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lundi 27 novembre 2023

COMMENT DISTINGUER UNE FIBRE DE COTON D'UNE FIBRE DE LIN?

  

Les fibres de coton et de lin, produits phares de l’industrie textile, sont à la fois proches par leur origine et éloignées par leur réactions comportementales.

Le saviez vous? Le coton, avant d’être filé, se présente sous la forme de bourre blanche et soyeuse entourant les graines nichées au creux des « capsules »,  fruits du cotonnier. La douceur, la souplesse et la polyvalence sont les qualités intrinsèques associées à cette fibre. Le prix accessible des articles en coton joue en sa faveur et le rend populaire à travers le monde.

La fibre de lin est une fibre libérienne extraite de la tige d’une plante baptisée linum usitatissimum. La solidité, le confort et l’étrangeté de son allure sont les points forts de la fibre de lin.  Avec une  production plus restreinte à l’échelle mondiale que celle du coton, les articles en lin sont moins accessibles pécuniairement au plus grand nombre.

LA BOITE A OUTILS

Puisqu’un simple coup d’œil, même professionnel, ne suffit pas toujours à différencier un tissu en coton d’un tissu en lin,  j’ai sorti de mon escarcelle des astuces simples et ludiques. Quelques manipulations lèveront le voile sur leur fonctionnement. Préparez trois échantillons de toile de lin et de toile de coton, une boîte d'allumettes, une paire de ciseaux et une loupe, mieux encore, un compte fil et un peu d’eau. 

Le saviez vous? Ce matériel ne servirait à rien si la sensibilité humaine n’avait pas un rôle dans cette expérience. L’être humain possède une panoplie d’outils d’une incroyable fiabilité : la vue, le toucher, l’ouïe. Il suffit de les aiguiser pour percer les secrets de ces deux magnifiques plantes textiles.

ACTIONS-REACTIONS 

1. La vue : de la sobriété du coton à la désinvolture du lin  

Le coton :  retirez un fil de l’échantillon et observez le attentivement. Pour une qualité basique, la surface est légèrement poilue, ce qui n’est pas le cas pour les cotons peignés.  

Le test :  essuyez un verre avec un morceau de toile de coton. Il reste sur les parois des traces indésirables. Pourquoi ? Parce que les fibres de coton sont généralement assez courtes et barbues ; elles ont tendance à s'effilocher pendant les manipulations, laissant des peluches microscopiques sur les parois du verre.

-le diamètre des fils, qu’il soient épais ou fins, est constant, la surface régulière, sans grand relief : c’est le calme plat. L’aspect et la qualité d’une cotonnade sont fonction de l’origine et de la longueur des fibres sélectionnées, de l’armure choisie et du nombre de fil au cm2. Ces chiffres, souvent mis en exergue pour le linge de maison sont rarement indiqués pour les vêtements,  dommage ! Avec un compte faible, les fils sont espacés, le tissu manque de ressort, il est plus fragile mais plus léger. Inversement, avec un nombre élevé de fils  le tissage est serré, tonique, « il a une belle main » ;  il est solide et plus lourd. Le choix est évidemment lié à la destination du produit fini. Un repère ? La densité d’un drap de coton la plus fréquente est de 57 fils au cm2.  Avec une densité de 85 fils au cm2 la qualité du drap est excellente et, au delà de 140 fils au cm2, c’est le grand luxe.


Le lin : observez  un fil. Il est lisse, il se tient bien. Essuyez un verre avec l’échantillon de lin : les parois sèchent sans difficulté et sans trace. Pourquoi ?  Grâce à l’absence de peluches. Un torchon en lin ou en métis (lin et coton) est donc idéal pour essuyer les verres.

Observez  la surface de l’échantillon : elle est  cabossée comme un chemin aux pavés mal joints. Pourquoi ? Parce que le diamètre des fils est irrégulier.  En cause, des sur-épaisseurs qui se forment à la jonction des extrémités des segments de fibres mis bout à bout pour obtenir un fil continu. La quantité de ces bosses, nœuds, ou grains est liée à la qualité des fibres utilisées. Plus elles sont longues, plus le diamètre du fil sera régulier et plus la surface sera plane. Une singularité que les toiles de lin partagent avec la soie sauvage. On aime ou on déteste le lin, mais son caractère rebelle fait partie de son charme, c’est son ADN. 

L'irrégularité du diamètre des fils de lin est un avantage pour les vêtements et les draps. Grace à un relief même minime, l’étoffe n’entre pas en contact direct avec la surface de la peau et l’espace ainsi créé permet la circulation de l’air : c’est une climatisation naturelle. Les tissus en lin ne collent pas sur la peau même et surtout en cas de transpiration, ils offrent  un confort  naturel, sans technique, sans ajout chimique. J’aime le lin pour sa texture extravagante et son authenticité.

  

La manipulation : froissé, chiffonné ou cassé ?

Tout est question d’élasticité. Froisser est un terme polyvalent, chiffonner est plus spécifique ; il fait référence à ces plis plus fins, plus approprier aux cotonnades. Pour les tissus en lin, le terme adéquat est casser.

Le coton : triturez l’échantillon sans scrupule au creux de votre main puis ouvrez la :  le tissu a changé d’aspect : il est froissé voire chiffonné en fonction de son épaisseur, il se déplie lentement avec une certaine souplesse, voir une mollesse. Pourquoi? Parce que  la fibre de coton ressemble à un ruban plat en forme d’hélice. Cette torsion naturelle confère une certaine élasticité au fil qui plie mais ne casse pas. La qualité des fibres employées pour fabriquer les fils et le type d’armure a, à l’évidence, une incidence sur le comportement du tissu mais, le client n’étant pas dans la confidence, n’hésitez pas à toucher, à manipuler le tissu ou le vêtement avant un achat pour juger de son comportement à l’usage. 

J’aime le coton pour sa sobriété, sa souplesse, sa simplicité, son exquise gamme colorée qui se révèle parfois comme une gourmandise, mais aussi pour sa versatilité, puisque de toile de bâche, il peut aller jusqu’à devenir un précieux damassé.

Le lin :  manipulez la toile au creux de votre main, puis ouvrez la et observez la réaction : les plis sont marqués, comme une feuille de papier que l’on aurait pliée. Pourquoi ? Parce c’est une fibre libérienne, c’est-à-dire contenue dans la tige qui se doit d’être solide, d’où cette rigidité naturelle qui entraine des cassures plus que des plis ronds. Cet inconvénient n’est, toutefois, pas irréversible. Il suffit d’humidifier l’étoffe pour que les fils reprennent leur forme initiale ou presque, parfois un repassage s’avère nécessaire. L’entretien d’un article en lin est considéré comme un inconvénient majeur pour ses adversaires et l’argumentaire commercial favori de mettre en avant le froissé chic du lin n’est pas fait pour les convaincre. 

Le saviez vous ? Le choix de l’armure a une incidence sur le comportement d’un tissu. Sachez qu’une toile sera plus sujette aux plis qu’un sergé ou un chevron.

 

L’eau et l’air : question de tempérament !   

Ces deux fibres sont « respirantes », ce qui signifie que l’air les traverse, favorisant  l'aération et la ventilation du vêtement et régulant naturellement la température corporelle. Mais elles inspirent et expirent à leur rythme : lent pour le coton, rapidement pour le lin.

Le coton

La fibre aime l’eau, peut être même trop, parce que la plante a besoin d’une grande quantité d’eau pour que les capsules arrivent à maturité et s’ouvrent pleine à craquer de cette ouate blanche qui, après traitement, donnera un fil. La toile n’absorbe pas la goutte immédiatement ; elle persiste quelques minutes à la surface alors que se forme lentement, tout autour, un cercle humide jusqu'à son absorption complète. Pourquoi? Parce que le fil de coton est poreux et sa paroi mince peut absorber l'humidité ambiante lentement et l’emmagasiner. Il la libèrera tout aussi lentement, ce qui implique qu'un vêtement en coton mouillé devient lourd. C'est un inconvénient quand  le tissu est en contact direct avec la peau et absorbe la transpiration : il reste humide, lourd et colle à la peau suffisamment longtemps pour provoquer un effet désagréable entraînant parfois une sensation de froid. Ce qui est considéré comme un inconvénient, devient une qualité puisque le coton a une bonne affinité tinctoriale

Le saviez vous ? La  mécanisation de la production textile au cours de la révolution industrielle au XVIIIe siècle a été à l’origine du développement de la production de coton. Avant l’invention de la machine à égrener le coton en 1793, la fibre n’était pas blanche mais marron ou verte à cause de la présence plus ou moins importante des graines qui étaient diversement colorées. 

Le lin

La goutte d'eau s'étale rapidement sur la surface du tissu. Pourquoi ? Parce que le fil de lin a une excellente capacité d’absorption bien qu’il n’emmagasine pas cette humidité qui est libérée rapidement. Un vêtement en lin ne se gorge pas d'eau, il  conserve sa légèreté, sèche vite ce qui est un gage de confort en période de forte chaleur et pour les personnes qui transpirent beaucoup. 

Ce qui apparait comme un avantage  peut devenir un inconvénient lorsqu’il s’agit de teinture. La paroi de la fibre étant épaisse, la teinture atteint difficilement le cœur de la fibre. 

Le saviez vous ? En coupant un lin de couleur sombre, le cœur du fil est plus clair que sa surface, c’est un moyen de reconnaitre un article en lin.  


Un conseil :  suspendez  un article en lin sur un cintre dans votre salle de bains à proximité de la douche ou de la baignoire, l’humidité ambiante suffira à lui rendre son aspect initial, les plis disparaîtront prêts à repartir sans l’intervention d’un fer à repasser. Dans un climat chaud et humide, le lin est idéal : il est confortable et s’entretient tout seul.


Le feu : le  coton se consume plus rapidement que le lin

Le coton

Approchez la flamme de l'allumette de la toile de coton : elle est grande et dévore  rapidement le tissu. Stoppez la flamme avant que tout ne soit détruit car le coton brûle comme du papier sans odeur particulière. Le tissu brûlé est noirci même si, à l’origine, il était rouge et le bord, une fois la flamme éteinte, brun et régulier, laissant des résidus à peine palpables.

Le lin 

Approchez la flamme de l’échantillon. Ne vous pressez pas d'éteindre la flamme, le tissu brûle plus lentement. Soufflez pour éteindre et observez : la partie qui a été brulée n'a pas complètement disparue, ce n'est plus qu'une forme grisâtre qui représente le squelette de l'étoffe disparue, Curieusement, on retrouve la forme et les dimensions de la partie brûlée tel un fragile fantôme qui peut disparaître au moindre souffle.


2 L’OUIE : DU CHANT  AU RÂLE

Le coton  

Entaillez l’échantillon avec une paire de ciseaux puis prenez les deux parties et tirez d'un seul coup afin de séparer le tissu en deux. La déchirure est rapide, le tissu se sépare en droit fil et le bruit est clair, sec, presque strident. Pour un tissu épais, le bruit sera plus sourd. On peut le comparer au son d'une clarinette ou d’un tuba selon la consistance du tissu.

Le lin

Entaillez l’échantillon et tirez pour le déchirer  C'est  difficile, voire impossible.

Pourquoi ? Parce que les fils de lin étant plus irréguliers, ils ne cèdent pas aisément à la traction et une déchirure "propre" suivant le droit fil est impossible, les bords du tissu seront toujours irréguliers, effilochés. Le bruit est étouffé, faible et poussif. C'est l'équivalent du son d'un trombone.

Le saviez vous ? Ceci est un moyen infaillible de différencier le lin du coton : Si, dans un magasin de tissus, le vendeur ou la vendeuse entaille et déchire d'un geste sec le tissu, il ne s'agit pas de lin pur mais, dans le meilleur des cas, d’un mélange.  


3 LE TOUCHER : TOUT EN SUBTILITÉ

Le coton

Posez votre main sur le coton. La chaleur de la main suffit à chauffer la surface de l’étoffe. Selon la longueur des fibres, le procédé de filature, la qualité du coton, vous sentez sous les doigts une surface lisse ou duveteuse. 

Le saviez vous ? L’ennoblissement peut modifier les sensations tactiles. Dans la main, une toile de coton basique est quasiment neutre, naturelle tout au plus. Par contre, dès que l'on touche une toile de coton plus sophistiquée, c’est-à-dire revue et corrigée par la technique et la chimie, la main est capable de percevoir les subtilités qui lui octroient une brillance accrue, un grain ou une raideur artificielle. 

La fibre de coton est tellement répandue sur la planète qu'elle peut sembler au premier abord insignifiante. Pourtant, il faut savoir qu'il y a coton et coton. Si l'on sait faire la différence, on entre alors dans le cercle des Tissus Addicts.

Le saviez vous ? Une  fabuleuse qualité de coton pousse sur l’île de Socotra au large des côtes du Yemen. Cultivée,  filée et tissée localement selon des techniques ancestrales, ce coton de mer est doté de fibres d’une longueur inhabituelle et d’une extraordinaire finesse. Ces critères lui ont valu l’obtention par l’U.E. de l’indication IGP (Indication Géographique Protégée) qui en fait le plus luxueux, le plus rare et le plus cher coton du monde, loin devant le fameux coton égyptien gossypium barbadense, plus connu sous les appellations coton Jumel ou Giza 45. 


Le lin

Posez votre main sur l’échantillon : il  reste froid. Pourquoi ? Parce qu’il est bon conducteur de chaleur.  Par conséquent, la chaleur de votre main n’a pas d’incidence. Comme avec l'eau, la chaleur traverse le tissu qui ne la conserve pas.

Dans la main, le lin a une présence, une texture, une intensité qui en fait une matière tangible. Sa surface granuleuse et irrégulière est singulière, parfois riche, mais toujours reconnaissable.

Le saviez vous ? Une personne habituée à manipuler les tissus, pourrait différencier le lin du coton les yeux bandés. Pour moi le lin irlandais est comme un intrus dansa le monde des étoffes. Sa production est localisée et peu abondante. Ses fibres blanches, fines, d’une longueur inhabituelle, procurent au tissu une luminosité et un éclat qui transparait sous la teinture. Tout en conservant une allure rebelle, la douceur perce imperceptiblement, cette  étoffe cajole la peau. Souvent tissé en armure sergé, ce qui la rend plus malléable, elle présente une texture inhabituelle. Ces spécificités en font un produit de luxe rarement vendu au mètre dans les magasins de tissus. 

Le lin est, avec la ramie, la fibre textile la plus ancienne utilisée par l'homme. Sa production, plus faible  que celle du coton, explique son prix plus élevé que ce dernier. 


LES ENNOBLISSEMENTS

Il s'agit des apprêts destinés à transformer les qualités intrinsèques d'une fibre. Ils faussent la donne des expériences précédentes, c’est pourquoi je vous les soumets sommairement.

Les tissus de cotons sont commercialisés sous des aspects très différents : brillant, glacés, duveteux, imperméables, easy-care en fonction de la mode. Les tissus coton et  polyester sont très présents sur le marché, recherchés pour leur facilité d’entretien. 

Les tissus de lin font rarement l'objet d’ennoblissement et même de mélanges car le lin naturel se suffit à lui même. Les amateurs de lin sont souvent des adeptes de la fibre qui recherchent le confort et le coté naturel.
Le saviez vous ? Les lins sont rarement mélangés avec la laine, sans doute une réminiscence des lois bibliques qui interdisaient le mélanges des fibres végétales et animales, mais les  tisseurs italiens ont transgressé ces lois proposant des tissus sublimes.

Le mélange lin/ polyester est, selon moi, une erreur. Pourquoi éliminer ce qui fait son « excentricité » et faire rentrer dans le rang des étoffes insipides un trésor de la nature ?

Il existe des toiles de lin enduites ou imperméabilisées chimiquement qui sont des produits intéressants dont on fait des nappes ou des imperméables légers.

Pour diversifier leur clientèle, les industriels sont tentés par les ennoblissements du lin. Une fibre peut en cacher une autre par exemple, en tissant une toile avec des fils de coton irréguliers dont l'aspect se confond à dessein avec un fil de lin.

En écrasant la fibre avec des rouleaux industriels, on obtient un  lin lustré qui  a la brillance d’une soie. Les lins lavés ont trouvé leur public et le succès commercial en est la preuve mais, comme les blues jeans "used", industriellement vieillis par des lavages successifs, leur longévité est compromise.


Vous voilà en mesure de distinguer les tissus en coton des tissus en lin, de les apprécier pour leurs spécificités et d’envisager sereinement vos prochains achats.  

mardi 26 septembre 2023

1920-30 LE STYLE ART DECO INSPIRE LES DESIGNERS DE PAPIER PEINT

 


LE PAPIER PEINT ART DECO, REFLET D’UNE ÉPOQUE, CELLE DES ANNÉES FOLLES !

Avec le mois de Septembre les journées du patrimoine reviennent, pour le plus grand plaisir da’un public curieux. Ce post est ma contribution à ces journées culturelles. Le papier peint « Art Déco », ode à la créativité, à la modernité des années 30, demeure au XXIe siècle un style porteur de valeurs artistiques. Contrairement aux mouvements de mode souvent éphémères, le style est une valeur sûre.


EN IMMERSION DANS UN ESPACE TEMPS 

Le papier peint Art Déco est plus qu'une banale décoration murale. Ses motifs et ses couleurs si reconnaissables suffisent à  créer une ambiance visuelle très convaincante.  


L‘IDEE DEMEURE, LA TECHNIQUE CHANGE

Avant tout, il serait de bon ton de faire la part des choses et surtout des mots.  

Cette technique fut, selon les historiens, un invention chinoise qui aurait débuté aux environs du Xe siècle.


DU PAPIER PEINT AU PAPIER IMPRIMÉ

L’exercice consistait à peindre à la main des motifs sur des feuilles de papier destinées à être collées sur les murs. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle, que les européens se lancent à leur tour dans la production de papier peint.
Le saviez vous? Dans son Livre des merveilles, le voyageur Marco Polo décrit avec grande admiration les intérieurs chinois tapissés de papiers peints de figures coloriées au pinceau. Après la publication des récits de voyages de Marco, débutèrent les importations de papier peint vers l’Europe. Des produits artisanaux réservés à une élite sociale jusqu’au XVIIIe siècle et le début de l’industrialisation. 

 Les siècles ont passé et l’artisanat à fait place à l’industrie. A la fin du XVIIIe siècle, les  innovations techniques et la mécanisation de la production, rendent ce produit plus accessible financièrement.


PAPIER PEINT VERSUS WALLPAPER ?

L’expression « papier peint »  est, en 2023, un terme générique qui désigne un revêtement mural dans lequel le vinyle remplace souvent le papier et dont la surface décorative n’est plus peinte manuellement mais imprimée industriellement. L’appellation anglo-saxone “wallpaper“ est sans doute plus proche de la réalité.


ART DECO?

C’est après l’immense succès international remporté par l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris de 1925, que ce style fut baptisé Art Déco. 


LE TEMPS DE LA MATURATION

Le mouvement prend le temps de se construire à partir de 1910,  pour devenir un   style dans les années 20 qui atteint son point culminant dans les années 30. 

Le saviez vous ? Cette période coïncide avec la découverte des nouvelles techniques d’impression qui permettent d’obtenir des motifs plus complexes avec des détails plus perceptibles. Les progrès de la chimie des pigments modifient les techniques d’application de couleurs qui sont plus vives, plus éclatantes. Des matériaux nouveaux sont exploités dans l’industrie du papier peint : vinyle, fils métalliques, qui offrent richesse et profondeur aux motifs. Ces innovations séduisent une clientèle qui s’émancipe du passé  


UNE GOURMANDISE CULTURELLE A CONSOMMER AVEC PARCIMONIE

Les papiers peints Art Déco  avec des notes exotiques, invitent aux voyages,  titillent la curiosité, favorisent l’évasion  réunissent des éléments de la peinture cubiste, des représentations stylisées des pyramides égyptiennes, les lignes brisées des ziggourats mexicaines, le tout dans une explosion de couleurs acidulées.


DES SOURCES D’INSPIRATION AUDACIEUSES 

Elles sont multiples et tirent à jamais un trait sur les formes alanguies passéistes, préférant les motifs géométriques, les lignes droites, les formes stylisées. Les artisans et artistes qui ont participé au développement de l’industrie du papier peint puisent leur inspiration dans l’actualité culturelle créant une fusion d’influences. 

L’art nègre qui inspira les peintres cubistes se retrouve dans le papier peint avec des formes géométriques jusqu’a l’abstraction, des lignes brisées, des teintes fortes et contractées.  

En 1922, la découverte de la tombe de Toutankhamon et de ses trésors inspire les designers qui éparpillent hiéroglyphes et scarabées stylisés sur la surface plane des papiers peints.   

Le succès populaire de l’exposition parisienne des arts décoratifs en 1925  donne le départ de ce style décoratif.  

Le saviez vous ? Créé spécialement pour l’exposition, par J. Dunand, le papier peint "Le Toucher“ représentant des mains stylisées se touchant, symbolisant le sens du toucher ,est devenu l'une des œuvres les plus emblématiques de l'Art déco. 


AUTRE EPOQUE, AUTRE STYLE

Après la première guerre mondiale, l’Art Nouveau, son inspiration végétale, aux lignes galbées et aux tons pastels n’était plus en phase avec une population chamboulée socialement, économiquement et culturellement. La décoration d’intérieur se fait plus graphique, plus singulière, plus structurées, plus innovante.


UNE VISION POSITIVE DE L’AVENIR

La période des années 20-30 est pleine de promesses, l’avenir s’annonce radieux. Parmi les objets du quotidien qui célèbrent la modernité, les progrès de la technologie et la prospérité économique,  le papier peint se démocratise et recouvre aussi bien les murs des salons bourgeois que ceux des intérieurs plus modestes.


« LE CUBISME DOMESTIQUE »

Dix années qui ont marqué à jamais les arts décoratifs. Créé en réaction contre les lignes frénétiquement ondulées de l’art nouveau, ce mouvement, qui aurait pu être éphémère est devenu un style  artistique et architectural qui s'est répandu dans le monde entier, s’illustrant dans des domaines aussi variés que  l’architecture, la mode ou le design. 

- L’architecture : des bâtiments art déco ont été érigés de Riga à Tel Aviv, de Miami à Chicago. Aujourd’hui, ces quartiers font partie du patrimoine culturel de ces villes.   

- Les motifs abstraits décorent les soieries lyonnaises. 

- Le mobilier aux formes simplifiées utilise du verre, métal, certaines matières plastiques et des essences de bois exotiques.   

- Les papiers peints   décorent les  cabines des transatlantiques, recouvrent les murs des chambres des palace  New-yorkais comme ceux des cuisines des logements  modestes parisiens.   


LA PLENITUDE DU STYLE ART DECO

La période 20-30 a vu l’éclosion d’un style fusionnel dont les influences perdurent encore aujourd’hui, séduisant les esthètes d’ici et d’ailleurs.

Le saviez vous ? Pendant les années 1920, les papiers peints panoramiques sont devenus très populaires. Ils présentaient souvent des paysages exotiques, des scènes urbaines modernes ou des représentations de la vie quotidienne. Ils méritent à eux seuls un post.


DU BASIQUE A L‘OPULENCE  

Longtemps considéré comme un parent pauvre de la décoration comparé aux étoffes luxueuse, le papier peint Art Déco se hausse à leur niveau lorsque les fabricants proposent articles « métallisés » rehaussés d’or et d’argent. Les textures sont visuellement luxueuses et tactilement subtiles veloutées, brillantes, polies. Avec cette touche d’opulence, ce produit industriel rejoint les velours de soie et les précieux damas dans la décoration. L’entre deux guerres fut une période prospère et c’est sur les murs des intérieurs que va s’exprimer cette belle humeur.


MATERIAUX INNOVANTS « LIMITLESS »

La modernité de ce style est exacerbée par l’utilisation de matériaux nouveaux comme le mica, papier métallisé, métal. Tout cela offre des possibilités multiples aux décorateurs, mais les limites sont aisément franchies. 

Le saviez vous ? Parfois vouloir tout c’est trop.  Trop de lumière, trop de luxe peut être négatif ainsi que le montre cet exemple. Dans les années folles de l’Art Déco, certains fabricants ont tenté de sublimer la lumière en ajoutant du radium dans la peinture pour ses effets phosphorescent dans l’obscurité ! Les effets nocifs de cet élément radioactif sur la santé des clients ont été à l’origine de sa disparition dans le domaine du papier peint.


LA MODERNITE PAR PETITE OU GRANDE TOUCHE

Dans les années 20/30, le papier peint envahit les appartements, il ne règne plus seulement dans les pièces d’apparat, mais il s’immisce dans l’intimité des chambres et même des salles d’eau,  avec des thèmes en adéquation avec le lieu. C’est  un moyen populaire et abordable de faire entrer l'esthétique Art déco dans les foyers.

Le saviez vous ? c’est autour du papier peint que les décorateurs d’intérieur articulent la décoration d’une pièce. Tapis, luminaires, rideaux et meubles étaient conçus en totale coordination avec le papier peint, c’était un tout et un tour de force pour parvenir à l’union sans faille.


L’ART ET LA  MATIERE

La période art déco constitue un univers créatif qui déroule l’histoire et la matière sur des rouleaux de papier imprimés. Les grands éditeurs de papier peint mettent à profit les progrès considérables des méthodes d’impression pour proposer des produits nouveaux. Les motifs sont, à la fois, plus complexes, les détails plus précis, la gamme colorée riche et forte.


ATMOSPHERE, ATMOSPHERE

L’ esthétique visuelle qui mélange des éléments géométriques, des motifs abstraits, des lignes épurées et des couleurs vives, est à l’image d’une époque.   


UNE STAR EST NEE

A eux seuls, ils permettent de recréer facilement une ambiance et c’est pourquoi qu’ils ont été choisis par de nombreux décorateurs de cinéma.

Le saviez vous? Dans le film Shining de Stanley Kubrick, le papier peint du mythique hôtel Overlook est devenu célèbre. Il présente un motif Art déco hypnotique et a été utilisé de manière à créer une atmosphère angoissante tout au long du film.


« RIEN NE SE PERD, RIEN NE SE CREE, TOUT SE TRANSFORME « Anaxagore de Clazomènes,  450 avant Jésus Christ.

Le papier peint Art déco a plus d’étoffe qu'une simple décoration murale, c’est  à lui seul une ambiance visuelle aisément qui parle du passé au présent, créant ainsi un espace ou le temps n’a plus d’importance. La mode  et de  la décoration d’intérieur des années 70  ont de toute évidence emprunté les couleurs et les motifs au vocabulaire Art Déco 


UNE RE-INTERPRETATION CONTEMPORAINE

 Les collections  contemporaines de papiers peints Art Déco sont une réussite, elles se sont   adaptées  au goût de  notre époque. 


LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITE

Si le support technique  est paré de toutes les avancées technologiques, la touche rétro qui fait son charme  demeure.


LE BACK-OFFICE

Des industriels visionnaires

Les  fabricants  de papiers peints  innovent en  diversifiant  les gammes afin de répondre  au succès populaire bâti sur l’émergence d’une nouvelle société de consommation.  

Un terrain de jeu pour les designers avant gardistes 

Dans les années 20, le papier peint était un extraordinaire moyen d’expression pour les artistes peintres, couturiers, affichistes, architectes ou décorateurs tels Paul Poiret, J.E. Ruhlman, Erté, Tamara de Lempicka, Lurçat, Mallet Stevens qui se sont tous lancés dans l’aventure avec maestria.

La qualité et l’originalité d’une collection de papiers peints tient au talent de l’éditeur  

Le rôle d’un éditeur de papier peint est  similaire  à celui d’un directeur artistique. Il choisit des thèmes, sélectionne les designers,  et surveille  la fabrication . Certains  cumulent les rôles d’éditeur et de  fabricant ce qui supprime un intermédiaire et facilite la mise en œuvre des collections

 

L’éblouissante sélection de papiers peints Art Déco proposée par etoffe.com illustre avec panache ce texte.

Comment terminer ce post sans mentionner quelques sociétés qui ont participé à la diffusion de papiers peints Art Déco.

Zuber et Cie : fondée en 1797, cette entreprise française s’est spécialisée dans les papiers peints panoramiques.

Cole & Son : société britannique fondée en 1875 qui propose encore des papiers peints dans l’esprit Art Déco.

La société "Bradbury & Bradbury Art Wallpapers". Cette entreprise, fondée en 1979 en Californie, s’est spécialisée dans la reproduction de papiers peints de style rétro et vintage, y compris des motifs de l'ère Art déco, qui étaient populaires dans les années 1920 et 1930. Les papiers peints de Bradbury & Bradbury étaient appréciés pour leur authenticité historique et leur qualité artisanale et étaient souvent utilisés pour restaurer et décorer des bâtiments anciens dans le style de l'Art déco.

dimanche 10 septembre 2023

LE QIVIUT "UNE FIBRE AU POIL" SUITE

 LA MAGIE DE LA NATURE

La double toison de l'ovibos est une isolation intelligente qui s'adapte naturellement  à la température ambiante, permettant à l'animal de réguler sa température corporelle qui  demeure constante,  quelque soit les conditions météorologiques  


LA RECUPERATION DU QIVIUT : UNE CUEILLETTE TRES PARTICULIERE

L'oomingmak ne peut être tondu car sa   toison est pauvre en lanoline et en suint contrairement à celle du mouton. On raconte qu'en 1910 un jeune bœuf musqué pensionnaire du zoo du Bronx fut malencontreusement tondu et quelques jours plus tard il mourut d'une pneumonie!


Collection Automne -Hiver : sa toison extérieure, permanente, est la premiere barriere thermique, son duvet est une isolation éphémère supplémentaire , et ensemble ce deux supperpositions thermiques lui permette d'affronter en toute sérénité ou presque les températures extrêmes de l'arctique

Le duvet d'hiver est donc qualitatif mais  pour le récupérer des étapes manuelles sont incontournables,: l'animal lorsqu'il est domestiqué dans les fermes d'élevage est brossé, peigné  à l'aide d'outils spéciaux qui ni ne blesse l'animal ni n'abime le duvet. En ce qui concerne les ovibos sauvages le duvet est récupéré de la même maniere mais sur  les peaux prélevée sur les animaux morts.

Le saviez vous?La fourrure externe composée de jarres long grossiers et raides et le sous duvet d'hiver tres dense ont aussi une autre utilité celle d'empécher les épines, les brindilles et les parasites d'atteindre la peau de l'ovibos qui pourraient blesser l'animal.

Collection printemps-été = le manteau est plus léger, la sous toison est plus mince. Puisque l'animal ne supporte pas la chaleur, lorsque les températures deviennent positives,  une mue partielle est prévue. Le duvet se détache naturellement de la peau, et pour parfaire sa tenue estivale, l'ovibos se frotte aux arbustes épineux laissant sur son passage des touffes de duvet accrochées ça et là dans les broussailles. Elles seront "cueillies", nettoyées, triées avant d'être filables.


Le saviez vous ? Seule une infime partie de la production est filée et tissée sur place par les inuits. Le duvet est envoyé pour partie au  Pérou pour y être filé, puisque il y a des filatures équipées de machines  aptes au filage des fibres fines comme celle de la vigogne. Plusieurs entreprises européennes sont aussi mises à contribution.                                                                                                                

UN HABIT A LA DEMESURE DE SON PROPRIETAIRE

Quelle que soit la saison, le costume est adapté au climat grâce aux  propriétés thermiques de cette sous toison.                                          Imperméabilité « à tout crin » : sa densité empêche l'humidité de pénétrer jusqu’à la peau, prévenant un éventuel refroidissement.                              

Isolation thermique exceptionnelle : Le qiviut est l'une des fibres naturelles les plus isolantes au monde, environ huit fois plus chaude que la laine de mouton.                                                                                ---Finesse : entre 11 et 17 microns. Cette finesse nécessite le mélange  avec un fil de mérinos ou de soie pour être plus facilement travaillé.                    Elasticité :  nulle. Par conséquent, les articles tricotés ou tissés ne rétrécissent pas au lavage et ne feutrent pas.                                             Légèreté :  fibre creuse, elle emmagasine davantage d’air, améliorant l’efficacité de l'isolation thermique. L'air piège la chaleur corporelle et empêche le froid de pénétrer.                                                                     Le saviez vous ? environ 800g de laine de mouton sont nécessaires, pour tricoter un pull ; pour le même article, moins de 100g de qiviut suffisent.                                                                                                        Résistance à l’usure : plus solide que la laine de moutons.                     Régulation de l'humidité : similaire aux autres fibres naturelles, le qiviut est capable de réguler l'humidité en absorbant l'excès de transpiration tout en conservant la chaleur.                                                                 Hypoallergénique : une tolérance qui ravit les personnes allergiques aux autres laines en raison de sa structure et de la composition chimique de ses protéines.                                                                                Teinture : La laine de qiviut accepte bien la teinture et conserve des couleurs vives.                                                                                                                                                                                              EN APARTÉ : Cet animal fut une belle découverte. J’ai été bluffée par la haute technicité thermique de la protection vestimentaire de ce mammifère qui n’a pas coupé tous les liens qui le relie au monde des dinosaures et des mammouths laineux. En conclusion de ce post, je puis affirmer que la qualité exceptionnelle du qiviut n’est en rien usurpée. 

LE QIVIUT "LA LAINE DES GLACES"

 

En ce mois d’Aout caniculaire, voici un post réfrigérant ! C’est sous la lourde et rustique fourrure d’un mammifère «préhistorique» que se cache le qiviut.  

Le saviez vous ? Qiviut signifie en inuktitut, langue des inuits, duvet ou laine intérieure en référence à la sous-toison douce et isolante qui couvre la totalité du corps du bœuf musqué, à l’exception des yeux,   lèvres, naseau et sabots. 


UN VESTIGE DE LA DERNIERE ERE GLACIERE

Les ancêtres de ce mammifère herbivore, couvert d’un épais manteau de jarres longs et raides, présents dans les régions arctiques, ont parcouru les plaines d'Europe et les steppes d’Asie avec le mammouth, le mastodonte ou encore le rhinocéros laineux avant de trouver le lieu adéquat pour se poser et se reproduire à l’abri des prédateurs, excepté le plus dangereux d’entre eux : l’homme.

Un carnage :  Celui que les étrangers ont baptisé bœuf musqué constitua, des siècles durant, une ressource à la fois alimentaire et vestimentaire pour les natifs, les baleiniers, les colons et les explorateurs. Mais cette source se tarit peu à peu jusqu’à la limite de l’extinction, une histoire commune avec celle du bison. Au XIXe siècle, plusieurs facteurs concomitants contribuèrent au désastre : le commerce des peaux était si rentable que des malandrins, attirés par le profit, n’hésitèrent pas à abattre des troupeaux entiers d’ovibos. On raconte qu’entre 1862 et 1916 une compagnie canadienne aurait vendu plus de 14.000 peaux. Un autre danger guettait l’animal, celui de la multiplication des expéditions polaires. Le bœuf musqué était une solution incontournable pour nourrir les équipages et les chiens de traineaux. 

La prévention :  à la suite de ces funestes constats, la chasse du bœuf musqué fut réglementée afin de préserver cette ressource vitale pour les autochtones. Seules la viande et la fourrure avaient alors un intérêt, la commercialisation du qiviut n‘était pas encore à l’ordre du jour. Dans les territoires du Nord Ouest et des îles arctiques, la chasse fut interdite ou restreinte. 

Au Groenland, la loi autorise les inuits à chasser le bœuf musqué, les animaux marins dont le narval et l’ours polaire, mais limite le nombre d’animaux sauvages chassés afin de respecter l’équilibre écologique.           


Le saviez vous ? Domestiquer ces animaux eut été une autre manière de les préserver tout en exploitant le duvet d’une manière raisonnable. Cette idée fut émise au XIX e siècle par un explorateur pour faciliter l’exploitation commerciale du qiviut, un produit plus valorisant encore que la fourrure. Il fallut attendre 1970 et l’obstination de John Teal pour assister à la création d’une ferme expérimentale en Alaska. Bien que les débuts n’aient pas été concluants (les animaux ont été transportés sur les terres de l’ile voisine de Nunivak où désormais ils prospèrent  en toute liberté), les élevages créés au Canada et en Alaska perdurent et le cheptel croit d'année en année 


UNE ATTRACTION TOURISTIQUE

Les safaris photos et autres randonnées pédestres autour des  troupeaux de bœufs musqués qui paissent en liberté dans la toundra aux alentours de Kanger-Lussak font partie des attractions locales. 


UNE IDENTITE PLURIELLE

Il s’agit d’une espèce emblématique de la faune de l’Arctique qui   appartient à la famille des Bovidés, étroitement liés aux caprins ovins et bovins, caractérisés par la présence de véritables cornes permanentes et non ramifiées. Adulte, le mâle peut peser une demi-tonne, mais son  précieux duvet, dans le meilleur des cas, dépasse à peine un demi-kilo. Son instinct grégaire l’incite à  vivre en petits groupes appelés hardes, caractérisées par une hiérarchie et une structure sociale complexe.

La complexité physique de cet animal se retrouve dans la variété de ses noms et surnoms.

-Communément, le bœuf musqué : En 1720, Nicolas Jérémie, explorateur et négociant en fourrure, découvrit un animal encore inconnu des européens qu’il décrit ainsi «un espèce de bœuf que nous nommons Bœufs musquez  à cause qu’ils sentent si fort le musc que, dans certaines saisons de l’année, il est impossible d’en manger».

Le saviez  vous ? L’odeur de musc dégagée par le bœuf musqué peut être assez puissante pour être perçue à distance. Elle peut être utile pour la reconnaissance des individus dans leur environnement ainsi que pour délimiter les territoires, surtout dans les régions où les ressources alimentaires sont rares, et pour maintenir la hiérarchie sociale au sein du groupe.

-Scientifiquement ovibos moschatus  

Si son physique rappelle celui du bœuf, toutes proportions gardées, il  ne correspond pas à son ADN. Malgré son nom, il est plus proche du mouton et de la chèvre que du bœuf. 

-Localement Oomingmak ou «l’animal dont la fourrure ressemble à  une barbe» en inuktitut, ce qui est une évidence si l’on en juge par son physique avec sa crinière hirsute composée de poils longs et raides qui encadrent son cou et son visage. L'impression de barbe est alors flagrante. Une autre caractéristique physique étonnante : La lourde et longue toison externe si protectrice masque quasiment les pattes qui, elles, sont très courtes. Ceci ne serait qu’anecdotique si, en hiver, les couches de neige n’étaient pas si épaisses… Courir dans cet environnement pour échapper aux chasseurs se révèle une expérience très périlleuse qui fait t de l’ovibos une proie facile pour les prédateurs.


LE QIVIUT, UN BRIN LUXUEUX  

Le précieux duvet soyeux, fin, doux, léger, plus dense en hiver qu’en été, est protégé par l’épaisse fourrure composée de jarres. Si cette dernière est permanente, le qiviut, quant à lui, se détache partiellement de la peau lors de la mue de printemps. Cette mesure de préservation de l’espèce a pour conséquence une production faible et aléatoire qui ne peut satisfaire que le commerce de luxe qui mise sur la qualité et la rareté et non sur la quantité et la régularité du produit.  

Au XVIIIe siècle, un succès d’estime mais un flop commercial

Nicolas Jérémie, ce négociant en fourrures subjugué par les qualités thermiques du qiviut, rapporta des échantillons en France où il fit confectionner une paire de bas plus fins que ceux tricotés en soie, mais, parmi les conseillers de Louis XV, aucun ne perçut le potentiel commercial d’un tel article.  

Au XXe siècle, le marketing joue et gagne  

Depuis quelques décennies, la laine de qiviut est devenue un « must » d’un point de vue économico-culturel pour les inuits qui, dans les rares points de vente du Groenland, vendent celle-ci et les produits finis. 

 

ENTRE TRADITION ET INNOVATION                                                          Tradition: Ce duvet était un article utilitaire pour les peuples autochtones de l’Arctique qui l’utilisaient pour rembourrer les anoraks ; les articles tricotés ou tissés étaient plus rares. 

Innovation : Ce n’est que depuis quelques décennies que la laine qiviut est devenue un produit très convoité par une clientèle internationale intéressée par les fibres naturelles, les produits artisanaux et les matériaux durables. Le prix du qiviut atteignant des sommets, incita les inuits à commercialiser le duvet sous forme de produits finis : fil à tricoter, écharpes, gants ou bonnets. C’est ainsi que j’ai passé un long moment dans la jolie boutique (la seule à l’époque) de Sisimiut, hésitant entre une paire de gants ou un bonnet. Finalement, mon choix se porta sur une pelote de qiviut vert émeraude transformée depuis en un tour de cou fabuleusement doux et chaud.  

Si l’industrie n’est pas en mesure d’exploiter ce filon, certains  entrepreneurs furent tentés par l’aventure de faire entrer la laine de qiviut dans leur collection. 

Le must du must, le Dormeuil Vanquish II, «un cocktail signature», une symphonie de matières plus mélodieuses les unes que les autres, un régal lors des premiers frimas annonciateurs de l’automne : pashmina, vigogne et qiviut ! Pour moi c’est sans doute le lainage le plus fabuleusement exquis jamais sorti d’un métier à tisser ! Un rêve pour la textilophile que je suis. 


A SUIVRE