Célèbres ou inconnus, professionnels ou amateurs, que vous soyez il ou que vous soyez elle, que vous frôliez la vingtaine ou que vous caressiez la soixantaine, vous consultez ces pages parce vous avez tous en commun l'amour des étoffes.
Ce blog est le reflet de mes passions : l'art et l'histoire grace à mes études à l'Ecole du Louvre, le textile domaine que je cottoie depuis ma plus tendre enfance, et les voyages. Ici je vous dévoile mes impressions, je vous confie mes émotions, et je partage avec vous mes rencontres. Que vous soyez curieux invétéré, amateur éclairé ou novice passionné par le monde des tissus alors cet espace est aussi le votre. Catherine Kouliche- Goldman Directrice de De Gilles Tissus.
J'ai récemment découvert que ma passion pour les étoffes était bien plus complexe que je ne l'imaginais
Après la fermeture de De Gilles tissus, la création du blog degillestissus blogspot.com. et ma participation durant quelques années au blog d'Etoffe.com j'ai pris conscience d'un phénomène que je n'avais pas soupçonné jusqu'à aujourd'hui, la synesthésie, autrement dit un mélange des sens, une association additionnelle arbitraire neuronal! Du gre syn = avec ou union et aesthesis = sensation
Généralement les personnes atteinte de ce phénomène associent des couleurs et des lettres de l'alphabet, ou encore des sons et des couleurs mais pour moi les sons émis par les instruments de musique sont associés à des tissus, plus encore, ce sont les étoffes qui mênent le jeu, puisque que chacune me suggere un rapprochement avec le son émis par instrument de musique! Un exemple? La texture particuliere d'un tweed se traduit pour moi en sons ceux d'une contrebasse, l'aspect lisse et craquant d'un taffetas de soie est associé aux notes d'un violon ..! Suis je une exception ? Peut être allez vous découvrir que vous aussi faites partie de ce1% de la population touché par ce phénomène étrange. Un exemple Kandinsky, lui "voyait "les couleurs dans la musique et la mélodie devenait un tableau!
C'est donc en toute logique que je vous propose dans ce blog mes symphonies textiles
filLa Soie d'Araignée de Madagascar : L'étoffe du futur ou un fil trop fragile ?
Si la soie classique — celle du ver — évoque la douceur et le luxe, sa cousine arachnide, elle, relève presque de la science-fiction. La soie d'araignée de Madagascar est l'une des matières naturelles les plus rares et fascinantes au monde. Alors, fil d'or ou fil d'illusions ?
Contrairement à son homologue produit par le ver à soie, la soie d'araignée est l'œuvre de la Néphile dorée (Nephila madagascariensis), une araignée tropicale dont le talent de fileuse ferait rougir les plus grands artisans. Sa soie se distingue par sa couleur naturellement dorée et ses propriétés exceptionnelles : elle est cinq fois plus résistante que l'acier, tout en restant incroyablement légère et extensible. Un textile parfait pour les super-héros, ou presque.
L'idée d'utiliser la soie d'araignée pour le textile ne date pas d'hier. Un des premiers à s'y essayer fut le prêtre français Jacob Paul Camboué, missionnaire à Madagascar à la fin du XIXe siècle. Fasciné par cette fibre unique, il entreprit un projet titanesque : récolter la soie de dizaines de milliers d'araignées pour confectionner un tissu destiné à être exposé à la grande Exposition universelle de Paris en 1900. Hélas, l'entreprise fut si ambitieuse qu'elle entraîna une quasi-disparition locale de l'espèce, tant le prélèvement des fils était intensif. Un exploit technique, certes, mais un désastre écologique qui fit entrer cette soie dans la légende... et l'oubli.
Transformer cette soie en tissu relève de l'exploit. Contrairement au ver à soie, que l'on peut élever par milliers, ces araignées sont solitaires et même... cannibales. Autant dire que la création d'un textile en soie d'araignée demande une patience digne d'un moine tibétain. En 2009, après huit années de labeur et l'extraction minutieuse du fil de plus d'un million d'araignées, Simon Peers et Nicholas Godley, deux passionnés de textiles rares, ont présenté une cape en soie d'araignée d'un jaune resplendissant. Une pièce unique, digne d'un conte de fées...
Malheureusement, cette soie miraculeuse ne sera pas prête de sitôt à remplacer notre bon vieux coton. Sa production artisanale est démesurément coûteuse et fastidieuse. Cependant, elle fascine les scientifiques et inspire des recherches en biomimétisme : des laboratoires tentent désormais de reproduire artificiellement cette fibre magique, notamment pour des applications médicales ou aéronautiques.
Ai je dis hanbok? Oui! "hanbok"est composé de "han" qui signifie "coréen", et de "bok" , qui signifie "vêtement". Ainsi, le hanbok est littéralement "le vêtement coréen". Ce terme moderne est utilisé principalement en Corée du Sud, tandis que la Corée du Nord préfère l’appellation "Joseon-ot" qui suit la même logique en intégrant "Joseon".
Mais que signifie "Joseon" ? Ce terme renvoie à plusieurs périodes historiques. Il désigne d'abord l'ancien royaume de Gojoseonqui aurait existé dès 2333 av. J.-C., selon la légende fondatrice. Plus tard, "Joseon" est aussi le nom donné à la dynastie qui a régné sur la Corée de 1392 à 1897. Aujourd’hui, la Corée du Nord conserve ce terme dans son nom officiel : "République populaire démocratique de Corée" se dit en coréen "Chosŏn Minjujuŭi Inmin Konghwaguk" . L’usage du mot "Joseon" dans "Joseon-ot" reflète donc une volonté idéologique et historique de rattacher le costume traditionnel à l’héritage du pays avant la division.

Les racines du Hanbok remontent à l'époque des Trois Royaumes (1er siècle av. J.-C. – 7e siècle apr. J.-C.), où les silhouettes amples et les tissus légers permettaient à la fois élégance et liberté de mouvement. Avec l’avènement de la dynastie Joseon (1392-1897), le hanbok s'est codifié, adoptant des lignes plus structurées et des couleurs révélant le statut social : bleu pour la classe moyenne, rouge et or pour l’aristocratie, et noir austère pour les fonctionnaires.
Les yangban (nobles) portaient des hanboks somptueux en soie brodée, tandis que les paysans se contentaient de coton ou de chanvre. Au fil du temps, l’art du tissage et de la teinture a perfectionné ces vêtements, notamment grâce au "saekdong" (bandes multicolores symbolisant la chance) et aux broderies racontant des mythes et légendes.
Si le hanbok est encore largement porté en Corée du Sud lors des grandes occasions, il n'a pas disparu en Corée du Nord. Là-bas, il est appelé "Joseon-ot" , un terme qui reflète l'usage du mot "Joseon" plutôt que "Corée" dans l'idéologie du régime. Les Nord-Coréens portent le Joseon-ot pour les événements officiels et les célébrations importantes, bien que les couleurs et les ornements soient généralement plus sobres qu’au Sud.
Autrefois porté quotidiennement, il est aujourd'hui réservé aux occasions spéciales telles que les mariages, les festivals et les célébrations traditionnelles comme le Chuseok (fête des moissons) et le Seollal (Nouvel An lunaire).
Les matériaux traditionnels incluent la soie fine, le lin léger et le coton doux, chacun apportant une texture et une respirabilité différentes. Les artisans d'autrefois utilisaient le "saekdong", un tissu rayé aux couleurs vibrantes cousu minutieusement pour former des manches multicolores, particulièrement prisé pour les vêtements des enfants.
Chaque élément du hanbok possède une signification profonde. Les couleurs représentent souvent les cinq éléments de la philosophie orientale (eau, feu, bois, métal et terre). Les motifs brodés, comme les phénix ou les dragons, étaient historiquement réservés à la royauté.
Le hanbok est conçu pour souligner l'harmonie entre la nature et l'humain. Sa silhouette fluide permet une grande liberté de mouvement, reflétant la grâce et l'élégance. Ce qui m'a marquée, c'est l'absence totale de boutons ou de fermetures à glissieres un peu comme le costume des "amish" rencontrés à Philadelphie : tout est fixé avec des rubans et des nouages savants, comme un origami textile.
J'ai été frappée par la manière dont le hanbok est intégré à la vie moderne en Corée. Bien que son usage quotidien ait disparu, il connaît une renaissance grâce aux efforts de designers modernes qui le revisitent sous une forme plus pratique et accessible, appelée "hanbok contemporain". On le voit dans des silhouettes plus minimalistes, parfois mixé avec des tissus modernes comme le denim ou des coupes inspirées du streetwear.
Des célébrités et des influenceurs en Corée du Sud et à l'international contribuent à sa popularité, en l'intégrant notamment dans la mode, la musique (K-pop) et les événements culturels. Lors de mon passage à Séoul, j'ai même croisé un jeune homme portant un hanbok version blazer sur un jean déchiré - preuve que la mode est un cycle sans fin !
LE HANBOK EN POLYESTER OU COMMENT ETOUFFER AVEC ELEGANCE
Si vous avez loué un hanbok à Séoul, vous avez peut-être ressenti une légère déception en réalisant que votre superbe tenue chatoyante était aussi respirante qu'un sac plastique un jour de canicule. Le polyester a envahi le marché de la location, principalement pour sa résistance et son coût modique. Mais soyons honnêtes : il trahit un peu l’élégance du vêtement originel.
Malgré l'invasion du polyester, le hanbok reste un symbole de grâce et de culture. Il est porté lors des grandes occasions comme les mariages, les fêtes traditionnelles (Chuseok, Seollal), et même revisité en mode streetwear par des designers audacieux. De nombreuses célébrités coréennes l'intègrent dans leurs tenues de scène, et certains stylistes osent des coupes modernes qui fusionnent tradition et futurisme
Au-delà d’une simple adaptation cosmétique, la transformation du secteur de la mode post-Covid révèle une remise en cause profonde de ses fondements historiques. Ce virage ne se limite pas à l’adoption de matériaux alternatifs ou à une communication éthique embellie : il interpelle tout un système basé sur la surproduction, l’obsolescence programmée et l’exploitation, qu’elle soit humaine ou animale.
La pandémie a exposé les dysfonctionnements d’un modèle économique qui privilégiait la quantité au détriment de la qualité, et le profit immédiat au détriment de toute responsabilité sociale et environnementale. Dans ce contexte, le passage vers des pratiques « non violentes » – comme l’adoption de la soie Eri, produite sans tuer les vers à soie – n’est pas uniquement une stratégie marketing. C’est le reflet d’une exigence sociétale qui force les entreprises à réévaluer leurs chaînes de production et à reconnaître la fatalité de leurs anciennes méthodes, aujourd’hui jugées incompatibles avec une conscience collective en pleine mutation.
Pourtant, ce virage vertueux pose une question fondamentale : jusqu’où peut-on réellement transformer un secteur dont l’essence repose sur l’exploitation et la transformation des ressources, souvent de manière superficielle ? Si la communication et les labels deviennent les garants d’une nouvelle éthique, il reste à savoir si les changements structurels sont réellement à la hauteur des discours. Le risque est grand de voir émerger un phénomène de greenwashing où l’image de l’éthique supplante une véritable refonte des pratiques industrielles. Ce paradoxe souligne l’urgence de repenser en profondeur non seulement les matériaux utilisés, mais aussi les modes de production, de distribution et de consommation.
En poussant le raisonnement, il apparaît que ce changement est avant tout une réponse à une pression sociale et médiatique sans précédent. Les consommateurs, désormais mieux informés et de plus en plus vigilants quant à l’impact de leurs achats, ne se contentent plus d’initiatives ponctuelles. Ils exigent une transparence totale et une responsabilité accrue de la part des acteurs de la mode. Ainsi, ce qui était autrefois perçu comme un luxe ou une tendance marginale s’inscrit désormais dans un débat moral et existentiel sur le rapport de l’homme à la nature et aux êtres vivants. La non-violence et le respect de la vie ne sont plus de simples options, mais deviennent des impératifs qui pourraient redéfinir les contours d’un secteur historiquement critiqué pour son exploitation systématique.
Ce constat radical met en lumière une mutation de paradigme. Le secteur de la mode se trouve à la croisée des chemins : il doit soit embrasser une transformation intégrale qui repense la production, le design et la consommation, soit risquer de rester prisonnier d’un modèle obsolète et dénoncé. En ce sens, le choix de la soie non violente n’est qu’un symbole parmi d’autres d’un changement profond qui touche aux valeurs mêmes de la société contemporaine. La mode, longtemps complice d’un système de domination et d’exploitation, est aujourd’hui contrainte de réinventer son identité ou de disparaître face à l’indignation collective et aux impératifs écologiques.
En somme, le passage à une mode plus éthique post-Covid n’est pas simplement une tendance passagère, mais l’expression d’une rupture radicale avec un passé marqué par l’exploitation. Ce changement brutal expose les contradictions d’un secteur qui doit désormais concilier rentabilité et responsabilité, sans quoi il risque de se voir définitivement relégué au rang des vestiges d’un modèle qui a fait ses preuves en tant que moteur de dévastation sociale et environnementale.