J'ai sorti de ma malle aux trésors une coupe de crêpe marocain, en soie bien évidement, imprimée par Sache et destinée à la maison Molyneux.
Après le décès de monsieur Molyneux en 1950, Jacques Griffe 1909-1996 prit la direction de l'entreprise en 1951.
Il avait débuté dans l'atelier de madame Vionnet avant de créer sa propre maison Jacques Griffe. Il maitrisait à merveille une palette de couleurs vives et privilégiait les modèles "flous". Créateur de costumes pour le théâtre et le cinéma, il habilla à la scène comme à la ville des clientes célèbres ou anonymes et ajouta une ligne de foulards griffés dans sa boutique. C'est sans doute à ce moment qu'il rencontra mon grand oncle Alexandre Sache qui fit pour lui de nombreux foulards (dessins et impressions). En 1973, il tira sa révérence et se retira en province. Si le nom de ce grand couturier est aujourd'hui oublié, soyez de ceux qui, comme moi, cherchons à lui rendre sa notoriété.
Cette étoffe imprimée en noir et blanc sur un crêpe marocain date probablement des années 50/60 à en juger par l'iconographie.
Je vous dévoile ce petit trésor, non sans une certaine nostalgie, parce que, oui, ce Paris je l'ai connu et il m'en souvient encore lorsque j'ai cette étoffe devant les yeux.
Ce sont des images d'un Paris nostalgique pour ceux qui l'on connu mais un Paris Image d'Epinal pour les autres. Puisque, de toute évidence, cet imprimé était destiné à une clientèle étrangère, je vais me contenter de commenter les scènes les plus pittoresques en tant que parisienne.
On y retrouve pêle-mêle, hormis la maison Molyneux sise au 14 de la rue Royale, emblème de cet imprimé, le Moulin rouge, Montmartre et la placeVendôme où Sache avait son bureau juste à coté de la boutique d'Elsa Schiaparelli : des lieux et des personnages incontournables de la vie quotidienne des baby boomers, rarement présentés aux touristes.
- les marchandes de 4 saisons vendaient des fruits et légumes frais ; elles poussaient leur "voiture à bras" en bois, verte à deux roues, chaque matin excepté le lundi, qu'il vente ou qu'il pleuve pour s'approvionner aux halles ce "ventre de Paris" situé entre le Chatelet, le musée du Louvre et ce qui est aujourd'hui le centre Pompidou. Les halles déménagèrent à rungis en 1969. Trop éloignées de la capitale, ce changement signa l'arrêt de mort des "marchandes de 4 saisons".
Ces pavillons bâtis par Victor Baltard furent démolis en 71 à l'exception d'un seul qui, sauvegardé, fut remonté à Nogent-sur-Marne. Sur le trou béant laissé au centre de la capitale naquit en 1979 le "forum des Halles" plusieurs fois remanié depuis.
- les hirondelles qui ne faisaient pas le printemps mais garantissaient la sécurité des habitants. Ces agents cyclistes faisaient partie d'une patrouille à bicyclette créée par le préfet de police Louis Lépine en 1901. Leur mission ? Surveiller les rues parisiennes la nuit dans les différents quartiers de la capitale. Ils circulaient toujours deux par deux, képi sur la tête et cape sur les épaules, qui parfois laissait apparaitre le fameux bâton blanc. Hirondelles mais pourquoi donc ? Parce que la cape noire qui flottait au vent les faisaient ressembler à une hirondelle ; d'ailleurs leur velo fut nommé hirondelle. En 1950, Paris comptait près de 3000 agents cyclistes. Dans les années 80 ce sont des brigades à motos qui les remplacent puis ces agents motorisés disparurent définitivement en 1984.
- les agents de circulation avec képi et bâton blancs flanqué sur un podium au centre des carrefours régulaient la circulation avant la mise en service des feux tricolores.
- les bouquinistes, image d'Epinal des quais de la Seine depuis des décennies, qui ont failli disparaître lors des derniers jeux Olympiques en 2024.
- "la deudeuche" cette Citroen qui, avec le béret et la baguette de pain, donnait alors une image de la France et des français...
 |
| le Moulin Rouge |
 |
| La marchande de 4 saisons, le sacré cœur, les agents de circulation avec leur baton blanc... |
 |
"LES HIRONDELLES" |