette ambassade naquit un nouveau tissu français baptisé siamoise. La mode était lancée, relayée par la presse et les gravures de mode qui circulaient dans tous le pays.

Le saviez vous ? En 1687, le mercure galant annonça dans sa rubrique “mode d’été“ la naissance d’un nouveau tissu à rayures multicolore baptisée Siamoise qui connu un vif succès auprès des marchands.


LA SIAMOISE « DE LA COUR A LA RUE »

Les premières siamoises furent tissées avec un fil de soie écru en chaîne et un fil de coton teint en trame, mais le coût de la matière première étant très élevé, les tisserands utilisèrent le lin pour la chaîne et le coton pour la trame. Ce changement rendit la siamoise plus accessible, plus populaire. On retrouve cette étoffe dans de nombreux costumes régionaux.

Le saviez vous ? C'est une siamoise “ordinaire“, rayée en rouge et en bleu qui servit à faire des pantalons pour les hommes du bataillon des fédérés de Marseille, vêtement repris par les "sans culottes" en 1789.

 

A SUIVRE