Messages les plus consultés

profil

profil
mes tissus

mercredi 2 août 2023

LES PAPIERS PEINTS SCANDINAVES SUITE

 LES PROTAGONISTES : SUEDE FINLANDE DANEMARK NORVEGE

Les papiers peints existent depuis plusieurs siècles et ont évolué au fil du temps. Au XVIIe siècle, les premiers motifs qui arrivèrent en Scandinavie venaient de France, d’Angleterre ou d’Allemagne. Au XVIIIe siècle, on note l’influence du style gustavien dans les motifs floraux délicats aux couleurs douces. Le papier peint est alors toujours un produit de luxe destiné à une clientèle privilégiée. Il fallut attendre le début du XIXe siècle et le développement de l’industrie pour qu’il devienne un article plus populaire. Son marché augmenta au milieu du XIXe siècle, alimenté par l'urbanisation croissante et l'émergence d'une classe moyenne. Ceci incita les fabricants de papier peint à diversifier leur offre. On notera que la proportion homme/femme est équilibrée dans le design scandinave, ce qui est rare dans le domaine de la création industrielle.

LA SUEDE

Ce pays a joué un rôle central dans le développement de l'industrie du papier peint en Scandinavie. En 1752, une usine a été créée à Norrköping, en Suède, marquant ainsi le début de la fabrication de papiers peints dans la région. À l'époque, les motifs étaient souvent inspirés de fleurs et de scènes de la nature. Vers le milieu du XIXe siècle, des entreprises commencèrent à produire des papiers peints en utilisant des techniques d'impression plus avancées, notamment la lithographie et la gravure sur bois. Le papier peint ne cherchait plus a imiter le tissu mais jouait sa propre partition avec l’industrialisation. La main était tendue aux créatifs qui, désormais, étaient libérés des problèmes techniques. La maintenance des machines de plus en plus sophistiquées étaient gérée par des techniciens. Au début du XXe siècle, les principales entreprises furent fondées et continuent encore aujourd’hui à nous offrir de quoi habiller nos murs avec maestria. puis au milieu du siècle   Une  collaboration fructueuse entre les artistes et les industriels s’était établie ainsi le célèbre Josef Frank , frère de Cesar Frank  travailla avec la sociét suédoise Svenskt Tenn , ses aux motifs floraux  hauts en couleurs sont devenus emblématiques du design scandinave.                                            Boråstapeter® est l'une des plus anciennes marques de papier peint en Suède. Fondée en 1905, elle est spécialisée dans la création de papiers peints de haute qualité, avec des motifs traditionnels et contemporains. Le Papier peint intissé est une spécialité de la firme.                                        Le saviez vous ? le papier peint intissé, ou non tissé, est un type de revêtement mural moderne. Contrairement aux papiers peints traditionnels qui sont fabriqués à partir de papier, le papier peint intissé est composé de fibres textiles mélangées à des fibres de cellulose. L'une de ses principales caractéristiques est sa facilité d'installation. Généralement pré-encollé, il suffit d'appliquer de la colle directement sur le mur et de poser le papier peint dessus. Cela évite d'avoir à encoller le papier peint lui-même, rendant ainsi le processus d'installation plus rapide et plus pratique. La cellulose, matière première des papiers peints Boråstapeter provient d'une sylviculture durable.                                                                                   Engblad & Co a été fondée en 1849 par Hugo Ekblad, un entrepreneur suédois. À l'origine, l'entreprise se concentrait sur la production de papiers peints à la main, utilisant des méthodes artisanales traditionnelles. Au fil des années, l'entreprise a progressivement adopté de nouvelles technologies et méthodes de production, passant de la production manuelle à l'utilisation de machines et de techniques d'impression modernes.               Carl Johan Anderson, (1872-1948) fut à l’origine de la société éponyme. Ce designer  créa des motifs de fleurs, de feuillages et d'animaux devenus populaires. Il serait à l’origine du style scandinave dans le domaine du papier peint. La recette ? simplicité, élégance, utilisation de couleurs douces et naturelles.                                                                                   Le saviez-vous ? La démarche de la société Anderson cadre avec la vision sociale des pays scandinaves : démocratiser le papier peint et utiliser des encres à base d’eau et de produits respectueux de l’environnement.             Majvillan® a confié la production de ses papiers peints aux ateliers Duro, la plus ancienne fabrique suédoise toujours en activité qui utilise encore les mêmes machines qu'il y'a 80 ans. Cette méthode donne au papier peint un aspect artisanal au toucher inimitable.                                                        Le saviez-vous ? La qualité du travail et le processus respectueux de l’environnement ont valu à l’atelier Duro d’être reconnu à trois reprises fournisseur officiel de la couronne suédoise depuis 1946.
L’entreprise Sandberg wallpaper basée à Ulricehamn, est une entreprise de renommée internationale fondée en 1975 par Sven Sandberg, architecte, et sa femme, Gunilla Sandberg, artiste. Ensemble, ils ont lancé une petite entreprise spécialisée dans la fabrication de papiers peints en commençant la fabrication dans leur atelier familial en Suède, en utilisant des méthodes traditionnelles et artisanales. Depuis lors, Sandberg Wallpaper est devenue une marque renommée, reconnue pour son artisanat exceptionnel et ses motifs sophistiqués. Les produits sont fabriqués selon les techniques traditionnelles avec un remarquable souci du détail. "Sandberg Wallpaper" est aujourd'hui associé à des produits classiques fabriqués à partir de
 matériaux de haute qualité.                                                                   Le saviez-vous ?  Josef Frank, un architecte et designer d'origine suédoise, est connu pour ses papiers peints colorés et joyeux. Son motif emblématique, le "Dagdröm" (rêve de jour), a été créé en 1947 . Caractérisé par des fleurs et des feuilles abstraites qui ajoutent une touche de vitalité aux intérieurs il reste  populaire aujourd’hui.                                                                                                    

LA FINLANDE

Jusqu’en 1917 faisait partie intégrante de l'Empire russe, c’est pourquoi au XIXe siècle, de nombreux entrepreneurs établirent des usines de papier et d'impression, bénéficiant des ressources naturelles abondantes du pays et de l'accès aux marchés russes et européens. Depuis, l’industrie du papier peint a prit son envol tout en gardant son indépendance de style vis-à-vis des autres pays scandinaves.                                                         Marimekko® : Bien que la marque soit plus connue pour ses textiles et ses motifs iconiques, Marimeko propose aussi des papiers peints. Fondée en 1951 par la finlandaise Armi Ratia et son mari Viljo Marimekko. Dans les années 1960, leurs papiers peints attirèrent l'attention internationale avec des motifs graphiques et floraux distinctifs, notamment, un motif emblématique, le "Unikko", représentant des coquelicots, symbole du design finlandais.                                                                                       Anno Collection® propose des papiers peints aux motifs inspirés de la nature avec des lignes épurées. Le minimalisme est ici d’actualité       Lovi® est connue pour ses produits en bois, notamment les papiers peints fabriqués à partir de contreplaqué finlandais durable, découpé au laser pour créer des motifs détaillés et complexes.                                          Vallila® se démarque par une production d’articles design d’intérieur et de papiers peints. Fondée en 1935, le nom Vallila fait référence au quartier artistique d’Helsinki, permettant d’établir la connexion avec l'identité culturelle finlandaise. Les papiers peints Vallila privilégient les motifs géométriques rehaussés de couleurs vives.                                                                                  

LE DANEMARK 

L’industrie du papier peint a aussi sa pépite avec la "Ferm Living" fondée en 2006, un nom choisi par la fondatrice de l'entreprise, Trine Andersen, graphiste de formation."Ferm" signifie "intelligent" ou "sage" en danois et "Living" fait référence à la volonté de la marque d’associer la beauté à la fonctionnalité des objets du quotidien.  Ferm living privilégie les processus de production respectueux de l’environnement et s’engage à collaborer avec des artisans locaux pour soutenir l’économie locale et promouvoir le savoir faire traditionnel.                                                                                      Le saviez vous ? Au Danemark le hygge est un concept très proche du cocooning axé sur le confort, le bien-être et la création d'une ambiance chaleureuse dans les espaces de vie. L’usage du papier peint se justifie pleinement lorsqu’il s’agit de lutter contre les hivers rigoureux longs et sombres ; il vient enrichir la texture des murs et transforme l'atmosphère des pièces, apportant une sensation de confort. Lorsque le froid sévit au dehors ou que le soleil ne se couche jamais, savoir qu’un cocon vous attend, c’est encore ce qui se fait de mieux.                                                 Les oeuvres de Larsson, peintre suédois du XIXe siècle, surtout des scènes de vie familiales idylliques et chaleureuses situées dans sa  propre maison, ont été reproduites sous forme de papiers peints, permettant aux gens d'incorporer son style de vie hyggelig dans leurs propres intérieurs. Les papiers peints Carl Larsson furent très populaires.                                                                                                                                                                          

LA NORVEGE  

Les papiers-peints traditionnels étaient souvent ornés de motifs inspirés des techniques artisanales locales, comme le tricot norvégien ou le tissage de motifs géométriques. Ces motifs étaient souvent colorés et vifs, ajoutant une touche de caractère aux intérieurs scandinaves.                     Tapethuset® créée par Andreas Engesvik, designer renommé dans les domaines du mobilier et des arts appliqués. Il a apporté sa vision artistique et son savoir-faire au développement des papiers peints de la marque.                                                                                                                 

LE JAPONSCANDINAVE OU JAPANDI : UNE SIMPLE FUSION LEXICALE OU UN STYLE                    

 Ce post serait incomplet sans quelques lignes sur ce concept né du mélange des styles de vie japonais et scandinaves (japon et scandinavie). Apparue il y a une quinzaine d’années, cette tendance stylistique s’expose sur les pages glacées de quelques magazines de décoration et au sein de groupes créatifs élitistes, ainsi que sur les blogs de quelques influenceurs.   

Né d’une rencontre formelle entre le minimalisme fonctionnel du design nordique et l’esthétique épurée zen des japonais, Le Japandi concilie l’attirance pour les  matériaux naturels et le rapport entre l’homme et la nature.


LE CONCEPT « DU MOINS C’EST PLUS »

Force est de constater que le japandi abonde dans ce sens avec la prédominance du silence dans les tons froids des fonds des papiers peints, la place laissée aux espaces vides entre les motifs, l’utilisation du blanc qui offre un horizon sans fin.

Dans les années 60, un mouvement stylistique émergea, prônant une décoration d’intérieur épurée. Les éléments superflus qui provoquent un désordre  visuel, furent éliminés, laissant un vide propice à la méditation. Mais ne reviendrait-on pas vers cette philosophie en 2023 ?  Ne vaut-il pas mieux rechercher la qualité plutôt que sur la quantité en choisissant des produits durables et utiles ? L’idée du moins c’est plus est à retenir.


 Concrètement, ce n’est pas l’invention d’un mot qui est à l’origine des tendances, car ces similitudes stylistiques mises en avant dans le japandi existaient bien avant la création du terme et continueront bien après sa disparition. Et vous, qu’en pensez-vous?


Aujourd'hui, cette industrie continue de prospérer, en s'appuyant sur sa réputation d'excellence dans le design, la qualité et la robustesse.

mardi 1 août 2023

LES SPECIFICITES DES PAPIERS PEINTS SCANDINAVES

 LA PSYCHOLOGIE DU PAPIER PEINT SCANDINAVE

Si j’ai choisi ce sujet ,  c’est parce que sa présence dans les intérieurs nordiques dépasse sa seule fonction décorative. Il est devenu, au fil des ans, un acteur clé du cocooning,  un remède esthétique efficace pour contrer les effets des aléas climatiques : il éclaire, réchauffe, et crée un espace harmonieux et confortable. Son impact positif sur le bien être émotionnel n’est plus à démontrer. 

L'UNION FAIT LA FORCE                                                                            Les progres techniques combinés à l'abondance des ressources naturelles locales furent à l'origine du développement et de la prospérité de l'industrie du papier peint dans cette région du globe.

La technique : Les premiers papiers peints vendus en Scandinavie, datant du début du XVIIe siècle, étaient importés principalement d’Angleterre. Au cours du XVIIIe siècle, une  production locale a débuté, mais c’est un produit  encore destinée à une clientèle fortunée. Au XIXe siècle, la révolution industrielle marqua un tournant majeur dans la production de papier peint dans toute l’Europe. Les progrès dans le domaine de l'impression facilitèrent la production de  motifs de plus en plus complexes et valorisèrent l'utilisation de couleurs vives. Après 1850, l’impression à la machine se généralisa : le papier peint fabriqué à grande échelle devint plus accessible financièrement et son usage se démocratisa

LES RESSOURCES LOCALES:  Les forêts qui couvrent une grande partie de la Scandinavie fournissent la pulpe de bois nécessaire à l’industrie papetière. Le pin est apprécié pour sa disponibilité, sa croissance rapide et ses fibres longues. Matériau intéressant pour un papier de qualité, la pulpe d’épinette, avec sa texture  régulière et ses fibres fines, permet d'obtenir un papier lisse. La pulpe de  bouleau, grâce à sa blancheur naturelle et à sa résistance, est un matériau idéal pour certains types de papier peint.  Des fabricants utilisent du papier recyclé, du lin ou encore des fibres naturelles d’origine végétales ou animales pour obtenir une texture particulière, point qui marque l’originalité de ces produits. 

LES TROIS RAISONS DU SUCCES

1 UN HERITAGE CULTUREL  : Les compétences artisanales et la passion pour les arts décoratifs permirent aux fabricants scandinaves de se spécialiser dans la production de papiers peints de qualité qui résultent souvent d'un héritage artisanal et d'une tradition de design réfléchi. Les designers nordiques accordent une grande importance aux détails, à la fonctionnalité et à l'innovation. Leurs créations sont souvent le fruit d'une collaboration entre eux et des artisans qui correspond à l’attente des consommateurs occidentaux en matière de décoration d’intérieur.                                        

2 UNE GESTION ECO-RESPONSABLE : Ces essences sont issues de forêts gérées de manière durable grâce à une politique stricte et des pratiques de gestion responsables pour assurer la préservation et la régénération des ressources forestières à long terme. Ceci garantit que l'utilisation du bois comme matière première pour la production de papier peint reste écologiquement viable et respectueuse de l’environnement.         

3 L'INSPIRATION :  La nature, si généreuse et parfois terriblement angoissante, est omniprésente dans le quotidien des scandinaves, jusque dans les arts décoratifs. La diversité des verts qui colorent les multiples zones forestières, les bleus profonds de l’eau des mille et un lacs, l’éclat du soleil de minuit, la lumière artificielle des jours d’hiver. Cette inspiration nordique est en harmonie avec le style de vie scandinave, la fonctionnalité et la connexion avec la nature et, par chance, les goûts de la clientèle internationale qui semblent évoluer vers cette ambiance “Nature et Découverte“. Le style scandinave du papier peint s'est développé davantage au cours du XXe siècle, s'adaptant aux tendances artistiques et culturelles de l'époque. Les années 1950 et 1960 ont été marquées par une expansion du design scandinave à l'échelle internationale, avec des motifs abstraits, des lignes épurées et l'utilisation de couleurs vives.

UNE HISTOIRE DE PAPIER PEINT

Les entreprises de papiers peints scandinaves sont incontournables sur le marché  international. Elles ont en commun une vision positive du respect de l’environnement, le partage de l’héritage culturel nordique et un potentiel quasi inépuisable de designers exceptionnels. Ces points forts se traduisent par un regain pour ce style et ce, pour notre plus grand plaisir

LE STYLE SCANDINAVE

Si le style est aisément reconnaissable, c’est aussi parce que les sources d’inspirations des designers sont à la fois immuables et particulières : la nature, la lumière, l’espace, les couleurs !                                                   -LES MOTIFS sont, soit géométriques et épurés, les lignes droites et les formes simples, soit inspirés par  la faune, la flore ou les paysages nordiques ; un rappel  de la nature environnante. Ils peuvent être positionnés de manière équilibrée et répétée régulièrement afin de créer une composition harmonieuse.                                                                  Comment l’idée vient au designer ? Karolina Kroon raconte comment l’idée du motif du célèbre papier peint Moa est née : « L'inspiration vient de la Toile de Jouy classique, un motif historique avec beaucoup de détails. J'ai construit une jungle fantastique avec des plantes et des animaux exotiques que j'ai dessinés avec un stylo à encre fine. Enfant, je rêvais beaucoup des tableaux, notamment des tentures murales de ma grand-mère. De la même manière, je veux que les animaux et le paysage du papier peint puissent encourager la conversation et l’imagination ».                                             

- LES COULEURS : elles sont douces et apaisantes. On retrouve fréquemment des tons neutres tels que le blanc, le beige, le gris et le noir, ainsi que des nuances de bleu clair et de vert pastel. Ces couleurs s'inspirent de la nature nordique et contribuent à créer une atmosphère calme et sereine.     -Les matériaux :  la qualité prime, le naturel est valorisé, le produit fini est robuste et les couleurs solides.                                                   -LE DESIGN mise sur la simplicité, la fonctionnalité et l'esthétique épurée, à l’image des principes du mouvement Arts and Crafts, un style qui se retrouve dans le papier peint. Le style n’est pas figé même si des constantes demeurent. Au cours du XXe siècle, le style scandinave du papier peint a évolué pour refléter les tendances artistiques et culturelles de l'époque. Dans les années 1950 et 1960, il connut un essor international, avec des motifs abstraits, des lignes épurées et l'utilisation de couleurs vives. Des designers tels que Stig Lindberg et Arne Jacobsen ont laissé leur empreinte dans le monde du papier peint scandinave.

A SUIVRE

lundi 5 juin 2023

LE SECRET DU ROSE MAGENTA

 MAGENTA, UNE COULEUR SECRETE ET AUDACIEUSE

Le rose magenta est une couleur extra spectrale puisque qu’elle n’existe pas dans l’arc en ciel, le plus simple des spectres. 

Le saviez vous ? Le 18-750, n’apparait qu’en superposant la lumière rouge et la lumière bleue qui sont visibles dans l’arc en ciel. Ce rose est une couleur  poly-chromatiques puisque composée de plusieurs radiations de fréquences différentes, ce qui en fait la richesse, la profondeur et la diversité de ses nuances.

Généralement associée à la créativité, ce rose attire les artistes, tous domaines confondus. Après le célèbre rose shocking de Schiaparelli, il y eut le fourreau rose magenta que porte Marilyn Monroe dans le film "Les hommes préfèrent les blondes ». Ce costume iconique créée par W. Travailla est devenu l'un des plus célèbres de l'histoire du cinéma.


LE MAITRE DES TENDANCES CHROMATIQUES

Lawrence Herbert, chimiste de formation, employé dans les années 50 dans une entreprise de fabrication de cartes de couleurs, imagina un système de correspondance des couleurs d’abord destiné aux imprimeurs qui, à cette  époque, utilisaient des noms fantaisistes ou des codes pour décrire les couleurs, ce qui provoquait immanquablement des erreurs de correspondance et de reproduction dans les couleurs industrielles.


UN NUANCIER INTERNATIONAL

En 1963, Lawrence Herbert fonde Pantone Inc pour commercialiser son système de codification des couleurs afin de normaliser les échanges au niveau des coloris. Le nuancier est composé d’un nombre limité de couleurs de base, chacune avec un numéro de référence (500 au début, 3000 aujourd’hui). 

Le saviez vous? Herbert reçut une commande étonnante. Dans un paquet, il y avait une banane et un petit mot qui expliquait que c’était la couleur exacte recherchée par son client pour sa nouvelle collection de tricot. Herbert lui demanda si la couleur désirée était celle de la banane au moment de l’expédition ou après la réception quelques jours plus tard !


PANTONE® UN POUR TOUS ET TOUS POUR UN

Depuis son lancement, le Pantone Matching System est un standard de l’industrie pour la gestion des couleurs dans l’impression, le design, la mode. Il est utilisé dans le monde entier. Ses références permettent d’assurer une reproduction précise des couleurs quel que soit le support utilisé et la langue de l’interlocuteur.

Le saviez vous? Avant la création des colorants de synthèse, les couleurs étaient obtenues avec des pigments naturels, ce qui impliquait des variations parfois trop visibles d’un teinturier à l’autre suivant les recettes. Au XVIIIe siècle, la littérature nous offre un divertissement inattendu avec le nom des couleurs en vogue au temps de la splendeur de Louis XVI. La palette était, sinon subtile, du moins imagée. Comment ne pas commettre d’erreur dans les commandes lorsque l’on parle de couleur cuisse de nymphe émue, de caca dauphin, de ventre de carmélite, de prune Monsieur, ou encore de boue de Paris ? Un nuancier de référence eut été bienvenu !


VOUS AVEZ DIT PANTONE                                                                        C’est Lawrence Herbert en personne qui aurait choisi le mot Pantone®, en toute logique puisque Pan signifie tout ou complet en grec ce qui s’applique à son système de correspondance des couleurs qu’il voulait complet et inclusif, et Tone, un terme qui fait référence au ton et aux nuances de couleurs.

PANTONE VERSUS ESPERANTO                                                                       Le système Pantone peut être l’Espéranto des couleurs, des systèmes comparables qui permettent de communiquer à travers le monde indépendamment des langues et des cultures. Herbert réussit avec Pantone ce que Zamenhof n’a pas totalement obtenu avec l’Espéranto.

LE  BOOGERT’BOOK                                                                                           Le  "Traité des couleurs servant à la peinture à l’eau“, est un manuscrit daté de 1692. Il s’agit d’un véritable système de classification basé sur un modèle de mélange des couleurs. Boogert livre ses recettes sur la fabrication de celles-ci, avec des instructions détaillées sur la préparation de plus de 800 nuances de couleurs.                                                                                            Le saviez vous? Seul et unique exemplaire sur la colorimétrie connu à ce jour, il s’était endormi dans les rayons de la bibliothèque Méjanes d’Aix en Provence, faute d’amateurs, jusqu’a ce que Kwakkel, chercheur médiéviste néerlandais, le repère, intrigué par le titre dans la base de données de la bibliothèque en 2014. L’ouvrage comprend 800 pages, une par nuances, ce qui en fait un manuscrit pour le moins encombrant mais le plus complet des manuels traitant de la couleur jamais réalisé. Depuis, la célébrité l’a rattrapé et les demandes de consultation augmentant, de nombreuses reproductions circulent dans les bibliothèques à travers le monde.

LA FUCHSINE UNE HISTOIRE  HAUTE EN COULEURS                                                   Les colorants, de synthèse ou artificiels, ont révolutionné l’industrie de la couleur offrant une gamme élargie de nuances éclatantes et solides. Dans les années 1850, les recherches avancèrent simultanément dans plusieurs pays européens.  

LA SERENDIPITÉ PRESIDE A LA NAISSANCE DE LA MAUVEINE                  En 1856, c’est fortuitement qu’un chimiste britannique Perkin, cherchant à synthétiser la quinine, parvint à créer la pourpre d’aniline baptisée mauvéine considéré comme le premier colorant artificiel. En 1858, une substance dérivée du goudron de houille est mise au point par un chimiste lyonnais, Verguin. La formule améliorée permet la fabrication industrielle de ce colorant rose violacé. Le brevet de ce procédé reveandu aux frères Renard, est déposé en 1859. La formule initiale, après avoir subie quelques modifications, servit de base pour de nouveaux colorants de synthèse.                                                                                                

POURQUOI FUCHSINE?                                                                            Charles Plumier, père missionnaire botaniste, découvrit à Saint Domingue en 1696, un petit arbuste nommé par les autochtones “molle ecantu“ ou buisson de beauté. Il  baptisa la plante “fuchsia“, en l'honneur d’un autre botaniste du XVIe siècle, Leonhard Fuchs, pour sa contribution à la botanique et à la classification des plantes, La couleur du colorant de synthèse fut donc baptisée fuchsine pour sa ressemblance avec la couleur rose violacé des fleurs du fuchsia.

POURQUOI ROSE MAGENTA ?                                                                   Ce nom, purement commémoratif, fait référence à la bataille de Magenta, qui s’est déroulée en 1859. C’est la victoire des forces franco-piémontaises menées par Napoléon III face aux autrichiens qui fut célébrée en baptisant magenta ce nouveau colorant chimique découvert peu de temps avant cette bataille. Depuis, l’appellation fuchsine fut abandonnée au profit du magenta.                                                                                              

Le saviez vous ? La fuchsine fut l'une des premières couleurs du système de codification Pantone, sous le nom de «magenta».             

En 2023, le rose magenta est une couleur à la fois sophistiquée et populaire, utilisée aussi bien dans les domaines de la vie quotidienne que pour des occasions exceptionnelles. De l’art à la mode, du design aux produits industriels, le rose magenta poursuit sa route enchantée.

Et c’est fini pour ce post chromatique qui colorera en rose  ce joli printemps

PANTONE CODE 18-750 ?

 VIVA MAGENTA 

Voici venir le joli mois de Mai et, selon le dicton, “en Mai fais ce qu’il te plait“ ; c’est pourquoi je vous dévoile ce qui se cache derrière le code 18-750 du viva magenta, élue couleur de l’année 2023 par la société Pantone. Comme chaque année depuis 2000, Pantone propose une couleur sensée représenter l'esprit d’une époque, les tendances, les influences culturelles et les émotions du moment. Elle devient alors une source d’inspiration pour les designers et les créateurs du monde entier.

Le saviez vous? En 2021, Pantone sélectionna Ultimate Gray PANTONE 17-5104 et Illuminating PANTONE 13-0647, deux couleurs qui symbolisent la force et l'espoir, ainsi que la résilience et l'énergie, en réponse aux défis mondiaux. 


PANTONE UN OUTIL MARKETING INCONTOURNABLE

Une couleur savamment choisie est, pour les industriels, un formidable booster commercial.  


LA VIE EN ROSE POUR 2023 ?

Si 2023 s’annonce morose sinon conflictuelle et c’est là un doux euphémisme, un vent d’optimisme pourrait souffler sur la mode et la décoration d’intérieurs, véhiculé par le captivant, séduisant, sulfureux et anti-conformiste rose magenta. 


LA SUBJECTIVITÉ DES COULEURS

Le mécanisme qui régit la vision étant le même pour tous les individus, il faut tenir compte des paramètres qui provoquent des différences d’appréhension des nuances et parfois des couleurs : la vue, la lumière, le vocabulaire, la civilisation. 


QUESTION DE VOCABULAIRE 

Le système Pantone propose à ses clients une large sélection de nuances et de tons pour chaque couleur. 

La teinte se réfère à la couleur de base sans modification.

La nuance se réfère à une variation subtile d’une couleur obtenue en mélangeant ou en ajoutant d’autres couleurs.

Le mélange de rouge et de bleu donne, suivant les proportions, une infinité de nuances. Ce rose magenta se met à nu avec délicatesse, sérénité ou fougue. Si le langage des couleurs est normatif, il demeure  néanmoins très subjectif.  

Ce magenta aurait, pour certains, un effet tranquillisant, susceptible de faire baisser le niveau d’agressivité. Pour d’autres, il favoriserait l’activité, développerait la confiance en soi, symboliserait l’amour, l’affection… Pour moi, il est simplement merveilleusement aimable.

Le ton se réfère à la clarté ou à l’obscurité d’une couleur.


LE POUVOIR DES COULEURS SUR NOTRE INCONSCIENT

Les couleurs perçues par nos yeux et transmises à notre cerveau, influencent notre psyché en activant les parties du cortex liées aux souvenirs et aux émotions. 

Des émotions colorées : les couleurs chaudes comme le jaune et l'orange évoquent la joie et la chaleur, les couleurs froides comme le vert et le bleu  donnent une impression de fraîcheur et de calme.

Le saviez vous?  Le choix du rose magenta était significatif pour le peintre Mark Rothko, qui considérait que la couleur était un outil de communication, permettant de transmettre des émotions et des sentiments profonds. Le rose magenta, en particulier, peut être interprété comme une couleur évoquant l'énergie, la passion et l’intensité. Son œuvre est toute entière basée sur le pouvoir émotionnel de la couleur. Pour les curieux, j’ai trouvé sa composition n° 13  Magenta, noir, vert sur orange.

Une perception détournée : les couleurs claires ou foncées, chaudes ou froides, peuvent modifier notre perception de l'espace et de la taille, ou créer des illusions d’optique.

Le saviez vous? Les couleurs savamment sélectionnées agissent sur le comportement du consommateur : le rouge est utilisé en marketing pour inciter le client à l’achat.

Des symboles : le langage des couleurs est parsemé de symboles culturels.  Ainsi le blanc est-il choisi pour les robes de mariée en Occident, mais c’est le rouge en Chine, le violet était jadis la couleur du deuil, le noir est lié à la tristesse alors que le blanc est la couleur du deuil en Inde, les comédiens superstitieux évitent le vert maléfique en France alors que c’est le violet  pour les italiens…

Le saviez vous? Les publicitaires jouent avec les couleurs. Ainsi, les grandes marques de produits de luxe ou de consommation courante sont souvent associées à une couleur : le rouge pour Ferrari ou Louboutin, le bleu pour les cigarettes Gitanes, l’orange pour Hermes… 


A SUIVRE



lundi 1 mai 2023

CHAPEAU LA PAjA TOQUILLA!

 UN COUP DE CHAPEAU A LA VANNERIE 

Bien qu’en Avril le dicton incite à ne pas se découvrir d’un fil, j’ai choisi de vous faire découvrir au fil des siècles la rocambolesque histoire du mythique panama, peut-être le plus célèbre des articles de vannerie.Comment un banal chapeau de paille est-il devenu un « must to have » ? C’est précisément la raison de ce postal. Depuis la préhistoire, sous des formes différentes et des noms d’emprunt, il a traversé les océans, conquis les populations des cinq continents, permis de financer une révolution, résisté aux crises économiques et vaillamment tenu tête à la concurrence des produits industriels. De fait, il est intimement lié à l’histoire de l’Equateur. 


LA VANNERIE UNE, TECHNIQUE PLUS ANCIENNE QUE LE TISSAGE  

« L’enchevêtrement des fibres d’un panier ou celui d’une étoffe peuvent être identiques sans qu’on les considère comme appartenant à la même catégorie technique » Leroi-Gourhan

Le saviez-vous ? Vannerie, de van, terme emprunté au latin vannus : panier en osier à fond plat utilisé jadis par les paysans pour séparer les bons grains de l’ivraie. 

Le vannier tresse des fibres discontinues et flexibles à mains nues pour fabriquer des objets domestiques servant à transporter, stocker, pêcher, filtrer, presser, éventer, sécher, dormir, se parer, et parfois se vêtir. Le tisserand entrecroise dans un certain ordre des fils souples et continus à l’aide d’un matériel et d’outils plus ou moins sophistiqués pour obtenir un tissu à usages multiples.


LA STAR DES CHAPEAUX DE SOLEIL ET LE CHAPEAU DES STARS

Ce n’est pas une couronne mais un chapeau de paille, écru ou blanc, à bord plus ou moins large, ceinturé d’un gros-grain de couleur, qui couvre les têtes de bien des personnalités du monde politique et de l’univers artistique. Leur notoriété joua un rôle certain dans l’accession à la postérité de cet accessoire. Cependant, cela me semble insuffisant pour comprendre cet engouement de toutes les catégories de population. Une part de mystère subsiste…   

Le saviez-vous ? Napoléon 1er emporta, lors de son exil à Ste Hélène, son bicorne à cocarde tricolore et un panama, probablement un montecristi superfino. Lorsqu’il sortait au jardin, il revêtait une veste et un pantalon de nankin sans oublier son panama. Cette tenue amusait les jardiniers et l’empereur souhaita que chacun d’eux possède aussi sont petit chapeau de paille.


USURPATION D’IDENTITE

Au-delà de la légende, une ombre plane sur ce “sombre héros“ : l’appellation « panama », apparue au XIXe siècle, résulte d’une méprise. Les exportations vers l’Europe, l’Asie ou les Etats unis, des produits fabriqués en Equateur empruntèrent, des siècles durant, la seule route possible qui passait par l’isthme de Panama. Les colis étaient estampillé Panama par les douaniers, seule information à destination des clients, le lieu de fabrication étant effacé au profit du lieu d’expédition. 


RENDRE A CESAR…

La logique voudrait donc que l’on parle d’un équateur et non d’un panama, mais changer les habitudes est plus difficile que changer de nom. En Equateur, c’est encore et pour toujours, le sombrero de paja toquilla. Seuls les touristes parlent de panama.


BIS REPETITA OU PRESQUE

Voir la paille dans l’œil de son voisin et ne pas voir la poutre dans le sien. Ce proverbe ne s’appliquerait-il pas aux équatoriens ? Le sublime panama superfino montecristi, bien que fabriqué dans le village de Pile, est commercialisé dans la ville voisine de Montécristi. Cette fois encore, le lieu de commercialisation l’emporte sur le lieu de production.


OFFICIALISATION D’UN MALENTENDU

En 2012, le “panama palm hat“ fut classé au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Comment ne pas regretter que la terminologie panama soit, de fait, considérée comme acquise ? 


TROMPETTES DE LA RENOMMEE SONNEZ !

La renommée internationale du panama, acquise au XIXe siècle, ne s’est jamais démentie. En 1944, ce couvre-chef devint le plus important produit d’exportation d’Equateur. En 2009, l’institut équatorien de la propriété intellectuelle reconut l’Appellation d’Origine Contrôlée du panama (à condition de respecter le tressage manuel, l’utilisation exclusive des fibres du carludovica palmata et la fabrication dans une localité équatorienne).  En 2012, ce fut l’apothéose avec la consécration du panama hat par l’Unesco.


« LE PANAMA HAT » N’EST PAS A UN PARADOXE PRES

Le chapeau de fine paille, accessoire emblématique des classes populaires amérindiennes, est devenu au fil des siècles, un article de luxe et même de grand luxe ; le summum de l’élégance, une pièce incontournable du vestiaire des dandy et le compagnon de tête préféré des globe-trotter, élégants jusqu’au « sommet ». 

Le saviez-vous ?  La valeur d’un montecristi « ultrafino » peut atteindre des sommes faramineuses qui dépassent l’entendement. On raconte qu’en 1934, au casino de Monté Carlo, un joueur de Baccarat à court de liquidité proposa son montecristi ultrafino modèle Fedora avec un ruban bordeaux, en guise de mise de 1 000 $.  La direction accepta, le joueur impénitent mais chanceux, joua gagna et garda son chapeau de paille.


DE LA FORET EQUATORIALE AUX PODIUM DES FASHION WEEKS 

A l’époque pré-hispanique, Les recherches archéologiques de la culture Valdivia en Équateur prouvent l’existence de coiffes en paille, tressés dès l’an 4 000 av. J.C. Les amérindiens avaient à leur disposition de nombreux végétaux qu’ils utilisaient pour se vêtir et se protéger. Les feuilles du latanier et du bombanaxa servaient au tressage des premiers « sombrero de paille » puis, délaissées à cause de leur fragilité, elles furent remplacées par les feuilles du palmier Astrocaryum standleyanum ou mocora  qui peut atteindre 15 m de haut et dont le  tronc  est hérissé d’épines. Pour contourner cet « obstacle » les indigènes fixaient un outil tranchant au bout d’une longue perche pour récupérer les feuilles qui, découpées en fines lanières, bouillies puis séchées, servaient à tresser les sombreros de paja mocora.  La paille fine et solide fournie par une herbacée endémique de la région de Manabi, de la famille des cyclanthaceaes, sorte de palmier sans tronc aux larges feuilles en forme d ‘éventail est, aujourd’hui encore, toujours utilisée. 

En 1532, les conquistadors qui débarquèrent en Equateur furent intrigués par les curieux vêtements qui couvraient la tête des natives. Il s’agissait de coiffes en paille tressée en forme d’ailes, destinées à protéger la tête, la nuque et les épaules des paysans, du soleil comme de la pluie.  

 Le saviez-vous ? Les étrangers comparaient la finesse du tressage et la forme particulière de ces protections solaires, aux ailes des chauves-souris. ils allèrent jusqu’à imaginer qu’elles étaient fabriquées avec la peau des ailes de ces chiroptères. Cette idée fut rapidement chassée lorsque, à leur tour, ils adoptèrent ce chapeau de paille plus léger et mieux adapté au climat que leur casques. 

Au XVIIe siècle :

En 1636, Fransico Delgado, entrepreneur espagnol venu s’installer en Equateur, vit le potentiel économique des sombreros de paja toquilla. Visionnaire, il « révolutionna » l’artisanat local, créa des ateliers structurés à Montecristi, ville qui, depuis, est un des principaux centres de fabrication de panama, la paille mocora  étant remplacé par la paille des cyclanthaceaes, le  modèle de coiffe à « deux pans »  fut  abandonné pour une forme plus occidentale, une petite toque, d’où l’appellation sombrero paja toquilla ou petite toque en paille.

  XVIIIe siècle : Charles IV, roi d’Espagne, commanda aux colons ces petits chapeaux de paille pour son épouse Ludovica. La noblesse n’eut de cesse d’imiter la coiffure de leur reine. Curieux, le roi envoya deux éminents botanistes en Equateur pour obtenir une description précise de cette plante qui servait à la fabrication de ces sombrero. A leur retour, ils donnèrent une description minutieuse de la cyclanthaceae. C’est donc en hommage au roi et à son épouse que cette herbacée fut baptisée carludovica palmata.

1867. Lors de l'exposition universelle de Paris, le Panama invité à exposer ses produits, offrit à Napoleon III un sombrero de paja toquilla. L'erreur fut alors consommée car l'Equateur n’était pas inscrit sur la liste des nations représentées à Paris. Le panama ne fit jamais amende honorable et laissa la légende étendre son aura sur le vaste monde de la mode. Les journalistes firent leur travail en décrivant l'empereur arborant un chapeau de paille du Panama. Son épouse Eugenie de Montija resta fidèle au chapeau de paille d’Italie aux larges bords, comme le montre ses nombreux portraits réalisés par le peintre Winterhalter.

Le saviez-vous ? Le canotier, chapeau de paille rigide, fut concurrencé par le panama plus moderne, plus souple, et si pratique pour les voyageurs. Les parisiens, friands de nouveautés, se laissèrent convaincre par ce nouveau venu et cet engouement laissa un trace que les artistes reprirent à l’unisson en chantant les belles romances de Paname.

1870.  Eloy Alfaro Delgado prit la direction de l’entreprise familiale basée à Montecristi tout en ayant des prétentions politiques. Contraint à l’exil, il se réfugia au Panama où il ouvrit un comptoir d’import-export de chapeaux de paille qui lui permit d’écouler la production des ateliers équatoriens vers l’Europe, l’Asie et les Etats Unis. Delgado utilisa les bénéfices tirés des ventes de panama pour financer le soulèvement populaire équatorien de 1870.  Il fut, à deux reprises, élu président de la république équatorienne.  

En 1880, débuta le gigantesque chantier du percement du canal de Panama qui se termina en 1914.  Des milliers d'ouvriers y travaillèrent, dont de nombreux équatoriens venus en voisins, avec leur sombrero. A la suite de bon nombre d’insolations et de malaises, les autorités sanitaires imposèrent à tous les ouvriers le port d'un chapeau pour se protéger du soleil. Le sombrero de paja toquilla, adopté par les ouvriers, devint la vedette du chantier du canal de Panama. 

Vous le saviez ! Nul ne fit allusion à l’Equateur, encore écarté du succès.

1882. Naissance de la légende de l’iconique modèle Fédora de la maison Borsalino, qui sera décliné ensuite en fine paille. C’est à la grande Sarah Bernhardt que ce modèle doit son aura.  C’est, en effet, coiffée d’un feutre mou que l’actrice joua le rôle de Fédora dans la pièce éponyme de Victorien Sardou. Qu’importe si son chapeau n’avait pas la forme du Fédora d’aujourd’hui, les légendes ont la vie dure.

 Le saviez-vous ?  On raconte que le creux, ou pli central, qui caractérise le dessus du Fédora fut inspiré à Monsieur Borsalino par les coups de matraque que les policiers assénaient sur la tête des partisans de l’unification italienne, écrasant leurs chapeaux lors des violentes répressions des manifestations pour l’unification de l’Italie. 

En 1906, lors de sa visite au chantier du canal de Panama, la direction offrit un sombrero de paja toquilla à Théodore Roosevelt. Lorsqu’il répondit aux acclamations de la foule, il la salua à son tour en agitant la main qui tenait son chapeau de paille. Sur la photo iconique du président des Etats-Unis à Panama c’est surtout l’image de son panama hat qui fit le tour du monde. Alea jacta es, les équatoriens ne pouvaient plus redresser la barre.

Le 7ème art fit la part belle au panama hat, qui parvint à chiper la vedette aux stars, notamment à Paul Newman, dans “the long hot summer“, ou encore à Dirk Bogard dans “Mort à Venise“.

Les grands noms de la haute couture internationale n’hésitent pas à faire défiler sur les podium des mannequins coiffés d’un panama montécristi ou cuenca, portant ostensiblement le sigle de leur propre marque. Ce signal est un blanc sein pour les fashionistas.


LA BANDE DES TROIS : LE BASIQUE BRISA - LE CLASSIQUE CUENCA - LE TRES SOPHISTIQUE MONTECRISTI  

Il existe trois types de panama protégés par une A.O.C. Ils se différencient par le « point » de tressage, le diamètre des fibres et leur couleur, mais ils ont en commun une fabrication dans une localité équatorienne, un usage exclusif de la paja Ludovica palmata et un tressage manuel. Selon la finesse des fibres, la fabrication d’un chapeau peut prendre entre deux jours et quelques mois. Mais avant que celui-ci ne prenne forme, il y un travail complexe de préparation des fibres.

Les trois critères de qualité sont : l’homogèneïté de la couleur, la finesse de la fibre et la régularité du tressage.  

Le brisa est le panama le moins onéreux, mais il respecte les points forts de la tradition. Le tressage est similaire à l’armure panama utilisée par les tisserands. Il en résulte une succession de petits carrés, la souplesse des fibres est relative, c’est pourquoi il ne peut se rouler ni se plier sans dommages irréversibles. 

Le cuenca est vraiment produit dans la ville de Cuenca. C’est un article moyen de gamme, caractérisé par un tressage en chevrons, avec une paille fine, d’un blanc pur. Le blanchiment se fait en deux temps :  la paille est bouillie pour éliminer la chlorophylle, puis blanchie à la javel. Les ouvriers travaillent assis pour le brisa et le cuenca. Le stock important permet un achat immédiat.   

Le montecristi est un chapeau de paille hors normes tant au niveau de la qualité que du prix. Il existe trois qualités qui se distinguent par la finesse du tressage le fino, le superfino et l’utrafino. Les artisans respectent la tradition ancestrale : ils travaillent debout penchés sur leur ouvrage, les fibres sont toujours séchées à l’air libre ; certains disent à la pleine lune, puis blanchies à la fumée de souffre pour éliminer la chlorophylle, ce qui explique la couleur ivoire et non un blanc pur. Le rythme du travail se calque sur celui de l’ouvrier, pas sur celui de la machine. 

Le saviez-vous ?  C’est in the pocket ! Plus le tressage est serré, plus les fibres sont fines, plus l’article est souple et léger plus la magie opère : on peut faire d’un panama montecristi un origami : le plier et le déplier sans dommage collatéral. 

Du merveilleux, passons à l’extraordinaire superfino montecristi que seuls quelques artisans aguerris sont encore en mesure d’exécuter. Considéré par les professionnels comme une pièce d’exception comparable au chef d’œuvre des compagnons. Ces articles sont généralement tressés avec une seule feuille de carludovica palmata, en sachant qu’elle peut atteindre jusqu’à 6 m de long . Le tressage peut durer quelques mois, parfois plus d’une année, le prix est en conséquence. Pour toutes ces raisons, ces articles d’exception ne sont fabriqués que sur commande. 


LA MAINTENANCE EST DE MISE 

Si votre sombrero de papa toquilla a trop voyagé, s'il est fatigué, si vous le trouvez hors d'usage, vous pouvez le retourner à l'atelier où il sera remis à neuf. Une seconde jeunesse, les rides effacées, la blancheur retrouvée.

En attendant, vaporisez la calotte et les bords avec une eau fraîche et repassez au fer doux le rebord, puis laissez reposer à l'ombre. Autre solution : achetez directement deux panamas.


A CHACUN LE SIEN : LE PINTAO SYMBOLE IDENTITAIRE PANAMEEN

Un chapeau de paille ivoire, souligné de fines rayures noires ou brunes. Contrairement au sombrero de paja toquilla tressé d’un seul bloc, le sombrero pintâo est composé de plusieurs tresses cousues en spirales sur une forme en bois. Le sombrero “pintâo“ ou chapeau peint, est porté traditionnellement par les panaméens. Seul le touriste non averti en visite au Panama se contente d’un panama : double erreur.


 EPILOGUE : TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN

Après le panama en 2012, c’est le sombrero pintâo qui fut classé au patrimoine immatériel de l’humanité par UNESCO en 2017.


POST CRIPTUM : LE MYSTERE DE LA BOTTE SECRETE   DU PANAMA

Mais pourquoi les stars adoptent-elles ce couvre-chef plutôt qu’un autre ?  Après avoir fait des recherches pour écrire ce post, le mystère s’éclaircit. Plus qu’un phénomène de mode, plus qu’un article fonctionnel qui se plie et se déplie sans broncher, il attire l’attention, il passionne l’auditoire, il ravit les curieux, il étonne par son CV prestigieux, il se découvre pour vous.

Le saviez-vous ?  Ces trois “fossettes“, des creux visibles de chaque côté et au milieu contribuent au confort du panama ; elles permettent de le saisir facilement d’une seule main pour l’enlever.

Cet objet, a priori inanimé, a-t-il donc une âme ?  Peut-être !  Entre ses mailles, se cachent un condensé de sensations, d’émotions, de sensualité que les artistes ou les politiciens de haut vol à la sensibilité exacerbée peuvent percevoir. Chaque authentique sombrero de paja toquilla est une pièce unique, chaque artisan parsème chacun de ses ouvrages de son savoir-faire, chaque heureux possesseur d’un panama partage cet héritage culturel et, oserais-je dire, cela n’a pas de prix ?

Le saviez-vous ? Certains panama montecristi portent la signature de l’artisan. En 2008, Simon Espinal, un artisan de Pile, village proche de la ville de Montécristi, tressa « The Hat »,  le panama superfino montecristi le plus fin jamais réalisé et le plus cher jamais mis sur le marché ; chef d’œuvre d’une vie, évalué à 100 000$.