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lundi 5 juin 2023

LE SECRET DU ROSE MAGENTA

 MAGENTA, UNE COULEUR SECRETE ET AUDACIEUSE

Le rose magenta est une couleur extra spectrale puisque qu’elle n’existe pas dans l’arc en ciel, le plus simple des spectres. 

Le saviez vous ? Le 18-750, n’apparait qu’en superposant la lumière rouge et la lumière bleue qui sont visibles dans l’arc en ciel. Ce rose est une couleur  poly-chromatiques puisque composée de plusieurs radiations de fréquences différentes, ce qui en fait la richesse, la profondeur et la diversité de ses nuances.

Généralement associée à la créativité, ce rose attire les artistes, tous domaines confondus. Après le célèbre rose shocking de Schiaparelli, il y eut le fourreau rose magenta que porte Marilyn Monroe dans le film "Les hommes préfèrent les blondes ». Ce costume iconique créée par W. Travailla est devenu l'un des plus célèbres de l'histoire du cinéma.


LE MAITRE DES TENDANCES CHROMATIQUES

Lawrence Herbert, chimiste de formation, employé dans les années 50 dans une entreprise de fabrication de cartes de couleurs, imagina un système de correspondance des couleurs d’abord destiné aux imprimeurs qui, à cette  époque, utilisaient des noms fantaisistes ou des codes pour décrire les couleurs, ce qui provoquait immanquablement des erreurs de correspondance et de reproduction dans les couleurs industrielles.


UN NUANCIER INTERNATIONAL

En 1963, Lawrence Herbert fonde Pantone Inc pour commercialiser son système de codification des couleurs afin de normaliser les échanges au niveau des coloris. Le nuancier est composé d’un nombre limité de couleurs de base, chacune avec un numéro de référence (500 au début, 3000 aujourd’hui). 

Le saviez vous? Herbert reçut une commande étonnante. Dans un paquet, il y avait une banane et un petit mot qui expliquait que c’était la couleur exacte recherchée par son client pour sa nouvelle collection de tricot. Herbert lui demanda si la couleur désirée était celle de la banane au moment de l’expédition ou après la réception quelques jours plus tard !


PANTONE® UN POUR TOUS ET TOUS POUR UN

Depuis son lancement, le Pantone Matching System est un standard de l’industrie pour la gestion des couleurs dans l’impression, le design, la mode. Il est utilisé dans le monde entier. Ses références permettent d’assurer une reproduction précise des couleurs quel que soit le support utilisé et la langue de l’interlocuteur.

Le saviez vous? Avant la création des colorants de synthèse, les couleurs étaient obtenues avec des pigments naturels, ce qui impliquait des variations parfois trop visibles d’un teinturier à l’autre suivant les recettes. Au XVIIIe siècle, la littérature nous offre un divertissement inattendu avec le nom des couleurs en vogue au temps de la splendeur de Louis XVI. La palette était, sinon subtile, du moins imagée. Comment ne pas commettre d’erreur dans les commandes lorsque l’on parle de couleur cuisse de nymphe émue, de caca dauphin, de ventre de carmélite, de prune Monsieur, ou encore de boue de Paris ? Un nuancier de référence eut été bienvenu !


VOUS AVEZ DIT PANTONE                                                                        C’est Lawrence Herbert en personne qui aurait choisi le mot Pantone®, en toute logique puisque Pan signifie tout ou complet en grec ce qui s’applique à son système de correspondance des couleurs qu’il voulait complet et inclusif, et Tone, un terme qui fait référence au ton et aux nuances de couleurs.

PANTONE VERSUS ESPERANTO                                                                       Le système Pantone peut être l’Espéranto des couleurs, des systèmes comparables qui permettent de communiquer à travers le monde indépendamment des langues et des cultures. Herbert réussit avec Pantone ce que Zamenhof n’a pas totalement obtenu avec l’Espéranto.

LE  BOOGERT’BOOK                                                                                           Le  "Traité des couleurs servant à la peinture à l’eau“, est un manuscrit daté de 1692. Il s’agit d’un véritable système de classification basé sur un modèle de mélange des couleurs. Boogert livre ses recettes sur la fabrication de celles-ci, avec des instructions détaillées sur la préparation de plus de 800 nuances de couleurs.                                                                                            Le saviez vous? Seul et unique exemplaire sur la colorimétrie connu à ce jour, il s’était endormi dans les rayons de la bibliothèque Méjanes d’Aix en Provence, faute d’amateurs, jusqu’a ce que Kwakkel, chercheur médiéviste néerlandais, le repère, intrigué par le titre dans la base de données de la bibliothèque en 2014. L’ouvrage comprend 800 pages, une par nuances, ce qui en fait un manuscrit pour le moins encombrant mais le plus complet des manuels traitant de la couleur jamais réalisé. Depuis, la célébrité l’a rattrapé et les demandes de consultation augmentant, de nombreuses reproductions circulent dans les bibliothèques à travers le monde.

LA FUCHSINE UNE HISTOIRE  HAUTE EN COULEURS                                                   Les colorants, de synthèse ou artificiels, ont révolutionné l’industrie de la couleur offrant une gamme élargie de nuances éclatantes et solides. Dans les années 1850, les recherches avancèrent simultanément dans plusieurs pays européens.  

LA SERENDIPITÉ PRESIDE A LA NAISSANCE DE LA MAUVEINE                  En 1856, c’est fortuitement qu’un chimiste britannique Perkin, cherchant à synthétiser la quinine, parvint à créer la pourpre d’aniline baptisée mauvéine considéré comme le premier colorant artificiel. En 1858, une substance dérivée du goudron de houille est mise au point par un chimiste lyonnais, Verguin. La formule améliorée permet la fabrication industrielle de ce colorant rose violacé. Le brevet de ce procédé reveandu aux frères Renard, est déposé en 1859. La formule initiale, après avoir subie quelques modifications, servit de base pour de nouveaux colorants de synthèse.                                                                                                

POURQUOI FUCHSINE?                                                                            Charles Plumier, père missionnaire botaniste, découvrit à Saint Domingue en 1696, un petit arbuste nommé par les autochtones “molle ecantu“ ou buisson de beauté. Il  baptisa la plante “fuchsia“, en l'honneur d’un autre botaniste du XVIe siècle, Leonhard Fuchs, pour sa contribution à la botanique et à la classification des plantes, La couleur du colorant de synthèse fut donc baptisée fuchsine pour sa ressemblance avec la couleur rose violacé des fleurs du fuchsia.

POURQUOI ROSE MAGENTA ?                                                                   Ce nom, purement commémoratif, fait référence à la bataille de Magenta, qui s’est déroulée en 1859. C’est la victoire des forces franco-piémontaises menées par Napoléon III face aux autrichiens qui fut célébrée en baptisant magenta ce nouveau colorant chimique découvert peu de temps avant cette bataille. Depuis, l’appellation fuchsine fut abandonnée au profit du magenta.                                                                                              

Le saviez vous ? La fuchsine fut l'une des premières couleurs du système de codification Pantone, sous le nom de «magenta».             

En 2023, le rose magenta est une couleur à la fois sophistiquée et populaire, utilisée aussi bien dans les domaines de la vie quotidienne que pour des occasions exceptionnelles. De l’art à la mode, du design aux produits industriels, le rose magenta poursuit sa route enchantée.

Et c’est fini pour ce post chromatique qui colorera en rose  ce joli printemps

PANTONE CODE 18-750 ?

 VIVA MAGENTA 

Voici venir le joli mois de Mai et, selon le dicton, “en Mai fais ce qu’il te plait“ ; c’est pourquoi je vous dévoile ce qui se cache derrière le code 18-750 du viva magenta, élue couleur de l’année 2023 par la société Pantone. Comme chaque année depuis 2000, Pantone propose une couleur sensée représenter l'esprit d’une époque, les tendances, les influences culturelles et les émotions du moment. Elle devient alors une source d’inspiration pour les designers et les créateurs du monde entier.

Le saviez vous? En 2021, Pantone sélectionna Ultimate Gray PANTONE 17-5104 et Illuminating PANTONE 13-0647, deux couleurs qui symbolisent la force et l'espoir, ainsi que la résilience et l'énergie, en réponse aux défis mondiaux. 


PANTONE UN OUTIL MARKETING INCONTOURNABLE

Une couleur savamment choisie est, pour les industriels, un formidable booster commercial.  


LA VIE EN ROSE POUR 2023 ?

Si 2023 s’annonce morose sinon conflictuelle et c’est là un doux euphémisme, un vent d’optimisme pourrait souffler sur la mode et la décoration d’intérieurs, véhiculé par le captivant, séduisant, sulfureux et anti-conformiste rose magenta. 


LA SUBJECTIVITÉ DES COULEURS

Le mécanisme qui régit la vision étant le même pour tous les individus, il faut tenir compte des paramètres qui provoquent des différences d’appréhension des nuances et parfois des couleurs : la vue, la lumière, le vocabulaire, la civilisation. 


QUESTION DE VOCABULAIRE 

Le système Pantone propose à ses clients une large sélection de nuances et de tons pour chaque couleur. 

La teinte se réfère à la couleur de base sans modification.

La nuance se réfère à une variation subtile d’une couleur obtenue en mélangeant ou en ajoutant d’autres couleurs.

Le mélange de rouge et de bleu donne, suivant les proportions, une infinité de nuances. Ce rose magenta se met à nu avec délicatesse, sérénité ou fougue. Si le langage des couleurs est normatif, il demeure  néanmoins très subjectif.  

Ce magenta aurait, pour certains, un effet tranquillisant, susceptible de faire baisser le niveau d’agressivité. Pour d’autres, il favoriserait l’activité, développerait la confiance en soi, symboliserait l’amour, l’affection… Pour moi, il est simplement merveilleusement aimable.

Le ton se réfère à la clarté ou à l’obscurité d’une couleur.


LE POUVOIR DES COULEURS SUR NOTRE INCONSCIENT

Les couleurs perçues par nos yeux et transmises à notre cerveau, influencent notre psyché en activant les parties du cortex liées aux souvenirs et aux émotions. 

Des émotions colorées : les couleurs chaudes comme le jaune et l'orange évoquent la joie et la chaleur, les couleurs froides comme le vert et le bleu  donnent une impression de fraîcheur et de calme.

Le saviez vous?  Le choix du rose magenta était significatif pour le peintre Mark Rothko, qui considérait que la couleur était un outil de communication, permettant de transmettre des émotions et des sentiments profonds. Le rose magenta, en particulier, peut être interprété comme une couleur évoquant l'énergie, la passion et l’intensité. Son œuvre est toute entière basée sur le pouvoir émotionnel de la couleur. Pour les curieux, j’ai trouvé sa composition n° 13  Magenta, noir, vert sur orange.

Une perception détournée : les couleurs claires ou foncées, chaudes ou froides, peuvent modifier notre perception de l'espace et de la taille, ou créer des illusions d’optique.

Le saviez vous? Les couleurs savamment sélectionnées agissent sur le comportement du consommateur : le rouge est utilisé en marketing pour inciter le client à l’achat.

Des symboles : le langage des couleurs est parsemé de symboles culturels.  Ainsi le blanc est-il choisi pour les robes de mariée en Occident, mais c’est le rouge en Chine, le violet était jadis la couleur du deuil, le noir est lié à la tristesse alors que le blanc est la couleur du deuil en Inde, les comédiens superstitieux évitent le vert maléfique en France alors que c’est le violet  pour les italiens…

Le saviez vous? Les publicitaires jouent avec les couleurs. Ainsi, les grandes marques de produits de luxe ou de consommation courante sont souvent associées à une couleur : le rouge pour Ferrari ou Louboutin, le bleu pour les cigarettes Gitanes, l’orange pour Hermes… 


A SUIVRE



lundi 1 mai 2023

CHAPEAU LA PAjA TOQUILLA!

 UN COUP DE CHAPEAU A LA VANNERIE 

Bien qu’en Avril le dicton incite à ne pas se découvrir d’un fil, j’ai choisi de vous faire découvrir au fil des siècles la rocambolesque histoire du mythique panama, peut-être le plus célèbre des articles de vannerie.Comment un banal chapeau de paille est-il devenu un « must to have » ? C’est précisément la raison de ce postal. Depuis la préhistoire, sous des formes différentes et des noms d’emprunt, il a traversé les océans, conquis les populations des cinq continents, permis de financer une révolution, résisté aux crises économiques et vaillamment tenu tête à la concurrence des produits industriels. De fait, il est intimement lié à l’histoire de l’Equateur. 


LA VANNERIE UNE, TECHNIQUE PLUS ANCIENNE QUE LE TISSAGE  

« L’enchevêtrement des fibres d’un panier ou celui d’une étoffe peuvent être identiques sans qu’on les considère comme appartenant à la même catégorie technique » Leroi-Gourhan

Le saviez-vous ? Vannerie, de van, terme emprunté au latin vannus : panier en osier à fond plat utilisé jadis par les paysans pour séparer les bons grains de l’ivraie. 

Le vannier tresse des fibres discontinues et flexibles à mains nues pour fabriquer des objets domestiques servant à transporter, stocker, pêcher, filtrer, presser, éventer, sécher, dormir, se parer, et parfois se vêtir. Le tisserand entrecroise dans un certain ordre des fils souples et continus à l’aide d’un matériel et d’outils plus ou moins sophistiqués pour obtenir un tissu à usages multiples.


LA STAR DES CHAPEAUX DE SOLEIL ET LE CHAPEAU DES STARS

Ce n’est pas une couronne mais un chapeau de paille, écru ou blanc, à bord plus ou moins large, ceinturé d’un gros-grain de couleur, qui couvre les têtes de bien des personnalités du monde politique et de l’univers artistique. Leur notoriété joua un rôle certain dans l’accession à la postérité de cet accessoire. Cependant, cela me semble insuffisant pour comprendre cet engouement de toutes les catégories de population. Une part de mystère subsiste…   

Le saviez-vous ? Napoléon 1er emporta, lors de son exil à Ste Hélène, son bicorne à cocarde tricolore et un panama, probablement un montecristi superfino. Lorsqu’il sortait au jardin, il revêtait une veste et un pantalon de nankin sans oublier son panama. Cette tenue amusait les jardiniers et l’empereur souhaita que chacun d’eux possède aussi sont petit chapeau de paille.


USURPATION D’IDENTITE

Au-delà de la légende, une ombre plane sur ce “sombre héros“ : l’appellation « panama », apparue au XIXe siècle, résulte d’une méprise. Les exportations vers l’Europe, l’Asie ou les Etats unis, des produits fabriqués en Equateur empruntèrent, des siècles durant, la seule route possible qui passait par l’isthme de Panama. Les colis étaient estampillé Panama par les douaniers, seule information à destination des clients, le lieu de fabrication étant effacé au profit du lieu d’expédition. 


RENDRE A CESAR…

La logique voudrait donc que l’on parle d’un équateur et non d’un panama, mais changer les habitudes est plus difficile que changer de nom. En Equateur, c’est encore et pour toujours, le sombrero de paja toquilla. Seuls les touristes parlent de panama.


BIS REPETITA OU PRESQUE

Voir la paille dans l’œil de son voisin et ne pas voir la poutre dans le sien. Ce proverbe ne s’appliquerait-il pas aux équatoriens ? Le sublime panama superfino montecristi, bien que fabriqué dans le village de Pile, est commercialisé dans la ville voisine de Montécristi. Cette fois encore, le lieu de commercialisation l’emporte sur le lieu de production.


OFFICIALISATION D’UN MALENTENDU

En 2012, le “panama palm hat“ fut classé au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Comment ne pas regretter que la terminologie panama soit, de fait, considérée comme acquise ? 


TROMPETTES DE LA RENOMMEE SONNEZ !

La renommée internationale du panama, acquise au XIXe siècle, ne s’est jamais démentie. En 1944, ce couvre-chef devint le plus important produit d’exportation d’Equateur. En 2009, l’institut équatorien de la propriété intellectuelle reconut l’Appellation d’Origine Contrôlée du panama (à condition de respecter le tressage manuel, l’utilisation exclusive des fibres du carludovica palmata et la fabrication dans une localité équatorienne).  En 2012, ce fut l’apothéose avec la consécration du panama hat par l’Unesco.


« LE PANAMA HAT » N’EST PAS A UN PARADOXE PRES

Le chapeau de fine paille, accessoire emblématique des classes populaires amérindiennes, est devenu au fil des siècles, un article de luxe et même de grand luxe ; le summum de l’élégance, une pièce incontournable du vestiaire des dandy et le compagnon de tête préféré des globe-trotter, élégants jusqu’au « sommet ». 

Le saviez-vous ?  La valeur d’un montecristi « ultrafino » peut atteindre des sommes faramineuses qui dépassent l’entendement. On raconte qu’en 1934, au casino de Monté Carlo, un joueur de Baccarat à court de liquidité proposa son montecristi ultrafino modèle Fedora avec un ruban bordeaux, en guise de mise de 1 000 $.  La direction accepta, le joueur impénitent mais chanceux, joua gagna et garda son chapeau de paille.


DE LA FORET EQUATORIALE AUX PODIUM DES FASHION WEEKS 

A l’époque pré-hispanique, Les recherches archéologiques de la culture Valdivia en Équateur prouvent l’existence de coiffes en paille, tressés dès l’an 4 000 av. J.C. Les amérindiens avaient à leur disposition de nombreux végétaux qu’ils utilisaient pour se vêtir et se protéger. Les feuilles du latanier et du bombanaxa servaient au tressage des premiers « sombrero de paille » puis, délaissées à cause de leur fragilité, elles furent remplacées par les feuilles du palmier Astrocaryum standleyanum ou mocora  qui peut atteindre 15 m de haut et dont le  tronc  est hérissé d’épines. Pour contourner cet « obstacle » les indigènes fixaient un outil tranchant au bout d’une longue perche pour récupérer les feuilles qui, découpées en fines lanières, bouillies puis séchées, servaient à tresser les sombreros de paja mocora.  La paille fine et solide fournie par une herbacée endémique de la région de Manabi, de la famille des cyclanthaceaes, sorte de palmier sans tronc aux larges feuilles en forme d ‘éventail est, aujourd’hui encore, toujours utilisée. 

En 1532, les conquistadors qui débarquèrent en Equateur furent intrigués par les curieux vêtements qui couvraient la tête des natives. Il s’agissait de coiffes en paille tressée en forme d’ailes, destinées à protéger la tête, la nuque et les épaules des paysans, du soleil comme de la pluie.  

 Le saviez-vous ? Les étrangers comparaient la finesse du tressage et la forme particulière de ces protections solaires, aux ailes des chauves-souris. ils allèrent jusqu’à imaginer qu’elles étaient fabriquées avec la peau des ailes de ces chiroptères. Cette idée fut rapidement chassée lorsque, à leur tour, ils adoptèrent ce chapeau de paille plus léger et mieux adapté au climat que leur casques. 

Au XVIIe siècle :

En 1636, Fransico Delgado, entrepreneur espagnol venu s’installer en Equateur, vit le potentiel économique des sombreros de paja toquilla. Visionnaire, il « révolutionna » l’artisanat local, créa des ateliers structurés à Montecristi, ville qui, depuis, est un des principaux centres de fabrication de panama, la paille mocora  étant remplacé par la paille des cyclanthaceaes, le  modèle de coiffe à « deux pans »  fut  abandonné pour une forme plus occidentale, une petite toque, d’où l’appellation sombrero paja toquilla ou petite toque en paille.

  XVIIIe siècle : Charles IV, roi d’Espagne, commanda aux colons ces petits chapeaux de paille pour son épouse Ludovica. La noblesse n’eut de cesse d’imiter la coiffure de leur reine. Curieux, le roi envoya deux éminents botanistes en Equateur pour obtenir une description précise de cette plante qui servait à la fabrication de ces sombrero. A leur retour, ils donnèrent une description minutieuse de la cyclanthaceae. C’est donc en hommage au roi et à son épouse que cette herbacée fut baptisée carludovica palmata.

1867. Lors de l'exposition universelle de Paris, le Panama invité à exposer ses produits, offrit à Napoleon III un sombrero de paja toquilla. L'erreur fut alors consommée car l'Equateur n’était pas inscrit sur la liste des nations représentées à Paris. Le panama ne fit jamais amende honorable et laissa la légende étendre son aura sur le vaste monde de la mode. Les journalistes firent leur travail en décrivant l'empereur arborant un chapeau de paille du Panama. Son épouse Eugenie de Montija resta fidèle au chapeau de paille d’Italie aux larges bords, comme le montre ses nombreux portraits réalisés par le peintre Winterhalter.

Le saviez-vous ? Le canotier, chapeau de paille rigide, fut concurrencé par le panama plus moderne, plus souple, et si pratique pour les voyageurs. Les parisiens, friands de nouveautés, se laissèrent convaincre par ce nouveau venu et cet engouement laissa un trace que les artistes reprirent à l’unisson en chantant les belles romances de Paname.

1870.  Eloy Alfaro Delgado prit la direction de l’entreprise familiale basée à Montecristi tout en ayant des prétentions politiques. Contraint à l’exil, il se réfugia au Panama où il ouvrit un comptoir d’import-export de chapeaux de paille qui lui permit d’écouler la production des ateliers équatoriens vers l’Europe, l’Asie et les Etats Unis. Delgado utilisa les bénéfices tirés des ventes de panama pour financer le soulèvement populaire équatorien de 1870.  Il fut, à deux reprises, élu président de la république équatorienne.  

En 1880, débuta le gigantesque chantier du percement du canal de Panama qui se termina en 1914.  Des milliers d'ouvriers y travaillèrent, dont de nombreux équatoriens venus en voisins, avec leur sombrero. A la suite de bon nombre d’insolations et de malaises, les autorités sanitaires imposèrent à tous les ouvriers le port d'un chapeau pour se protéger du soleil. Le sombrero de paja toquilla, adopté par les ouvriers, devint la vedette du chantier du canal de Panama. 

Vous le saviez ! Nul ne fit allusion à l’Equateur, encore écarté du succès.

1882. Naissance de la légende de l’iconique modèle Fédora de la maison Borsalino, qui sera décliné ensuite en fine paille. C’est à la grande Sarah Bernhardt que ce modèle doit son aura.  C’est, en effet, coiffée d’un feutre mou que l’actrice joua le rôle de Fédora dans la pièce éponyme de Victorien Sardou. Qu’importe si son chapeau n’avait pas la forme du Fédora d’aujourd’hui, les légendes ont la vie dure.

 Le saviez-vous ?  On raconte que le creux, ou pli central, qui caractérise le dessus du Fédora fut inspiré à Monsieur Borsalino par les coups de matraque que les policiers assénaient sur la tête des partisans de l’unification italienne, écrasant leurs chapeaux lors des violentes répressions des manifestations pour l’unification de l’Italie. 

En 1906, lors de sa visite au chantier du canal de Panama, la direction offrit un sombrero de paja toquilla à Théodore Roosevelt. Lorsqu’il répondit aux acclamations de la foule, il la salua à son tour en agitant la main qui tenait son chapeau de paille. Sur la photo iconique du président des Etats-Unis à Panama c’est surtout l’image de son panama hat qui fit le tour du monde. Alea jacta es, les équatoriens ne pouvaient plus redresser la barre.

Le 7ème art fit la part belle au panama hat, qui parvint à chiper la vedette aux stars, notamment à Paul Newman, dans “the long hot summer“, ou encore à Dirk Bogard dans “Mort à Venise“.

Les grands noms de la haute couture internationale n’hésitent pas à faire défiler sur les podium des mannequins coiffés d’un panama montécristi ou cuenca, portant ostensiblement le sigle de leur propre marque. Ce signal est un blanc sein pour les fashionistas.


LA BANDE DES TROIS : LE BASIQUE BRISA - LE CLASSIQUE CUENCA - LE TRES SOPHISTIQUE MONTECRISTI  

Il existe trois types de panama protégés par une A.O.C. Ils se différencient par le « point » de tressage, le diamètre des fibres et leur couleur, mais ils ont en commun une fabrication dans une localité équatorienne, un usage exclusif de la paja Ludovica palmata et un tressage manuel. Selon la finesse des fibres, la fabrication d’un chapeau peut prendre entre deux jours et quelques mois. Mais avant que celui-ci ne prenne forme, il y un travail complexe de préparation des fibres.

Les trois critères de qualité sont : l’homogèneïté de la couleur, la finesse de la fibre et la régularité du tressage.  

Le brisa est le panama le moins onéreux, mais il respecte les points forts de la tradition. Le tressage est similaire à l’armure panama utilisée par les tisserands. Il en résulte une succession de petits carrés, la souplesse des fibres est relative, c’est pourquoi il ne peut se rouler ni se plier sans dommages irréversibles. 

Le cuenca est vraiment produit dans la ville de Cuenca. C’est un article moyen de gamme, caractérisé par un tressage en chevrons, avec une paille fine, d’un blanc pur. Le blanchiment se fait en deux temps :  la paille est bouillie pour éliminer la chlorophylle, puis blanchie à la javel. Les ouvriers travaillent assis pour le brisa et le cuenca. Le stock important permet un achat immédiat.   

Le montecristi est un chapeau de paille hors normes tant au niveau de la qualité que du prix. Il existe trois qualités qui se distinguent par la finesse du tressage le fino, le superfino et l’utrafino. Les artisans respectent la tradition ancestrale : ils travaillent debout penchés sur leur ouvrage, les fibres sont toujours séchées à l’air libre ; certains disent à la pleine lune, puis blanchies à la fumée de souffre pour éliminer la chlorophylle, ce qui explique la couleur ivoire et non un blanc pur. Le rythme du travail se calque sur celui de l’ouvrier, pas sur celui de la machine. 

Le saviez-vous ?  C’est in the pocket ! Plus le tressage est serré, plus les fibres sont fines, plus l’article est souple et léger plus la magie opère : on peut faire d’un panama montecristi un origami : le plier et le déplier sans dommage collatéral. 

Du merveilleux, passons à l’extraordinaire superfino montecristi que seuls quelques artisans aguerris sont encore en mesure d’exécuter. Considéré par les professionnels comme une pièce d’exception comparable au chef d’œuvre des compagnons. Ces articles sont généralement tressés avec une seule feuille de carludovica palmata, en sachant qu’elle peut atteindre jusqu’à 6 m de long . Le tressage peut durer quelques mois, parfois plus d’une année, le prix est en conséquence. Pour toutes ces raisons, ces articles d’exception ne sont fabriqués que sur commande. 


LA MAINTENANCE EST DE MISE 

Si votre sombrero de papa toquilla a trop voyagé, s'il est fatigué, si vous le trouvez hors d'usage, vous pouvez le retourner à l'atelier où il sera remis à neuf. Une seconde jeunesse, les rides effacées, la blancheur retrouvée.

En attendant, vaporisez la calotte et les bords avec une eau fraîche et repassez au fer doux le rebord, puis laissez reposer à l'ombre. Autre solution : achetez directement deux panamas.


A CHACUN LE SIEN : LE PINTAO SYMBOLE IDENTITAIRE PANAMEEN

Un chapeau de paille ivoire, souligné de fines rayures noires ou brunes. Contrairement au sombrero de paja toquilla tressé d’un seul bloc, le sombrero pintâo est composé de plusieurs tresses cousues en spirales sur une forme en bois. Le sombrero “pintâo“ ou chapeau peint, est porté traditionnellement par les panaméens. Seul le touriste non averti en visite au Panama se contente d’un panama : double erreur.


 EPILOGUE : TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN

Après le panama en 2012, c’est le sombrero pintâo qui fut classé au patrimoine immatériel de l’humanité par UNESCO en 2017.


POST CRIPTUM : LE MYSTERE DE LA BOTTE SECRETE   DU PANAMA

Mais pourquoi les stars adoptent-elles ce couvre-chef plutôt qu’un autre ?  Après avoir fait des recherches pour écrire ce post, le mystère s’éclaircit. Plus qu’un phénomène de mode, plus qu’un article fonctionnel qui se plie et se déplie sans broncher, il attire l’attention, il passionne l’auditoire, il ravit les curieux, il étonne par son CV prestigieux, il se découvre pour vous.

Le saviez-vous ?  Ces trois “fossettes“, des creux visibles de chaque côté et au milieu contribuent au confort du panama ; elles permettent de le saisir facilement d’une seule main pour l’enlever.

Cet objet, a priori inanimé, a-t-il donc une âme ?  Peut-être !  Entre ses mailles, se cachent un condensé de sensations, d’émotions, de sensualité que les artistes ou les politiciens de haut vol à la sensibilité exacerbée peuvent percevoir. Chaque authentique sombrero de paja toquilla est une pièce unique, chaque artisan parsème chacun de ses ouvrages de son savoir-faire, chaque heureux possesseur d’un panama partage cet héritage culturel et, oserais-je dire, cela n’a pas de prix ?

Le saviez-vous ? Certains panama montecristi portent la signature de l’artisan. En 2008, Simon Espinal, un artisan de Pile, village proche de la ville de Montécristi, tressa « The Hat »,  le panama superfino montecristi le plus fin jamais réalisé et le plus cher jamais mis sur le marché ; chef d’œuvre d’une vie, évalué à 100 000$.

dimanche 26 mars 2023

L'ART ET LA MANIERE D' APPRIVOISER LA BOURRETTE DE SOIE N°2

 


L’ORGANIGRAMME DES DECHETS DE LA SOIE 

 Qualité n°1 La soie schappe est un sous-produit de la soie grège. Les déchets du dévidage des cocons du vers à soie du bombyx du mori, sont peu nombreux et les brins, bien que de longueurs inégales, sont suffisamment longs (entre 8 et 30 cm), pour être exploités en filature avec un minimum de manipulations. Les irrégularités sont limitées, le lustre encore perceptible et les nœuds espacés. C’est la version chic des filés de fibres de soie utilisée pour le velours de soie, le fil à broder, la dentelle, le jersey, les toiles …

Qualité n°2 La bourrette de soie est le sous-produit d’un sous-produit. Les déchets issus du cardage et du peignage de la schappe de soie sont des brins courts, fins, faibles et emmêlés. La transformation en fil de cette masse inextricable de brins de soie nécessite des opérations spécifiques dont le peignage ne fut pas la moindre.        

Le saviez-vous? Le peignage de la bourre de soie, une opération fastidieuse, était dévolue aux prisonniers des maisons d’arrêts situées dans les régions séricicoles et continua jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Qualité n°3 Les déchets du peignage de la bourrette donnent la ouate de soie utilisée par l’industrie comme matériau d’isolation. 

Le saviez-vous ? En Chine cette bourre servit, des siècles durant, à rembourrer les vêtements.

Qualité n°4 Le mélange de bourre de soie et de fibres courtes de coton donne le fleuret. 

Le saviez-vous ? Une entreprise zurichoise s’est spécialisée dans la fabrication de fil fleuret dès le 16 e siècle, utilisant les cocons inutilisables des filatures lombardes. Mais cette embellie s’est éteinte petit à petit pour se terminer à la fin du XIXe siècle.


MIROIR MON BEAU MIROIR !

Pour reconnaître la bourrette la vue, le toucher, l’odorat et un brin de curiosité suffisent.

Juste un regard

La surface d’une toile de bourrette de soie, bien que mate, granuleuse, barbue est jonchée d’étincelles. Le lustre est absent parce que :

- les brins ne sont pas totalement débarrassés de leur « gomme » qui rend leur surface grasse. 

Le saviez-vous ? Certains fabricants recommandent le nettoyage à sec, parce qu’une tache d'eau sur la surface d'une bourrette ressemble à une tache de graisse. Mais ceci est sans conséquence sur la vie future du vêtement : la tache disparaîtra si vous plongez la totalité du vêtement dans l'eau ; en séchant tout rentre dans l'ordre. Cette particularité tient à la présence du décreusage partiel des brins.   

- la forte torsion nécessaire à leur cohésion absorbe en bonne partie l'éclat qui pourrait subsister : un crêpe de Chine est moins brillant qu'un taffetas, 

- l’aspect pelucheux du filé de fibres empêche la lumière de se refléter comme elle le ferait sur la surface lisse du grège. 

La main :

Les bourrettes de soie ont un toucher excentrique, à la fois rêche et doux, sec et savonneux. Les fils « poilus » rendent la surface du tissu pelucheuse mais, en contrepartie, une certaine idée de douceur est au rendez-vous, qui diffère de celle d'une soie naturelle. Je dirais que le toucher d’une bourrette est « soft ». La surface d’une toile est animée par les aspérités qui se détectent sous les doigts ; c’est aussi une façon de se démarquer de la sophistication pour accentuer « ce côté rustique de bon aloi ».

Exercice :  La meilleure façon de vous en rendre compte est de manipuler une coupe de bourrette ou un vêtement. Pour certaines personnes, le toucher d'une bourrette de soie provoque la même répulsion que le toucher d'un velours ou que celle, épidermique, du grincement de la craie sur un tableau noir. Une bourrette de soie possède une main particulière ; c'est un tissu souple voire mou ; tout le contraire d'un tissu nerveux. Mettez-le en boule, il ne se mettra pas en colère ! Il n'est pas élastique mais indolent.  

La qualité d’abord : le filé de fibre peut parfois manquer de vigueur et surtout d'élasticité aussi, une belle bourrette se juge avec la main. Préférez une bourrette qui existe à une sans prestance ni présence. 

La flamme et le feu

Malgré tout ce qui précède il est encore possible de se fourvoyer car la bourrette ressemble à s'y méprendre à un coton, non pas un coton Suisse, lisse et brillant, mais un coton indien, rustique, irrégulier, épais et mat. 

Exercice : Si un doute subsiste, ayez recourt au test de l'allumette. La flamme ne dure que quelques instants, mais l’odeur de la corne brûlée qui se dégage et les résidus noirs et friables ne laissent alors plus aucun doute sur la nature de la fibre. S'il s'agit de filoselle, vous aurez également un fil de coton qui brûlera comme du papier en laissant des cendres grises.

La bourrette n’est pas muette elle sait donner de la voix

Peut-être pas aussi violent que le cri de la soie « naturelle », la parole de la bourrette est glacée ! Je m’explique : j’ai toujours d’étranges sensations au contact de cette étoffe qui comme si, ayant été lavée à l'eau et au savon, elle aurait été rincée sommairement. Par conséquent, elle "grince" lorsqu’on la manipule.

Exercice : Froissez l’étoffe près de l’oreille et vous entendrez peut être comme moi le bruit de pas dans la neige fraiche, pesants, profonds, crissants, glaçants ! Une expérience simple à vous donner des frissons.


LA SUBTILITE DES TEINTURES

La bourrette de soie a une excellente affinité avec les colorants. Elle se déteint et se reteint avec beaucoup de facilité, ce qui en fait un tissu de cœur des costumières. 

La surface "sablée" de ces tissus rend l’impression difficile. La matière colorante s'accroche aux aspérités de l'étoffe et les dessins manquent de lisibilité. A l'usage, une bourrette imprimée semble avoir été usée prématurément ; le tissu bouloche comme une laine cardée, et les dessins ont tendance à s’estomper.  

Sachez que, si vous optez pour une bourrette naturelle non blanchie, des taches noires peuvent apparaître. Il s'agit de résidus de la chrysalide du ver à soie ou des brins tachés qui ressurgissent.


LES PETITS PLUS QUI FONT LA JOIE DES CONNAISSEURS

Son aspect mat et sa souplesse autorisent un usage moins restrictif que les soies naturelles, c’est pourquoi on trouve des articles vestimentaires et décoratifs moins formels, adaptés au confort.

La rondeur des plis, le tomber séduisant, la sobriété de son apparence et la tenue du vêtement demeurent impeccables parce que une bourrette de soie se froisse peu, les fils sont souples et ne se cassent pas. Ils acceptent les acrobaties, sont autant de strokes positifs. 

L’aspect sportswear des articles en maille est un atout supplémentaire à utiliser sans modération. Quelle que soit la saison, sa texture est infiniment agréable au contact de la peau et n’oubliez pas : une soie sans lustre ostentatoire reste une soie.

Les articles vestimentaires en bourrette de soie sont souvent en maille, alors que les articles tissés sont plus souvent destinés à la décoration d’intérieur. En ameublement, la bourrette de soie est devenue un article accessible et fonctionnel en coussins ou plaids, en rideaux ou en dessus de lit. Elle allie solidité, souplesse et confort.