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vendredi 8 avril 2022

  

vendredi 1 avril 2022

LES DOC MARTENS : ENTRE MYTHES ET REALITE

52 DECENNIES MARQUEES ET REMARQUEES PAR LES AFICINADOS DES Dr MARTENS                                                    

Pourquoi consacrer un post aujourd'hui à cet article ? Parce que la première paire de Doc Martens fut commercialisée le 1er Avril 1960.

1946 : Dr MAERTENS CHERCHE CHAUSSURE A SON PIED     

Klaus Maertens ou Märtens, médecin allemand, souffre à la suite d'un accident de ski, d'une blessure au pied. La légende raconte qu'avec l'aide de son ami ingénieur ou docteur (?) Herbert Funk, il cherche un moyen d'améliorer le confort de ses chaussures pour soulager ses douleurs engendrées par la marche. Avec les moyens du bord, c'est-à-dire le caoutchouc d'un vieux pneu, et une bonne dose de créativité, ils élaborent une semelle "orthopédique" qui, adaptée à une chaussure classique, lui facilite la marche en atténuant les douleurs.

1947  L EBAUCHE D'UN SUCCES                                                                                     

Les petits plus font les grands succès commerciaux : des améliorations techniques sont apportées à la chaussure montée sur des "semelles à coussin d'air". Techniquement, l'air est emprisonnée dans une cavité de la semelle qui est soudée à chaud. La production de chaussures orthopédiques "hand made" est lancée dans un atelier situé dans la localité allemande de Seeshaupt. Le produit s'adresse dans un premier temps aux personnes souffrant de problèmes orthopédiques  et le constat est sans appel : ce sont les femmes de plus de 50 ans qui sont les principales clientes, des chaussures qui dès le début de leur commercialisation étaient unisexe.. Les modèles seront affinés et modifiés petit à petit, le succès commercial s'étalant sur des décennies. Au passage, l'aspect médical sera délaissé pour se concentrer sur l'attrait de la nouveauté, le confort, la sécurité, la mode. Un autre constat étonnant : hormis pour des raisons médicales, le marché allemand des chaussures du docteur Maertens se développe auprès des ouvriers en bâtiments et, en général, auprès des milieux populaires impressionnés par le confort de la semelle et la solidité de cette chaussure comparée aux "godillots" habituels lourds et aux semelles rigides. Le succès commercial étant acquis, le dépôt d'un brevet s'imposa.

1952 L ABOUTISSEMENT D UN PROJET

Pour répondre à la demande, la production industrielle devient inévitable et une toute nouvelle usine, située à Munich, est ouverte. Désormais associés, Maertens et Funck décident d'élargir leur clientèle hors des frontières allemandes et, pour ce faire, ils passent par la réclame et des annonces dans divers journaux européens.

1959 : B. GRIGGS UN CHAUSSEUR SACHANT CHAUSSER        

Bill Griggs, un anglais chef d'une entreprise familiale qui fabrique industriellement des chaussures "utilitaires" types bottes de mineurs et chaussures de soldats, découvre par hasard un encart publicitaire dans un journal professionnel le " Shoe & Leather News" qui vente les mérites d'une semelle révolutionnaire sur coussin d'air du docteur Maertens. Mr Griggs  mise sur le succès potentiel de cette nouveauté et obtient la licence exclusive de la  production de la bottine et, bien sûr, de la semelle du docteur Maertens.  

Les modifications seront immédiates en commençant par un changement d'orthographe du nom et Maertens devient Martens qui sera suivi par une amélioration drastique du confort. Son but : oublier l'aspect médical du produit pour conquérir le marché du vêtement de travail.

1960 :  A STAR WAS BORN                                                             

Le modèle iconique voit le jour :  14.60 simple indication de date pour 1 04 60. La première paire de Dr Martens sort de l'usine implantée à Wollaston au centre de l'Angleterre. Aujourd'hui, si quelques dizaines de chaussures "des spécimens" des "made in England" sortent encore de cette unité de production avec les semelles Airwair®   la grande majorité des Dr Martens est produite en Chine. Depuis ce moment le combat des anciens et des nouveaux fait rage parmi les inconditionnels de la marque. Pour les uns la qualité des articles chinois n'est pas au rendez vous, pour les autres le produit made in England n'a rien perdu de sa prestance et demeure sacré grace sans doute à l'utilisation d'un cuir qualité Quilon pleine fleur. 

En 2014, l'entreprise passe aux mains d'un fonds d'investissement et, après quelques décennies financièrement douloureuses, l'équilibre précaire de la société reprend des forces et, en 2021, elle fait part de son intention de  s'introduire en bourse ! Merci le courant végan qui lui à rendu ses couleurs et au regain d'amour  pour l'époque des  trente glorieuses.                                                                           

Le perfectionnement : le succès se mérite et, dans le cas présent, les raisons sont multiples : une semelle cousue selon la technique Goodyear® qui est un assemblage de la tige et de la semelle  sont cousus ensemble  par  une seule couture, évitant l'utilisation de la colle, le cuir étant traité pour résister aux liquides  gras et ou potentiellement toxiques, une semelle rainurée, translucide et anti dérapante, une amélioration du confort au niveau de la voute plantaire et les huit œillets rouge cerise, une  surpiqure très visible jaune et une languette noire et jaune cousue sur l'arrière de la chaussure portant la mention brodée "airwair whith bouncing soles" (aérien avec des semelles rebondissantes). On dit que le  type de police utilisé  ressemble à l'écriture de Bill Griggs, mais ce ne  sont que des "on dit". Résultat : une chaussure qui respecte la configuration du  pied, qui est solide, légère et qui reste souple. La solidité et le confort deviennent les principaux arguments de vente.  Ainsi, les Dr Martens entrent dans la panoplie vestimentaire des pompiers, les employés du métro londonien et, dans les années 70, elles équiperont les policiers britanniques. Ces derniers furent dans l'obligation de passer au feutre noir les surpiqûres jaunes afin de ne pas déroger aux couleurs de leur uniforme. 

 1970 LES DR MARTENS  : UN STYLE VESTIMENTAIRE  ANTI CONFORMISTE

Une partie de la jeunesse occidentale marche sur les pas des punks et autres skinheads, chaussés de "bottines lacées en cuir noir".  La révolte qui gronde se traduit souvent par un choix vestimentaire en dehors des clous, et souvent avec ! Dans Orange mécanique, M. McDowell ne mêne t'il pas la "danse" chaussé de Dr Martens ? Version hard : qui dit sécurité dit prévention alors voici qu'apparait la Doc Martens coquée, c'est-à-dire avec le bout arrondi mais renforcé avec une coque en métal, créée pour prévenir des chutes d'objets lourds survenant dans les chantiers de construction, mais utilisé comme "outil" efficace en cas de bagarres en bandes. 

"POT DE FER CONTRE POT DE TERRE"                                         

Les hooligans ayant fait un usage trop intensif des Dr coquées détournées en mode "arme",  ces modèles sont interdits de stade depuis 1970, mais les  Doc Martens coquées sans fer sont autorisés.

1980  UN OBJET DEVENU CULTE                                                   

Les décennies passent et la Doc Martens résiste, revisitée au gré de l'imagination fertile des créateurs comme JP Gaultier ou V.Westwood. et des vedettes qui les chaussent.

1990 UN DRESS CODE POUR LES LYCEENS ET LYCEENNES BOBOS ET UN ACCESSOIRE  A LA DEMESURE DES ADEPTES DU MOUVEMENT GRUNGE

La version hard : Jean's lacérés, allure misérabiliste, chevelure longue mais les pieds des grunges "au chaud" dans les Docs un genre un style une certaine idée de la mode. La version soft  : la famille  des Doc Martens  s'agrandit, se féminise, se colore : basses, medium ou hautes, la chaussure se décline en uni,  rouge,  rose, vert tendre ou en imprimé fleuri, sans perdre une note plus légère mais toujours rebelle. Ne les retrouve t'on pas dans la vitrine de la célèbre boutique parisienne ultra branchée Colette ?

2016 : QUAND LA BOTTINE LACEE SE LASSE DU CUIR          

La bottine "emboite le pas" au mouvement végan et propose des modèles sans cuir animal et, au passage, diversifie ses modèles qui, de bottines se font derby, ou sandales. Le cuir cuir est donc remplacé par une matière baptisée cuir Félix Rub Off qui, comme son nom de l'indique pas, est un produit synthétique : le polyuréthane, une matière qui peut se rapprocher de l'aspect d'un cuir. Le Skaï ® est une marque emblématique de simili cuir obtenu à partir du polyuréthane.  Les pour : le  Felix rub off utilisé pour les Dr Martens est moins cher que le cuir véritable, est respirant grâce à sa structure microporeuse, mais il résiste moins à l'usure ; il n'absorbe pas l'humidité contrairement au cuir véritable et il est charitable pour le monde animal contrairement au cuir. En ce qui concerne les contre, je vous laisse juge de faire la part de choses si vous êtes vegan. Pour les autres, le problème ne se pose pas.

 

Voila pour aujourd'hui et encore joyeux anniversaire aux Docs Martens.


                                                                 



lundi 21 mars 2022

LE DIETETIQUE VESTIMENTAIRE

 L’idée est malheureusement trop confidentielle selon laquelle nos vêtements c’est à dire la matière des fibres textiles, la nature des teintures utilisées et leurs  formes , ont une incidence heureusement modeste mais néanmoins réelle sur notre physique et notre mental. 

Les méfaits de la « mal fringue » pourrons être selon les cas, indolores, insidieux  ou violents allant jusqu’à provoquer une gêne au quotidien. Bien sûr nous pourrions continuer à « magasiner » sans nous soucier de l’origine des fibres, des substances chimiques plus ou moins nocives utilisées pour modifier les caractéristiques des étoffes, faciliter leur entretiens, améliorer leur solidité, leur octroyer des qualités supplémentaires comme l’imperméabilisation, mais voilà, une fois la boite de Pandore ouverte, il faut aller jusqu’au bout. Et si le choix judicieux d’une garde robe peut améliorer la vie pourquoi s’en priver ?


C’est en observant le changement des habitudes alimentaires des populations dans les pays industrialisés, après la crise de « la vache folle » que je me suis intéressée à ce sujet. Pourquoi prendre tant de précautions dans le choix de ce que l’on ingurgite pour nourrir son corps et prêter si peu d’attention à ce que l’on choisi pour le protéger ?

Le changement des habitudes vestimentaires devrait devenir une évidence pour le plus grand nombre.

dimanche 13 mars 2022

TAPIS TISSE PLAT - TAPIS A POINT NOUÉ : QUESTION DE TECHNIQUE

 

UN FACE A FACE FASCINANT  : 

Lissier, licier, hautelissier ou tapissier, c’est, au final, à l’artisan que l’on doit le tapis a point noué. L’homme ou la femme qui, au fil des heures, crée une surface veloutée, douce et colorée va, contrairement à la machine, faire passer ses émotions dans son ouvrage, souvent involontairement. Avec un brin d’expérience on peut percevoir ce flou artistique qui donne sa noblesse au travail artisanal. Les coups de cafard, les moments de joie, les instants de fatigue sont décelables dans la manière dont sont noués les brins de laine, dans la la façon de serrer les nœuds, dans la régularité du tassage. Ce sont, pour les uns, des imperfections, pour moi il ne s’agit pas de défauts mais constituent ce petit plus qui fait vibrer les aficionados de l’artisanat. Fouler un tapis fait main, c’est comme partager un moment avec l’artisan à l’origine de sa création.

UN JEU DE MAINS :                                                                               Les tapis à point noué ou veloutés : ce sont des mains, des mains agiles, des mains habiles, des   d’artisans, des mains d’hommes et de femmes qui passent des heures, des jours et parfois des années à lier les cordes sensibles de la chaîne avec des brins de laine, de coton ou de soie. Il faut, avant de compter le nombre de nœuds au décimètre carré, imaginer ce tête à tête entre l’artisan et son ouvrage : chaque matin, ils se retrouvent, chaque soir ils se séparent. La vie se passe au rythme du nouage, lentement, régulièrement.

Le tissé plat ou tapis plat : 

L'exemple le plus évident est le kilim, mot d’origine persane qui désigne un  « tapis de laine à point plat ». Une technique proche du tissage particulièrement rapide d’exécution, sans envers ni endroit, avec une surface sans poils, des dessins géométriques et des couleurs vives. Le tissé plat fut utilisé dans la manufacture de la Savonnerie


Un sac de nœuds : 

Le mot nœud est, me semble-t-il, inapproprié, s’agissant plutôt de liens ou d’entrelacements mais, puisque l’usage fait loi, je m’y conforme.                                                                                                                                 Le nœud turc ou ghiordes :

Le nom  vient de Gordium, première capitale de la Phrygie, aujourd’hui l’Anatolie. Cette technique de ligature est adaptée aux lignes droites, le décor se caractérisant par des motifs géométriques et  symétriques qui confèrent à l’ensemble une bonne stabilité.                                                                                                                                                                  LE SAVIEZ VOUS ? Alexandre le grand, après avoir conquit la Phrygie, s'installa avec ses troupes à Gorduim, ville fondée par Gordios, le premier roi de Phrygie et père de  Midas. Il eut vent d’une légende locale qui promettait la domination de l’Asie à la première personne capable de dénouer les liens d’une complexité incroyable qui reliaient le timon et le joug de la charrette de Gordios, religieusement conservée. Alexandre ne parvenant pas, par les moyens officiels, à dénouer cet inextricable nœud, utilisa un artifice officieux : de son épée, il trancha les liens. Cette action radicale fut néanmoins une réussite puisqu’il parvint à ses fins, faisant de son royaume un empire. « Voilà le nœud gordien qu'il fallait qu’Alexandre rompît de son épée et réduisît en cendre ».(Alfred de Musset)                                                                

Le nœud persan ou  Senneh :

Du  nom de la ville de Sanandaj . Il se caractérise par son asymétrie. C’est davantage un entrelacement qu’un nœud, ce qui favorise les motifs à lignes courbes. Cette technique autorise une subtilité dans les contours des motifs et une lisibilité des détails des dessins. Ces deux techniques ont chacune leurs qualités, c’est pourquoi il n’est pas rare de les retrouver sur un même ouvrage. Généralement, le nœud turc est en bordure pour solidifier les surfaces proches des lisières, laissant la place au nœud persan sur le reste de la surface. L’appellation tapis persan est très vague, puisqu’en Chine et en Inde, cette technique est employée depuis des siècles. 


La densité ou KPSI : 

Elle résulte du nombre de nœuds au pouce carré, les tapis les plus fins pouvant aller jusqu’à1000/pouce. Le chiffre définit la finesse et souvent la qualité d’un tapis noué mains                                                                         

Les techniques 

Le nouage permet de distinguer le tapis des autres textiles. En Orient, les fils de chaîne sont liés ou entrelacés avec « un bouquet » de cinq ou six brins courts de laine ou de soie dont les extrémités forment le velours, une fois les extrémités coupées ou rasées sur toute la surface du tapis, afin d’uniformiser leur hauteur. Cette opération, manuelle jadis, est automatisée aujourd’hui. La qualité d’un tapis se mesure à la hauteur du poil et à la densité des points. Ce sont les tapis persans qui sortent vainqueurs dans cette catégorie, les belles pièces ne dépassant pas 6 mm d’épaisseur et environ 50 000 nœuds au dm2. La technique du nouage des tapis de la Savonnerie est particulière :  les fils de chaîne sont liés par un fil continu qui forme des boucles qui sont ouvertes à la fin du travail. C‘est une technique similaire à la fabrication des tissus de velours.   


L’effet velours :  

De la lumière à l’ombre : le nœud turc s’apparente au nœud coulant sur lequel il faut exercer une tension pour le maintenir en place. Cette manipulation crée le sens du poil. Selon que l’on caresse le tapis dans le sens du poil ou à rebrousse poil, la surface de l’ouvrage s’éclaircit ou s’assombrit. Ce détail est plus flagrant avec des fils de soie qu’avec des brins de laine ; c’est ce qui caractérise les velours. 


Les tapis tuftés : 

Une réalisation qui peut être manuelle, semi-manuelle, avec un pistolet électrique ou totalement automatisée. Cette technique est appréciée pour sa rapidité d’exécution et sont prix de revient modique. Suivant le principe du canevas, un dessin est imprimé sur un support préfabriqué tendu verticalement, les fibres étant piquées par touffe côte à côte suivant le motif, formant ainsi les poils du tapis. La densité de l’ouvrage est fonction des attentes : il est possible d’obtenir des épaisseurs de velours différentes lors du rasage pour créer un relief décoratif. Pour terminer l’ouvrage et permettre la cohésion des touffes, l’envers est enduit d’une couche de latex.  

                                                                                     

LES MATIERES PREMIERES : 

Elles varient en fonction des zones géographiques, du prix, des techniques et des modes. Au XIXe siècle, pour les tapis fabriqués à la Savonnerie, la préférence fut donnée au chanvre, et au coton pour les fils de chaîne, plus solides et moins sujets aux attaques des insectes que la laine. Les tapis persans sont souvent composés de fils de soie pour le velours, de coton pour la chaîne. L’usage des fibres artificielles et synthétiques est devenue courant, parfois en mélange avec des fibres naturelles. Le consommateur demeure seul juge.

  

LE TAPIS HEROS POPULAIRES

Le tapis est devenu une pièce incontournable de la décoration d’intérieur, il fait partie de notre quotidien,  pièce unique ou fabriqué en série. 

Expressions populaires :

- Le nœud du problème : point essentiel d'une difficulté 

- Un sac de nœuds : une situation sans solution qui peut engendrer des conflits

- Envoyer au tapis : de la salle de sport à la bagarre de rue, c’est aussi vaincre un adversaire.    

- Dérouler le tapis rouge :  mettre les petits plats dans les grands, recevoir avec tous les honneurs.

- S’enfarger dans les fleurs du tapis :  se laisser arrêter par de menus obstacles.

- Marchander comme un marchand de tapis: perdre du temps et de l’énergie pour peu de chose.

- Se prendre les pieds dans le tapis : s’engager dans des explications confuses.

- Faire tapisserie : faire partie d’un groupe sans prendre la parole, être en retrait.

UNE REACTION AU SUCCES DES TAPIS D'ORIENT : LA CREATION DES GRANDES MANUFACTURES ROYALES DE TAPIS ET DE TAPISSERIE

 UN VENT D’EST SOUFLE SUR LE TAPIS :                                              Les tapis de pieds dits de Turquie, furent les seuls à joncher le  sol des demeures seigneuriales et autres châteaux royaux en Occident jusqu’à l’ouverture des échanges commerciaux avec la Perse au XVII e siècle. Les tapis de Tabriz, Goum ou Shiraz séduisent les classes dirigeantes occidentales par leur finesse, le raffinement des motifs, le luxe et l’éclat de la soie. De nombreuses maisons royales «déroulèrent le tapis rouge» aux tapis persans. 

DES DEBUTS PROMETTEURS

Dans les premières décennies du  XVIIe siècle, la production française de tapis de pieds à point noué est encore balbutiante. Il faut attendre le XVIIIe siècle pour qu’elle se démarque des tapis orientaux par la texture et le décor et fasse son entrée dans la cour des grands.

Si le tapis était en adéquation avec le mode de vie de  certaines populations en Asie centrale, en  Europe, il fallut déroger aux habitudes culturelles pour faire une place à ce nouveau venu. Ce n’est pas tant pour son confort que pour sa rareté et l’idée de luxe qu’il véhiculait  qu'il fut adopté par les hauts dignitaires du royaume.


QUAND MOLIERE RIDICULISE LES  VICTIMES  DE LA MODE  

Les importations d’articles comme les tapis ou les indiennes, soumis à une réglementation drastique, devinrent les attributs d’une classe sociale privilégiée qui pouvait passer outre les interdictions. Molière dans le Bourgeois Gentilhomme  fit de ce désir inconsidéré et ridicule une satyre cruelle.


ACTION : la mode du tapis lancée, le gouvernement assiste impuissant aux importations de plus en plus importantes de tapis d’Orient et à la fuite des devises vers l’étranger. 


REACTION: afin de limiter les importations de tapis, Henri IV envisagea d’implanter dans son royaume des manufactures pour fabriquer des tapis « à la façon du levant ». Le projet se concrétisa sous le règne de Louis XIII à qui l’on doit la création de la première manufacture royale de tapis à point noué dit de Turquie, installée dans une ancienne savonnerie dans le quartier de Chaillot à Paris. Le roi confia à Pierre Dupont le soin de la diriger.  

LE SAVIEZ VOUS ?D‘après les « on dit », Pierre Dupont aurait, au cours d’un séjour en turquie, apprit à faire des tapis à point noué. Ce voyage aurait-il été imaginaire comme le furent les multiples expéditions du douanier Rousseau ? Peut être, si l’on en croit cette autre version : il aurait eu entre les mains un échantillon de tapis rapporté par un croisé quelques siècles auparavant et, l’ayant étudié, il aurait percé le mystère des « nœuds turcs ». Cette découverte fut présentée au bon roi Henri IV qui vit là un moyen d’équilibrer la balance du commerce extérieur. C’est le même Pierre Dupont  qui, en 1632, commit un traité intitulé «de la stromatourgie » de stroma tapis en grec. Le choix de la devise inscrite au frontispice «mieux faire que bien dire»  présume d’un bel avenir pour le premier directeur de la première manufacture royale de tapis.

Quoi qu’il en soit, sous sa direction et celle de ses successeurs, la manufacture française de "tapis velours façon du levant“ entra dans notre Histoire. 



TAPIS OU TAPISSERIE ? UNE HISTOIRE DE FAMILLE

 UN CAS D’ECOLE : TAPIS  OU TAPISSERIE ?

Longtemps, en Occident, on ne distingua pas l’un de l’autre, les mots eux mêmes ayant une grande similitude.

Le saviez vous ? La célèbre tapisserie de Bayeux n’est ni une tapisserie ni un tapis mais une broderie en fins fils de laine sur un fond de toile de lin. Le kilim, quant à lui, joue sur les deux tableaux, entre tapis pour l’usage et tapisserie pour la fabrication.


Deux métiers distincts

L’apparition des tapisseries en Europe précéda celle de la fabrication des tapis de pieds pour des raisons culturelles et pratiques, la technique de la fabrication d’une tapisserie se rapprochant du tissage, technique plus simple que celle du nouage. C’est au XIIIe siècle, en France, que la distinction s’établit entre les tapissiers Sarrazinois qui fabriquent les tapis veloutés, des Hautelissiers qui exécutent la tapisserie sur des métiers à tisser verticaux.


LE SAVIEZ VOUS ?  

L’introduction du tapis à point noué en Europe découle d’une défaite militaire. L’histoire tourna un peu trop rapidement la page sur la bataille de Poitiers en 726. Après la victoire de Charles Martel,  les hommes de l’émir Abd Er-Rahman, arabes berbères, mercenaires ou captifs chrétiens, ne quittèrent pas tous le territoire franc. Le mot sarrazin du grec Sarakênoi, désigne ceux qui vivent sous la tente, comme les bédouins d’Afrique du Nord ou de la péninsule arabique. C’est pourquoi il est probable qu’il y eut des déserteurs qui, maitrisant l’art du tapis velouté, un artisanat localement développé dans leurs régions natales, s’établirent dans différentes régions remontant jusqu’en Ile de France où, dès le XIIe siècle, on note à Paris la présence de manufactures de tapis sarrazinois. Au XIII e siècle, le statut des tapissiers sarrazinois fut officialisé.


Des fonctions communes : 

Ces articles sont conçus pour améliorer le confort et enrichir le décor, chacun à sa façon, l’un sur le sol l’autre sur les parois.

 

Un point commun le carton :

La première maquette est un aperçu  de la composition des motifs et des couleurs, imaginée par un artiste peintre. parfois de renom. 

Goya réalisa une série de cartons la fabrique royale de tapisseries d’Espagne. 


La distinction par l’usage : 

le tapis étalé sur le sol, réchauffe les pieds, étouffe les bruits de pas, absorbe l’humidité, augmente le confort. La tapisserie baptisée « tapis de muraille » est suspendue sur un mur pour masquer des ouvertures, séparer des grandes pièces, réchauffer l’atmosphère et pour offrir, dans une certaine mesure, une note décorative.  


La distinction par la clientèle : 

le tapis, article courant en Asie, luxe en Occident. Par conséquent, la clientèle est aussi variée que l’offre. La tapisserie intéresse une clientèle plus restreinte et plus occidentale qu’orientale

                 

Distinction par le décor 

Le décor du tapis n’a pas vocation à raconter une histoire ou à glorifier un personnage ; tout se joue dans les formes, la symétrie, la disposition et les couleurs des motifs, l’ensemble étant vu par le haut. La place du tapis n'incite pas les mécènes à s'y faire représenter. Qui voudrait être ainsi foulé aux pieds ? Le décor des tapisseries dépend de deux paramètres : la verticalité et le commanditaire. Jadis, les mécènes étaient personnages influents du royaume et pouvaient, le cas échéant, imposer le sujet du décor, se mettant parfois en scène. La préférence pour les thèmes narratifs perdure encore aujourd’hui, leur lecture étant facilitée par la verticalité des tapisseries.                                                                


Les techniques d’exécution 

Bien que fabriqués sur des métiers à tisser (verticaux ou horizontaux) sur lesquels sont tendus des fils de chaîne, les motifs sont obtenus par des techniques différentes : nouage ou tissé plat pour les tapis alors que les motifs des tapisseries résultent des passages successifs de la navette à travers les fils de chaine.


La texture : la surface du tapis velouté est couverte de poils hérissés ou couchés, la surface de la tapisserie est plate et imberbe.

Conclusion : au XXIe siècle, le tapis est à la fois un élément clé du décor et un point non négligeable de confort alors que la tapisserie n’a conservé que son rôle décoratif.

                                 

                                      


A L'ORIGINE DU TAPIS

 DU MOT AU MOT :                                                                                 La racine "Tap" proto hellénique, s’employait au sens de presser ou fouler, des termes qui s’appliquent au feutre, sans doute à l’origine des premiers « tapis ». L’action de fouler a un double sens : fouler au pied un article ou fouler une étoffe de laine afin d’augmenter sa solidité, son épaisseur et son imperméabilité. Le grec donne "tapetion", qui devint en latin "tapetum" et en français "tapiz" puis, dans sa forme moderne « tapis".  

 DU FEUTRE AU TAPIS TISSÉ PLAT:                                                         C’est aux populations semi-nomades d’Asie centrale que l’on attribue l’invention du tapis, mais  il y eu certainement des articles semblables  dans d’autres régions réalisé selon différentes techniques : feutre, tissage nouage. Peuples de bergers, la toison des moutons était la principale ressource pour habiller les corps et isoler leur habitat. Le tissage remplaça le feutrage avec l’apparition de métiers à tisser. Avec un matériel rudimentaire, des techniques élémentaires, une rapidité d’exécution, ces articles correspondaient aux besoins de la vie quotidienne. Les premiers tapis tissés plats (Kilim), avaient de multiples utilisations : tapis de pieds étalés sur les sols nus des abris tentes, ou  yourtes, tentures pour isoler les murs du froid et de l’humidité, sacs pour transporter la nourriture.   

 LE SAVIEZ VOUS ?

Un tapis témoin de l’inventivité humaine préservé grâce à l’eau et au froid. C’est à Pazyryk en Sibérie que fut découvert le plus ancien tapis de laine réalisé au point noué connu à ce jour. (Ve siècle avant notre ère). Exécuté au nœud de Ghiordes (360 000 noeuds au m2), la gamme de couleurs est variée : bruns, rouges et verts. Difficile d’imaginer comment avec des métiers rudimentaires, les hommes furent capables d’un tel prodige. La preuve est pourtant visible au musée de l'Ermitage à Saint Pétersbourg 


UN CHANGEMENT DE CAP

Avec la sédentarisation des populations et l’amélioration de l’outillage, les artisans développèrent des techniques de plus en plus complexes comme le tapis velouté ou à point noué.