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jeudi 1 février 2024

LE DESIGN BIOPHILIQUE VOUS CONNAISSEZ

   


Ce post part à la découverte  d'un concept de décoration qui mérite que l’on s’y intéresse. Le design biophilique est un « outil » qui permet d’établir une connexion entre les intérieurs urbains et la nature pour le plus grand bien des  habitants. C’est une réponse au besoin inné qu’ont les humains de se relier par quel que moyen que ce soit avec la nature.

Jadis, l’un et l’autre vivaient plus ou moins en bonne intelligence mais, au fur et à mesure des progrès techniques, l’homme s’est éloigné de la nature, migrant vers des surfaces bétonnées. Siècle après siècle, ces liens se sont distendus jusqu’au jour où… et nous voilà en 2024 


BIOPHILIE ? du grec bio (vie) et philie (aimer)… Littéralement qui aime la vie et, en conséquence, la nature ! Voilà qui est dit. 


UNE EVIDENCE

Un constat  clairement identifié : l’être humain recherche inéluctablement ce qui le lie à la nature : le bruit d’une cascade, le chant d’un oiseau, un coucher de soleil sur la mer, une prairie verdoyante, la lumière diffuse de l’aube, une cime enneigée, l’odeur de l’herbe mouillée. 


NATURELLEMENT VOTRE

La nature est un élément clé de la vie, même si dans son  quotidien  "l’homme » moderne s’en est parfois trop éloigné  Telle est l’origine du concept de la « biophilie » imaginé dans les années 60 par le psychanalyste Fromm, puis développé par le biologiste Wilson deux décennies plus tard, qui note « un penchant naturel, instinctif, qui nous pousse à rechercher un contact authentique ou dérivé avec le vivant ». 


LA DUALITÉ DE LA PERCEPTION  

La décoration biophilique se traduit, soit par un contact direct avec la nature : plantes vertes, larges baies vitrées sources de lumière naturelle, utilisation du bois ou, par un contact indirect avec les panoramiques représentant la nature en format géant, les motifs végétaux des papiers peints, des matières premières naturelles pour  les revêtements de sol. Les deux réunis rendent la formule plus performante.

 


CHANGEMENT DE CAP

Après les périodes successives de confinement causées par le virus du covid, les habitudes vestimentaires, culinaires, sont chamboulées, les rythmes de vie décalés, le rapport des êtres humains avec leur habitat transformé… La décoration ou plutôt la « redécoration » est alors mise sur le tapis et non plus souas le tapis. Les appartements, les maisons, les intérieurs  furent transformés  durant quelques mois en cocons, abris, voire refuges. Mais l’aménagement, le décor, avaient depuis longtemps été négligés, passés pour une préoccupation mineure, souvent considérés comme un simple lieu de passage pour un grand nombre, mais plus vraiment un lieu de vie. Le mobilier et la décoration étaient tout au plus fonctionnels. Et vint le confinement qui mit à mal l’accumulation des erreurs, des négligences : le métal froid du style factory, les angles droits peu  attractifs, les couleurs sombres du sol au plafond, de la salle de bain à la cuisine, les matières plastiques dans le vestiaire et le mobilier, les fausses plantes vertes qui n’ont pas besoin d’eau… 

La décoration biophilique peut être perçue comme une réponse positive à un événement négatif.


UNE DECORATION SUR ORDONNANCE  

Les neurosciences s’immiscent dans la décoration d’intérieur puisque des études ont montré que la présence d'éléments biophiliques dans les espaces intérieurs peut améliorer le bien-être, réduire le stress, augmenter la productivité et la créativité ; favoriser un retour à la normale après une période de stress.  

 

UNE PHILOSOPHIE EN ASIE, UNE SCIENCE TRES TENDANCE EN OCCIDENT

Le feng shui, art de vivre chinois qui recherche l’harmonie des rapports entre l’homme et son environnement afin de favoriser son bien être n’est pas si éloigné des valeurs prônées par la biophilie. Si le Feng shui est considéré comme un art, la biophilie est une science, comme les deux faces d’une même pièce, leur langage est différent mais le but est identique : favoriser le bien être.


L’HOMME ET LA NATURE

Vivre avec une parcelle de nature, même dans un lieu clos, est un besoin et, en matière de design d’intérieur, cette tendance s’amplifie. Les plantes vertes, même minuscules, sont des touches vivantes qui parsèment les intérieurs ; les toits végétalisés sont de plus en plus nombreux dans les grandes villes, même ceux de certains abris bus sont verdoyants,  les matériaux naturels pour le mobilier, les couleurs inspirées de la nature pour le linge de maison met à mal la « saison du blanc »,  les  motifs qui évoquent des éléments végétaux sont des stars. Les  collections de papier peint ayant pour thème la nature répondent à l’attente d’un large public ; c’est pourquoi les éditeurs de papiers peints misent désormais    aussi  sur les effets de matière qui imitent à la perfection des matériaux, comme la pierre, le béton, la brique, le marbre, les planches de bois ou encore des forêts exotiques avec des fleurs géantes « prêtes à  sortir du cadre ».


DE L’IMPORTANCE DE LA COULEUR  

Chaque année, Pantone donne le « ton » avec la couleur de l’année : le vert fut la couleur de l’an 2017, le rose magenta celui de 2023, mais le client n’a t il pas son mot à dire ? Ne peut-il pas choisir sa ou ses couleurs ?  Le succès populaire du bleu et du vert dans le mobilier, le linge de maison, les draps en double gaze de coton, la peinture murale et dans les motifs des papiers peints, donne la réponse à la question. Ce vert, jadis méprisé par les gens de théâtre, (ne disait-on pas à tort que Moliere était mort dans un habit vert), est aujourd’hui présent dans toutes ses nuances vert bouteille, gazon,  olive, émeraude, anglais, Véronese… est, dit-on, bonne pour la santé !

Le saviez vous ? Dans le Feng Shui, les couleurs sont associées à différents éléments et peuvent donc influencer l'énergie d'une pièce : le bleu et le noir sont associés à l'élément Eau et peuvent apporter la sérénité, tandis que le rouge est associé à l'élément Feu et peut stimuler l'énergie.


WILLIAM MORRIS, UN PRECURSEUR DE LA DÉCORATION BIOPHILIQUE ? 

Si le mot biophilie n’existait pas encore, Morris aurait pu l’inventer. Lui qui mit un point d’honneur à donner une place à la représentation de la nature dans ses remarquables dessins, lui qui donna la préférence aux lignes courbes et aux arabesques, qui privilégia les tons de vert, les fleurs et les oiseaux. 

La nature habillait les murs de maisons anglaises avec art et délicatesse.


LA PRISE DE CONSCIENCE DES EDITEURS DE PAPIER PEINT

Avec l'urbanisation croissante et la diminution des espaces verts dans les zones urbaines, l’intégration d’éléments naturels, l’utilisation de matériaux plus sains,  n’ont qu’un but : reconnecter instinctivement l’individu avec la nature dans un lieu clos.

De nombreuses entreprises de papiers peints ont pris conscience que le public mieux informé, plus réactif est plus attentif aux produits, tant au niveau de la qualité du support que de leurs incidences sur l’environnement. Les clients impactés par la pollution, la pandémie, les variations climatiques, cherchent à créer un espace serein dans leur habitat et le papier peint depuis quelques années, s’impose comme l’accessoire adéquat qui peut changer aisément la physionomie d’une pièce, du salon à la cuisine, de la chambre à la salle de bains, en "total look » ou sur un seul mur.


PAPIER PEINT ÉCOLOGIQUE VERSUS PAPIER PEINT BIOPHILIQUE 

Deux manières d’appréhender le décor tout en nuances : un papier peint écologique met l'accent sur son empreinte environnementale, tandis qu'un papier peint biophilque se concentre sur la création d'un lien visuel et émotionnel avec la nature. A vous de choisir!

Papier peint écologique 

L'aspect écologique se concentre sur l'impact environnemental du produit. Un papier peint écologique est généralement fabriqué à partir de matériaux respectueux de l'environnement, tels que des fibres naturelles, des encres non toxiques et il peut être produit de manière durable. Ce type de papier peint cherche à minimiser les effets négatifs sur l'environnement tout au long de son cycle de vie, de la fabrication à l’élimination.

Papier peint biophilique

Un papier peint biophilique reflette la nature par son esthétique. Il peut présenter des motifs, des images ou des textures issues de la flore ou de la faune qui, par leur envergure, touchent à l’imaginaire, offrent des sensations, incitent au rêve, font sortir du réel pour plonger dans l’imaginaire d’une forêt primaire. 

Les designers de papiers peints s’inspirent largement des formes végétales, osent des couleurs inédites, font la part belle aux papiers textures.


LE DEUX NE FONT PLUS QU’UN DANS UN MONDE VERTUEUX

Dans la pratique, nombreux sont les produits à la fois respectueux de l'environnement et offrant des motifs inspirés par la nature. 


LE  PAPIER PEINT UN ELEMENT CLÉ DE LA DÉCORATION BIOPHILIQUE

Il est un lien direct, visuel et tactile entre l’homme et la nature par le biais  

des couleurs : une palette aux tons neutres, tons de terre, une harmonie discrète et apaisante. Les oranges, bleus ou bruns, donnent une tonalité organique qui se marie avec la verdure des plantes naturelles ou des motifs des papiers peints

des motifs : feuilles en spirales, formes organiques sans logique, motifs courbes, les entrelacs filiformes, les lignes géométriques sont aux abonnés absents.  

des matériaux exacerbés : les variations sensorielles avec les papiers peints 3 D ou texturés. 


L’ILLUSION : ENTRE ABSTRACTION ET HYPER RÉALISME  

La technique est capable de tromper nos sens, nous  en sommes conscient, mais nous en profitons. Ces paysages idylliques qui s’affichent sur nos  murs, invite à la promenade, avec un peu d’imagination   on pourrait entendre le bruissement des feuilles mortes sous nos pas,  sentir la chaleur du soleil sur la paume de notre main,  et cela sans sortir du salon. Le décor prime sur la réalité mais qu’importe, le  but est atteint avec emphase et désinvolture pour certains designers ou avec un sens aigu de la réalité pour d’autres. 

Le propos du panoramique n’est pas la recherche de la vérité, mais  d’entrainer notre esprit dans une autre dimension.

La texture des papiers peints  peut être feinte avec brio lorsque les fibres de raphia, paille, ou bambou rivalisent de justesse en s’éparpillant sur la surface de papiers peints. 

Ce post serait incomplet sans un chapitre consacré à quelques entreprises au  parcours remarquable, tant au niveau des produits respectueux de l’environnement que de la qualité des artistes qui contribuent à la création des motifs et que vous retrouverez sur le site d’étoffe.com


SANDERSON ® Connue pour son engagement envers la qualité et l’artisanat, fondée à Londres par Arthur Sanderson en 1860 pour importer des produits français haut de gamme, des panoramiques et des papiers gaufrés imitant le cuir. Le succès aidant, il commanda et fit imprimer ses propres dessins en Angleterre. En 1879, il ouvrit une première manufacture de papier peint - L’entreprise deviendra fournisseur officiel de Georges V.  

Cette société à joué un rôle important dans la popularisation de l’œuvre de William Morris, designer britannique du XIXe siècle, connu pour ses motifs de papier peints qui incarnent des motifs floraux, des éléments naturels. Sanderson a permis de reproduire à moindre coût l’œuvre de Morris  devenant, de facto, à l’origine de la popularisation du style Arts and Crafts, novateur dans le design d’intérieur.
Le saviez vous ? La maison Sanderson possède dans ses archives les modèles et les planches d’impressions réalisées par William Morris.


CASAMANCE  ®   cet éditeur de tissus d’ameublement et de papiers peints fut créé en France en 2 000 et est déjà une marque incontournable à l’international  « Des oiseaux étonnants rivalisent de couleurs éclatantes. Une végétation extravagante exhibe toute la richesse de ses feuillages. » Belle image en adéquation avec la décoration biophilique.

La marque insiste sur la qualité des produits et veille attentivement au respect des normes environnementale : « les papiers peints vinyles sont imprimés avec des encres à base d’eau sans solvant pour limiter l’impact sur l’environnement et pour un habitat plus sain.Nous sommes en recherche d’amélioration constante pour proposer des matériaux toujours plus sains et éco-responsables tout en maintenant leur niveau de qualité et d’esthétique. Nos papiers peints intissés ne contiennent pas de phtalate et de formaldeide. Nos papiers peint vinyles ont le classement COV A+ (Composés Organiques Volatils) pour une qualité de l’air saine au sein de l’habitat. Notre imprimeur propose des supports de communication certifiés PEFC. Le papier provient de forêts gérées durablement, dans un souci d’amélioration constante des territoires » (Programme de reconnaissance des certifications forestières).


DEDAR®  : une belle histoire de famille

il y eut les fondateurs de la société Dedar en 1976, Nicolas et Elda Fabrizio. 

Pourquoi Dedar ? Pour  design d’aredamento. Leurs premiers best-sellers ? La Dedarette, kit complet pour store prêt-à-poser. Et les fameux panneaux de voilage transparents mi-lin mi-coton, unis ou imprimés d'un unique motif : le feuillage cascade d'une vigne vierge. Une idée venue à Elda Fabrizio, observant l'effet «rideau» d'une véritable vigne vierge encadrant les fenêtres de la maison familiale à Brianza, à quelques kilomètres de Milan. Cette vigne vierge a inauguré la grande série des tissus imprimés Dedar qui connut un immense succès. Pour le thème de ce succès, Dedar peut figurer en bonne place dans ce post consacré à la Biophilie. Depuis, les enfants Caterina et Raffaele Fabrizio ont pris la suite de cette success story.

 

HOVIA ®  : une marque britannique très réactive née en 2010 à Liverpool. « Notre modèle numérique, avec une production à la demande, nous permet de créer une grande variété de designs originaux avec un niveau de risque minimum. Cela nous garantit de pouvoir mettre sur le marché les dernières tendances et idées » .

J’aime et j’appréhende notre époque où tout est chamboulé, tout fini et tout recommence après un stop inopiné. La nature est d’autant plus appréciée que nous en fument privé. Les arts décoratifs sont en mouvement, ils s’enrichissent d’expériences nouvelles, captent l’ère du temps et se recomposent une nouvelle identité, plus forte et plus intense. De ses resources fondamentales, nait une nouvelle identification reflet d’une époque à la fois effrayante à bien des égards et fascinante parce que nous la vivons en direct en tant que spectateur et acteur. Alors oui à la biophilie et merci à la nature pour ce qu’elle est, et respect à tous les industriels qui, conscients de la fragilité de son équilibre, la préserve autant que possible. 

Le saviez vous ? Il existe un restaurant immersif en plein centre de Paris qui a transformé un espace vide en une forêt amazonienne où les cris d’animaux s’invitent entre deux plats, où les murs s’animent de milles images entre le fromage et le dessert, ce décor est réalisé à l’aide d’images réelles de la forêt tropicale projetées sur des écrans géants fixés aux murs. La nature, parfois sauvage, a investi ce lieu improbable, et l’on voit à quel point la biophilie agit sur notre inconscient. Le bruit de la circulation extérieure, désagréable et assourdissant, fait place aux bruits et aux jacasseries des animaux de la jungle tout aussi assourdissants mais tellement plus réconfortants.






mercredi 31 janvier 2024

LE CRI DE LA SOIE ET AUTRES SONORITES TEXTILES



Elles crient, soupirent, gémissent, ronronnent, grognent, grincent ou se taisent...Contre toute attente, l'univers textile est bruyant, animé.,musical.... vivant ! Il suffit d'un peu d'attention pour en percevoir la mélodie ou le vacarme. Il n'y a pas une perception mais des interprétations différentes en fonction de chaque sensibilité.
Stridente la note du taffetas de soie que l'on découpe
Terrifiant le son d'une cotonnade que l'on déchire pour faire un pansement de fortune. Synthétiques sont les litanies du polyester de la grand-voile. Il rugit face au vent le nylon du cerf-volant. L'organza c'est le luxe du silence....Etouffé le bruit d'une veste en tweed que l'on enfile. A peine audible le mince filet de voix de la mousseline. Grave, profond, rusé tel est le chant du chanvre , Enjouée, légère la mélodie du zéphyr ...!
J'ai dans ma malle aux souvenirs , celui du subtil frou-frou qui annonce l'arrivée sur scène d'Agnes dans sa volumineuse robe de taffetas parme, qui va annoncer la mort du petit chat. C'était il y a longtemps lors d'une représentation réservée aux scolaires, dans un théâtre parisien aujourd'hui disparu "le théâtre de l'Ambigu- Comique" près de la place de la République. Soixante ans plus tard, le bruit de ce frôlement d'étoffe demeure audible
Paroles de vêtements : cet imperméable en nylon jaune et vert que j'essaie de faire entrer dans sa poche kangourou résiste, se tortille, et finalement cède en un ultime grincement. Cette chemise en chanvre soupire d'aise sous la pression amicale de la semelle de mon fer à repasser. Le silence de ce plaid en mohair rouge cerise dans lequel je me love avec une volupté non dissimulée, est sans équivoque, les plis onctueux parsèment sa surface en silence , c'est la voix de l'excellence !
Maintenant à vous de jouer en cherchant dans votre patrimoine sensoriel les souvenirs sonores de vos textiles préférés. Prochainement sur cet écran je vous proposerai d'autres émotions sensorielles liées aux textiles, en attendant Amusez vous.



 

samedi 30 décembre 2023

Ecrire c'est un peu tisser. Les lettres en un certain ordre assemblées forment des mots qui mis bout  à bout deviennent des textes! 

Texte du latin  textum dérivé du  verbe texterer = tisser 

Les brins de fibres textiles maintenus ensemble par une torsion plus ou moins importante deviennent des fils qui entrelacés créent une surface plane douce ou rêche, lisse ou hirsute , plane ou reliéfée, lourde ou légère, unie ou imprimée que l'on appelle tissu. 

Textile et texte un tête à tête où toute ressemblance ne serait pas fortuite. Il est des civilisations qui transmettent leur culture par l'écriture, d'autres par la parole, et d'autres  encore par un langage écrit avec un fil.

Entre le tissu et moi ce fut une histoire familiale :  quatre générations et quatre approches différentes  des  textiles. 

Après l'Ecole du Louvre, un passage dans les musées nationaux, et quelques années dans les galeries d'art parisiennes, j'ai découvert les coulisses du textile. Et je me suis glissée avec délice dans des flots de taffetas, avec patience j'ai gravi des montagnes de mousseline, j'ai enjambé avec curiosité des rivières de Tweed ....Pendant plus de 35 années  j'ai eu l'occasion d'admirer le savoir faire des créateurs et créatrices de costumes qui habillent, déguisent, costument, travestissent  les artistes, les comédiens , les clowns blancs et les augustes, les étoiles de la danse. J'ai aimé travailler   avec les décorateurs, toujours à la recherche du Graal pour leur clientèle.

Du lange au linceul l'étoffe nous accompagne, partageant nos jours et nos nuits et pourtant elle demeure une inconnue et parler chiffon semble pour certain une  conversation bien futile. 

Au delà delà du mot  tissu, textile, broderie, étoffe, dentelle,  feutre, tapisserie  trop étriqué,  bien modeste, souvent insipide , il y a un univers riche  de  matières,  de  couleurs, d' histoires, de mystères et de découvertes....

Si ces  liens intergénérationnels se sont rompus en 2015 avec la fermeture de la société De Gilles Tissus, la passion est toujours présente et les tissus sont devenue mes amis. Aujourd'hui je voyage beaucoup et souvent et mes  rencontres textiles du bout du monde viennent enrichir ce blog où  je   dévoile "à ma façon"    leur vie, leur secret de fabrication, leur rôle dans la politique ou  l'économie, leur influence sur la société... 


En attendant le prochain post je vous souhaite une belle années textile 2024




 

N°2 LE N'DAY??????

 L’ITINÉRAIRE  D’UNE FIBRE MODERNE                                                 Le nylon, considéré comme "'révolutionnaire" lors de sa création, fut mis au point en 1935, après de nombreux essais infructueux, par Wallace Hume Carothers et son équipe, mais sa production resta confidentielle durant quelques années. En 1938, sa première apparition sur le marché national, qui se fit dans les poils de brosses à dents, jusque là, en soies de porc, passa presque inaperçue. La même année, les premiers bas nylon furent vendus dans un magasin de Wilmington dans le Delaware, non loin du lieu d’implantation du siège de l’entreprise Du Pont de Nemours. Cette vente sera, à dessein,  elle aussi confidentielle. Ce coup d’essai se révèla un succès plus de 4 000 paires de bas furent vendues en 3 heures !

LE N’DAY OU JOUR DU NYLON                                                                  Le véritable démarrage eut lieu le 15 mai1940, ouvrant à toute la population américaine  l’accès aux bas en nylon. Le délire s’empara de la clientèle, puisqu’en 4 jours, 4 millions de paires de bas nylon furent écoulées et 64 millions la première année ! Cette date, restée dans les annales du commerce, fut baptisée N’ Day pour le jour du nylon. 

DES HAUTS ET DES BAS NYLON                                                              L’engouement des clientes pour cette nouveauté s’émoussa au fil des décennies. Il fallut, pour soutenir le volume des ventes, apporter des améliorations, renouveler l’offre avec des nouveautés, s’adapter à la mode et aux modes. Les avancées techniques permirent la création de bas sans coutures, puis de collants, d’ajouter le Lycra®, d’obtenir des textures mousse ou voile…                                                                                     Le saviez vous ?  La première mouture du nylon était une invention trop généreuse. Si le succès des bas nylon fut rapide à l’échelle mondiale, il s’avéra que sa principale qualité devint un défaut industriellement parlant : trop solides, les bas nylon ne filaient pas facilement ce qui eut pour conséquence de ralentir les ventes.                                                        Les «on dit que» : il y a un début à tout. Les chimistes de Du Pont de Nemours modifièrent la formule originale afin de diminuer la résistance du nylon obligeant les consommatrices à renouveler plus souvent leurs achats.   

A LA RECHERCHE D'UNE IDENTITE

1938 : la direction décide que le moment est venu de  commercialiser cette nouvelle fibre. Mais, oh stupeur ! on s’aperçut en haut lieu  que le "polyamide 6,6 » n’avait pas encore de nom commercialement acceptable, celui ci se révéla trop technique pour une fibre que se voulait populaire.


LES GRANDS MOYENS SONT MIS EN ŒUVRE                                          Un comité constitué de "trois sages" appartenant à la firme fut crée, Wallace Carothers  s’était suicidé en 1937 en avalant un cocktail mortel citron-cyanure de potassium, avant d'avoir eut le temps de baptiser le fruit de ses recherches.

Le saviez vous ? Vous remarquerez l’absence de majuscule à nylon et du sigle ®  indiquant qu’il s’agit d’une marque déposée. Ce n'est pas un oubli puisque les dirigeants de la firme Dupont de Nemours, affirment que ce mot fut un cadeau offert au monde moderne, un mot qui va effectivement devenir synonyme de progrès.

Et si le dépôt de la marque fut un oubli des responsables de l’époque, avec le recul, on peut considérer qu'il s'agit d'un formidable coup de marketing même s'il est fortuit. Cet "électron" libre de toute emprise d'une marque, est devenu le nom générique des fibres chimiques, si bien que, pour la majorité des consommateurs, le nylon est un tissu moderne, léger, solide, facile à entretenir et bon marché.  


CHAMPIONNAT DE SCRABBLE

Puisque les bas, premiers articles de consommation courante, fabriqués avec le polyamide 6,6 avaient comme caractéristique de ne pas filer, E.K. Gladding, un des trois membres du comité proposa NORUN. La direction n'approuva pas, voulant éviter les risques de procès en cas de publicité mensongère. Le O fut transformé en U et NURON n'eut toujours pas l'approbation de la direction parce que la prononciation était trop proche de neurone. Alors le R fut remplacé par L et NULON fut proposé. Encore une fois, la sonorité ne convenait pas. NU pouvait se confondre avec new, et c'est justement ce qu'il fallait éviter, une comparaison avec une nouvelle soie ou une nouvelle viscose. Ce n'est ni une copie, ni une amélioration mais une création. Il fallait rompre avec les références du passé. Le U fit place au I NILON. Une fois encore la prononciation anglaise était en cause, le I donnait une idée de nine ou need, encore une référence à éviter. C'est alors que l'idée du Y donna NYLON. Le mot était facile à prononcer dans toutes les langues, la mélodie courte était "moderne". Phonétiquement, nylon était sans ambiguîté.


NYLON SUBTILEMENT SIMPLE ET POURTANT SI COMPLEXE

A la vue de ces rebondissements, de ces objections et de ce travail phénoménal sur la recherche d'un nom, on se rend compte que ces quelques lettres ont donné bien du fil à retordre aux membres de ce comité. Aujourd'hui, nylon est un nom commun au même titre que le bois ou l'acier. C'est une belle réussite.


MYTHES ET LEGENDES

Un  gigantesque "brain storming" fut organisé, afin d'élargir les possibilités mais, malgré plus de 400 propositions, aucune ne fut retenue officiellement. Elles furent, cependant, à l'origine des mythes autour du mot nylon. Plusieurs hypothèses circulent à propos de ce nom de baptême et, comme à mon habitude, j'ai du mal à choisir, alors je vous les livre. A vous de décider celle qui vous semblera la plus sensée ou la moins insensée parmi les plus crédibles.

ACRONYME ECONOMICO-POLITIQUE!

 Nylon serait un clin d'œil entre New-York et LONndon, une manière de symboliser une union tant sur le plan économique que politique.

ACRONYME HOMMAGE

Les lettres qui forment le mot nylon sont les premières des prénoms des femmes des chimistes qui travaillèrent sur ce projet. Nancy, Yvonne, Louella, Olivia et Nina.

ACRONYME POLITIQUE

Comme le mot nylon était inscrit sur les toiles de parachutes, naquit un acronyme destiné à défier l'ennemi japonais. Les soldats utilisèrent les lettres du mot nylon pour en faire une phrase devenue célèbre  Now You're Lousy Old Nippon. Cette blague eut un retentissement inattendu, les journaux en firent mention et les conséquences furent telles que la direction de la firme fut obligée de publier un démenti dans un journal japonais, affirmant que jamais ces lettres n’eurent cette signification.

ACRONYME  BOUTADE

Au début du brain storming, H. Church lança à la manière d'une boutade et pourquoi pas Duparooh pour DuPont Pulls A Rabbit Out Of Hat. (DuPont sort un lapin de son chapeau). Magie !


EN APPARTE

Ce n’est pas par amour de cette fibre que j’ai voulu retracer son parcours, mais  j’ai voulu lui rendre hommage parce que son existence est inextricablement liée à notre quotidien, au monde du textile mais aussi à celui de l’aviation, du sport en un mot à notre époque. Alors non ! Nos sens ne sont pas éblouis par cette fibre au toucher froid, à la texture banale, au lustre artificiel mais, au delà de ce manque de compassion, j’aime ses qualités hors du commun qui permettent à l’être humain d’affronter les colères de dame nature, de se confronter aux aléas climatiques et de se surpasser dans le sport. Le nylon, comme beaucoup de fibres synthétiques, ne joue pas dans la même catégorie que  les fibres naturelles, la comparaison n’est pas d’actualité, leur monde est différent, mais les deux concourent à notre félicité

 .

Au XXe siècle, le nylon est devenu la référence en matière de fibres modernes. En 1945, il marqua la fin des années de privation avec les bas le nylon, gagna en popularité et devint, en Europe, un symbole de la Libération. Au XXIe siècle, il demeure irremplaçable, incontournable et fait partie de notre environnement.

Voilà pour ce dernier post de l’année 2023 qui donne une place à la modernité dans l’univers des textiles avec un cocktail épicé : un soupçon de technique, une dose d’histoire et un trait d’anecdotes. Bonne lecture et à l’année prochaine ! 

N°1LA SAGA DU NYLON



UNE POLITIQUE GRAND ANGLE «De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! » Danton

Dans les années 1930, la firme Du Pont de Nemours  cherchant  à diversifier sa gamme de produits décide de développer les recherches dans le secteur de la chimie dont l’avenir semble prometteur. a


UN PROJET AMBITIEUX                                                                            Dans cette optique, un projet pharaonique est lancé : fabriquer une nouvelle famille de fibre textile. 


MISER SUR UN OUTIL DE RECHERCHE PERFORMANT

Pour se donner toutes les chances d’aboutir, des chimistes de haute volée sont recrutés pour former une équipe qui sera dirigée par W.H. Carothers. Ensemble, ils vont travailler  au sein du laboratoire de chimie organique et axer leurs travaux sur la recherche fondamentale.


LE NEC PLUS ULTRA

A la tête d’une équipe de choc, Carothers, ex professeur en chimie organique à l’université de Harvard, est dégagé de toute contrainte : aucun résultat n’est exigé, il est maître du choix des sujets de recherche et, cerise sur le gâteau, le budget alloué au laboratoire est illimité « en ce qui concerne les crédits, le ciel est la limite ».Carothers. 


LE SUJET DE LA RÉUSSITE

Carothers concentra les recherchaes de son laboratoire sur l’étude des polymères.


LA MATERIALISATION D’UN REVE

Chercher une alternative à la soie naturelle n’est pas une idée récente. Réaumur s’y attela au XVIIIe siècle en tâtonnant mais, en 1884, c’est à H de Chardonnet que le monde industriel doit la création d’une fibre textile à base de cellulose, commercialisée en tant que viscose, rayonne ou sous l’appellation jugée aujourd’hui équivoque de soie artificielle.  Toujours plus fort, l’équipe de  Carothers a poussé sans relâche ses recherches, ponctuées d’échecs et de réussites, jusqu’à l’obtention du polyamide 6,6, une matière issue de la pétrochimie qui, à bien des égards, peut se comparer à la soie.


UNE STRATÉGIE ÉCONOMIQUEMENT RENTABLE 

Ne plus être dépendant de la soie importée d’Extreme Orient, se libérer des matières textiles d’origine naturelles, pouvoir produire en grande quantité des fibres à moindre coût, oublier les approvisionnements incertains soumis aux aléas climatiques et politiques. Ainsi, les résultats des recherches de Carothers permirent de devancer les futurs embargos sur la soie, résultant d’événements politiques : en 1937, les troupes japonaises entrèrent dans Nankin, générant l'embargo de la soie chinoise puis, en 1941, à cause de la guerre entre les USA et le Japon, la soie japonaise ne fut plus exportée.

Le saviez vous ? A cause de la pénurie de soie japonaise toute la production de nylon de Dupont de Nemours fut réquisitionnée par le gouvernement américain pour équiper  l’armée. et la soie japonaise qui, jusque là, servait à fabriquer les parachutes, fut remplacée par le nylon. Les américains prouvèrent ainsi aux japonais qu’ils étaient capables de se passer de leur soie et le drapeau américain de la Maison Blanche fut fabriqué en nylon.


UNE ETOILE EST NEE

« Aussi solide que l’acier, aussi fine que la toile d’araignée et d’un magnifique éclat ». C’est ainsi, qu’en 1935, fut annoncée la naissance de la première fibre synthétique encore baptisée polyamide 6,6. C'est ainsi que l’industrie américaine gagna son autonomie en matière textile. 

 

UNE TRES BREVE INCURSION, TOUTEFOIS NÉCESSAIRE, DANS LE  DOMAINE DE LA CHIMIE  

Pour le principe et très sommairement, voici quelques repères concernant la composition chimique du nylon. 

Le nylon est une matière issue de polymères (c’est-à-dire de plusieurs petites molécules chimiques liées entre elles pour en former une seule grande).

Le nylon est une matière plastique synthétique et, bien que résultant de  réactions chimiques complexes, les matières de base sont issues de produits pétroliers. 


NOM DE CODE : POLYAMIDE 6,6

Parce que, chimiquement, il appartient à la famille des polyamides et résulte de la combinaison d’une diamine contenant six atomes de carbone avec un dicarboxylique   composé aussi de six atomes de carbone.

 

LE PHYISQUE DU  NYLON AVANT LE FILAGE 

Une fois synthétisée, la matière obtenue se présente sous forme de poudre, de résine ou de granulés de couleur naturellement blanc cassé ou translucide, qui peuvent être colorés en fonction de la couleur du produit final. La matière est ensuite fondue, filée puis séchée. C’est alors que la fibre acquiert toutes ses qualités.

  

LES POINTS FORTS ET LES POINTS FAIBLES

Ses points forts : solide, légère, imperméable à l’eau et à l’air, entretien simpliste, prix modique, résistante à l’usure, imputrescible, infroissable, élasticité modérée mais présente, irrétrécissable, résiste aux produits chimiques. Toutes ces qualités confèrent une notoriété et son implication dans les objets de la vie quotidienne.                                                           Ses points faibles : se dégrade sous l'effet soleil. Une exposition prolongée à la lumière du soleil peut entraîner la décoloration, la fragilisation et la réduction de ses propriétés mécaniques. Il peut fondre sous la semelle d’un fer à repasser trop chaud. Il attire la poussière, sauf traitement anti-statique. Certaines de ces qualités peuvent devenir des défauts comme son imperméabilité : les vêtements en nylon ne sont pas « respirables» : si la pluie ne les traverse pas, la transpiration ne s’échappe pas non plus. 

Son point le plus faible: le signal d’alarme est activé face à son impact néfaste sur l’environnement. Dérivé de ressources non renouvelables comme le pétrole, sa fabrication entraîne une pollution de l’eau et de l’air en contradiction avec les défis environnementaux auxquels nous sommes tous confrontés.                                        Le saviez vous ? Son processus de fabrication est extrêmement polluant et énergivore.  14000 km de fils et 750 litres d'eau pour fabriquer une seule paire de bas nylon ; et 30 à 40 ans pour qu'elle se dégrade.

                                                    

LE RECYCLAGE, UNE OPTION EN VOGUE POUR DIMINUER SON IMPACT 

NÉGATIF.                                                                                            Pour se mettre en conformité avec la politique de protection de l’environnement, les industriels développent des trésors d’ingéniosité, comme accélérer le développement des nylons biodégradables ou à base de sources renouvelables mais ce n’est guère suffisant pour convaincre les plus réticents. L’option recyclage du nylon permet de réduire les nuisances environnementales sans stopper la production. De plus, cette idée semble économiquement viable et satisfait les adeptes du « non déchets ».                                                                             

Malgré ces faiblesses, les points forts sont largement gagnant et contribuent à faire du nylon l'un des polymères synthétiques les plus largement utilisés dans de nombreux secteurs industriels (vêtements, industrie aéronautique, automobile, matériel de sport…).  

                                             

A SUIVRE