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mercredi 8 juillet 2026

UNE ETOFFE QUI NE SE TISSE PAS : LE BARKCLOTH

 


Le tapa est souvent appelé « tissu », mais il n'est ni tissé ni tricoté. Il est fabriqué en battant l'écorce interne du mûrier à papier (Broussonetia papyrifera) jusqu'à obtenir une feuille souple. C'est donc davantage un papier textile qu'une étoffe au sens classique.

2. Un travail rythmé par le son

Dans de nombreux villages du Pacifique, le battage de l'écorce produisait un rythme caractéristique. Les voyageurs européens racontaient qu'on entendait ce martèlement à plusieurs kilomètres, comme un orchestre de percussions. Les femmes, principales artisanes du tapa, pouvaient parfois être reconnues à leur cadence de frappe.

3. Plus précieux que de l'argent

Avant l'introduction de la monnaie européenne, de grands tapa servaient de biens de prestige. Ils étaient offerts lors des mariages, des funérailles, des naissances ou des investitures de chefs. La valeur d'un tapa dépendait souvent de sa taille, de sa finesse et de son histoire familiale.

4. Des rouleaux gigantesques

Aux Tonga, certains ngatu peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de longueur. Ils sont déroulés lors de cérémonies importantes et peuvent être transmis de génération en génération.

5. Les motifs racontent des histoires

Les décors ne sont pas uniquement esthétiques. Ils évoquent souvent des plantes, des animaux, des généalogies ou des événements historiques. Dans certaines îles, chaque famille possède des motifs qui lui sont associés.

6. Le capitaine Cook en rapporta en Europe

Lors des voyages de James Cook au XVIIIᵉ siècle, de nombreux tapa furent rapportés dans les collections européennes. Ils fascinèrent les naturalistes, qui peinaient à comprendre comment une étoffe aussi souple pouvait être fabriquée à partir d'écorce.

7. Une odeur particulière

Les tapa anciens conservent souvent une légère odeur végétale ou fumée, liée au séchage, aux colorants naturels ou à leur conservation. Les conservateurs de musées utilisent parfois cette caractéristique pour mieux comprendre leur fabrication.

8. Des pigments entièrement naturels

Les couleurs proviennent traditionnellement de terres, de charbon, de suie, de racines ou d'écorces. Le brun rouge est souvent obtenu grâce à des extraits végétaux riches en tanins, tandis que le noir peut provenir de la suie mélangée à une gomme végétale.

9. Une fabrication collective

Pour les très grandes pièces, plusieurs femmes travaillent ensemble : certaines battent l'écorce, d'autres assemblent les feuilles avec une colle à base d'amidon, d'autres encore appliquent les motifs à l'aide de planches gravées ou de pochoirs.

10. Un art toujours vivant

Contrairement à une idée répandue, le tapa n'est pas seulement un objet ancien conservé dans les musées. Dans des pays comme les Fidji, Tonga, Samoa et Vanuatu, il est encore fabriqué aujourd'hui, à la fois pour les cérémonies traditionnelles et par des artistes contemporains qui explorent de nouvelles formes d'expression, comme le peintre  Michael Armitage , qui utiise  des feuilles de barkcloth comme support  pour ses toiles.

Le tapa est ainsi bien plus qu'un simple matériau : il est à la fois support artistique, objet rituel, marqueur d'identité, bien d'échange et archive de la mémoire des communautés du Pacifique.

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