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vendredi 18 juin 2021

LES JOIES DU TISSU


    

L'été arrive, les masques tombent et dimanche, plus de couvre feu ! Ce qui fut "jadis" notre quotidien devient soudain magique, aimable ! Ma passion pour les tissus ne s'est jamais tarie, au contraire, elle s'est même accrue, m'aidant à traverser ces quelques mois pour le moins étonnants : pas de voyages, pas de sorties, pas de visites, mais le pays des tissus n'est jamais loin de moi.

LE CLUB DES CINQ

Mes sens sont en éveil lorsqu'ils sont en présence d'une étoffe. Les uns sont prompts à réagir physiquement dès qu'ils sont en contact avec la matière ; d' autres font appel à mes souvenirs, mais aucun n'est insensible à la nature des fibres textiles ou à la couleur d'un vêtement. Tous unis, ils ont mis en scène un univers textile très particulier, le mien ! Avec mon expérience professionnelle et beaucoup d'imagination j'ai redécouvert d'une manière ludique et très personnelle les tissus. Je me suis évadée dans un ailleurs délicieusement coloré, chaleureux, amical. J'ai écris sur ce blog et sur celui d' etoffe.com, j'ai fait des recherches, j'ai trouvé des trésors, j'ai pleinement rempli mes journées, au-delà des quatre murs de mon appartement. J'ai apprécié pleinement, en toute conscience, mes choix vestimentaires récents. J'ai aussi fouillé dans mes souvenirs textiles comme on le fait généralement avec un album photos ou une collection de timbres et j'ai mis des mots sur les joies et les peines, textilement parlant. En voici quelques bribes. 

PLEIN LA VUE

La présence dans ma garde robe  de ce chemisier en taffetas de soie gorge de pigeon me plonge dans le monde irréel de la couleur. Cette vision subjective de cette variation de roses et de bleus qui irise ce taffetas est fugace. Elle ne doit son existence qu'à la lumière mais, une fois la lampe éteinte, ce vêtement flamboyant redevient une ombre et ne subsiste de lui  que l'image d'un instant coloré. Il me suffit de regarder ce manteau en drap de laine accroché dans le dressing pour qu'instantanément une douce chaleur m'envahisse. La vue d'une robe d'été fleurie me suffit à partir en balade sur la plage d'Houlgate. Parfois, à la vue, il convient de joindre le geste, juste pour confirmer les premières impressions.

UNE PRISE DE CONTACT

Cet hiver, en fouillant dans un tiroir de ma commode à la recherche de mon bonnet en laine quiviut, j'ai mis la main sur un foulard en satin de soie vert anis et turquoise ; de quoi réveiller mon sens tactile et titiller ma vison. Le contact de cette matière ruisselante sur ma peau m'a fait frissonner. Allergie non pas, mais une  réaction épidermique provoquant une sorte de chair de poule. Etonnant ? Bizarrement, les tissus provoquent des chocs. Les velours deviennent de redoutables ennemis pour certaines personnes. Le simple contact des ces poils hirsutes au bout des doigt ne font pas pattes de velours ; ils sont un rappel strident du bruit de la craie sur un tableau noir. Ce ressenti est réservé à ceux qui se souviennent des craies blanches et des tableaux noirs.  Parfois un vêtement en mohair peut être  un supplice pour les peaux fragiles, elle picote, elle gratouille, elle engendre des rougeurs,  il faut alors envisager de faire amie amie avec des laines qui ne demande qu'à cajoler,  à chatouiller, à réconforter comme la laine mérinos, le quiviut, l'angora ou le cachemire. 

ACTION-REACTION

La vue à besoin d'un complément d'information, et ce petit plus c'est le toucher qui lui apporte. C'est un phénomène légitime et   fréquent . Y avez-vous jamais prêté attention ? Ce  constat s'est rapidement imposé dans ma vie professionnelle : les  personnes en admiration devant un tissu ne peuvent réprimer l'envie de le toucher. Plusieurs de   mes clientes  venaient équipées d'un miroir de poche, pour choisir les tissus. Elles  touchaient les étoffes, les posaient sur la paume de leur main, sur leur joue,   les manipulaient, les soupesaient, les froissaient, leur faisaient mener la grande vie et ensuite , ensuite seulement elles approchaient l'heureux élu près du visage, se mirant dans le miroir  qu'elles rangeraient dans ce petit étui en feutre qu'une fois le  choix des mains adoubé par les  yeux.  

SOUVENIRS OLFACTIFS

L'odeur de la laine mouillée est très particulière. elle me renvoie à des souvenirs d'enfance, tenaces encore, presque réels malgré les ans. Parfois, lorsque cela s'avérait indispensable, ma mère "osait" laver mon doudou, un simple morceau de ma première couverture qui avait été rose et qui virait au gris ; probablement celle qui me tenait chaud dans mon berceau. Ce doudou était devenu un talisman qui m'accompagnait partout, de jour comme de nuit. Déjà une accoutumance hors normes au tissu ! Alors, à peine sèche, je m'appropriais ce "chiffon" encore humide, hélas sans saveur, le stimulus olfactif ayant disparu. Seul restait, un moment encore, l'odeur du propre, du savon “Cadum". Depuis, l'odeur de la laine mouillée comme celle d'un pull porté sous une pluie battante me rappelle celle de mon doudou. L'odorat est un incroyable recueil de souvenirs, à feuilleter avec délicatesse.

LE GOUT DU VEGETAL

Avez vous jamais gouté un fil de lin ? Quelle curieuse sensation ! Lorsque, pour enfiler un fil de lin "bleu klein", je l'ai posé sur ma langue, un  réflexe, alors que ma machine est doté d'un système d'enfilage de l'aiguille automatique. Au-delà de l'habitude, ce goût de bonbon m'a renvoyé au monde des sucreries, délice des délices. Le souvenir des berlingots aux rayures multicolores, des rouges coquelicots et des bleuets, ces douceurs anciennes que l'on trouve encore dans de grands bocaux de verre chez les “véritables marchands de bonbons". Confidence pour confidence, je n'ai jamais rien ressenti de tel en travaillant avec un fil polyester.

SILENCE ON TOURNE!

Ils crient, ils soupirent, ils gémissent, ils ronronnent, ils grognent, ils grincent. A bien l'observer, ce monde est bruyant, animé, vivant ! Il est insoutenable le cri de la soie, il est terrifiant celui d'un chiffon que l'on décrire pour faire un pansement de fortune, il est étouffé le son d'un lainage que l'on plie, il est subtil, le bruissement d'un taffetas que l'on manipule en le travaillant. Il résonne encore à mes oreilles le souvenir du frou-frou qui précède l'arrivée sur scène d'Agnès dans sa volumineuse robe de taffetas parme lorsqu'elle annonce que “le petit chat est mort“. C'était il y a longtemps, lors d'une représentation réservée aux scolaires dans un théâtre parisien aujourd'hui disparu : "le théâtre de l'Ambigu-Comique" près de la place de la République. Soixante ans plus tard, le souvenir de ce frôlement d'étoffe m'émeut encore ! Les tissus sont bavards : cet imper en nylon que je tente de faire entrer dans un sac à dos grince, ce short en chanvre semble soupirer d'aise sous la semelle de mon fer à repasser mais le plus étonnant pour un son, c'est son absence. Pas un bruit, ce plaid en jersey de laine mérinos rouge cerise dans lequel je me love avec une volupté non dissimulée  se drape dans un silence assourdissant !

Maintenant à vous de jouer.

lundi 14 juin 2021

Voyages imaginaires au pays des tissus

Pour voyager il n'est pas toujours nécessaire d'aller loin. Du placard au dressing,  du salon à la chambre, il suffit  de laisser libre court à son imaginaire pour faire ressurgir des images enfouies dans nos souvenirs. Chacun peut transformer cet univers textile d'apparence si concrète  en un rêve de soie, une caresse de velours, un baiser de mousseline.

 Toucher, regarder, sentir, écouter les multiples facettes des étoffes c'est ouvrir la boite de Pandore, c'est tourner les pages de l'histoire,  c'est voir le monde industriel sous un autre angle, c'est comprendre les us et coutumes populaires, c'est parfois faire le lien entre la mode et la politique.  La diversité de ces entrelacements de fibres est un délice  cruel pour moi car il regorge d'anecdotes, foisonne d'indices, tant et tant que plus je cherche plus je trouve.  

Il est temps cher lecteurs et chères lectrice d' affronter ce mastodonte, de vous confronter à ce phénomène mondial, à tirer le fil d'ariane  par des chemins de traverse. Offrez vous  le luxe d'un tour du monde en observant pour débuter les tissus qui vous entourent, dans  le dressing, dans les armoires à  linge, sur les murs, les voilages, Tout est bon à observer , ce n'est qu'une question d'imagination! Un simple torchon en metis renvoie l'image des fleurs bleues qui oscillent avec élégance et panache  au gré du vent dans les champs de lin normands..... Essayez vous verrez c'est fascinant et amusant. Je vous invite à partager  dans ce blog vos expériences, vos découvertes, vos émotions textiles.  

jeudi 15 avril 2021

MA SYMPHONIE EN SOIE MAJEURE 4


SUITE  N° 4

LE VIOLON POUR LE BEMBERG®

L'univers musical ne s'est pas désagrégé avec l'arrivée de la musique dodécaphonique.Au contraire, son répertoire s'est s'enrichit. Etonnement, musique et textile suivent des carrières parallèles. Au début du  XX e siècle,  Arnold Schönberg rompt les amarres avec la tradition. A la même époque, apparaissent les fibres textiles artificielles, aboutissement des recherches d'Hilaire de Chardonnet. Elles sont la promesse d'une autre mode, plus libre, plus abstraite, moins conformiste et, en ce qui concerne les fibres, plus fonctionnelles. Les sonorités discordantes et les fibres chimiques explorent de nouvelles pistes, dédaignant l'harmonie tant auditive que tactile. Intrus dans un monde déjà établi, ils sont des premiers de cordée qui ouvrent la voie aux innovations. Ces expérimentations dans des domaines différents se sont soldées par des résultats très contrastés. Le mouvement musical d'avant garde séduit un public averti mais restreint, alors que les fibres artificielles rencontrent un succès auprès d'une bonne partie de la population mondiale. Depuis leurs débuts chaotiques, les premières fibres de soie artificielle de Hilaire de Chardonnet, l'industrie textile a sans cesse repoussé ses  limites, portant sur les fonts baptismaux les fibres synthétiques qui sont devenues incontournables dans l'univers de l'habillement et de la décoration. Les acétates, rayonnes, cupro, mirent fin au monopole des cotons, lins et soies tout en observant une cohabitation de bon aloi car cette entente n'est pas si cordiale. Les partisans de l'innovation et les inconditionnels du confort continuent à s'affronter  sur les pages glacées des magazines et sur les différents blogs consacrés à la mode. Le Bemberg®, commercialisé par la firme allemande J.P. Bemberg est une doublure. Curieusement le terme tissu est rarement utilisé pour le définir. Sa spécificité réside dans le procédé de fabrication plus complexe que celui de la viscose et ses performances plus évidentes : antistatique, finesse et une grande diversité de coloris. Sur le marché des doublures, le Bemberg® est classé dans la catégorie luxe, en concurrence avec le pongé de soie. Bien que très élégant, il n'est jamais au premier rang sur les photos, il tient à la perfection ce second rôle. N'est-ce pas le cas pour les doublures ? Je l'entends parfois chuchoter, un bruissement se fait entendre lorsque je glisse ma main dans la poche de mon manteau. L'archet qui glisse sur les cordes du violon peut reproduire à merveille ce son. D'un mouvement adéquat, le violoniste peut traduire toute l'ambiguïté de cette étoffe.  

LE SYNTHE  POUR LA TOILE DE SPI

Oublié le lin des voiles des caravelles de Christophe Colomb, la soie des montgolfières de Joseph-Michel et Etienne-Jacques, voici le nylon qui défie les outrances climatiques. Sans majuscule ni ® puisque le nom n'a jamais été déposé en tant que marque, il reste  sans conteste une star au sein de la famille des fibres synthétiques, peut être un privilège dû à son droit d'aînesse. 

La toile de spi, toile armurée, est une fanfare à elle toute seule. Le vacarme du vent qui vient la percuter lui donne des ailes, le tic tac, régulier ou pas, des gouttes de pluie qui rebondissent ou glissent sur cette carapace n'ont aucun  impact sur son  physique.  La toile de spi aime les défis,  contraire de bien des tissus,  il lui faut des adversaire à sa hauteur pour exhiber ses biceps Elle offre sa protection aux sacs de voyages, brave le froid pour abriter les aventuriers, reste stoïque face aux soudaines averses équatoriales,  attend impatiemment le coup de vent qui fera décoller le cerf volant. Comme elle est bavarde cette toile ! Elle hurle pour se faire entendre dans la tempête, elle chante lorsque le souffle d'un zéphyr effleure sa surface, elle se gonfle jusqu'à éclater alors ses cordes vocales mises à rude épreuve émettent un son rauque mais ne cèdent pas. Le vent tourmente inexorablement cette toile et ainsi, vogue le navire ! Qui mieux que le synthé, instrument polyphonique, pourrait être le porte-voix de la vedette des synthétiques ? 

LA CRECELLE POUR LA LAINE POLAIRE

Il fallait qu'un intrus vienne troubler le parfait accord qui régnait dans cette symphonie textile, et bien le voici. Ce n'est pas le vilain petit canard mais, si une comparaison devait être trouvée, je parierais pour le coucou qui occupe un nid laissé vide quelques instants. En effet, la laine polaire n'a de laine que le nom, le reste, tout le reste appartient à la famille des fibres synthétiques, qu'elles soient issues du recyclage des bouteilles plastique ou pas.  Pour être plus explicite,  il s'agit de polyester, ou polyethylène téréphtalate. La laine polaire est un tissu à l'allure pataude, une matière à la texture veloutée, attirante mais qui peut perdre de sa superbe en boulochant dès les premiers lavages si la qualité n'est pas au rendez-vous. Je suis désolée de ce portrait  peu reluisant de cette matière mais, quand j'y pense, j'ai mal à ma laine. J'ai longuement hésité avant de lui faire une place dans ce post. Les raisons sont plus du domaine de l'émotion que du rationnel  parce c'est une étoffe "successfull" auprès du grand public et parce qu'il y a polaire et polaire, la disparité des qualités est incommensurable, une seule étiquette et un seul nom, le prix pourrait être un indice de qualité mais ce n'est pas systématique. Dans tous les orchestres, à un moment ou à un autre il y a une fausse note, c'est peut-être le moment de la caser. La crécelle, instrument idiophone  produit des sons aussi étranges que cette fibre dite polaire.

LE METRONOME POUR LE TERGAL

Le Tergal® est l'image traditionnelle du polyester auprès du grand public. Apprécié depuis les années 1960 pour sa résistance aux contraintes (infroissable, lavable, solide), c'est le succès des vêtements wash and wear. Grand amiral de la famille des fibres polyester, un autre classique de la famille des synthétiques, le Tergal aime la confrontation. Ainsi, la laine ou le coton sont souvent mis à contribution pour lui offrir une image plus naturelle. Regardez, observez les étiquettes, les articles en polycoton sont présents dans de nombreux rayons (ameublement, habillement). Le Tergal est consensuel, même s'il ne possède pas cette part de rêve que j'aime retrouver dans les tissus, il est maître de ses actions, posé, rigoureux, classique, son laïus est monotone. S'il ne joue pas le maître de cérémonie, il est ici le "maître des horloges", il donne le tempo à mon orchestre.

Fin


lundi 12 avril 2021

MA SYMPHONIE EN SOIE MAJEURE 3

SUITE 3 

LA FLUTE TRAVERSIERE  POUR LE SUPER 100's

Demandez le programme  :  un lainage  en laine peignée, fine, lisse, lustrée  ; et ce n'est qu'un début, car le  luxe est à venir avec une course à la finesse est engagée par les fabricants avec des scores  impressionnants.  Le chiffre indique la longueur du fil exprimée en km pour 1kg de matière première. Ainsi avec 1000 g de laine on peut obtenir plus de 160 km de fil. Avec son allure plus City que lande écossaise, ses paroles sont limpides, directes, hautes et intelligibles, comme le bruit sec et autoritaire des talons des escarpins qui raisonnent sur le granit des trottoirs parisiens et c'est le son de la flute traversière qui prend place dans mon orchestre

UN COR A CORS POUR UN ACCORD AVEC  LE LIN IRLANDAIS

  En provenance d'Egypte il a débarqué sur les côtes irlandaises dans les bagages des  marchands phéniciens quelques 10 siècles avant l'ere chretienne. Et il s'est si bien habitué à sa nouvelle patrie qu'il est devenu un symbole pour  l'Irlande. En 1928 fut crée  la Irish linen guild, destinée à préserver la qualité et l'authenticité de cette production.  Le lin irlandais est possède deux caractéristiques intéressantes qui le distinguent de ses concurrents  : un lustre naturel discret mais visible,  trait de caractère qui  ordinairement s'apparente à la soie et  une armure sergé choix inhabituel pour le tissage du lin . Ce sont ces côtes et ses sillons qui confèrent  aux étoffes irlandaises  une souplesse presque une onctuosité, qualité surprenante pour ce type de fibre plutôt connue pour sa "raideur".  Si l'équilibre à un sens, le lin irlandais le prouve,  à la fois rustique au toucher et sophistiqué visuellement, c'est un article de luxe par sa rareté  et  recherché par les amateurs. Cependant il n'échappe pas à un détail qui touche toutes les qualités de lin : il ne se déchire pas. Une entaille, un geste précis et vigoureux n'en viennent pas à bout. Seule une bonne paire de ciseaux peut couper sans blessures un métrage de lin. Tenter de contourner ce phénomène c'est s'attendre à un gémissement caverneux, lugubre, un brame son venu des profondeurs de la foret. Le son du cor résonne en accord avec ce lin.

LA GUITARE POUR LE JEAN

Le coton un héros qui depuis des siècles s'est lié d'amitié avec le genre humain est à l'origine d'un mythe celui du jean. Des champs ou des villes le jean est à sa place partout. Il possède de multiples facettes, brodés  il prenait des airs de diva, riveté   c'était un must have pour les aventuriers du Far west,  élimé il devient le reflet d'un certaine désobéissance  et siglé des marques les plus prestigieuse ou  avec le simple tag rouge sur la poche arrière d'un pantalon il est l'icône de la mode version mondialisation. Mais avant, le jean a vécut bien des aventures, depuis le costumes des marins génois jusqu'aux voiles des caravelles de Christophe Colomb... Le jean c'est tout cela et mais au final ce n'est qu'un fil de coton bleu et un fil de coton blanc! en un certain ordre assemblés  De grave a aigu, de poids  léger à  lourd, sa voix compte,  elle  n'est jamais anonyme. De ces notes fleuries, acidulées ou poivrées, hautaines ou lointaines, le jean 100% coton est sans fausses notes,. Aussi éclectique que le jean, la guitare acoustique ou électrique sait moduler ses accords et le jean lui va comme un gant.


A SUIVRE




























samedi 10 avril 2021

MA SYMPHONIE EN SOIE MAJEURE 2

Deuxième volet : comment mettre en musique la parole des étoffes.

 LE BASSON POUR LA BOURRETTE DE SOIE

Les fils ou plutôt des filés de fibres utilisés pour la soie sont constitués d'une multitude de fibres courtes, souvent des déchets laissés après la filature ou bourre, ce qui n'est pas surprenant si l'on tient comte de son nom. Ces fils n'ont pas le lustre des fils de soie issus des cocons du bombyx mori, mais ils  possèdent en toutes les qualités intrinsèques  Si rien ne distingue visuellement une bourrette de soie d'une grossière cotonnade, en revanche elle se différencie par son toucher savonneux et ce bruit si étrange lorsqu'on la chiffonne, similaire au bruit des pas sur la neige fraîche, un  bruit "ouaté", des sons étouffés. En fermant les yeux, j'ai l'impression d'être dans une atmosphère cotonneuse,  dans le fog londonien qui enveloppe  les bords de la tamise et cette sonorité profonde, ténébreuse, comme étouffée s'accorde si bien avec celle du basson.

UNE HARPE POUR LE SATIN DE SOIE

Toujours élégant, qu'il s'habille de noir ou de rouge, sa somptuosité n'a d'égal que sa prestance. Il coule, il ondoie, il glisse sur la peau comme les gouttes de rosée, dans le calme et la volupté. Jamais de mouvement brusque, il se déplace avec lenteur, il ronronne, sa surface lisse comme un miroir se nourrit des  rayons de lumière  pour notre plus grand plaisir , parce que c'est son lustre plus que son éclat qui lui donne cette richesse intérieure. Les modes passent, le satin de soie demeure. La sensualité des vibrations des cordes d'une harpe peuvent s'approcher des sonorités soyeuses et délicates de ce merveilleux tissu.

LE TRIANGLE POUR LE PONGE DE SOIE

Un tissu d'origine sino-japonaise,  et une étymologie  concrète du chinois pun-chi= métier à tisser ou pun chah = tissage home made. Dans sa première version, il s'agissait d'un cousin de nos shantung, puisque ce sont les cocons des vers à soie sauvages qui étaient utilisés. Puis, au fil des siècles, l'apparence du pongé s'est modifiée, en Occident il est devenu ce produit fonctionnel, utilisé presque exclusivement comme doublure de luxe certes, mais doublure quant même ! Son principal concurrent est le Bemberg® un article en cupro, fibre artificielle. S'il est très proche visuellement du pongé, il s'en éloigne au toucher.  Je me souviens d'avoir utiliser des pongés de toutes les couleurs pour faire des "draps de sac de couchage", des tuniques d'été, des jupes amples et froncées. Solide malgré sa frêle allure, il est léger, ses couleurs sont revigorantes, toniques. Il y a plus d'un pongé dans le pongé. Si je devais le comparer à un son il serait vif, net, clair, modeste. Cette humble soierie, sait se faire entendre quand elle le désire dans le monde de la mode, comme le triangle, discret  généralement placé au dernier rang de l'orchestre qui, au moment opportun, a son instant de gloire.

LE VIOLONCELLE POUR LE TWEED

C'est la laine cardée qui confère au tweed ce caractère rustique, rugueux, costaud, un tantinet ronchon mais d'une gentillesse extrême. Ils sont si attachants les vêtements en tweed que leurs heureux propriétaires ne s'en défont généralement qu'à contre-cœur, après de nombreuses années de bons et très loyaux services, et souvent exténués, usés jusqu'à la corde. C'est l'image idyllique de la rencontre d'une étoffe et d' un gentleman farmer. Cette laine hirsute, poilue, dodue, au caractère bien trempé, au toucher très reconnaissable semble peu incline à bavarder mais en prêtant une oreille bienveillante on peut discerner une  infinité de sons. Les bruits des tweeds viennent des sous bois, ils empruntent des chemins forestiers en automne, couverts de feuilles mortes, jonchés de marrons. Lorsqu'un un petit vent frais se lève, les dernières feuilles encore vertes tombent en tourbillonnant sur le sol  en silence. Puis arrive l'averse et les gouttes viennent s'écraser sur les fougères qui se courbent. Arrêtez-vous un instant, écoutez, imaginez... C'est le violoncelle qui fait ses gammes

L' OCTOBASSE  POUR LE LIN IRLANDAIS

Si personne n'a jamais vu un oranger sur le sol irlandais, nombreux sont les amateurs de belles étoffes à avoir eu entre les mains un lin irlandais. C'est un savant équilibre qui se dégage de ces tissus, caractérisés par une armure sergé. Ce tissage lui confère une souplesse surprenante, très inhabituelle pour un lin. Et puis il y a ce lustre sous-jacent, autre curiosité qui rend les lins irlandais "aimables". Rustiques et sophistiqués à la fois, rares sur le marché français . Appartenant à la belle et noble famille des lins, comme eux, ils ne se déchirent pas aisément. Seule, une bonne paire de ciseaux peut venir à bout de ces étoffes. Si l'on tente d'utiliser la force pour séparer en deux une coupe de lin irlandais, alors il faut s'attendre à un gémissement, à un son grave. Il fallait un instrument unique comme ce lin pour lui donner la réplique, alors j'ai cherché et j'ai trouvé l'octobasse, le plus grand et le plus grave des instruments à cordes, il n'en existe que cinq dans le monde.


A SUIVRE









 

jeudi 8 avril 2021

MA SYMPHONIE EN "SOIE MAJEURE"

 

Depuis longtemps je rêvais de mettre en musique ma garde robe. Mon imagination étant sans limite, des idées folles il y en a plein mes tiroirs! Si le monde des étoffes m'est familier,   mes connaissances dans le domaine musicale sont  bien plus ténues, elles ne tiennent qu'à un fil si j'ose! Donc si  vous êtes compositeur et si mettre en musique une collection printemps été 2021 vous séduit, si vous avez envie de relever ce défit n'hésitez pas à me contacter, sinon bonne lecture à vous.

DE LA REALITE AU REVE

Il est des moment ou la dérision peut servir d'exutoire, et aujourd'hui, plus d'un an après le début de cette incroyable pandémie, j'ai eu envie de sortir du cadre, même après 19 h. Alors folie pour folie j'ai imaginé  cette symphonie musicale. Le choix des instruments est  fonction de la proximité de leur son avec l'idée sonore que je me fais d'une matière, ou d'une étoffe. Ce florilège est bien sûr très subjectif, mais si l'idée vous amuse, libre à vous de construire un orchestre qui vous ressemble.

MUETS COMME DES CARPES LES TISSUS ?

Pas si sûr!  Il suffit parfois d'un rien, d'un courant d'air, d'un frôlement, d'un froissement,  pour qu'une étoffe viennent titiller notre ouïe. N'avez vous jamais perçu ce léger chuchotement d'un pull over en laine que l'on enfile, le craquement d'un imperméable en nylon que l'on plie, le gazouillis d'une jupe en tulle que l'on manipule,  le cri d'un taffetas que l'on découpe ? Alors non, ils ne sont pas muets ces entrelacements de fils ! Pour les entendre, il faut les écouter et  l'oreille absolue ne suffit pas, il faut pousser la porte des rêves, plonger dans son imaginaire, et donner libre court à sa fantaisie

MESSAGES CODES

Mon expérience professionnelles chez De Gilles Tissus est le "fil" conducteur de cette curieuse question. Vivre  avec les tissus des années durant a crée une sorte d'intimité entre nous.  Peu à peu ils m'ont ouvert leur cœur, et  m'ont appris leur langage. Pas un jour sans que l'un d'entre eux ne s'exprime d'une façon plus ou moins éloquente en déployant tout un arsenal de signaux, code secret que j'ai décrypté à ma manière. 

LE CRI DE LA SOIE

Longtemps j'ai cru à une légende, j'ai lu avec attention des articles consacré à   l'influence des tissus sur notre psyché,  et puis un jour j'ai fini l'entendre ce fameux cri de la soie. Strident, aigu,  vif comme l'éclair,  il m'a laissé perplexe je l'avoue. 

DES DEGUSTATION TEXTILES DANS TOUS LES SENS

 Ma perception des tissus s'en est trouvée modifiée. De factuelle  elle est devenue plus sensuelle au sens propre du terme, c'est à dire que tous mes sens sont mis à contribution pour saisir toutes leurs subtilités. L'ouïe  n'est pas le seul outil qui permet de découvrir l'univers textile autrement,  le gout, le toucher et l'odorat  sont des alliés précieux.

DU CRI AU SOUPIR

Il est des bruits hédonistes, agréables à entendre, il est des étoffes mélodieuses comme cette cotonnade fleurie que l'on manipule, ou le soupir d'un drap en satin de soie  qui  glisse sur la peau, et puis il est des vacarmes moins séduisants,  des bruits glaçants comme une toile de lin que l'on tente de déchirer,  il y a aussi des "sons muets" qui occasionnent des réactions épidermiques  comme passer la main à rebrousse poils sur un velours de soie. Le silence domine,  c'est un peu comme essayer de toucher un nuage, ou  une barbe à papa, il y a une chose qui existe visuellement  et puis elle devient   impalpable,  absente et tout se passe dans le plus grand silence.

 DES SONS AUX TISSUS EN UN MOT

Des mots communs à la musique et aux textiles, le plus évident est tessiture, de l'italien tessitura que l'on peut traduire par tissage, texture. Dans le domaine musical c'est l'étendue des sons émis par une voix ou un instrument

LES TROMPETTES DE LA RENOMMEE POUR LE TAFFETAS DE SOIE

Chaque fois que je dois couper un métrage de taffetas, mon corps sur-réagit, des frissons le parcours, ce cri pareil à un appel au secours me glace le sang, mais il cesse dès que les ciseaux se sont refermés. Ce bruit je pourrais le reconnaître entre mille dans  un test à l'aveugle. Je suis en mesure de différencier un taffetas d'acétate par la sonorité de sa "voix" : moins nette, moins vigoureuse, que celle d'un taffetas de soie. Mais ce taffetas est probablement le plus bavard de cet orchestre abracadabrantesque. Une fois calmé, et reposé, il va se déplacer toujours en compagnie d'un si charmant frou-frou qu'il ne passe  inaperçu ni pour les yeux ni pour les oreilles aussi chastes soient elles.

Comme le son des cuivres qui sans le  souffle du musicien  n'existerait pas exister, le taffetas a besoin de la présence d'un corps pour exprimer toute sa noblesse. La lumière , celle des bougies, des projecteurs ou du soleil  leur donne à tous les deux un air  de fête, elle embrase les cuivres et irise les taffetas .  

A SUIVRE

samedi 3 avril 2021

 

 GAZAR MON AMI

Gazar, un mot, deux syllabes qui claquent  haut et fort,  un mot  qui entraîne les connaisseurs dans l'univers de la haute couture et qui plongent les non initiés dans le monde  mystérieux des étoffes,

 UN TEMPS POUR LE REVE
Le gazar serait une banale étoffe si une part de "génies créatifs" ne s'était pas immiscée entre ses fils 
 



UN PARRAINAGE   "HAUTE COUTURE   "
Porté sur les fonts baptismaux en 1958, par deux célébrités du monde de la mode : Gustave Zumsteg créateur de tissus  pour la société textile Abraham et Cristobal Balenciaga. 

UNE RENCONTRE/ UNE CREATION 
Le couturier cherchait un tissu capable de le comprendre et de le suivre dans ses démarches créatives , mais il n'existait pas dans le commerce, il fallait l'inventer. Il s'adressa à monsieur Zumsteg directeur de la société Abraham, et grand collectionneur de peintures , pensant à juste titre qu'il saisirait  toute la subtilité  sa demande. Ensemble ils feront un bout de chemin et traversent la mode avec maestria coté lumière pour l'un et à l'ombre de cette lumière pour l'autre. Mais qu'importe, les deux furent des maîtres dans leur domaine

BANDE A PART
Membre  de la famille des gaze, le gazar s'en éloigne par son étonnante construction
Monsieur Zumsteg raconte que c'est la vue d'un rouleau de  gaze de coton qui lui suggéra  l'idée de ce type de tissage.

LE SECRET 
Un double fil de soie crue associé à une armure taffetas et à un tissage lâche. L'ensemble  confère à l'étoffe une amplitude, qui offrent un espace de liberté aux fils . 

UNE LIBERTE SURVEILLEE
L'espace inespéré laisse les fils  se mouvoir  en toute liberté, mais une liberté surveillée  car  cette matière ne se laisse pas apprivoiser aisément

UN FICHU CARACTERE
Le gazar est un tissu complexe à bien des égards. Doté d'un tempérament ombrageux et d'une  personnalité insolente.

 UN TISSU TURBULANT
 Il ne tient pas en place, à la fois  malléable et indocile, il est volumineux et plat, il est là où on ne l'attend pas, il  force l'imaginaire, il magnifie les réalisations . Si c'est un conte de fée pour l'œil c'est un enfer pour les couturières mais le résultat est époustouflant.

UN TERRAIN DE JEUX
Le Gazar possède un potentiel qui séduit les artistes, les créateurs, les couturiers  jusqu'au boutistes ; Il se prête aux déformations inattenduesI,  se gonfle, s'arrondit, se fais timide, occupe tout l'espace, joue les timides, mais au moindre désir d'une main habile à le dompter il obtempère se tient tranquille. Enfin il vit.

UN TRAVAIL D' ARTISTE
Le gazar se sculpte plus qu'il ne se coud, il permet de créer des volumes, des vêtements en 3 D tout en douceur et rondeur.

UNE STAR AUX PAYS DES ETOILES
Ce tissu fut une vedette des collections de Christobal Balenciaga, est devenu une star  lorsqu'il fut choisit pour la  mythique robe de mariée  de la collection 1967,  Modèle simplement simple, aux lignes limpides, courbes et épurées. C'est tout le talent de Balenciaga qui à su révéler le potentiel du gazar. Cette  tenue eut été impossible à confectionner avec une étoffe plus souple.  

EXPERIENCE EXIGEE
Le gazar est une idole que l'on vénère, que l'on ose à peine utiliser de peur de la maltraiter.
Novices,  abstenez vous  de  travailler ce garnement. Il glisse, il résiste, il fait le dos rond mais quelle élégance lorsqu'il se fait volant, col, poignets, manteau...

UN PRODUIT D'EXCEPTION
Le gazar est un tissu qui  appartient à l'univers de la Haute Couture. Il règne sans partage sur un luxe invisible. Sobre et  élégant par touche il suffit à personnaliser un vêtement 

POURQUOI JE L AIME?
J'aime son aspect   son toucher craquant, sa fausse humilité, sa nervosité. Il me fascine par sa prise de pouvoir  et sa manière d'occuper l'espace  mais il m'effraie  par sa vivacité. 
J'aime ce luxe sous jacent, jamais dans l'excès toujours dans la finesse, je l'aime parce que   que il existe par hasard, né d'une rencontre entre un couturier  reconnu  par le grand public et un créateur d'étoffes créatif ,inconnu du grand public. Je l'aime aussi c'était un article incontournable de ma boutique.

A REGRETS
Difficile de se séparer des choses que l'on aime, et j'avoue que chaque fois que je coupais un métrage de cette étoffe fushia, orange amère, ou  coquelicot, j'avais un pincement au cœur, c'était un déchirement de me séparer de cette magnifique étoffe, j'avais tissé une sorte de lien très indirect avec  ses créateurs. 

PLUS QU'UN TISSU,  UN AMI
Si l'on y pense, combien de tissus portent ils une signature, combien dans l'histoire des tissus peuvent se targuer d'avoir été conçus sur mesure par une personne pour une autre personne? Pour moi le gazar n'est pas un produit industriel comme les autres,  sorti de machines à tisser intelligentes ou pas, il possède une vibration que le rend presque humain, on pourrait presque envisager de faire ami-ami, d'ailleurs je crois que c'est ce que j'ai fait. J'ai toujours dans ma boite à trésor un échantillon de gazar framboise qui m'avait été envoyé par la société Abraham il y a bien des années alors que je préparais mon encyclopédie textile.
Le gazar est un article difficile à trouver dans le commerce mais quel bonheur de faire sa connaissance