Ce blog est le reflet de mes passions : l'art , l'histoire, le textile et les voyages .
Dans chaque post je vous dévoile mes impressions, je vous confie mes émotions, et je partage avec vous mes rencontres et mes découvertes. Curieux, amateurs, novices passionnés par les étoffes soyez les bienvenus dans mon univers.
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Catherine Kouliche- Goldman
La diversité des matièrestextiles se réduitsaison après saison, certaines disparaissent partiellement des inventaires des fournitures pour tailleurs, d’autres s’éclipsenttotalement dans les collection de prêt à porter et puis il y en a qui sont définitivement sorties du vocabulaire courant.Le bougran a emprunté la voie de l’évolution si ce n’est celle de la révolution
DES PRODUITS DE SUBSTITUTION OSÉS
Certesdes succédanés on pris la place du bougran, comme les toiles thermocollantes, la triplure, et parfois même du carton, une bien mince consolation pour le consommateur!
UN LONG PARCOURS
Comme de nombreuses étoffes,le bougran,depuis les échoppes des artisans ouzbeks jusqu’aux ateliers de Savile Road fut soumis à des changements physiquesradicaux, passant d’une étoffe délicate à un tissu grossier, a des usages divers de la doublure en laine des manteaux ouzbeks à une forte toilede coton utilisée en reliure et ce long parcours à travers l’Asie Central et une partie de l’Europe lui valutaussi quelques frasques “vocabulistiques “
UN TISSU VOYAGEUR
Au XIIe siècle, on retrouve cette toile de cotonraidie dans de nombreux pays sous desdénominations diverses Boqueran devient bougran en Français, buckram en anglais,bucherame, en italien et bucaran en espagnol. Si le bougran est présent dans la le vocabulaire courant de ces pays c’est la preuvede sa notoriété. La valeurcommerciale fluctua sans jamais sombrer ou presque, en fonction des matières premières..
L’APPRET FAIT LE BOUGRAN
Belle toile de laine jadis, fine toile de coton, avant cette définition des plus lapidaires qui se trouve dans les pages des dictionnaires contemporains « une grossière toile de coton ou de chanvreraidie par un apprêt »
DU NOM AU VERBE
Bougrener renvoie à l’action de renforcer tout type d'étoffe, en coton, en lin, en laine de manière à lui donner l’aspect du bougran
LE BOUGRAN AU FIL DE L’HISTOIRE : DU TOP AU FLOP
Au XIe siècle, on trouve une étoffe appelée boucana ou bougran au Soudan
Au XIIIe siècle, le bougran est devenu un étoffe grossière de laine commune de qualité très médiocre. Son manque de souplesse est adapté à sa mission de doublure, de soutien, pour les étoffes trop souples et les courtepointes.
Au XIVe siècle, le bougran devint un tissu de lin fabriqué à Chypre et en Arménie. A la même époque, c'est une sorte de mousseline de coton légère et précieuse car le coton est encore une fibre rare en Europe. Cette étoffe est alors utilisée par la noblesse. Il est d'ailleurs fait mention de boqueran blanc
dans la description de la chambre de la reine Clémence de Hongrie.
Au XIV e siècle Marco Polodans ses écrits fait à plusieurs reprises allusion auBougran « lacapitale de l’Arménie Majeure s’appelle Arzinga, on y fait d’excellent buchiramus » « Le bougran est un tissu précieux au Malabar et même très fin à Machilipatam, aussi engrosse laine pour pauvres au Tibet. »
Au XVe siècle, l’usage du bougran étaitvaste allant desvêtements, à la sellerie, auxétendards
Au XVIe siècle Anne Boleyn possédait d’après les comptes de dépenses du roi Henri VIII un manteau et une robe de nuit en buckeramCeci s’il en était besoin prouve que la renommée du bougrantouchait toutes les couches de la société.
Au XVIe siècle, en Grande Bretagne, le buckram est une étoffe laineuse souvent utilisée pour les vêtements cléricaux.
Au XVIIe siècle un dictionnaire anglaismentionne le Bocassin comme étant un fin bougran semblable à un taffetas
Du XIXeau XXe siècle, le bougran est une toile de coton gommée et calandrée que le tailleur place à certains endroits du vêtement entre l'étoffe et la doublure pour donner du maintien. Au XXIe sièclec’est un souvenir
LES ETYMOLOGIE HYPOTHETIQUESSE BOUSCULENT
LogiquementBOUGRANserait l’ altération de Boukhara, ville d’Asie Centrale, point de départ d'un grand nombre de marchandises précieuses comme les épices ou la soie vers les marchés occidentaux. Cependant et j’en conviens, cette merveilleuse cité située sur la route de la soieest davantage connue pour ses tapis,et ses monuments aux coupoles turquoises qui se détachent sur le bleu du ciel, que pour le commerce de cette toile forte.
Alors d’autres hypothèses sont fréquemment proposées comme
LeBougran viendrait debouc,puisqu’à l’origine il fut dit on tissé avec des de poils de chèvre lorsqu’il s’agissait d’une étoffe fine et souple,peut être avec la toison de la chèvre du cachemire ?,
L’italien bucherare qui se traduit par transpercer, pourrait aussi biens’appliquer au bougeant du XIe siècle qui était une toile grossière servant à doubler les vêtementstissée avec les poils de la toison de chèvres communes . Les poils raides de cette doublure transperçaient le tissuvenant picoter les peaux fragiles!Une hypothèse plus fantaisiste que sérieuse circule, bougran viendrait de Bulgariedontles habitants étaient des « bougres », bigre !
Tout cela n’est qu’hypothèse la réalité n’a aujourd’hui que peu d’importance dans la mesure où le bougran n’aplus qu’une existence historique
UN MONOPOLE BIEN EXPLOITE
Lestisserands occidentaux ne se précipitent pas pour imiter ce tissusans doute trop banal bien que très utile, laissant le monopole de la production et du commerce du bougranaux ouzbeks, chypriotes, indiens, arméniens, kurdes…
UNE GAMME RESTREINTE DE TEINTES
En Asie le bougran était souvent fantaisie, avec des motifs floraux et des couleurs vives même lorsqu’il servait de doublure, mais en occident, il estblanc, noir, gris et toujours uni. Parfois, pour les reliure, la gamme s' élargie auvert pour la reliure
« QU’IMPORTE LE FLACON »C’EST TOUJOURS DU BOUGRAN !
Un temps tissé à partir des poils de chèvre, dulin, du chanvre puis en coton, laine en fait toutmatériau susceptible d'être tissé.
CES MESSIEURS « COLLET MONTÉ »
Les impératifs de la mode masculine obligent à certaines contraintes et, comme les femmes sont corsetés les hommes enfilent des vestes qui ressemblent davantage à des cuirasses qu'à des vêtements civils. La silhouette est modifiée, voire déformée. Le buste masculin se doit d'être non seulement bien garni mais également bien raide. Les cols et les revers immenses ne doivent pas se relever au moindre courant d'air ! Glissé entre le tissu et la doublures les tailleurs utilisent le bougran pour raidir “armer“ les étoffes trop souples.
LA REVOLUTION DU BOUGRAN
Au XIXe siècle de grandshommes de lettres étaient préoccupé par l’importance de la place de la mode dans le quotidien de leur concitoyens et de Hugo à Balzacunanimement ils critiquèrent l’usage excessif du bougran :
"ce tourment des habits à collets et à revers rembourrés drap au dehors, carton en dedans." Détournant l'objet incriminé de la mode, il en fera une arme politique assimilant ce vêtement lourd et guindé à la politique puritaine, académique et triste de Charles X. » Balzac. Peu avant la révolution de 1830 Balzac en appelle à la révolte de la France contre le bougran.
LE POIDS DE LA QUALITÉ
Jusqu'au milieu du XXe siècle, le costume masculin était encore empesé,rigide et lourd, infligent des contraintes au squelette, comme le fut le corset pour les femmes. Le poids était une sorte de garantie de fabrication d’un vêtement, un tailleur avait à sa disposition unnombre de fournitures qui au final donnaient cette allure masculine un brin guindée : épaulettes, mignonnette, bougran entoilage, feutre, doublure, ceinture de pantalon..doublure de manches , épaulettes
DE LA QUATÉGORIE POIDS LOURDS A LA CATÉGORIE POIDS PLUMES
Les raisons de la disparition du bougran sont aussinombreuses que ses différentes versions, Désormais la mode masculine se décline tout en souplesse et légèreté. Le prêt -à -porter a changé la donne. Les tissus pour répondre à la demandedes consommateurs sont de plus en plus légers, de plus en plus souples, les supers 100 sont dépassés par les supers 180, 200 et les fournitures pour tailleurs ne sont plus que des souvenirs, mais c’est le jeu, un jeu de pouvoir et pour une fois c’est le consommateur qui est le vainqueur!
Il est vrai que les écrits au sujet de l’amiante sont innombrables, les articles pullulent dans les médias, il fait partie des brèves de comptoir mais, que savons-nous exactement à son propos ? En faisant des recherches pour cet article, je me suis rendu compte que, finalement, je découvrais une substance, certes célèbre, mais si mal connue.
UNE HISTOIRE « DEMENTIELLE »
Le parcours de l’amiante blanc est exceptionnel et son histoire a de quoi séduire les curieux. On remonte le temps, traverse le monde, transcende la matière, s’immisce dans les travaux des scientifiques, plonge dans l’univers des encyclopédistes, découvre son ascendance extraordinaire sur l’homme.
EN TOUTE LOGIQUE
La dénomination asbeste, asbestose en vieux français qui vient du latin asbestos emprunté au grec, signifie inextinguible.
Le saviez vous? Les grecs utilisaient l’asbeste pour faire des mèche de lampe qui ne s’éteignaient jamais.
Asbeste est le vocable utilisé dans les pays anglo-saxons ; en France, le mot en usage est amiante, du grec amiantos, pierre pure, incorruptible.
UNE ROCHE MALÉFiQUE
Fibre mystérieuse, magique et toxique, l’amiante est un délicieux poison, un produit enjôleur qui cache son jeu en exécutant des tours de passe-passe. Objet d’admiration pendant des siècles, objet démoniaque depuis quelques décennies.
MYSTERES ET CURIOSITÉS
Les grands esprits, de l’Antiquité à la Renaissance, ont été à la fois intrigués et émerveillés par cette pierre qui a l’aspect du bois, cette fibre immortelle ressemble à une chevelure blonde (nommée à juste titre par les grecs chrysolite ou fibre d’or). Voilà une matière fascinante que certains ont voulu mystique, d’autres juste mystérieuse.
En Carélie, au néolithique, les hommes utilisaient des fibres d’amiante mélangées à de l’argile et du limon pour fabriquer des poteries pour cuire des aliments.
Pline l’ancien, (1er siècle ) fut fasciné par les propriétés des tissus d’amiante qu’il décrit comme des articles de luxe : » le lin vif (amiante) valait autant que les plus belles perles“.
Le saviez vous? Pline succomba sans doute à cause de sa curiosité scientifique, puisque c’est en allant sur le Vésuve en 79 au moment de l’éruption qu’il fut asphyxié par le gaz sulfureux émis par le volcan.
Strabon, géographe grec, écrit dans sa Géographie Universelle : « à Carystos en Eubée, on trouve une espèce de pierre qui se carde et se tisse : on en fait des essuie-mains qu’on jette dans la flamme pour le nettoyer“.
Charlemagne devant ses hôtes de marque faisait jeter les nappes d’amiante au feu pour les nettoyer.
Marco Polo dans le « devisemment du monde » note : « on en fait des étoffes, lesquelles étant jetées dans le feu ne sauraient être brûlées.[…]. C’est de cette manière aussi qu’ils ôtent les taches sur ces étoffes, car elles sortent du feu sans aucune souillure.“ Le professeur américain Berthold Laufer évoque en 1919 l’anecdote suivante située dans la Chine du Ve siècle : « Le roi de Kashgar aurait envoyé à l’empereur de Chine une tunique ayant appartenue à Bouddha, mesurant six mètres de long. L’empereur la fit plonger dans un feu violent pendant une journée entière, mais la tunique ne se consuma pas. Tous les témoins muets de surprise crurent à la puissance miraculeuse de Bouddha. »
CONSEQUENCES DE L’INCONSEQUENCE HUMAINE
Si les populations furent laissées dans l’ignorance, certains mirent à “leur profit“ les qualités étonnantes de l’amiante. D’autres, furent témoins des ravages de l’exploitation de l’amiante et quelques-uns tirèrent la sonnette d’alarme. Pline, encore lui, aurait été affligé par l’état de santé désastreux des esclaves romains chargés de filer et de tisser l’amiante. Leurs voies respiratoires étaient visiblement affectées par l’inhalation des poussières d’amiante. En 1918, les compagnies d’assurances américaines refusèrent d’assurer les travailleurs de l’amiante ; en 1950, le décret du 31 août reconnaît l’asbestose comme maladie professionnelle.
L’amiante aurait pu se contenter d’émerveiller les enfants, de fasciner les crédules, d’intriguer les scientifiques, d’être un sujet de conversation de salon. Mais voilà, l’homme fut et demeure encore trop insouciant des conséquences néfastes de sa conduite. Il a exploité à outrance le filon, jusqu’au désastre.
RESPONSABLES MAIS PAS COUPABLES L’amiante est une fibre dite pathogène, du grec qui signifie « donne naissance à la douleur “, puisqu’elle est à l’origine de l’asbestose aujourd’hui reconnue comme maladie professionnelle après bien des procès entre ouvriers et multi-nationales.
Le saviez vous? Les fibres de ce minéral filamenteux sont courtes et agglomérées ; leur ‘extraction et leur broyage provoquent la poussière qui s’avère très nocive pour les voies respiratoires.
LE POINT FINAL EN EUROPE
En France, en 1997, un décret officiel proscrit l’utilisation de l’amiante. En 2005, l’Union Européenne met le point final à ce fléau. Depuis quelques années, les constructions susceptibles de contenir de l’amiante sont soumises à des contrôles et lorsque que la présence d’amiante est avérée, les bâtiments publics sont « désamiantés », souvent avant d’être démolis. La détection de l’amiante est obligatoire lors d’une vente immobilière, ce qui prouve que le risque n’a pas été éradiqué.
L’AMIANTE : UNE MANNE FINANCIERE
Certains pays passent outre les dangers liés à l’extraction et à l’utilisation de l’amiante et continuent l’exploitation des gisements qui se trouvent sur leur territoire. Economiquement, cette industrie est toujours rentable pour les exportateurs comme pour les importateurs qui réclament des matériaux de construction à bas coût. L’amiante est commercialisée en vrac, en nappe, en fil, tissée, en bande, en panneaux rigides, en feutre.
UN CONSTAT NAVRANT
2022 : bien que des mesures de sécurité aient été mises en place dans les gisements miniers toujours en activité en Russie, en Chine ou encore aux Indes, l’asbestose menace toujours les ouvriers.
UN MATERIAU REFRACTAIRE L’Amiante est un terme générique qui désigne un groupe de minéraux constitués de silicates fibreux incombustibles. On devrait donc dire les amiantes car il existe plusieurs qualités, chacune d’elles ayant ses spécificités.
-La chrysolite ou amiante blanc, la plus commercialisée dans le monde et la seule qui peut être filée et tissée donc, par conséquent, utilisée par l’industrie textile. Le mot chrysolite vient du grec et signifie “pierre d’or“ mais l’image des cheveux est souvent utilisée car les fibres sont longues, flexibles, semblables à des cheveux blancs.
-Les amphiboles, largement représentés par l’ asbeste caractérisée par une coloration vert de gris, par des fibres courtes, raides.
SAVANTS OU APPRENTIS SORCIERS ?
Les chercheurs de la NASA ont mis au point une fibre technique qui aurait les mêmes qualités que l’amiante : la fibre de carbone. Bien que son prix de revient soit plus élevé, elle possède des qualités assez similaires. Cette similitude présente un inconvénient majeur : elle aussi pourrait être à l’origine de cancers du poumon.
Fibre de Carbone
UN MOT TRES GENRÉ
Silicate pouvant être travaillé en fibres ; ces fibres, résistantes à l’action du feu. Amiante est, contrairement aux apparences, du genre masculin. Donc, ne voyez pas de faute d’orthographe ou d’accord là où il n’y en aurait pas.
L’EPREUVE DE L’EAU ET DU FEU
Au début du début, l’eau fut source de vie et de purification des corps et de l’âme. Puis il y eut une rencontre magique entre l’homme et l’amiante. Le feu, considéré lui aussi comme purificateur de l’âme, des mauvaises pensées, des vilains gestes, des salissures, trouva un allié à sa mesure : l’amiante. Un lien étroit unissait ces deux compères : le feu nettoyait les tissus d’amiante sans passer par l’intermédiaire de l’eau. Ce sont les caractéristiques de l’amiante : ininflammabilité, incombustibilité, imputrescibilité, qui firent son succès. Durant des siècles, il fut employé avec parcimonie, par des initiés, puis à profusion par les industriels à partir du XIXe siècle, avec le développement de l’industrie. Pour satisfaire la demande croissante des industries, l’exploitation de l’amiante (extraction, la transformation en fil, en poudre ou en pâte) à grande échelle se développa dans de nombreux sites à travers le monde.
L’ARBRE QUI CACHE LA FORET
Si le danger est permanent sur les sites d’exploitation, il se manifeste plus insidieusement avec les produits finis. En effet, lorsque la matière vieillit, (panneaux isolants, plafonds, tissus…) elle s’effrite, libérant dans l’air des particules minuscules. Cet air vicié, lorsqu’il est inhalé, peut provoquer des maladies respiratoires. Cependant, la maladie ne se déclare pas immédiatement et parfois, c’est 40 ans après avoir été exposé à l’amiante qu’une personne peut développer la maladie.
SCIENCE SANS CONSCIENCE…..
Parce que l’on ne peut pas passer son temps à se demander comment font les magiciens pour réussir leur tour, on accepte sans comprendre bien des choses. Longtemps, l’amiante fut considéré comme un produit miraculeux parce que, comme souvent, la réalité dépasse la fiction, les peuples n’y virent que du feu ! Les sorciers étaient les magiciens des temps anciens. Les populations prenaient pour de la magie, voire des miracles, ce qui s’expliquait par des propriétés physiques et chimiques spécifiques.
Le saviez vous? Aujourd’hui la magie a disparu laissant place à la science parce que nous savons pourquoi l’amiante « renaît de ses cendres ». Le silicate de magnésium a des propriétés réfractaires ; c’est pourquoi il résiste sans se dégrader à un feu ordinaire mais, dans un feu violent et continu, la matière à tendance à se vitrifier, à se solidifier.
Dans la vraie vie, on ne peut pas avoir du linge propre sans un peu d’huile de coude ou sans l’aide d’une machine à laver, alors on accepte et on réclame sans chercher à comprendre ce qui facilite le quotidien. Nos ancêtres ne purent résister à ce tissu magique, pas plus que nous lorsque, dans les années 1960, on nous vantait les mérites d’une fibre résistant au feu, aux acides qui, associée à une fibre végétale, protège nos mains de la chaleur, notre corps du feu,… Supercherie ? Sorcellerie ? Non, ignorance.
UN TISSU INDESTRUCTIBLE OU PRESQUE
Broyage des roches, lavage et séchage des fibres qui sont transformées en une masse blanchâtre, laineuse et volumineuse.
Les fibres sont triées par longueur, les plus longues sont destinées à la filature, les plus courtes sont agglomérées pour obtenir une pâte qui sert à la fabrication de carton d’amiante, isolant.
Une fois transformé en fils puis tissé, l’amiante devenait un tissu « magique » qui servaient lors de cérémonies religieuses. Salis, ils étaient jetés dans le feu et ressortaient propres, blancs et en très bon état. Dans certaines congrégations religieuses, le corps des défunts était incinéré, enveloppé dans un suaire tissé avec des fils d’amiante, ce qui permettait de conserver les cendres du mort sans qu’elles soient mélangées aux cendres du bois utilisé pour le bûcher. Le pouvoir de l’officiant ou du sorcier n’était pas mis en question, au contraire.
L’AMIANTE : UN INTRIGANT INCORRUPTIBLE
Le saviez vous? Au Moyen-Age, en Occident, on pensait le tissu en amiante tissé avec les poils de la salamandre.
Aujourd’hui, nous savons pourquoi l’amiante « renaît de ses cendres ». C’est un silicate de magnésium qui a des propriétés réfractaires, c’est pourquoi il résiste sans se dégrader à un feu ordinaire, mais dans un feu violent et continu, la matière à tendance à se vitrifier, à se solidifier.
La magie disparaît laissant place à la science. Si le peuple était laissé dans l’ignorance, certains surent mettre à profit les qualités étonnantes de l’amiante.
UN PASSE GLORIEUX ET UN PRESENT DRAMATIQUE
Les chinois, les égyptiens, les grecs et les romains connaissaient ces capacités à résister au feu, et la chrysolite fut utilisée sous diverses formes : étoupes, rembourrage ou tissus. Des traces d’amiante sous forme de textile ont été retrouvées datant du 1er siècle avant J.C.
UNE AUBAINE POUR LES INDUSTRIELS
L’industrie du bâtiment trouva en l’amiante le matériau idéal. Bon marché, présent dans de nombreux endroits sur terre, gisements accessibles, aisément exploitables. Le matériau, une fois broyé étaient utilisé en vrac, en poudre, et servait au bourrage, rembourrage, calorifugeage. Les problèmes de santé sont causés par les fibres courtes et rigides qui n’ont aucune cohésion entre elles et peuvent se détacher avec l’usure les unes des autres, surtout lorsqu’il s’agit d’un flocage.
Les anciens utilisaient l’amiante pour consolider les poteries, confectionner des linceuls et, suivant cet exemple, les industriels du BTP utilisèrent l’amiante pour renforcer le ciment en inventant le « fibrociment » ou pour isoler les plafonds et insonoriser les murs des bâtiments.
L’industrie textile misa sur les qualités extraordinaires de cette fibre. Les tissus résistants au feu trouvèrent des applications pour les vêtements professionnels qui devaient protéger de la chaleur ou des projections d’acides… On trouve ainsi les pompiers, les coureurs automobiles, les ouvriers sidérurgistes, métallurgistes ou travaillant dans les hauts fourneaux.
Les industries automobile et aéronautique ne furent pas en reste. Certaines pièces comme les garnitures de freins étant soumises à de fortes chaleurs ou à des frottements répétés devaient résister à ces contraintes ; le matériau idéal était tout trouvé.
Le marché des particuliers, des ménagères notamment, fut des plus lucratifs.
Les maniques, les gants, les housses des tables à repasser avant l’apparition du silicone, contenaient de l’amiante, qui servait d’isolant.
Si l’amiante est pris en sandwich entre deux épaisseurs de tissus, les risques encourus par l’utilisateur sont minimes, mais il ne faut pas utiliser ces articles lorsque des marques d’usure commencent à apparaître car, en se dégradant, l’amiante se fragmente, les particules nocives se détachent et se retrouvent dans l’air ambiant. Bien sûr, si on respire cet air il n’y a pas de grand danger car les quantités de particules sont minimes. La liste des produits utilisant ou ayant utilisé des fibres d’amiante n’est pas exhaustive. Au début du XXe siècle, l’armée utilisait l’amiante pour en faire des sachets à poudre. Dans la marine, il y avait des tapis d’amiante pour remplacer le linoléum qui brûlait au contact des débris incandescents. On confectionna, toujours à la même époque, une gamme de produits spécifiques pour les hôpitaux : des draps, des bandes de pansement utiles en cas de maladie contagieuse car pouvant être stérilisés par le feu. Le progrès aidant, les produits jetables sont tout de même plus performants et plus fiables.
UNE FIBRE « SANS AMOUR »
Comme les fibres d’amiante sont inertes, elles n’ont ni ressorts ni crochets, il n’existe aucune adhérence entre les fibres, les techniciens les appellent fibres « sans amour « . Il existe d’autres fibres qui, pures, sont difficilement filables : l’angora en fait partie. Les poils d’angora s’éparpillent dans l’air et ces poussières peuvent entraîner des allergies respiratoires. Le kapok, léger, imputrescible n’est jamais tissé, mais utilisé sous forme de bourre (dans les anciennes bouées de sauvetage par exemple).
UNE BEQUILLE DE LIN, DE CHANVRE, DE COTON OU DE LAINE
Les fibres, même les plus longues, étaient encore trop courtes pour obtenir un fil solide ; alors, elles étaient mélangées à un fil d’une autre nature destiné à lier l’ensemble. C’est le lin ou la laine qui s’y prêtaient le mieux. Le pourcentage d’amiante était toujours supérieur à l’autre matière afin que le fil d’amiante puisse exister sans « béquille ». Une fois le tissage terminé, le tissu est jeté au feu pour faire brûler le support éphémère et ne restent que les fils d’amiante.
LA FIN D’UN MYTHE MAIS PAS DE SON EXPLOITATION
Hier produit adulé, aujourd’hui produit prohibé. Décrétée substance magique par les civilisations antiques à cause ou grâce à ses propriétés, elle est désormais décrétée officiellement persona non grata à cause de sa toxicité depuis 1996.Mais force est de constater que le commerce de l’amiante n’a subi qu’un faible revers depuis la découverte de l’ampleur des dégâts sur la santé.
Les étoffes empruntent leurs traits de caractère aux quatre éléments clés de la vie que la nature offre avec générosité aux êtres vivants, charge à eux d'en assurer la bonne transmission. Chaque type de fibre y puise ses racines. Je me suis amusée à associer à chacun de ces éléments un tissu. Le résultat est sans doute subjectif mais à vous de faire vos propres associations. A L EAU j'associe le SATIN DE SOIE qui coule, glisse, ondule, ruisselle... Cette fluidité me fait irrémédiablement penser à l'eau fraîche d'une fontaine qui, aux heures chaudes d'un mois d'août, vient délicieusement se lover au creux de mes mains et disparaît entre mes doigts, avant de m'éclabousser en s'éparpillant en mille gouttelettes qui, emportées par un brusque coup de vent s'en vont nourrir les fleurs bleues qui couronnent les frêles tiges du lin normand. AVEC LE FEU , c'est l'idée de la LAINE bouillie , feutrée ou cardée. A la diversité des toisons animales, répond la variété du type de flamme. La laine et le feu sont pluriels, ils ont des formes des couleurs, des odeurs, des tempéraments différents. La laine a un caractère bien trempé, à la fois rustique, chaleureux, brut et amical et, ô combien confortable. La laine des gros pulls mousseux des saisons hivernales, la laine aux couleurs acidulées des plaids écossais qui confère aux veillées familiales un charme inimitable. Et puis il y la douceur d'une petite laine sur les épaules lors des premiers frimas ; la laine s'associe volontiers à la chaleur bienfaisante du feu de bois dans la cheminée, celle qui réchauffe les corps et les cœurs avec élégance et bienveillance. Le feu dégage une force aussi puissante que le feutre qui, léger, se fait feutrine, épais protège, compacte se fait abri. Le feu, lorsqu'il est maîtrisé, ce sont des flammes rougeoyantes qui dansent, qui trépignent, qui s'agitent, offrant un spectacle capable d'hypnotiser celui qui les fixe. Le feu est un bouquet de flamme qui vit au rythme du craquement des bûches. DANS L'AIR voltige au gré des courants, l'ORGANZA, cette soie prodigieuse au gré des courants de l'air, aussi transparent que lui, il se perd dans les hauteurs impalpables : c'est un mirage, une étoffe virtuelle tant qu'on ne la touche pas et se fige enfin, immobile et gracieuse mais volontaire, voilant les corps en dévoilant son potentiel impalpable. C'est un cache cache perpétuel entre le couvert et le découvert, entre la fraicheur de l'air et l'air de rien, entre la beauté des couleurs et la diversité de ses tonalités, entre la fragilité d'une fibre et la force d'un air de haute voltige. Pour clore ce chapitre très subjectif j'ai trouvé la matière qui résume à elle seule toute cette histoire : la black mud silk. La terre, c'est "la pacha mama" des péruviens, la mère nourricière et c'est de la terre que naquit la "BLACK MUD SILK, une soie gommée pour les occidentaux, terme que je trouve bien terre à terre pour une étoffe prodigieuse venue du fin fond du lit d'une rivière du sud de la Chine où cette étoffe est baptisée "soie aux nuages parfumés". De la conjonction eau, air, feu, terre, naquit une étoffe quasi magique. La surface de cette soie une recouverte d'une fine couche de boue ferrugineuse (terre+eau) qui, en séchant sous le feu du soleil estival, combiné à l'oxygène nocturne qui se dégage de l'herbe humide des champs, se colore petit à petit d'une tonalité indéfinissable entre le bronze et le cuivre. Un miracle de la nature qui transforme une étoffe, somme toute banale, en une étonnante matière imperméable et luxuriante. Une soie cuir, un cuir soie, peu importe. L'essentiel est de porter ce rêve de soie sur soi.
L'homme n'ayant pas les capacités de se protéger naturellement des excès climatiques, il a inventé le vêtement. De la peau de bête à la polaire, selon les époques et les civilisations, l'habit cache, masque, démasque, couvre, découvre des parties du corps. Pour l'homme, cet additif textile peut être fonctionnel, symbolique ou sociétal. LES ANIMAUX EUX SONT "HABILLES POUR L'HIVER" Ils sont mieux pourvus par dame nature et n'ont pas besoin de cette béquille qu'on appelle vêtement pour affronter les caprices météorologiques,. Toison, fourrure, poils, plumes, écailles, ils sont équipés. Leur "tenue" est fonctionnelle, certains possédant même dans leur "garde-robe" un arsenal d'accessoires qui s'apparente à une parure de séduction : ramages colorés, bois démesurés, etc.
Quant à la pudeur ils ne s'en préoccupent pas trop UN SYSTEME D'ISOLATION THERMIQUE INTEGRE L'être humain est doté d'une intelligence qui lui permet d'étudier, de comprendre et d'imiter, voire de surpasser le système d'isolation thermique des animaux. Certains animaux vivent dans les déserts brûlants, d'autres dans les océans glacés et pourtant tous survivent sans artifice là où l'homme ne le pourrait pas. Leur secret ? Une aptitude d'adaptation d'une efficacité inouïe.
LE SYSTEME MULTICOUCHES DE L'OURS BLANC
Le corps de ce plantigrade est protégé par trois couches protectrices successives. La première est formée de poils de couvertures ou jarres, la deuxième est une bourre composée de poils fins et laineux le duvet et la troisième est sous-cutanée, composée de graisse.
Lorsque la température remonte, durant les deux ou trois mois de l'été arctique, la couche de graisse s'amenuise et le duvet perd en épaisseur. Cette régulation interne lui permet de s'adapter au changement climatique saisonnier, sachant que la température moyenne en hiver est de -30° et en été ne dépasse pas ou peu le 0°.
Le système trois couches : un point commun entre l'homme et l'animal
COPIE CONFORME : UN VIDE PLEIN D'AIR Les ingénieurs de Dupont de Nemours se sont intéressés aux animaux vivants dans les régions très froides du globe. Ils ont étudié la structure même des poils de la fourrure du caribou et de l'ours blanc. Les résultats ont abouti à une découverte étonnante : le poil est creux et, par conséquent, rempli d'air. L'air étant un excellent isolant, l'animal possède une protection thermique "intelligente". C'est ainsi que les fibres creuses en Dacron Hollofil® de Dupont de Nemours furent commercialisées. POLAIRE PEUT-ETRE MAIS POLYESTER SANS DOUTE (Polyéthylène Téréphtalate ou P.E.T.). Cette matière a l'avantage d'être légère, chaude, volumineuse et anallergique. Dans un premier temps, ces fibres synthétiques furent utilisées pour le rembourrage de couettes et d'oreillers. L'industrie textile développant des produits de plus en plus techniques mit à profit les qualités intrinsèques de ces fibres creuses. Transformées en fil, elles entrent dans la fabrication des "polaires".
Le Caribou à l'aise par moins -40°
PRECAUTIONS D'EMPLOI
Attention au creux ! Respectez bien les modalités d'entretien. Qui dit creux dit vide et qui dit vide peut aussi dire plein… Si vous lavez votre polaire avec une lessive qui se dissout mal ou avec un produit adoucissant, les résidus vont s'engouffrer dans le vide et, après plusieurs lavages, la barrière thermique va disparaitre, votre vêtement va s'aplatir et il ne tiendra plus ses promesses.
Si j’emploie le pluriel c’est qu’il existe des moires antiques, musiques, anglaises, françaises, princesses ou encore galoches. Autant de qualificatifs, autant de motifs, autant d’ambiances… Il serait dommage de se priver de cette profusion qui contribue à enrichir le vocabulaire décoratif du monde textile. Mon propos dans ce billet est de vous faire découvrir le destin d’une étoffe, de cerner l’émotion que dégage encore aujourd’hui celle qui a débuté sa carrière il y a fort longtemps, traversé avec bonheur des périodes plus ou moins fastes, résisté vaillamment à tous les courants de modes.
Ce parcours démontre une fois encore que la transmission de la mémoire textile n’a jamais cessé, et l’histoire des étoffes rejoint parfois fois l’Histoire tout court.
IL ETAIT UNE FOIS….
Grace aux récits de quelques fantasques voyageurs qui, à l’instar de Marco Polo, partirent découvrir le monde et ses mystères, on apprend qu’à Al Attàbi ya, quartier des tisserands de Bagdad, on fabriquait déjà au XIVe siècle, une fine étoffe de soie vivement colorée aux dessins ondulants : le tabis ou atabis.
Les ondes qui envahissent discrètement la surface du tabis étaient obtenues par la pression de lourds rouleaux gravés qui, en appuyant inégalement sur l’envers de l’étoffe, en modifiait l’endroit. Ce traitement décoratif formait de multiples facettes aptes à réfléchir les rayons lumineux dans un joyeux désordre.
Il est évident que les étoffes précieuses comme les camelots (tissus de laine obtenu avec le duvet des chèvres angora ou des chameaux) ou les taffetas de soie, furent les premières choisies pour recevoircet embellissement. N’étaient-elles pas, à juste titre, le vecteur le plus approprié pour porter le luxe à son plus haut niveau ?
ENTRE TABIS ET MOIRE : UNE DROLE DE TRAME
Entre tabis et moire, il y a l’épaisseur d’un fil de trame ! Le « moirage » du tabis était réalisé sur un fin taffetas et l’effet produit par l’écrasement du faible relief était doncà peine perceptible, comparé aux dessins qui marquent plus distinctementla surface des ottomans et autres failles, supports privilégiés pour le moirage enEurope, justement pour le relief plus conséquent de leurs côtes.
MOIRE : UNE ETYLOLOGIE A LA HAUTEUR DE SA FANTAISIE
Les sources étymologiques de la moire sont imprécises ; ce sont des suppositions dont certaines sont plus plausibles que d’autres.
De « hair » cheveux ou poil en anglais (haar en allemand) et de mo, sorte de chèvre sauvage d’Asie mineure ? Ce constat est peut-être un peu tiré par les cheveux !
Voici pour terminer la théorie la plus consensuelle :
Moire :vient de moerer,déformation par l’anglais du mot arabe « moiacar »ou « moacar », lainagetissé en Asie Mineure avec le duvet des chèvres angora ou les poils de la sous toison des chameaux. Moerer donnera mohair.
DE TABIS A MOIRE :
Les routes commerciales empruntées par les étoffes n’ont jamais été aussi droites et lisses que la surface d’un satin de soie ; ce sont plutôt des chemins de traverse pareils à la surface déformée et chaotique d’une moire, avec ses zones de lumière et ses zones d’ombre. Les techniques évoluent, la production s’adapte aux lois implacables du commerce et, parfois, les routes bifurquent, transformant au cours du voyage l’aspect d’un produit. C’est ainsi que le chemin du tabis, depuis les faubourgs de Bagdad jusqu’à ceux de Londres, ressemble à s’y méprendre aux méandres des lignes ondulantes caractéristiques de ces deux étoffes. Tout change mais rien ne change, il n’y a que des modifications en surface et c’est là tout l’intérêt des moires.
LE MYSTERE DU MOIRAGE
Effets ni tissés, ni brodés, ni peints, ni imprimés, ni permanents ?
« Originairement, étoffe faite avec le poil d’une espèce de chèvre d’Asie Mineure. Aujourd’hui, apprêt que reçoivent à la calandre ou au cylindre, par écrasement de leur grain, certaines étoffes de soie, de laine, de coton ou de lin, et qui leur communique un éclat changeant, une apparence ondée et chatoyante »Littré 1880. Le moirage est un procédé technique de finition qui ne s’effectue que sur des étoffes à grains ou à côtes plus ou moins saillants comme la faille, le reps ou l’ottoman et certains taffetas. Le résultat est factice, il sera permanent parfois, de passage très souvent. Il faut pour « nourrir » la machine, lui offrir du « grain » à moudre. C’est pour cette raison que plus le relief est significatif, plus lisible sera le motif
ATTENTION FRAGILE
Le dessin ou filet n’existe que par l’écrasement des fils sans aucun processus chimique, ce qui le fragilise. Exposé à l’eau ou utilisé dans une pièce humide, le motif peut disparaître : le fil se gonfle, reprend plus ou moins son volume initial et sa forme primitive et le motif perd de sa superbe, il n’est plus que l’ombre de lui même sans la lumière. Il y a des fibres qui échappent à cet inconvénient : les tissus mélangés polyester/coton ou soie. Les plis, volontaires ou non, soumis à une forte température, deviennent permanents, idéal pour les plissés et le moirage.
UNE IDEE LUMINEUSE
Une machine à moirer ou calandre, capable de modifier l’aspect d’un tissu par la pression de cylindres gravés en relief fut mise au point par l’anglais John Bagder dans les années 1740. L’étoffe ainsi embellie, devient un espace aux effets d’optiques jubilatoires : la lisibilité des motifs prédéfinis ou aléatoires est sensiblement accentuée en présence d’une source lumineuse, le relief irrégulier multiplie les surfaces réfléchissantes, juxtaposées et différemment inclinées.
LA CALANDRE MET LA PRESSION
La pression exercée sur le relief des fils de trame chamboule la surface plane d’une étoffe comme l’irruption d’un volcan marque à jamais le relief des terres alentours. Vue à la loupe, la face « active » d’une moire est fascinante, car une partie seulement des côtes est écrasée par le cylindre. Ainsi, les côtes et les sillons parfois se mélangent, se croisent, se confondent. C’est une monde imaginaire fait de passages, de rivières, de ponts, de plaines et de montagnes, le tout animé par des colonies de lutins qui n’ont de cesse que de modifier son aspect.
LA MACHINE A MOIRER : UN MASTODONTE DIFFICILE A DOMPTER
La calandre est une machine munie de cylindres qui lustrent, lissent, moirent, les étoffes. La calandre construite par Bagder était composée d’une pierre de 8 mètres de long, sur 80 cm de large et de 4 mètres de haut . Le poids considérable de cet « édifice » induit inévitablement des difficultés de manipulation. Malgré tous ces inconvénients, l’exploitation s’avéra rentable et l’Angleterre devint le principal fournisseur de tissus moirés pour l’Europe.
LA MOIRE : UN REMEDE CONTRE LA MONOTONIE DU QUOTIDIEN
Au XVIIIe siècle, la moire fut adoubée par une clientèle européenne friande de nouveautés. Elle avait des atouts de séduction imparables : une coloration sans équivalent, un langage subliminal rythmé par des motifs « psychédéliques » qui modifient le volume d’une pièce en créant un effet 3 D. Un mur tendu de moire vibre, s’anime au moindre mouvement lumineux, prend des formes différentes. Une vision éparpillée, une pièce transformée en caléidoscope qui habille un univers statique, comment ne pas apprécier le déplacement des ondes qui se propagent entre les plis des robes, entrainant dans leur danse un furtif deuxième mouvement ; une fantaisie inaccoutumée s’invite sur les rubans qui n’en font qu’à leur tête, reléguant un moment les lourdes étoffes brochées et les dentelles arachnéennes.
Londres, 1743 : la moire a rendez-vous avec le succès et pour longtemps. Cette fois, ce n’est pas l’exotisme qui enchanta les « fashion addict » ; c’est un sentiment plus instinctif, une émotion visuelle, une approche plus sensuelle de l’étoffe. La vue prime sur le toucher, un ordre inhabituel dans le domaine textile.
UN ATOUT FACE A LA CONCURRENCE :VAUCANSON UN MECANICIEN GENIAL
La vogue des indiennes a fait pencher dangereusement la balance du commerce extérieur. Alors, lorsque la mode de la moire, non seulement prend de l’ampleur dans l’habillement, mais envahit la décoration, les ministres s’affolent. Le souvenir de la prohibition des toiles peintes et des dommages collatéraux qu’elle provoqua, incita le gouvernement à modifier sa politique économique. Vaucanson fut officiellement chargé de fabriquer une calandre à cylindres afin de mettre un terme au monopole des anglais. Mais les résultats furent décevants, les motifs de la moire française étaient étriqués comparés aux dessins plus amples et brillants de la moire anglaise.
QUAND L’ESPIONNAGE DEVIENT UN MOYEN D’UTILITE PUBLIQUE
Plus moyen de louvoyer, il faut aller chercher ce qui existe à Londres par des moyens plus ou moins légaux. Un émissaire est donc envoyé officieusement à Londres afin de percer le secret de l’art et la manière de bien moirer. La mission est une réussite, une calandre traverse le Channel en pièces détachées, des notices de montage sont transportées dans les bagages de ce voyageur indélicat, mais la production ne supporte toujours pas la comparaison avec les originaux. Il manque un détail : ce savoir-faire si précieux, resté à Londres entre les mains de l’ingénieux Bagder.
JOHN BAGDER DEVIENT JEAN BAGDER
En 1753, le gouvernement français emploie les grands moyens, cette fois très licites, pour endiguer la fuite des devises vers la Blanche Albion. Une proposition très attractive financièrement est transmise à John Bagder : logement assuré pour toute sa famille aux frais de la ville de Lyon et conditions fiscales avantageuses. En contrepartie il doit accepter de construire une calandre, de transmettre son savoir-faire en formant des ouvriers. Séduit par le deal, la famille s’établit à Lyon en 1753.
LES AMELIORATONS TECHNIQUES SE POURSUIVENT SIECLE APRES SIECLE.
1843 : Tignat perfectionne la technique du moirage en mettant le tissu sous tension durant toute l’opération.
1854 : mise en route d’une machine ou des plateaux à pression artificielle irrégulière remplacent les lourdes masses de pierre de la machine Badger et les cylindres de Vaucanson.
Les premières machines à calandrer ne permettaient pas de moirer sur de grandes largeurs et rendait obligatoire le pliage du tissu en deux sur toute sa longueur, lisère contre lisière, face contre face. Une fois déplié, les motifs irréguliers apparaissaient en symétrie par rapport au pli médian rappelant inévitablement le test de Rorscharch.
Les calandres plus modernes permettent de travailler sur une toute la largeur des étoffes grande largeur, ce qui supprime le disgracieux pli central et la symétrie.
Jadis cet apprêt de finition s’appliquait aux seules étoffes luxueuses, aujourd’hui des supports textiles moins précieux sont utilisés.
Ils ont le mérite d’être plus accessibles financièrement et d’un entretien aisé. Outre ces qualités, il faut ajouter la permanence des motifs si le tissu choisi est composé de fibres chimiques comme l’acétate ou le polyester qui peuvent aussi être mélangées au coton ou à la soie.La capacité de ces fibres à tenir les plis est dû à leur thermo plasticité, une qualité largement exploitée pour les plissages permanents. L’action conjointe de la pression et de la chaleur fixe définitivement le déplacement du parallélisme des trames d’axe des fils de trame, modification à l’origine de la diversité des motifs « ondés ».
XXIE SIECLE : UN OVNI DANS UN UNIVERS INDUSTRIALISE
Le moirage demeure une activité marginale dans le secteur textile. Les quelques entreprises familiales qui subsistent dans la région lyonnaise ont la lourde mission de transmettre un savoir–faire, de perpétuer la tradition. La sauvegarde de ce patrimoine est un défi relevé par les nouvelles générations qui fabriquent de manière quasi artisanale des étoffes ondées, diaprées, opalines, irisées, changeantes, lustrées, ombrées, chatoyantes, lumineuses, fantaisies, hautes en couleurs…
Aujourd’hui, moire est un terme générique appliqué à toutes les étoffes ayant été soumises à ce type d’apprêt de finition. Cependant, il existe encore de nombreuses variantes de moires et ce, pour le plaisir des plus « texti-gourmets » dont je fais partie. Pour la petite histoire, voici quelques spécificités qui vous permettront de les distinguer :
La moire dite française :les moyens techniques mis à leur disposition obligeaient les « moireurs » à dosser le tissu, c’est-à-dire à le plier en deux sur la largeur et ceci sur toute la longueur. Ce qui avait pour effet de marquer l’étoffe par un pli central (dit pli marchand) et d’obtenir un motif symétrique sur la largeur. Le motif obtenu sur le tissu est régulier, répétitif, constitué de cercles concentriques. Ces lignes arrondies confèrent à la moire française une certaine douceur et, selon le support textile, un lustre plus ou moins discret.
La moire antique ou anglaise, puisque produite par des machines construites sur le modèle des calandres anglaises :les motifs réguliers sur toute la surface ont des formes aigues, le lustre est assez prononcé, l’ambiance est dynamique.
La moire libre : les motifs sont dus au hasard, lignes interrompues, brisées ou ondulations lascives, tout est possible.
Une technique qui laisse toute liberté à l’artisan moireur qui fait habilement glisser l’une sur l’autre, deux épaisseurs de tissus qui, tendus face contre face, sont entrainés vers les rouleaux « compresseurs » de la calandre ; ainsi, d’un geste à la fois épris de liberté et fort bien maîtrisé, il organise les vibrations qui déplacent l’alignement des côtes. Sous le poids des cylindres, la ligne droite se courbe, se cabre, s’étourdit, s’arrondit, se cercle. Selon l’inspiration du jour, la force du geste, la direction du déplacement, les effets sont tous différents et imprévisibles d’ou le nom de moire libre. C’est un exercice périlleux d’où naissent des pages d’écritures aussi abstraites que spontanées pour notre plaisir. La belle nouvelle c’est que la moire libre laisse transparaitre une présence humaine qui fait tant défaut dans les productions industrielles.
La moire musique. Les motifs pois, figures ou silhouettes sont obtenus à l’aide de peignes métalliques à dents mobiles mis au point par un moireur lyonnais, Taverrier, en 1865. Les motifs des premières moires musiques manquaient de netteté. Des modifications ont été réalisées afin d’améliorer la netteté du dessin au sein de la fabrique de peignes Pradat. Le nom de moire musique est dû à la similitude entre les dents des peignes et la mécanique des boites à musique
La moire lyonnaise est très particulière, dite « figurée ». Des motifs abstraits ou figuratifs apparaissent lors du moirage
Et voilà encore une aventure textile passée à la loupe ou plus exactement au compte-fils.Moires subtiles ou franchement délirantes, jeux de cache- cache entre l’ombre et la lumière, ambiance délicate ou exaltée : de la diversité nait la richesse ! A vous le plaisir de redécouvrir cet article aux multiples facettes.