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jeudi 14 mai 2026

PROFESSION : "SCHMATOLOGUE GLOBE-TROTTEUSE! N°2

LA TRANSMISSION CULTURELLE SUR UN FIL                                  

L'identité culturelle se transmet c'est une évidence, mais comment ?   

LE TISSU RELIE LES GENERATIONS SANS PASSER PAR LES MOTS.                                                         La culture, véritable trésor, circule entre les hommes depuis des millénaires par l'écriture, la parole et, aussi surprenant que cela puisse paraître, par le tissage. C'est ainsi que les diversités culturelles se lisent aussi à travers les textiles, ces précieux indices présents sous une forme ou une autre dans quasiment toutes les civilisations.  

LA PAROLE TISSÉE                                                      Textile et texte, un tête-à-tête où toute ressemblance n'est en rien fortuite  

TISSER C'EST  ECRIRE AUTREMENT                            Si les lettes, en un certain ordre assemblées, forment des mots qui, mis bout à bout, deviennent des textes, les fibres textiles, réunies par torsion, forment des fils qui, en un certain ordre entrelacés, deviennent des étoffes. 

MON HERITAGE FILAIRE                                              Entre le tissu et moi c'est une histoire de famille, quatre générations et quatre manières différentes de tisser des liens intergénérationnels.               

N°1 Le compte est bon                                                   -c'est en jouant avec les craies tailleurs, grises et blanches, bien calées dans leurs boites en bois remplies de sciure 

-c'est en comptant les grosses de boutons destinés aux costumes pour homme, généralement noir ou marron, parfois bleu marine 

-c'est en observant les vendeurs doser avec maestia des métrages de doublure.  C'est dans le magasin de fournitures pour tailleurs de mes grands-parents,  que j'ai appris à compter en m'amusant.                                  

N°2 La séduction du bon produit                                   -C'est, plus tard, en accompagnant mon père dans les usines roubaisiennes pour choisir la marchandise, que j'ai compris que l'achat gagnant part de la bonne connaissance du produit.                                           

N°3 Les textiles rares, précieux, surprenants                  -C'est dans l'atelier d'impressions sur soie de Montrouge, antre magique de mon grand-oncle Alexandre Sache, textile designer, que je me suis prise d'amour pour ces carrés de twill, ces pentes de bengaline, ces exquises mousselines.           

N°4 Les couleurs                                                           -C'est en observant la palette exceptionnellement colorée du peintre Michel Kouliche, mon oncle paternel, que je me suis engagée dans un univers coloré (le noir ne fait pas partie de ma garde-robe), et c'est la farandole des fleurs de mon jardin normand qui m'indique les saisons.                            

N°5 Les voyages                                                             C'est avec mon mari pour qui c'est presque un devoir de découvrir le monde, que j'ai vraiment compris que, pour savoir, il faut voir d'abord et puis toucher.

Pourquoi alors se demander d'où me vient cet engouement pour une profession hors normes ?  

Un profil éclectique                                                        Mon expérience professionnelle, car oui ce fut une expérience à laquelle je n'étais pas consciemment préparée, m'a offert de multiples occasions de satisfaction. Après l'Ecole du Louvre, un passage au sein des Musées Nationaux, deux  années passionnantes dans une galerie d'art parisienne,  j'ai été  "brocanteur ambulant" profession que ce libellé n'honore pas vraiment mais que j'ai exercée avec plaisir et passion. La suite ? J'ai endossé le costume d'une "marchande de tissus" au sein de l'entreprise familiale "De Gilles Tissus".  Avec volupté, j'ai navigué au milieu de flots de mousselines, j'ai gravi des montagnes de toile de lin, je me suis perdue dans les replis des taffetas changeants. Avec curiosité, j'ai traversé des rivières de Tweed et, équipée d'un mêtre en bois et d'une paire de ciseaux géante, j'ai déroulé des mètres et des mètres d'étoffes, découpé des milliers de coupes... 

REVEILLER LA MÉMOIRE DES ETOFFES ENDORMIES  Un univers à la fois si banal et cependant si mystérieux pour la néophyte que j'étais alors ! Il n'en fallut pas davantage pour me lancer dans l'aventure de "Mémoire de tissus" encyclopédie technique et pratique des étoffes, afin de démêler les fils parfois inextricablement noués de cet univers. 10 000 pages et des tonnes d'informations sur un seul sujet : le tissu sous toutes ses formes d'un point de vue économique, politique, artistique, historique.....

 L'ART ET LA CURIOSITE                                              Entre l'histoire de l'art et les histoires, grandes et petites, des tissus, le fil est bien ténu. Les étoffes oubliées comme zénana ou zéphyr m'ont ensorcelée au point que ce qui ne devait être qu'une expérience momentanée s'est prolongé durant près de quatre décennies. L'émotion, tant visuelle que tactile, de mes premiers pas en tant que gérante d'une société de tissus hors normes est restée intacte. Je dirai même qu'elle s'est décuplée avec les ans. De déménagements en déménagements, de rencontres en rencontres, de découvertes en découvertes, de voyages en voyages, la quête du graal textile me tint toujours à cœur.             

Avant d'être capable de me confronter aux professionnels, de répondre aux besoins souvent très précis de la clientèle hétéroclite constituée de petites mains des grandes maisons de couture, amatrices du "home made" de couturières professionnelles, de tailleurs, de chasseurs d'étoffes rares, de  créateurs de costumes de haut vol, ou encore de décorateurs.

LE MONDE DE L'OMBRE                                              Depuis les coulisses des ateliers de costumes, j'ai pu admirer le savoir-faire de ceux et celles qui créent les costumes. Ils habillent, costument, travestissent, déguisent les comédiens, les acteurs, les clowns, les acrobates, les danseurs ou chanteurs pour le plus grand plaisir des spectateurs. J'ai aimé travailler avec les décorateurs d'intérieurs qui, comme moi, sont toujours à la recherche de l'étoffe, la matière ou l'imprimé capable de combler le plus exigeant de leur client. Année après année, j'ai été confrontée à leurs problématiques techniques et parfois économiques ; aider à les résoudre devint une partie non négligeable de mon activité.

Le bonus                                                                      C'est la découverte d'un univers fait de couleurs, de matières, d'histoires petites ou grandes, de rencontres avec des stars du métier de costumier ou avec des artisans du bout du monde qui, avec une  dextérité ahurissante, créent sur des métiers à tisser souvent rudimentaires, des perles rares.

Le roi des tissus, le tissu des rois, ainsi se présentait jadis, le shatush. Alors, si parler chiffon peut sembler futile à certains, les tissus qui nous accompagnent, du linge au linceul, et partagent nos jours et nos nuits dans les moments de joie ou de tristesse, méritent une approche plus gratifiante. Tissu, textile, étoffe, dentelle, feutre, tapisserie ou encore broderie, c'est un univers qui ne demande qu'à se dévoiler.  

Le parcours des fibres naturelles ou chimiques, la manière dont elles sont entrelacées, les techniques de teinture, l'interaction entre la politique et la mode, le poids du textile dans l'économie mondiale, ce monde est  passionnant. 

Le printemps nouveau est arrivé, passées les gelées de mi-mai. C'est pour moi l'occasion de renouveler mes vœux les plus sincères en donnant la parole à mon héritage textile familial et aux étoffes que j'ai découvertes et collectionnées au cours de mes tribulations aux "quatre coins" de notre planète.  

 Si "Mémoires de tissus" et "la diététique vestimentaire" n'ont, pas encore, trouvé le chemin qui mène aux maisons d'édition, j'espère que "profession schmatologue globe-trotteuse" saura trouver la bonne route. A vous de juger.



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