La particularité de Michael Armitage, c'est le choix de peindre, non pas sur une toile classique, mais sur du barkcloth. Le choix du lubugo, un tissu fabriqué à partir de l'écorce du figuier d'Ouganda est, à première vue, un support qui possède tous les défauts pour décourager un artiste peintre. Il est irrégulier, fragile, traversé de coutures, parfois percé de trous ou marqué de déchirures. Pourtant, c'est précisément cette matière vivante qui intéresse Armitage. Chaque morceau de barkcloth possède une texture, une histoire et des accidents qui influencent directement la composition. Les plis, les cicatrices et les ouvertures ne sont pas dissimulés ; ils deviennent des éléments de l'image, participant à son récit autant que la peinture elle-même.
Ce support n'est pas seulement un choix esthétique ; il est profondément ancré dans les traditions d'Afrique de l'Est où il est utilisé depuis des siècles dans des contextes rituels, cérémoniels ou funéraires. En travaillant sur cette matière, Armitage inscrit ses œuvres dans une histoire culturelle locale et imprime sa marque dans la peinture contemporaine internationale. Il ne s'agit donc pas d'un simple clin d'œil aux traditions, Armitage tente ainsi de faire dialoguer des mémoires et des pratiques artistiques différentes.
Cette attention portée au support accompagne une peinture qui refuse les frontières trop nettes. Les références aux grands maîtres européens côtoient des scènes inspirées de l'actualité kenyane, des récits populaires, des mythes ou encore des souvenirs personnels. Les couleurs, parfois douces
mais souvent vives et les compositions extravagantes attirent le regard, avant de révéler des sujets souvent plus complexes : tensions politiques, violences, questions sociales ou environnementales. Chez Armitage, le beau et le dérangeant coexistent.
Ses tableaux ne cherchent pas à livrer un message unique ou une lecture immédiate, ils nous invitent à circuler entre différentes interprétations.
Pour l'artiste le lubugo est plus qu'un support, il est la métaphore d'une histoire faite de ruptures, de réparations et de superpositions, à l'image des récits que l'artiste construit dans chacune de ses œuvres.
Cette écorce faite étoffe influence la composition et lui confère une dimension matérielle et symbolique instaurant ainsi un dialogue entre traditions africaines et histoire de l'art occidentale. Cette atmosphère poétique, ces couleurs à la fois sucrées et tendres contrastent avec la gravité des sujets abordés.
Cet artiste est quasiment le seul de renommée internationale à avoir fait du barkcloth son support pictural de référence, voilà pourquoi sa démarche m'a poussée à écrire ce post, parce que tissu et peinture sont des domaines que j'explore depuis des décennies avec un immense plaisir.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire