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vendredi 3 juin 2022

LES MOIRES PLURIELLES



LES MOIRES : DE LA DIVERSITE NAIT LA RICHESSE

 Si j’emploie le pluriel c’est qu’il existe des moires antiques, musiques, anglaises, françaises, princesses ou encore galoches. Autant de qualificatifs, autant de motifs, autant d’ambiances… Il serait dommage de se priver de cette profusion qui contribue à enrichir le vocabulaire décoratif du monde textile. Mon propos dans ce billet est de vous faire découvrir le destin d’une étoffe, de cerner l’émotion que dégage encore aujourd’hui celle qui a débuté sa carrière il y a fort longtemps, traversé avec bonheur des périodes plus ou moins fastes, résisté vaillamment à tous les courants de modes. 

Ce parcours démontre une fois encore que la transmission de la mémoire textile n’a jamais cessé, et l’histoire des étoffes rejoint parfois fois l’Histoire tout court.


IL ETAIT UNE FOIS….

Grace aux récits de quelques fantasques voyageurs qui, à l’instar de Marco Polo, partirent découvrir le monde et ses mystères, on apprend qu’à Al Attàbi ya, quartier des tisserands de Bagdad, on fabriquait déjà au XIVe siècle, une fine étoffe de soie vivement colorée aux dessins ondulants : le tabis ou atabis.

Les ondes qui envahissent discrètement la surface du tabis étaient obtenues par la pression de lourds rouleaux gravés qui, en appuyant inégalement sur l’envers de l’étoffe, en modifiait l’endroit. Ce traitement décoratif formait de multiples facettes aptes à réfléchir les rayons lumineux dans un joyeux désordre.

Il est évident que les étoffes précieuses comme les camelots (tissus de laine obtenu avec le duvet des chèvres angora ou des chameaux) ou les taffetas de soie, furent les premières choisies pour recevoir  cet embellissement. N’étaient-elles pas, à juste titre, le vecteur le plus approprié pour porter le luxe à son plus haut niveau ?


ENTRE TABIS ET MOIRE : UNE DROLE DE TRAME   

Entre tabis et moire, il y a l’épaisseur d’un fil de trame ! Le « moirage » du tabis était réalisé sur un fin taffetas et l’effet produit par l’écrasement du faible relief était donc  à peine perceptible, comparé aux dessins qui marquent plus distinctement  la surface des ottomans et autres failles, supports privilégiés pour le moirage en  Europe, justement pour le relief plus conséquent de leurs côtes. 


MOIRE : UNE ETYLOLOGIE A LA HAUTEUR DE SA FANTAISIE  

Les sources étymologiques de la moire sont imprécises ; ce sont des suppositions dont certaines sont plus plausibles que d’autres.

De « hair » cheveux ou poil en anglais (haar en allemand) et de mo, sorte de chèvre sauvage d’Asie mineure ? Ce constat est peut-être un peu tiré par les cheveux !

Voici pour terminer la théorie la plus consensuelle :

Moire :  vient de moerer,  déformation par l’anglais du mot arabe « moiacar »ou « moacar », lainage  tissé en Asie Mineure avec le duvet des chèvres angora ou les poils de la sous toison des chameaux. Moerer donnera mohair.


DE TABIS A MOIRE :

Les routes commerciales empruntées par les étoffes n’ont jamais été aussi droites et lisses que la surface d’un satin de soie ; ce sont plutôt des chemins de traverse pareils à la surface déformée et chaotique d’une moire, avec ses zones de lumière et ses zones d’ombre. Les techniques évoluent, la production s’adapte aux lois implacables du commerce et, parfois, les routes bifurquent, transformant au cours du voyage l’aspect d’un produit. C’est ainsi que le chemin du tabis, depuis les faubourgs de Bagdad jusqu’à ceux de Londres, ressemble à s’y méprendre aux méandres des lignes ondulantes caractéristiques de ces deux étoffes. Tout change mais rien ne change, il n’y a que des modifications en surface et c’est là tout l’intérêt des moires.


LE MYSTERE DU MOIRAGE

Effets ni tissés, ni brodés, ni peints, ni imprimés, ni permanents ?  

« Originairement, étoffe faite avec le poil d’une espèce de chèvre d’Asie Mineure. Aujourd’hui, apprêt que reçoivent à la calandre ou au cylindre, par écrasement de leur grain, certaines étoffes de soie, de laine, de coton ou de lin, et qui leur communique un éclat changeant, une apparence ondée et chatoyante » Littré 1880. Le moirage est un procédé technique de finition qui ne s’effectue que sur des étoffes à grains ou à côtes plus ou moins saillants comme la faille, le reps ou l’ottoman et certains taffetas. Le résultat est factice, il sera permanent parfois, de passage très souvent. Il faut pour « nourrir » la machine, lui offrir du « grain » à moudre. C’est pour cette raison que plus le relief est significatif, plus lisible sera le motif


ATTENTION FRAGILE

Le dessin ou filet n’existe que par l’écrasement des fils sans aucun processus chimique, ce qui le fragilise. Exposé à l’eau ou utilisé dans une pièce humide, le motif peut disparaître : le fil se gonfle, reprend plus ou moins son volume initial et sa forme primitive et le motif perd de sa superbe, il n’est plus que l’ombre de lui même sans la lumière. Il y a des fibres qui échappent à cet inconvénient : les tissus mélangés polyester/coton ou soie. Les plis, volontaires ou non, soumis à une forte température, deviennent permanents, idéal pour les plissés et le moirage.       

  

UNE IDEE LUMINEUSE

Une machine à moirer ou calandre, capable de modifier l’aspect d’un tissu par la pression de cylindres gravés en relief fut mise au point par l’anglais John Bagder dans les années 1740. L’étoffe ainsi embellie, devient un espace aux effets d’optiques jubilatoires : la lisibilité des motifs prédéfinis ou aléatoires est sensiblement accentuée en présence d’une source lumineuse, le relief irrégulier multiplie les surfaces réfléchissantes, juxtaposées et différemment inclinées.


LA CALANDRE MET LA PRESSION

La pression exercée sur le relief des fils de trame chamboule la surface plane d’une étoffe comme l’irruption d’un volcan marque à jamais le relief des terres alentours. Vue à la loupe, la face « active » d’une moire est fascinante, car une partie seulement des côtes est écrasée par le cylindre. Ainsi, les côtes et les sillons parfois se mélangent, se croisent, se confondent. C’est une monde imaginaire fait de passages, de rivières, de ponts, de plaines et de montagnes, le tout animé par des colonies de lutins qui n’ont de cesse que de modifier son aspect.

 

LA MACHINE A MOIRER : UN MASTODONTE DIFFICILE A DOMPTER

La calandre est une machine munie de cylindres qui lustrent, lissent, moirent, les étoffes. La calandre construite par Bagder était composée d’une pierre de 8 mètres de long, sur 80 cm de large et de 4 mètres de haut . Le poids considérable de cet « édifice » induit inévitablement des difficultés de manipulation. Malgré tous ces inconvénients, l’exploitation s’avéra rentable et l’Angleterre devint le principal fournisseur de tissus moirés pour l’Europe. 


LA MOIRE : UN REMEDE CONTRE LA MONOTONIE DU QUOTIDIEN

Au XVIIIe siècle, la moire fut adoubée par une clientèle européenne friande de nouveautés. Elle avait des atouts de séduction imparables : une coloration sans équivalent, un langage subliminal rythmé par des motifs « psychédéliques » qui modifient le volume d’une pièce en créant un effet 3 D. Un mur tendu de moire vibre, s’anime au moindre mouvement lumineux, prend des formes différentes. Une vision éparpillée, une pièce transformée en caléidoscope qui habille un univers statique, comment ne pas apprécier le déplacement des ondes qui se propagent entre les plis des robes, entrainant dans leur danse un furtif deuxième mouvement ; une fantaisie inaccoutumée s’invite sur les rubans qui n’en font qu’à leur tête, reléguant un moment les lourdes étoffes brochées et les dentelles arachnéennes.

 Londres, 1743 : la moire a rendez-vous avec le succès et pour longtemps. Cette fois, ce n’est pas l’exotisme qui enchanta les « fashion addict » ; c’est un sentiment plus instinctif, une émotion visuelle, une approche plus sensuelle de l’étoffe. La vue prime sur le toucher, un ordre inhabituel dans le domaine textile. 

 

UN ATOUT FACE A LA CONCURRENCE :  VAUCANSON UN MECANICIEN GENIAL

La vogue des indiennes a fait pencher dangereusement la balance du commerce extérieur. Alors, lorsque la mode de la moire, non seulement prend de l’ampleur dans l’habillement, mais envahit la décoration, les ministres s’affolent. Le souvenir de la prohibition des toiles peintes et des dommages collatéraux qu’elle provoqua, incita le gouvernement à modifier sa politique économique. Vaucanson fut officiellement chargé de fabriquer une calandre à cylindres afin de mettre un terme au monopole des anglais. Mais les résultats furent décevants, les motifs de la moire française étaient étriqués comparés aux dessins plus amples et brillants de la moire anglaise.

 

QUAND L’ESPIONNAGE DEVIENT UN MOYEN D’UTILITE PUBLIQUE

Plus moyen de louvoyer, il faut aller chercher ce qui existe à Londres par des moyens plus ou moins légaux. Un émissaire est donc envoyé officieusement à Londres afin de percer le secret de l’art et la manière de bien moirer. La mission est une réussite, une calandre traverse le Channel en pièces détachées, des notices de montage sont transportées dans les bagages de ce voyageur indélicat, mais la production ne supporte toujours pas la comparaison avec les originaux. Il manque un détail : ce savoir-faire si précieux, resté à Londres entre les mains de l’ingénieux Bagder. 


JOHN BAGDER DEVIENT JEAN BAGDER

En 1753, le gouvernement français emploie les grands moyens, cette fois très licites, pour endiguer la fuite des devises vers la Blanche Albion. Une proposition très attractive financièrement est transmise à John Bagder : logement assuré pour toute sa famille aux frais de la ville de Lyon et conditions fiscales avantageuses. En contrepartie il doit accepter de construire une calandre, de transmettre son savoir-faire en formant des ouvriers. Séduit par le deal, la famille s’établit à Lyon en 1753.


LES AMELIORATONS TECHNIQUES SE POURSUIVENT SIECLE APRES SIECLE.

1843 : Tignat perfectionne la technique du moirage en mettant le tissu sous tension durant toute l’opération.

 1854 : mise en route d’une machine ou des plateaux à pression artificielle irrégulière remplacent les lourdes masses de pierre de la machine Badger et les cylindres de Vaucanson.

Les premières machines à calandrer ne permettaient pas de moirer sur de grandes largeurs et rendait obligatoire le pliage du tissu en deux sur toute sa longueur, lisère contre lisière, face contre face. Une fois déplié, les motifs irréguliers apparaissaient en symétrie par rapport au pli médian rappelant inévitablement le test de Rorscharch.

Les calandres plus modernes permettent de travailler sur une toute la largeur des étoffes grande largeur, ce qui supprime le disgracieux pli central et la symétrie.   

Jadis cet apprêt de finition s’appliquait aux seules étoffes luxueuses, aujourd’hui des supports textiles moins précieux sont utilisés.  

Ils ont le mérite d’être plus accessibles financièrement et d’un entretien aisé. Outre ces qualités, il faut ajouter la permanence des motifs si le tissu choisi est composé de fibres chimiques comme l’acétate ou le polyester qui peuvent aussi être mélangées au coton ou à la soie.  La capacité de ces fibres à tenir les plis est dû à leur thermo plasticité, une qualité largement exploitée pour les plissages permanents. L’action conjointe de la pression et de la chaleur fixe définitivement le déplacement du parallélisme des trames d’axe des fils de trame, modification à l’origine de la diversité des motifs « ondés ».


XXIE SIECLE : UN OVNI DANS UN UNIVERS INDUSTRIALISE

Le moirage demeure une activité marginale dans le secteur textile. Les quelques entreprises familiales qui subsistent dans la région lyonnaise ont la lourde mission de transmettre un savoir–faire, de perpétuer la tradition. La sauvegarde de ce patrimoine est un défi relevé par les nouvelles générations qui fabriquent de manière quasi artisanale des étoffes ondées, diaprées, opalines, irisées, changeantes, lustrées, ombrées, chatoyantes, lumineuses, fantaisies, hautes en couleurs…

Aujourd’hui, moire est un terme générique appliqué à toutes les étoffes ayant été soumises à ce type d’apprêt de finition. Cependant, il existe encore de nombreuses variantes de moires et ce, pour le plaisir des plus « texti-gourmets » dont je fais partie. Pour la petite histoire, voici quelques spécificités qui vous permettront de les distinguer :

La moire dite française :  les moyens techniques mis à leur disposition obligeaient les « moireurs » à dosser le tissu, c’est-à-dire à le plier en deux sur la largeur et ceci sur toute la longueur. Ce qui avait pour effet de marquer l’étoffe par un pli central (dit pli marchand) et d’obtenir un motif symétrique sur la largeur. Le motif obtenu sur le tissu est régulier, répétitif, constitué de cercles concentriques. Ces lignes arrondies confèrent à la moire française une certaine douceur et, selon le support textile, un lustre plus ou moins discret.

La moire antique ou anglaise, puisque produite par des machines construites sur le modèle des calandres anglaises :  les motifs réguliers sur toute la surface ont des formes aigues, le lustre est assez prononcé, l’ambiance est dynamique.

 La moire libre : les motifs sont dus au hasard, lignes interrompues, brisées ou ondulations lascives, tout est possible.  

 Une technique qui laisse toute liberté à l’artisan moireur qui fait habilement glisser l’une sur l’autre, deux épaisseurs de tissus qui, tendus face contre face, sont entrainés vers les rouleaux « compresseurs » de la calandre ; ainsi, d’un geste à la fois épris de liberté et fort bien maîtrisé, il organise les vibrations qui déplacent l’alignement des côtes. Sous le poids des cylindres, la ligne droite se courbe, se cabre, s’étourdit, s’arrondit, se cercle. Selon l’inspiration du jour, la force du geste, la direction du déplacement, les effets sont tous différents et imprévisibles d’ou le nom de moire libre. C’est un exercice périlleux d’où naissent des pages d’écritures aussi abstraites que spontanées pour notre plaisir. La belle nouvelle c’est que la moire libre laisse transparaitre une présence humaine qui fait tant défaut dans les productions industrielles. 

La moire musique. Les motifs pois, figures ou silhouettes sont obtenus à l’aide de peignes métalliques à dents mobiles mis au point par un moireur lyonnais, Taverrier, en 1865. Les motifs des premières moires musiques manquaient de netteté. Des modifications ont été réalisées afin d’améliorer la netteté du dessin au sein de la fabrique de peignes Pradat. Le nom de moire musique est dû à la similitude entre les dents des peignes et la mécanique des boites à musique 

La moire lyonnaise est très particulière, dite « figurée ». Des motifs abstraits ou figuratifs apparaissent lors du moirage  


Et voilà encore une aventure textile passée à la loupe ou plus exactement au compte-fils.  Moires subtiles ou franchement délirantes, jeux de cache- cache entre l’ombre et la lumière, ambiance délicate ou exaltée : de la diversité nait la richesse ! A vous le plaisir de redécouvrir cet article aux multiples facettes.   

vendredi 13 mai 2022

LE CHANVRE TEXTILE UNE PLANTE VERTUEUSE SUITE

 UNE PLANTE FERALE                                                                              Difficile de consacrer un article au chanvre sans mentionner l’Ukraine qui fut un grand producteur de chanvre. La chute de l’URSS et les interdits liés aux produits stupéfiants, l’arrivée des fibres synthétiques, remirent en cause la primauté de cette industrie. C’est ainsi que le cannabis sativa sativa reprit sa forme initiale, sauvage, envahissant des millions d’hectares dans les champs laissés en friches et dans les sites industriels abandonnés.

RENAISSANCE  DE LA FILIÈRE EUROPEENNE  DU  CHANVRE                 lI eut été dommageable de laisser péricliter la culture de cette fibre écologique aux débouchés prometteurs. En 2022, la culture du chanvre est régie par des réglementations françaises et européennes harmonisées depuis 2004 et les semences certifiées sont obligatoires.

TOUT BEAU, TOUT BIO                                                                             Puisque aujourd'hui 'atteindre  un équilibre écologique dans la production et la consommation est devenu une priorité à l'échelle mondiale, il serait incongru de ne pas développer la culture du chanvre. Naturellement bio, il pousse sans produits phytosanitaires, ne réclame pas ou peu d’irrigation, ses racines s’enfoncent profondément dans la terre. Il ne réclame que peu ou pas d’irrigation, et plus encore il dépollue les sols en captant les métaux lourds.  

BILAN CARBONE NEGATIF                                                                     Le chanvre absorbe durant sa croissance plus de carbone qu’il n’en rejette, participant à sa manière à la réduction de l’effet de serre.

ZERO DECHET                                                                                           C’est une fibre remarquable à bien des égards puisque tout est utilisable dans cette plante : les résidus de la culture ou chenevotte, entrent dans la fabrication de certains papiers et pour la fabrication de panneaux d’agglomérés, les graines oléagineuses sont nourrissantes et peuvent être  transformées en huile, la paille est utile pour protéger les cultures.      Le saviez vous ? Christophe Colomb usa et abusa de l’usage du chanvre sativa  lors de ses traversées de l’Atlantique. En 1492, outre les  voiles et les cordages embarqués sur sa caravelle, il y avait dans les soutes des tonnes de graines, dont la richesse en protéines était un aliment bénéfique pour l’équipage, l’huile de chanvre alimentait les lampes, le chanvre était utilisé pour calfater les fentes entre les planches et pour assurer l’étanchéité. Qui sait si le navigateur ne portait de chemise en chanvre !  

UNE FIBRE AUX MILLE VISAGES                                                             En dehors des utilisations textiles, le chanvre est un matériau utilisé dans la fabrication des isolants grâce à sa résistance thermique, à ses propriétés acoustiques, à sa solidité et à ses fonctions de répulsif naturel face aux rongeurs et autres mites et fourmis. L’industrie papetière est l’autre principal débouché, suivi par l’agro-alimentaire et   l’automobile (garnissage de l’habitacle des véhicules, tableau de bord). Avec le développement de la plasturgie, le chanvre renforce les matériaux composites.                                                                                                 DE LA PLANTE AU FIL : UNE FIBRE IRRESISTIBLE                                   Le procédé est quasiment identique à celui du lin : rouissage, broyage, teillage, peignage, avant le stade finale de la filature.

CHANVRE VERSUS LIN                                                                             La plus fine des fibres de chanvre peut être comparée à la plus grosse des fibres de lin. Les  italiens perfectionnèrent la technique de filature du chanvre et réussirent à produire un fil d’une finesse exceptionnelle ; ils utilisèrent la même technique pour filer la ramie. La fibre de chanvre plus solide que celle du lin, est aussi moins impacté par l’humidité, en l’occurence l’eau de mer. La présence de nombreuses fibrilles donnent au fil cet aspect pelucheux et un toucher caractéristique un peu rêche qui s’amenuise au fur et à mesure des lavages, alors que le fil de lin, plus lisse est plus cassant.   

 LE CHANVRE FIBRE DES CHAMPS LE LIN  FIBRE DES VILLES                 Au Moyen Age, les tissus en chanvre furent largement utilisés non seulement pour les voiles des bateaux mais aussi pour les vêtements quotidiens dans les campagnes alors que, dans les villes, les articles en lin, plus onéreux, étaient fort prisés par les nobles et les bourgeois, bien que Marie de Médicis posséda quelques chemises de corps faites de chanvre plus rugueuses et moins nombreuses que celles en lin fin. Le chanvre est sans doute une des fibres naturelles les plus résistantes et les moins onéreuses bien que, aujourd’hui encore, le lin soit plus largement utilisé dans l’habillement et la décoration. En cause, une clientèle mal informée et une présence non stop dans les collections Haute Couture et dans le prêt-à-porter haut de gamme.                                                                         Le saviez vous?  Un indice olfactif ? La fibre de chanvre à une odeur de poussière beaucoup plus prononcée que le lin mais moins que le jute, un cousin proche.

ACTIONS-REACTIONS                                                                                A la teinture, il a une grande affinité tinctoriale et peut se blanchir aisément. Au  feu, il brûle vite comme le papier. A l'eau : il résiste à l’eau, ne  pourrit pas, même en séjournant longtemps dans l’eau de mer. Au soleil : grâce à sa densité, il protège des ultra-violets. J’ajoute en connaissance de cause que les articles en chanvre sont naturellement anti-bactériens, un plus pour les chaussettes et les baskets, hypoallergéniques et agréables au contact de la peau.

UNE FIBRE AIMABLE                                                                                Pourquoi j’aime le chanvre ? Sans doute parce que j’ai appris à le connaître « sous toutes les coutures ». Le hasard a voulu que, dans les années 2000, je rencontre un grossiste-importateur spécialisé dans le chanvre textile qui s’approvisionnait en Allemagne et en Roumanie. C’est ainsi que j’ai découvert cette fibre dont j’ai développé la vente au mètre dans mon magasin (De Gilles Tissus) et que je suis devenue une adepte du chanvre version textile. 

LE CHANVRE, UN LUXE ETHIQUE A PORTEE DE MAIN                            Les articles en chanvre sont des produits rares dans le commerce traditionnel. Seules les boutiques « bios »  en proposent parfois, mais fabriquées avec du tissu chinois et taillés comme des « sacs à patates » dans des coloris fades ou neutres». Il est temps de débarrasser le chanvre de cette image de fibre ordinaire, jadis considérée comme un pis-aller. C’est vous, chers lecteurs et clients avertis, qui avez ce pouvoir, ne l’oubliez pas! 

USEZ ET ABUSEZ DE CETTE FIBRE INSENSEE                                        Cette fibre sur-qualifiée est pourtant encore inconnue du grand public. J’’attends avec impatience que les grandes marques  de prêt à porter s’en emparent . En hiver ou en été, les T shirt sont, non seulement isothermes, mais d’un confort suprême, les chemises sont prodigieusement solides et les pantalons d’une exquise délicatesse et les couleurs conservent leur éclat année après année. Incroyable mais vrai, plus les tissus sont lavés, plus ils  acquièrent de l’élégance. Il faut avoir testé ces étoffes pour en saisir toutes les subtilités       

LE CHANVRE EST A L’ORIGINE DE BIEN DES MOTS                                  Epouvantail à chènevière : Pour protéger les cultures des oiseaux, particulièrement friands des graines de chanvre, fut créé l’épouvantail, un mannequin destiné à éloigner les oiseaux. Auparavant, c’étaient les enfants qui étaient chargés d’éloigner les oiseaux prédateurs des zones de culture. Ils gardaient les champs et protégeaient les semences en jouant le rôle d'épouvantails durant les quinze premiers jours. Ensuite, les graines ayant poussées, elles n'intéressaient plus les animaux. Bouchon : jadis, une poignée de chanvre tortillée était appelée un « bouchon ». Au XVIIe siècle, ce bouchon, suspendu au-dessus de l’entrée des tavernes, servait d’enseigne. Cela disparut au XVIIIe siècle mais le mot bouchon est encore en usage dans le vocabulaire lyonnais. Le  « bouchon  lyonnais » n’est donc ni dérivé du bouchon de linge, ni du bouchon des canuts constitué de déchets de bourre de soie. Canevas : toile grossière claire et ajourée, servant de support aux ouvrages à l’aiguille, ancien français chanevas, fait de chanvre, avec influence du picard canevacha.

Après ce florilège, j’espère que les bonnes ondes de cette fibre textile auront su vous convaincre de la nécessité de son développement et de son utilisation textile. 


LE CHANVRE UNE FIBRE TEXTILE VERTUEUSE

LE CHANVRE, UNE FIBRE TEXTILE VERTUEUSE                                       En Mai fait ce qu’il te plaît, alors c’est avec un infini plaisir que je vous propose la découverte d’une fibre d’excellence, extraite de la tige d’un végétal appelé chanvre agricole ou cannabis sativa.   

UN VOYAGE EN « ETYMOLOGIE »                                                             Chanvre est l’altération du mot latin cannabis emprunté au grec kannabis « plante textile » lui-même issu de kunibu d’origine sumérienne  désignant une sorte de roseau. Sativa signifie cultivé en latin,                    Le saviez vous ? Aujourd’hui le chanvre est un mot masculin, mais il était féminin jusqu’au XVIIe siècle. 

COUSINNADE PAS FRATERIE                                                                   En botanique, chanvre, cannabis, marijuana, chanvre indien ou hashich sont des sous-espèces appartenant à la famille des cannabaceaes. Une sélection s’est opérée au fur et à mesure de la domestication de ces végétaux par l’homme, les scindant en deux grandes variétés qui diffèrent par leurs usages : le chanvre pour la production de fibres et de graines oléagineuses, et le cannabis ou marijuana pour ses vertus thérapeutiques et sa production de substances psychotropes. C’est la teneur en substance psychotrope qui différencie le cannabis entre 5 et 20% du chanvre entre 5 et 2%.                                                                                                        Le saviez vous ?  Le tétrahydrocannabinol ou THC, est une substance chimique sécrétée par le chanvre et certains autres végétaux, qui leur  permet d’éloigner les insectes et autres prédateurs. Cette particularité fut mise à profit par l’homme pour fabriquer des toiles d’emballage destinées aux marchandises transportées par bateaux, le chanvre étant un répulsif naturel contre les rats.                                                                                                                  .                                                                          DEMANDEZ LE PROGRAMME : AGRICOLE- INDUSTRIEL - RECREATIF   Des  adjectifs permettent de distinguer les branches de ce végétal : le cannabis indica est récréatif et le chanvre sativa sativa est agricole ou  industriel.                                                                                               Le saviez vous ? La résine qui couvre les feuilles et les fleurs du cannabis indica contient la substance psychotrope. C’est pour cette raison que la vente de ces deux parties de la plante est formellement interdite dans un grand nombre de pays.

ELEMENTAIRE MON CHER WATSON !                                                     La morphologie des plantes est un indice qui facilite leur identification. Ainsi, la silhouette touffue de la marijuana se distingue du chanvre par ses feuilles au bout d’une tige qui peut atteindre 4 ou 5 m.

LES CAUSES DU DECLIN                                                                          Une réputation sulfureuse mal encadrée « s’il existait un gouvernement qui eut intérêt à corrompre ses gouvernés il n’aurait qu’à encourager l’usage du haschich » in Les paradis artificiels 1860 Ch. Baudelaire. La disparition des voiles de la marine de guerre et marchande. La concurrence des fibres chimiques. Les interdictions successives de l’utilisation du cannabis récréatif dans de nombreux pays « en 1961 une convention à l’ONU interdisant la production de cannabis fut ratifiée par les européens et les russes ». La  prohibition sans distinction de la culture du cannabis indica ou sativa.

UN REMEDE RADICAL                                                                               Dans les années 1960, l'INRA et la Fédération nationale des producteurs de chanvre associent leur recherches visant à mettre au point artificiellement des variétés dont les fleurs mâles et femelles sont réunies sur le même pied,  dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,2%  . Ce résultat a grandement facilité l’exploitation  du chanvre agricole.

UN PERIPLE AUTOUR DU MONDE                                                           Le saviez vous ? Depuis plus de 20 000 ans le chanvre pousse sur notre planète, d’abord à l’état sauvage et, aux dires de certains botanistes, il serait un des plus anciens végétaux. Il fut  domestiqué par l’homme il y a environ12 000 ans en Asie centrale où il poussait déjà abondamment. Il était récolté et utilisé pour ses vertus thérapeutiques par les populations établies sur le pourtour de la mer Caspienne et aux abords de la mer Noire. Les perses connaissaient les qualités nutritionnelles des graines qu’ils surnommaient « graines des rois ».                                                            Le chanvre était aussi cultivé dans l'Egypte pharaonique où, dit-on, Phytagore l'aurait découvert et rapporté en Grèce. Les Scythes, peuple nomade, diffusa son usage à travers l’Asie et l’Europe et, d’après Hérodote (Ve siècle avant J-C), les Scythes utilisaient un linge fin tissé en chanvre. Quant aux phéniciens, ils venaient en bateaux en Murcie (Espagne) pour s’approvisionner en chanvre. Des cordes de chanvre mélangées à un mastic végétal existaient à l’époque Gallo-romaine (50 ap. J.-C.). Cultivé en Grèce, il était exporté vers Massilia où il était transformé en fibres dans un lieu proche du port (canebe = chanvre en occitan). Dès le XIIe siècle, la culture et la transformation du chanvre se développèrent dans la cité phocéenne qui fit commerce de cordage en tout genre. Le souvenir de ce passé glorieux ne persiste qu’à travers le vocabulaire qui, de « fil en aiguille », transforma cannabis en cannebere puis Cannebière, artère la plus célèbre de Marseille.                                                                                               Le saviez vous? Le mot corde n’est prononcé sur les navires  que pour désigner la corde qui actionne la cloche ce qui explique la richesse du vocabulaire dévolu à ces segments de fibres torsadées : bouts, drisse, haussière, grelin. Au théâtre, c’est probablement par superstition que ce mot est interdit car, jadis, des sceaux d’eau étaient suspendus à des cordes et, en cas d’incendie, crier « corde » signalait aux machinistes en coulisses d’actionner ces cordes afin de déverser l’eau sur la scène.  

LE MONDE LUI APPARTIENT                                                             Autant de climats et de terrains différents accueillent le chanvre : Europe, Chine, Inde, Afrique, Amérique du sud, autant de qualités différentes qui se définissent par la finesse, la souplesse et la longueur des fibres textiles. 

UNE HISTOIRE DE FRANCE VUE PAR LE PRISME DU CHANVRE       Instrument stratégique et opportunité pour les paysans, la culture du chanvre se développa sous l’impulsion de CHARLEMAGNE au sein de son Empire. Le coton n’avait pas encore conquis l’Europe et le lin était déjà le rival luxueux du chanvre.                                                                          Le saviez vous ?  Bien que les premiers papiers à base de chanvre aient été imaginés en Chine, ce sont les arabes qui, au XIe siècle, introduisirent cette technique en Europe, remplaçant avantageusement le parchemin. Phénomène marginal, son usage s’intensifia en Occident avec l’invention de l’imprimerie à caractères mobiles. Il permit la diffusion des idées et facilita les échanges. En 1450, la première bible de Gutenberg fut imprimée sur ce type de papier tout comme le fut la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Suivront les billets de banque. En 1807, Canson déposa le brevet du papier calque fabriqué à base de filasse de chanvre. Les sachets de thé réutilisables qui ne se délitent pas dans l’eau chaude, les mouchoirs en papier, le papier bible, le papier à cigarette et le papier pour les documents destinés à être archivés. Le chanvre est une bonne alternative au bois pour le papier, puisqu’il contient plus de cellulose, est moins onéreux et ne jaunit pas avec le temps.                                           LE ROI RENÉ accorda, en 1445, des statuts particuliers aux cordiers d'Angers. Au XVIIIe siècle, le succès des manufactures de cordages et de toiles d'Angers donnèrent une impulsion économique à toute la région. Elles approvisionnèrent la marine royale, les bateaux de la Compagnie des Indes et les armateurs nantais. Le chanvre était un produit rentable pour l’économie locale et indispensable pour le développement et l’entretien de la flotte (toiles pour les voiles, cordages, haubans, câbles et échelles). Plus de 80 tonnes de cordages et de voiles  étaient nécessaires pour équiper les caravelles du type de la Santa Maria de Christophe Colomb. D’autres usages furent dévolus aux cordes de chanvre, telle la sinistre corde de gibet ou « cravate du pendu ». L’herbe pantagruelion de Rabelais n’est autre que le chanvre : « Le chanvre, en tant que c’est de cette herbe que se fait la corde qui sert à étrangler les malheureux qu’on attache au gibet » in la vie de Gargantua et Pantagruel.                                                                      Le saviez vous ? Les toiles tissées à Gênes, généralement beiges ou blanches, dites toiles de jean, utilisées pour les voiles et les pantalons des marins étaient en chanvre.                                                                        Sous l’impulsion de COLBERT naquit la Corderie Royale de Rochefort-sur-Mer, créée pour restructurer la flotte maritime française et concurrencer la Navy britannique. PHILIPPE D ORLEANS ET LOUIS XV  facilitèrent le commerce du chanvre « Arrêt du conseil d’état qui ordonne que le commerce du chanvre dans l’intérieur du royaume sera libre. Fait défense de le faire sortir et de l’envoyer à l’étranger et permet à la Compagnie des Indes d’établir des magasins et le prix des chanvres. » (Imprimerie royale, Paris : Arrêt du 29 décembre 1719.  NECKER ET LOUIS XVI jugèrent nécessaire, en 1779, de réorganiser la culture du chanvre dans les provinces du royaume de manière à subvenir aux besoins de la population sans dépendre des importations, sources de sortie de devises et soucis d’approvisionnements. NAPOLEON en 1800, interdit à ses soldats la consommation du cannabis et des graines de chanvre, fâcheuse habitude prise lors de la campagne d’Egypte mais, en 1803, il ordonna aux maires de faire semer du chanvre agricole dans leur département, poursuivant l’idée de Necker, afin de ne pas dépendre de l’étranger pour les ressources principales. Le chanvre en plus d’être un instrument économique fut une arme politique En1807,  Alexandre Ier et  Napoléon signent le traité de Tilsit destiné en partie à affaiblir la Navy britannique, en la privant du chanvre   indispensable au maintient des équipements des marins et des bâtiments de la flotte                                                                                 Le saviez vous?  Comme le pétrole et le gaz sont aujourd’hui un sujet de « discorde » entre l’Europe et la Russie, le chanvre fut un  instrument de chantage pour Napoléon   la marine britannique étant dépende du chanvre russe. Si  les traités et le blocus continental avaient été scrupuleusement respectés, la marine britannique aurait sans doute perdu de sa superbe et Napoléon ne se serait pas lancé dans la campagne de Russie. Mais le Tsar Alexandre 1er continua les livraisons de chanvre vers l’Angleterre. Napoléon, le 24 juin 1812, fort de 650 000 hommes, marcha vers Moscou avec juste l‘idée de prendre le contrôle de toute la production de chanvre russe,  parce que son ennemi était l’Angleterre et non la Russie. Cette campagne fut un vrai désastre marquant pour Napoléon le début de la fin.  Jusqu’au XIXe siècle, avec le blé et la vigne, le chanvre fut l’une des trois cultures de base en occident, primordiale pour l'économie rurale.  


A SUIVRE 

vendredi 8 avril 2022

  

vendredi 1 avril 2022

LES DOC MARTENS : ENTRE MYTHES ET REALITE

52 DECENNIES MARQUEES ET REMARQUEES PAR LES AFICINADOS DES Dr MARTENS                                                    

Pourquoi consacrer un post aujourd'hui à cet article ? Parce que la première paire de Doc Martens fut commercialisée le 1er Avril 1960.

1946 : Dr MAERTENS CHERCHE CHAUSSURE A SON PIED     

Klaus Maertens ou Märtens, médecin allemand, souffre à la suite d'un accident de ski, d'une blessure au pied. La légende raconte qu'avec l'aide de son ami ingénieur ou docteur (?) Herbert Funk, il cherche un moyen d'améliorer le confort de ses chaussures pour soulager ses douleurs engendrées par la marche. Avec les moyens du bord, c'est-à-dire le caoutchouc d'un vieux pneu, et une bonne dose de créativité, ils élaborent une semelle "orthopédique" qui, adaptée à une chaussure classique, lui facilite la marche en atténuant les douleurs.

1947  L EBAUCHE D'UN SUCCES                                                                                     

Les petits plus font les grands succès commerciaux : des améliorations techniques sont apportées à la chaussure montée sur des "semelles à coussin d'air". Techniquement, l'air est emprisonnée dans une cavité de la semelle qui est soudée à chaud. La production de chaussures orthopédiques "hand made" est lancée dans un atelier situé dans la localité allemande de Seeshaupt. Le produit s'adresse dans un premier temps aux personnes souffrant de problèmes orthopédiques  et le constat est sans appel : ce sont les femmes de plus de 50 ans qui sont les principales clientes, des chaussures qui dès le début de leur commercialisation étaient unisexe.. Les modèles seront affinés et modifiés petit à petit, le succès commercial s'étalant sur des décennies. Au passage, l'aspect médical sera délaissé pour se concentrer sur l'attrait de la nouveauté, le confort, la sécurité, la mode. Un autre constat étonnant : hormis pour des raisons médicales, le marché allemand des chaussures du docteur Maertens se développe auprès des ouvriers en bâtiments et, en général, auprès des milieux populaires impressionnés par le confort de la semelle et la solidité de cette chaussure comparée aux "godillots" habituels lourds et aux semelles rigides. Le succès commercial étant acquis, le dépôt d'un brevet s'imposa.

1952 L ABOUTISSEMENT D UN PROJET

Pour répondre à la demande, la production industrielle devient inévitable et une toute nouvelle usine, située à Munich, est ouverte. Désormais associés, Maertens et Funck décident d'élargir leur clientèle hors des frontières allemandes et, pour ce faire, ils passent par la réclame et des annonces dans divers journaux européens.

1959 : B. GRIGGS UN CHAUSSEUR SACHANT CHAUSSER        

Bill Griggs, un anglais chef d'une entreprise familiale qui fabrique industriellement des chaussures "utilitaires" types bottes de mineurs et chaussures de soldats, découvre par hasard un encart publicitaire dans un journal professionnel le " Shoe & Leather News" qui vente les mérites d'une semelle révolutionnaire sur coussin d'air du docteur Maertens. Mr Griggs  mise sur le succès potentiel de cette nouveauté et obtient la licence exclusive de la  production de la bottine et, bien sûr, de la semelle du docteur Maertens.  

Les modifications seront immédiates en commençant par un changement d'orthographe du nom et Maertens devient Martens qui sera suivi par une amélioration drastique du confort. Son but : oublier l'aspect médical du produit pour conquérir le marché du vêtement de travail.

1960 :  A STAR WAS BORN                                                             

Le modèle iconique voit le jour :  14.60 simple indication de date pour 1 04 60. La première paire de Dr Martens sort de l'usine implantée à Wollaston au centre de l'Angleterre. Aujourd'hui, si quelques dizaines de chaussures "des spécimens" des "made in England" sortent encore de cette unité de production avec les semelles Airwair®   la grande majorité des Dr Martens est produite en Chine. Depuis ce moment le combat des anciens et des nouveaux fait rage parmi les inconditionnels de la marque. Pour les uns la qualité des articles chinois n'est pas au rendez vous, pour les autres le produit made in England n'a rien perdu de sa prestance et demeure sacré grace sans doute à l'utilisation d'un cuir qualité Quilon pleine fleur. 

En 2014, l'entreprise passe aux mains d'un fonds d'investissement et, après quelques décennies financièrement douloureuses, l'équilibre précaire de la société reprend des forces et, en 2021, elle fait part de son intention de  s'introduire en bourse ! Merci le courant végan qui lui à rendu ses couleurs et au regain d'amour  pour l'époque des  trente glorieuses.                                                                           

Le perfectionnement : le succès se mérite et, dans le cas présent, les raisons sont multiples : une semelle cousue selon la technique Goodyear® qui est un assemblage de la tige et de la semelle  sont cousus ensemble  par  une seule couture, évitant l'utilisation de la colle, le cuir étant traité pour résister aux liquides  gras et ou potentiellement toxiques, une semelle rainurée, translucide et anti dérapante, une amélioration du confort au niveau de la voute plantaire et les huit œillets rouge cerise, une  surpiqure très visible jaune et une languette noire et jaune cousue sur l'arrière de la chaussure portant la mention brodée "airwair whith bouncing soles" (aérien avec des semelles rebondissantes). On dit que le  type de police utilisé  ressemble à l'écriture de Bill Griggs, mais ce ne  sont que des "on dit". Résultat : une chaussure qui respecte la configuration du  pied, qui est solide, légère et qui reste souple. La solidité et le confort deviennent les principaux arguments de vente.  Ainsi, les Dr Martens entrent dans la panoplie vestimentaire des pompiers, les employés du métro londonien et, dans les années 70, elles équiperont les policiers britanniques. Ces derniers furent dans l'obligation de passer au feutre noir les surpiqûres jaunes afin de ne pas déroger aux couleurs de leur uniforme. 

 1970 LES DR MARTENS  : UN STYLE VESTIMENTAIRE  ANTI CONFORMISTE

Une partie de la jeunesse occidentale marche sur les pas des punks et autres skinheads, chaussés de "bottines lacées en cuir noir".  La révolte qui gronde se traduit souvent par un choix vestimentaire en dehors des clous, et souvent avec ! Dans Orange mécanique, M. McDowell ne mêne t'il pas la "danse" chaussé de Dr Martens ? Version hard : qui dit sécurité dit prévention alors voici qu'apparait la Doc Martens coquée, c'est-à-dire avec le bout arrondi mais renforcé avec une coque en métal, créée pour prévenir des chutes d'objets lourds survenant dans les chantiers de construction, mais utilisé comme "outil" efficace en cas de bagarres en bandes. 

"POT DE FER CONTRE POT DE TERRE"                                         

Les hooligans ayant fait un usage trop intensif des Dr coquées détournées en mode "arme",  ces modèles sont interdits de stade depuis 1970, mais les  Doc Martens coquées sans fer sont autorisés.

1980  UN OBJET DEVENU CULTE                                                   

Les décennies passent et la Doc Martens résiste, revisitée au gré de l'imagination fertile des créateurs comme JP Gaultier ou V.Westwood. et des vedettes qui les chaussent.

1990 UN DRESS CODE POUR LES LYCEENS ET LYCEENNES BOBOS ET UN ACCESSOIRE  A LA DEMESURE DES ADEPTES DU MOUVEMENT GRUNGE

La version hard : Jean's lacérés, allure misérabiliste, chevelure longue mais les pieds des grunges "au chaud" dans les Docs un genre un style une certaine idée de la mode. La version soft  : la famille  des Doc Martens  s'agrandit, se féminise, se colore : basses, medium ou hautes, la chaussure se décline en uni,  rouge,  rose, vert tendre ou en imprimé fleuri, sans perdre une note plus légère mais toujours rebelle. Ne les retrouve t'on pas dans la vitrine de la célèbre boutique parisienne ultra branchée Colette ?

2016 : QUAND LA BOTTINE LACEE SE LASSE DU CUIR          

La bottine "emboite le pas" au mouvement végan et propose des modèles sans cuir animal et, au passage, diversifie ses modèles qui, de bottines se font derby, ou sandales. Le cuir cuir est donc remplacé par une matière baptisée cuir Félix Rub Off qui, comme son nom de l'indique pas, est un produit synthétique : le polyuréthane, une matière qui peut se rapprocher de l'aspect d'un cuir. Le Skaï ® est une marque emblématique de simili cuir obtenu à partir du polyuréthane.  Les pour : le  Felix rub off utilisé pour les Dr Martens est moins cher que le cuir véritable, est respirant grâce à sa structure microporeuse, mais il résiste moins à l'usure ; il n'absorbe pas l'humidité contrairement au cuir véritable et il est charitable pour le monde animal contrairement au cuir. En ce qui concerne les contre, je vous laisse juge de faire la part de choses si vous êtes vegan. Pour les autres, le problème ne se pose pas.

 

Voila pour aujourd'hui et encore joyeux anniversaire aux Docs Martens.


                                                                 



lundi 21 mars 2022

LE DIETETIQUE VESTIMENTAIRE

 L’idée est malheureusement trop confidentielle selon laquelle nos vêtements c’est à dire la matière des fibres textiles, la nature des teintures utilisées et leurs  formes , ont une incidence heureusement modeste mais néanmoins réelle sur notre physique et notre mental. 

Les méfaits de la « mal fringue » pourrons être selon les cas, indolores, insidieux  ou violents allant jusqu’à provoquer une gêne au quotidien. Bien sûr nous pourrions continuer à « magasiner » sans nous soucier de l’origine des fibres, des substances chimiques plus ou moins nocives utilisées pour modifier les caractéristiques des étoffes, faciliter leur entretiens, améliorer leur solidité, leur octroyer des qualités supplémentaires comme l’imperméabilisation, mais voilà, une fois la boite de Pandore ouverte, il faut aller jusqu’au bout. Et si le choix judicieux d’une garde robe peut améliorer la vie pourquoi s’en priver ?


C’est en observant le changement des habitudes alimentaires des populations dans les pays industrialisés, après la crise de « la vache folle » que je me suis intéressée à ce sujet. Pourquoi prendre tant de précautions dans le choix de ce que l’on ingurgite pour nourrir son corps et prêter si peu d’attention à ce que l’on choisi pour le protéger ?

Le changement des habitudes vestimentaires devrait devenir une évidence pour le plus grand nombre.