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samedi 5 novembre 2022

LA BURE

 UNE ALLEGORIE DE L’AUSTERITE MONACALE

La bure fait partie des étoffes qui ont une histoire voire des histoires. Sans faillir, cette vilaine toile de laine s’est acquittée de la mission délicate de vêtir les plus démunis des siècles durant.  Cependant c’’est dans un univers mystique qu’elle s’est forgée une image avec la légendaire robe ou froc de bure des moines franciscains, répondant au précepte de pauvreté prôné par Saint François  


DEFINITIONS

Bure «étoffe de laine très brute et très grossière ayant un vilain poil, point croisé et de fort petit prix, son usage le plus ordinaire est pour habiller les pauvres gens»  Furetière 1690.

«Grosse étoffe de laine, de coloration brune, dont on se sert pour la confection des vêtements de certains ordres religieux» in Larousse XX e siècle.

 

UNE ETYMOLOGIE INCERTAINE

Les origines du mot, réelles ou supposées sont nombreuses :

-du haut allemand Bür habitation rurale issu de l’indo-européen bhû, « croître, bâtir ». qui donne Bauer, paysan habitant la bür. La bure un abri pour le corps ?  l’habit n’est-il pas la maison où le corps peut se blottir ? Capillotracté ? Je l'admets, mais ce n'est qu'une hypothèse de plus. C’est par l’intermédiaire des Vikings que ce terme fut introduit en Normandie où l’ont trouve des villages comme Bures-sur-Dives et plus loin Bures-sur-Yvette

-du latin burrus, roux, du grec purros, couleur feu. La couleur se rapprochait du ton fauve virant au marron. Cet étymon est commun au bureau. 

-du latin bura  "tissu de laine brute et velue «  

-de burel qui désigne des laines grises, brunes ou noires

-de bourre. puisque le tissu était fabriqué avec des déchets de laine qui restent après les différentes opérations (filage, peignage, foulonnage), ou avec des brins trop courts délaissés pour les tissages de qualité. Il n’y a pas de secret la qualité  à un prix.

 

SIMPLE QUESTION D’ANTERIORITE

Le bureau et la bure étaient des étoffes similaires, en laine de médiocre qualité et de prix modique, seule la date de leur commercialisation permet de les différencier. A partir du XI e siècle, il est fait mention de bureau dans les inventaires après décès mais, au fil des ans et des usages, ce mot migra de l’atelier des tisserands à celui des ébénistes, puis aux cabinets d’architectes. Ainsi, l’usage du mot bureau dans son acception textile tomba en désuétude au XIVe siècle avant de disparaître totalement.


QUI VA A LA CHASSE PERD SA PLACE

La place laissée vacante par le bureau dans fut rapidement comblée par la bure, article qui par sa modestie, joua  avec subtilité sur deux tableaux : laïc et religieux.


UN TISSU POPULAIRE

Au XIIIe siècle en Occident, la garde robe des  classes populaires était réduite à quelques pièces dont la principale était une pèlerine à capuchon taillée dans un grossier lainage de qualité incertaine et de teinte indéfinie  sans doute due au  mélange de fibres marrons, beiges et blanchâtres. La bure avait de quoi séduire, non  pas par son aspect physique, mais  par  son prix modique;  Pour assurer un minimum de protection, le tissu était foulé afin d’augmenter son  épaisseur, sa solidité et lui octroyer une certaine imperméabilité. 

Le saviez vous? Au Moyen Age la laine était foulée aux pieds, les ouvriers  piétinaient des métrages de lainage déposés dans des cuves remplies d’eau chaude additionnée de substances aidant au rétrécissement et au feutrage.  


QUAND L’HABIT FIT LE MOINE

La tenue des capucins, robe de bure et long capuchon pointu, cordelette  à trois nœuds en guise de  ceinture et sandales, est un héritage de Giovanni di Pietro Bernardone (1182-1226) futur saint Francois d’Assise. Par l’adoption d’un vêtement misérable  il marque l’abandon de son mode de vie bourgeois, l’éloignement du costume laïc aux matières douces et colorées. En « prenant l’habit", les moines  indiquent qu’ils partagent des valeurs communes,  signifient leur appartenance à un groupe, en l’occurrence celui des frères franciscains.


UN CHOIX PAR NECESSITE ET NON PAR HASARD                                                                                               Fils d’un drapier d’Assise, le futur Saint  se familiarisa très tôt avec les étoffes et la teinture. C’est donc en pleine conscience qu’il fit le choix de la bure, tissu vil et bien peu aimable, utilisé notamment par les paysans d’Ombrie. Le  froc était  un vêtement laïc très courant dans les campagnes européennes au  Moyen Age avant d’être adopté par les moines des ordres mendiants  Mot Issu de l'ancien bas francique hrokk habit, tunique.                                                                           

 LE RENONCEMENT                                                                                       Pour marquer son abandon de sa vie antérieure il déambulait dans la ville enveloppé de guenilles lui qui, jadis, portaient de riches habits de laines  outrageusement colorés.                                                                                           « Il la prépare toute rude, pour crucifier en elle sa chair avec les vices et les péchés ; il la prépare enfin toute pauvre, grossière et telle que le monde ne puisse en rien la convoiter » (Thomas de Celano).

ENTRE MYSTICISME ET FONCTIONNALITÉ                                                L’idée de Saint François d’Assise de se détourner du luxe de la société civile par la couleur et la matière de l’habit a été quelque peu contrariée d’abord par les habitants d’Assise qui baptisèrent cappuccino une boisson dont la couleur rappelle celle de la bure des capucins.puis en 2001, lorsque les franciscains d’Assise firent appel à une styliste pour le renouvellement de leur tenue. Le projet qui proposait une tunique en laine douce, gris foncé et agrémentée d’une poche spéciale pour le portable fut adoubéI 

LE COSTUME EST UN BAVARD MUET                                                                                                                    De l’italien coutume, l’étymologie même de costume est un indice. Le costume se conforme  aux « habitudes » en vigueur dans une région ou dans un groupe. L’habit des moines est un outil. qui incarne aux yeux de tous la soumission à l’autorité, le respect des règles fixées l’ordre de franciscains. Le costume devient alors un outil de communication

QUAND LHABIT NE FAIT PLUS LE MOINE                                                                                                                                                                        « Mais il ne faut pas considérer si légèrement les œuvres des hommes. Car vous-mêmes vous dites que l'habit ne fait pas le moine, et tel est vêtu d'un froc qui au-dedans n'est rien moins que moine, et tel est vêtu d'une cape espagnole qui, dans son courage, n'a rien à voir avec l’Espagne… » François Rabelais, Gargantua,       Le saviez vous ? François Rabelais endossa le froc de bure couleur puce des frères franciscains avant de le jeter aux orties et d’enfiler l’habit noir des moines bénédictins, un ordre dont les préceptes semblaient mieux lui convenir.

LA BURE UNE ETOFFE NON HOMOLOGUEE                                                                En Europe, depuis le moyen âge, les tisserands sont soumis à des règles strictes qui ne semblent pas s’appliquer à la bure, puisque qu’elle n’apparait pas nommément dans les règlements  officiels des manufactures. La nature ordinaire des matériaux et son  prix  modeste en firent un paria.(du tamoul parayan homme de la dernière caste)

UNE ETOFFE AUX MESSAGES SUBLIMINAUX         - -Révolutionnaire : au XVIIIe siècle, l’image populaire de la bure est renforcée lorsque les « sans culottes » taillent leurs pantalons  dans une bure unie ou rayée pour se différencier des nobles qui portent culottes de drap fin et bas de soie.                                                                                         - Economique : au XIXe siècle, la bure est toujours un tissu de peu de valeur.  En 1808, à l’initiative de Pierre-François Percy, fut créé un bataillon de soldats asujetti au service de santé. Infirmiers et ambulanciers portaient des tenues taillées dans une bure brune grossière mais économique.                                       - Qualitatif : il était de notoriété publique que, pour diminuer le prix de la bure, certains tisserands mélangeaient à la bonne laine des déchets de laine (bourre, tontisse ou tonture) tombés lors des diverses opérations depuis le cardage jusqu’au tissage. C’est donc très officiellement qu’à  Dreux il y avait des bures loyales, fabriquées à partir de bonne laine et dont le prix était plus élevé que  , les «bures bourrières » de Thivilliers tissées à partir de bonnes laines mêlées d’un grand pourcentage de bourre, vendues sans garantie de qualité mais à vil prix.    

A LA LITTERATURE LE BUREAU 

Il semble que le  bureau ait été source d’inspiration pour les poètes alors que la bure fut elle magnifiée par des peintres.                                                       « Mieux vaut vivre sous gros bureau, pauvre, qu'avoir été seigneur et pourrir sous riche manteau » François Villon  

 « Bureau vaut bien escarlate » H.Estienne  

 « Panurge print quatre aulnes de bureau et s'en accoustra comme d'une robe longue » In les moutons de Panurge Rabelais (1494-1532).

A LA PEINTURE LA BURE

Si nous devions nous faire une idée de ce que fut la nature de la  du froc de frères franciscains uniquement à travers  le filtre de la perception d’artistes comme Zurbaran, je pense que nous serions induits en erreur. Peintre mystique subjugué par les matières textiles, il parvint dans ses  portraits de l’initiateur de l’ordre des franciscains, qu’il soit en extase ou en prière, à magnifier la misérable bure au point d’en faire le sujet principal de la toile. Seul le visage éclairé par une énigmatique source lumineuse émerge du volumineux capuchon, et par sa maitrise des couleurs il su rendre à la bure  qui occupe la quasi totalité de l’œuvre. sa disparité chromatique. 


LES NUANCES DE LA PAUVRETE                                                                              Les ordres religieux chrétiens possèdent un code vestimentaire et chromatique distinct, les capucins ont fait le choix d’une gamme sombre sans couleur définie. « ni couleur niger, ni albus ni même giseus ». Qu’il s’agisse de bureau ou de bure, le vêtement  monastique se portait jusqu’a l’usure, rapiécé au besoin. La tenue des moines  fut d’abord plus grise que brune, ce qui explique que les moines franciscains sont des Greyfriards en Angleterre. Le froc ne fut officiellement brun qu’au XIXe siècle.                                                                                                                                Le saviez vous ? Jusqu’au XVIIIe siècle, les étoffes les plus ordinaires étaient commercialisées dans des tonalités sombres, sans doute pour masquer la présence de puces dont les couleurs pouvaient se confondre avec celles des étoffes. Notons que la couleur puce eut un joli succès. Certaines femmes disposaient d’un piège à puces, une pièce de flanelle posée sur la poitrine censée attirer les parasites et, lorsque le piège avait bien rempli ses fonctions, le tissu était mis dans la lessive annuelle 

LES TRIBULATIONS VOCABULISTIQUES D’UNE ÉTOFFE

Une immersion dans les coulisses de termes qui ont un rapport proche ou lointain avec la bure, témoigne des multiples vies des mots et les choses                                                                  La bure a laissé plus de trace dans le domaine du vocabulaire international que dans celui de la mode. Si la langue française, si riche habituellement, n'utilise qu'un seul et même mot pour le tissu, le meuble et la pièce, il en va différemment : en anglais qui propose Monkcloth pour le tissu, Desk pour le meuble et Office pour la pièce, en allemand Mönchskutte pour le tissu, Sreibetish pour le meuble, Büro pour la pièce, en italien panne di monaco chiffon, ufficio pour la pièce, scrivania pour le meuble.

Au Moyen Age rares étaient les moines copistes qui avaient du mobilier adapté à la fonction. En général les supports bancs, coffres, pierres étaient inconfortables Afin d’améliorer leurs conditions de travail  certains  moines utilisèrent  les chutes de bureau, tissu utilisé pour tailler leur habit, pour couvrir les supports à  Li’idée se généralisa dans le monde laïc. Un meuble couvert d’un métrage de bureau devenait un plan de travail fonctionnel Au XIVe siècle, le bureau, n’était qu’une sorte de tapis de table, au XVII il donna son nom au meuble qu’il recouvrait Ainsi,     

« J’ai été la première femme qui ait eu un bureau ce l’on critiqua beaucoup d’abord et ensuite presque toutes les femmes en eurent » in Les mémoires de Mme de Genlis (1746-1830).


LE DESSOUS DES TABLES

Au XVe siècle, si les chiffres arabes étaient connus en Occident, ils n'étaient pas encore utilisés pour compter. L’outil utilisé était l'abaque, sorte de boulier (du latin abacus tablette et du grec abakos table de calcul). Dans  de nombreuses civilisations, le calcul se faisait à l'aide de cailloux ou de pièces de métal circulaires, ou  jetons. Tout cela se faisait dans un joli bruit, les jetons s'entrechoquant ou roulant sur la table et tombant sur le sol. 

Le saviez vous ?  L’usage de jeter les pièces en cuivre ou en laiton  sur la table est à l’origine du mot jeton. 

Les comptables manipulaient des écus  «monnaies sonnantes et trébuchantes »   pesées à l’aide d’un trébuchet, balance qui permettait de déceler grâce au poids, les fausses pièces.

Compter sur une surface couverte de bureau améliorait le confort phonique. La protection des meubles était assurée contre les tâches d’encre et les rayures, tout comme les reliures des livres.

La surface nue de la table, sur laquelle on posait l'abaque qui servait à compter, fut baptisée comptoir mais, lorsque le comptoir et autres meubles recouverts de bureau servaient à écrire, ils devinrent un bureau. 

Le bureau devint un meuble plat avec ou sans  tiroirs sous le plateau, sur lequel on écrit En général il y a  dessous un espace vide  pour les jambes

Le secrétaire, est un meuble qui doit "taire les secrets ». Les documents y sont en sécurité  puisqu’il se  ferme  à clé. Un abattant situé à mi hauteur en se déployant  sert d’écritoire.(Ce meuble ne laisse pas d’espace vide sous l’ abattant pour passer les jambes,)

Par la suite, le bureau devient la pièce où se trouve le meuble, le secrétaire deviendra un métier de bureau. La personne en charge du secrétariat est le ou la secrétaire une personne de confiance qui détient les secrets de l'entreprise ou de son employeur.


VARIATIONS SUR UN MOT

Au XIe siècle, on se vêt de bureau, au XIIIe siècle  le bureau sert de » couverture »  au XVIIe siècle, on se met au bureau, au XIXe siècle on va au bureau, au XXII e siècle, le bureau sous toutes ces formes existera-t-il encore ?


En 2022, en France, les quelques rares producteurs de bure ne travaillent que pour honorear les commandes passées par des institutions religieuses et, exceptionnellement, pour des créateurs de costumes d’Opéra, de théâtre ou de cinéma.

 

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lundi 12 septembre 2022

N°3 LE MOHAIR ENTRE HIGHT TECH ET TRADITION

 POURQUOI J’AIME LE MOHAIR?

J’aime, je devrais plutôt dire que j’adore cette fibre parce que c’est un bonheur tactile, parce que la gamme colorée du mohair est un régal pour les yeux et parce qu’émotionnellement, j’ai eu un coup de cœur pour un plaid, mon plaid en mohair écossais rouge et vert, un article aussi beau et délicat que chaud et léger qui transforme les soirées hivernales sombres et tristes en une période aimable et confortable. Tissé, le mohair devient un tissu léger, souple et estival, parfait pour un costume ou un tailleur ; tricoté le mohair est duveteux, gonflant, moelleux, hirsute ; une véritable boule de poils qui colore le dressing et qui met de bonne humeur de bon matin. Un must quatre saisons.


UNE PROTECTION INTELLIGENTE

La robe des caprins d’Angora possède quelques avantages par rapport à la toison des ovins et ce supplément qualitatif se répercute inévitablement dans la matière qui, une fois filée et tissée ou tricoté, devient un véritable cocon protecteur.

La chèvre d’Angora est protégée par sa toison contre  

- le froid  : la toison composée de duvet est en contact direct avec la peau, créant un matelas rempli d'air isolant. L'animal peut ainsi contrôler et maintenir sa température corporelle, ce qui explique sa facilité d’adaptation dans des différentes zones climatiques de la planète.

- l'humidité : la pluie glisse sur les poils soyeux et absorbent l'humidité ambiante. 

- une nature sauvage : la densité de sa toison et les ondulations des mèches la protègent contre la nature environnante (les ronces, les branchages). 

- les prédateurs : un camouflage naturel fort utile lorsqu'elle vivait à l'état sauvage sur les montagnes himalayennes, la blancheur de sa toison avait pour fonction d'écarter les prédateurs, dissimulant l'animal blanc dans la blancheur du paysage enneigé.


LE MOHAIR : UN BRIN DE LAINE NATURELLEMENT « HIGHT TECH »  

Bien que la nature soit formidablement bien faite, l'homme ne cesse de vouloir l'imiter, voire la dépasser. Le mohair est une fibre ancestrale, techniquement bien plus complexe qu'un fil de polyester.  

Il possède un lustre adamantin dû à la constitution de ses écailles fines et lisses au relief insignifiant.

Le risque de feutrage tel le rétrécissement est très modéré grâce à la configuration particulière de ses écailles.

La fibre mohair est duveteuse, les « barbes » créent une barrière entre la peau et le vêtement et préservent naturellement du froid et de la chaleur.

Il respire car le fil se gonfle et se rétracte en fonction de l'air ambiant ; il se gorge de l'humidité dégagée par notre corps et, lorsqu'il fait chaud, il rejette cette humidité vers l'extérieur.  

Il  ne retient pas les odeurs, comme   toutes les laines

il  est facile à entretenir : pour la maille en machine à laver programme laine ou lavage à la main avec un shampoing ou une lessive douce sans frotter ni tordre. Pas de séchage en machine, mais à l’air, à plat puis sur un cintre pour le « détendre ».  Le repassage est inutile voire néfaste pour les mailles. Le nettoyage à sec pour les costumes et les tailleurs est conseillé. 


ATCHOUM !

Le contact du mohair sur la peau n'est pas en cause, comme cela peut l'être pour la laine cardée. Le fil est barbu, ce qui donne cet aspect ébouriffé et gonflant si particulier ; ces barbes peuvent être incommodantes car, lorsqu’un pull est secoué, elles s’échappent et viennent chatouiller les narines, provoquant des éternuements ou des démangeaisons oculaires. Toutefois, cet inconvénient est moins problématique que pour les articles en angora. Un conseil de grand-maman : un séjour dans le bac à légumes du réfrigérateur avant d’enfiler le merveilleux tricot.  


COSTUMES TAILLEURS EN MOHAIR C’EST POSSIBLE !

Le fil mohair est, soit tricoté, soit tissé. En tissage, le fil est généralement mélangé avec de la laine mérinos ou de la soie. Ces étoffes luxueuses, légères, solides, isolantes sont utilisées par les tailleurs pour des costumes masculin, mais elles ne dépareilleraient pas dans un vestiaire féminin!


LES TROIS STADES D’UN FIL

1 : la première tonte des chevreaux de 6 mois donne le kid mohair, une merveille de douceur, le poil n’ayant jamais été sectionné sa pointe est encore arrondie. Il est fin, souple, doux et « fluffy » ; Une matière destinée aux articles de luxe, pour le tricot et conseillée pour les peaux délicates.

2 : A un an c’est la laine des yearling, belle et encore fine et douce, choisie pour le tissage de tissus légers et solide, souvent mélangé avec un fil de soie ou de mérinos.

3: le poil  des chèvres adultes plus long, plus grossier, plus raide, extrêmement solide, est utilisé pour les tapis, des articles qui doivent résister à l’usure.


UN LABEL AOC POUR LE MOHAIR ?

Qu'elles proviennent d’élevages turcs, texans australiens ou sud-africains, les chèvres sont toujours des hircus angorensis ! Mais il y a mohair et mohair ; les  qualités  de la laine varient en fonction de la provenance des bêtes, de leur nourriture, du climat etc… Il existe différents labels qui certifient la qualité ou la provenance de la laine mohair, alors qu’un label international serait plus crédible pour le consommateur.


"A CŒUR VAILLANT RIEN D’IMPOSSIBLE“ ?

Dans la première moitié du XV eme, Jacques Cœur réussit à introduire en France "quelques caprins à laine douce et soyeuse, propre à prendre la teinture" sans doute grâce à ses contacts influents en Turquie ! Ces bêtes, installées dans  l’Allier, la région d’origine du grand argentier, ne résistèrent ni au climat ni aux aléas provoqués par les famines à répétions. Il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour que des élevages de chèvres angora soient couronnés de succès et se développent dans l’hexagone. En 2022, environ 200 producteurs vivent de leur production de laine mohair en France.


PEACE AND LOVE AND MOHAIR

Dans les années 80, le fil à tricoter en mohair était consommé sans modération, faisant fi de la  silhouette, donnant la prime au confort. Les stars du petit écran participèrent à ce succès populaire : la surprise du dimanche soir n’était pas l’invité  d’Anne Sinclair mais la couleur du  pull en mohair qu ‘elle portait !


INSOLITE MAIS VRAI

Seuls les arctophiles savent que les premiers ours en peluches, furent fabriqués simultanément en 1903 en Allemagne et aux USA et que ladite peluche de ces deux prototypes étaient en mohair, l’intérieur rempli de sciure de bois.


Ce post est en quelque sorte un gage de bons et loyaux services que les chèvres d’Angora ont rendus à la mode. Alors que chez  les mammifères à poils ou à fourrure, le système pileux joue un rôle essentiel pour leur survie, les animaux sauvages muent à l'arrivée du printemps et leur toison se modifie en fonction du climat. Chez les animaux domestiqués, c'est la tonte qui fait la transition entre la tenue d'hiver et la tenue d'été. Chez les humains, c’est le changement de costume qui  préside à la nouvelle saison. Conclusion, nos habits sont nos défenses, à nous d’en faire le meilleur usage! 


N°2 LA CHEVRE ANGORA : UN CHOIX JUDICIEUX QUI DONNERA NAISSANCE AU MOHAIR

 PREMIERES FAUSSES FOURRURES

Les sumériens, 3000 ans avant notre ère, revêtaient le kaunakes, une protection vestimentaire réalisée avec la toison entière des chèvres du Tibet sans passer par la case tissage, simplement enroulée autour de la taille. Puis, le filage et le tissage se développant, le tissu imita les longues mèches de la toison.

MUKHAYYAR

Le terme anglais moyacair, qui donna mohair, est un emprunt à l’italien mocajardo, déformation du mot persan -mukhayyar ou moiacar qui désignait un tissu obtenu avec la laine d’une race spécifique de chèvres, choisies parmi  toutes les autres et choyées bien plus que les autres . 


UNE AMBIGUITE VOCABULISTIQUE  

Jusqu'au XVII ème siècle, le sens du mot moire ou mouaire demeura incertain. Il désignait une étoffe chatoyante en poil de chameau, de chèvre cachemire, de chèvre angora ou en soie

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LE MOHAIR DEVIENT UNE FIBRE A PART ENTIERE    

La séparation advint entre le mohair et la moire et, en 1860 enfin, le mot mohair entra dans la langue française

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UN MONOPOLE OFFICIEUX

La population locale d’Angora conserva jalousement le monopole du commerce des étoffes tissées avec cette laine, source de revenus inestimable pour la région qui vit se développer un artisanat textile très actif jusqu’au XIXe siècle.


LE TIFTIK TRESOR NATIONAL 

Au XIVe siècle, sous l’impulsion d’ Osman1er, les chèvres d’ angora devinrent un trésor national. L'exportation des animaux vivants et leur laine brute, appelée par les autochtones tiftik, fut strictement  encadrée et, durant certaines périodes, ce commerce fut totalement interdit, les contrevenants risquant la mort.  


UN MONOPOLE OFFICIEL

La quasi totalité de la production de mohair était destinée à la confection des vêtements du Sultan et de sa Cour. 

Le saviez vous ? C'est le Sultan Osman1er qui donna son nom à la dynastie ottomane qui resta à la tête de l'Empire Ottoman de 1299 à 1923.

Entre le XIV et le XIX e siècle, les sultans ottomans continuèrent la même politique, autorisant épisodiquement au gré des alliances politiques, les exportations de fils de mohair ou de vêtements locaux en laine mohair.


UN PROTECTIONNISME ANCESTRAL

Les chinois, quelques siècles avant les ottomans, avaient aussi tenté de réguler le commerce de la soie : mêmes causes, mêmes conséquences.


LE PRIX DE LA RARETE

Au XVI eme siècle, devant l'afflux de demandes des pays étrangers, les lois régissant le commerce extérieur de l'empire Ottoman s’assouplirent, permettant ainsi aux devises d’affluer. Le sultan accepta de partager ce trésor laineux avec les étrangers, mais au prix de quelques restrictions : seuls les produits finis (fils, vêtements, tissus) pouvaient être exportés.  Les marchands hollandais et français se disputèrent la maitrise du commerce des fils de laine mohair tant que le monopole sur la laine en vrac et les chèvres angora vivantes resta en vigueur. Les occidentaux payèrent le prix fort pour obtenir des articles en mohair à cause des difficultés d'approvisionnement, des dangers liés au transport et des nombreux interdits qui contribuèrent à la raréfaction du produit.


SILLOGISME

La production de mohair, tous pays confondus ne dépassant pas 1% de la production mondiale de fibres naturelles, ce qui est rare est cher, le mohair est rare par conséquent il est cher. Longtemps, le mohair demeura un luxe comme le cachemire ou la soie.


AUX SOURCES DU MOHAIR

L’Empire ottoman accueillit de nombreux étrangers, curieux, chroniqueurs, marchands, espions, ambassadeurs et tous  furent éblouis par la richesse des costumes de la Cour. Quelques aventuriers audacieux dépassèrent les limites des limites des palais de Constantinople pour découvrir le pays, certains poussèrent jusqu’en Angora découvrant la source originelle du mohair, une matière encore rare en Occident

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BEYBAZAR  L’AUTRE CAPITALE DU MOHAIR 

J.M. Tancoigne, au début du XIXe siècle, fut surpris par la qualité des tissus en mohair provenant de la région de Beybazar (le marché du roi).

"Ces schâlis d'un mœlleux comparable à celui de la plus belle soie, sont de toutes sortes de couleurs, les turcs en font des vêtements pour l'été et ils parroissent affectionner de préférence ceux de couleur blanche. La même matière sert encore à fabriquer des demi bas extrèment fins. Je voudrois madame, que vous puissiez voir les nombreux troupeaux de chèvres répandus dans la plaine d'Angora, quelque-unes sont d'une stature extraordinaire pour leur espèce, l'œil est enchanté de leur propreté et de la blancheur éblouissante de leur toison qui pend jusqu'à terre..."in "Lettres sur la Perse et la Turquie d’Asie" Si la laine des chèvres de Beybazar était plus blanche et plus fine que celle d'Angora, c'est parce que les chèvres bénéficiaient d'attentions particulières.  Elles étaient souvent peignées et lavées au savon dans les rivières avoisinantes. Les restes de savon accentuaient la blancheur et probablement la douceur ; les connaisseurs pouvaient distinguer la provenance de la laine simplement au toucher.


PERIL EN LA DEMEURE

En libéralisant le commerce du mohair, les autorités locales n’avaient pas prévue la concurrence.


UN CADEAU BIEN EXPLOITÉ

En 1849, J  B Davis fut chargé par le gouvernement américain de mener à bien une expérimentation sur la culture du coton en Turquie. Il revint dans son Texas natal avec un cadeau du gouvernement turc : 9 chèvres angora qu'il pensait être des chèvres du cachemire. Le territoire texan leur convint si bien que le  Texas devint depuis un des plus grand producteurs de laine  mohair.

LES LOIS DU COMMERCE

L’industrie textile d’Anatolie vivant sur ses acquis périclita rapidement, les bergers n’ayant pas pris soin de leurs troupeaux et les croisements avec d’autres caprins avaient considérablement baissé la qualité de la laine mohair. La prospérité de la région d’Ankara fut anéantie en quelques décennies par la concurrence des élevages de chèvres d’Angora d’Afrique australe, des USA et d’Australie…


A SUIVRE

N°1 LE MOHAIR : UN COCON LAINEUX

 MOHAIR : LA LAINE DE LA CHEVRE D’ANGORA


UN INDICE ELEVÉ DE CURIOSITE

La curiosité est un délicieux outil qui permet de voyager dans le temps et l’espace selon ses envies. Les mots de ce post entraînent le lecteur dans les dédales de l’histoire d’un brin de laine aux qualités exceptionnelles.

 

DE LA CAPRA AEGAGRUS HIRCUS A L’HIRCUS ANGORENSIS

Les tribus nomades d’origine mongole, descendants probables de la grande famille de Gengis Khan, sillonnèrent, des siècles durant, les routes d’Asie Centrale avec leurs taroupeaux de moutons et de chèvres sauvages Capra ægagrus hircus, originaires du Tibet et domestiquées il y a environ10.000 ans par les perses. Elles constituaient un moyen fort pratique de se nourrir, de se vêtir et d’améliorer le confort des abris. 

Au XI e siècle, certaines tribus se sédentarisèrent dans la province d’Angora, terroir propice à l’épanouissement des descendantes des chèvres tibétaines qui, par analogie, devinrent les chèvres d’Angora caractérisées par leur toison blanche aux longues mèches ondulées et soyeuses. 

LE SAVIEZ VOUS ?  Angora est l’altération de Ancyra, qui signifie ancre. Ancyre, ancien nom de la ville d’Ankara devenue capitale de la Turquie en 1922,  aurait été fondée par Midas, roi de Phrygie, et baptisée “ancre“ parce qu’on aurait trouvé une ancre sur ce site. 

 

FOURNISSEUR OFFICIEL DU MOHAIR

A la suite des croisements notamment avec la Capra hircus Falconeri d’Afghanistan, et de soins attentifs, des changements morphologiques modifièrent l’arrangement des follicules pileux de la chèvre du Tibet.  Elle sera alors élevée pour  le commerce de sa toison  unique, semblable à un flocon blanc qui se détache sur le vert des pâturages d’Angora. 


UN  BONUS

Contrairement à la plupart des mammifères "à laine", cette toison contient peu ou pas de jarres, elle est constituée essentiellement de fibres dites secondaires fines, blanches, longues, douces et  lumineuses, ce qui est considéré chez les autres animaux comme le duvet. Cette particularité confère un surcroit de confort pour l’animal et une plus value pour les éleveurs.


RENDRE A CESAR

Le mot angora renvoie l’image d’une laine douce et très féminine issue de certains lagomorphes, mais plus rarement au mohair, dont le mot demeure une énigme pour certains. L’animal mohair n'existe pas, la chèvre d'Angora ne fournit pas la laine angora ! Le poil de la toison de la chèvre d’Angora, une fois filé, prend le nom de mohair.

Le saviez vous ? Lapin, chat, chèvre angora, sont des animaux qui  se distinguent par leur toison volumineuse ,légère et douce, hors du commun, résultant de modifications génétiques, naturelles ou pas, qui bousculent l’arrangement des follicules pileux Domestiqués, ils ne peuvent vivre à l'état sauvage, ils sont élevés quasi  exclusivement pour leur toison qui pousse sans discontinuer Le  lapin qui fournit l’angora mue chaque année, alors que la chèvre doit être tondue deux fois par an. Seuls les poils de la toison des chèvres d’angora, une fois filés ont droit à l’appellation mohair. 


HAYYARA = CHOISIR

L'origine du mot mohair est bien plus complexe et plus ancienne que l’arrivée de la chèvre du Tibet en Angora. Le terme originel hayyara = choisir s’applique à la capra aegagru hircus qui fut sélectionnée parmi d’autres pour ses qualités et son potentiel, probablement un animal de premier choix.


UNE TOISON CELEBRE ?

Le héros grec Jason parti à la recherche de la "Toison d’or“  qui, selon certains historiens, serait la toison d'une chèvre ou d'un bouc du Tibet.


A SUIVRE





























dimanche 11 septembre 2022

CONCERT DE LA MUSIQUE DE L'AIR À LA CATHERDRALE SAINT LOUIS DES INVALIDES "CORRESPONDANCES ENTRE SONORITÉS TEXTILES ET INSTRUMENTS À VENT"


En prélude à la SAISON MUSICALE

DES INVALIDES 2022-2023

Samedi 17 septembre 2022
16h30 → Cathédrale Saint-Louis des Invalides

Concert de la Musique de l'air Les sonorités des textiles et des instruments de musique

Claude Kesmaecker direction

Cathye Goldman  autrice - Jessica Goldman  comédienne

Prochains concerts

CALENDRIER 2021 2022

PROGRAMME

Gioachino Rossini (1792-1868)

L’échelle de soie

Claude Debussy (1862-1918)

La fille aux cheveux de lin

camille saint-saëns (1835-1921)

Le rouet d’Omphale

RichaRd Stauss (1864-1949)

La danse des sept voiles

Igor Stravinsky (1882-1971)

L’oiseau de feu

berceuse et final

Les sonorités des textiles


. 

J'invite tous les  passionnés, curieux, amateurs, professionnels ou simplement amoureux des tissus, à les découvrir de façon déconcertante, fantasque, étrange, en assistant au concert : "Correspondances entre sonorités textiles et instruments à vent", organisé par Christine Dana-Helfrich, conservateur en chef du patrimoine, chef de la Mission Musique du Musée de l'Armé à l'occasion des journées du patrimoine, le Samedi 17 Septembre à 16h30 dans la cathédrale des Invalides.

C'est une opportunité, pour la Synesthète que je suis, de pouvoir  partager avec le public ma vision acoustique des étoffes. Mon univers textile je le dorlote, je l'enrichis au fil des ans, je collectionne les indices, je peaufine les détails et, aujourd'hui, je le dévoile ! 

Apprivoiser les étoffes, c'est être à leur écoute et cette approche m'a conduit à abolir les barrières entre la réalité et l'imaginaire, entre les sens du toucher, de la vue et de l'ouïe. Quatre instruments à vent ont été choisis pour sonoriser mes textes qui seront lus et mis en scène très librement par Jessica Goldman.


 



mardi 30 août 2022

LE BOUGRAN UNE ETOFFE MULTICULTURELLE

 LE BOUGRAN  

La diversité des matières  textiles se réduit  saison après saison, certaines disparaissent partiellement des inventaires des fournitures pour tailleurs, d’autres s’éclipsent  totalement dans les collection de prêt à porter et puis il y en a qui sont définitivement sorties du vocabulaire courant.  Le bougran a emprunté la voie de l’évolution si ce n’est celle de la révolution


DES PRODUITS DE SUBSTITUTION OSÉS

Certes  des succédanés on pris la place du bougran, comme les toiles thermocollantes, la triplure, et parfois même du carton, une bien mince consolation pour le consommateur!


 UN LONG PARCOURS

Comme de nombreuses étoffes,  le bougran,  depuis les échoppes des artisans ouzbeks jusqu’aux ateliers de Savile Road fut soumis à des changements physiques  radicaux, passant d’une étoffe délicate à un tissu grossier, a des usages divers de la doublure en laine des manteaux ouzbeks à une forte toile  de coton utilisée en reliure et ce long parcours à travers l’Asie Central et une partie de l’Europe lui valut  aussi quelques frasques “vocabulistiques “  


UN TISSU VOYAGEUR

Au XIIe siècle, on retrouve cette toile de coton  raidie dans de nombreux pays sous des  dénominations diverses Boqueran devient bougran en Français, buckram en anglais, bucherame, en italien et bucaran en espagnol. Si le bougran est présent dans la le vocabulaire courant de ces pays c’est la preuve  de sa notoriété. La valeur  commerciale fluctua sans jamais sombrer ou presque, en fonction des matières premières..


L’APPRET FAIT LE BOUGRAN

Belle toile de laine jadis,   fine toile de coton, avant cette définition des plus lapidaires qui se trouve dans les pages des dictionnaires contemporains « une grossière toile de coton ou de chanvre  raidie par un apprêt » 


DU NOM AU VERBE 

 Bougrener renvoie à l’action de renforcer tout type d'étoffe, en coton, en lin, en laine de manière à lui donner l’aspect du bougran


LE BOUGRAN AU FIL DE L’HISTOIRE : DU TOP AU FLOP

Au XIe siècle, on trouve une étoffe appelée boucana ou bougran au Soudan

Au XIIIe siècle, le bougran est devenu un étoffe grossière de laine commune de qualité très médiocre. Son manque de souplesse est adapté à sa mission de doublure, de soutien, pour les étoffes trop souples et les courtepointes.

Au XIVe siècle, le bougran devint un tissu de lin fabriqué à Chypre et en Arménie. A la même époque, c'est une sorte de mousseline de coton légère et précieuse car le coton est encore une fibre rare en Europe. Cette étoffe est alors utilisée par la noblesse. Il est d'ailleurs fait mention de boqueran blanc 

dans la description de la chambre de la reine Clémence de Hongrie.

Au XIV e siècle Marco Polo  dans ses écrits fait à plusieurs reprises allusion au  Bougran « la  capitale de l’Arménie Majeure s’appelle Arzinga, on y fait d’excellent buchiramus » « Le bougran est un tissu précieux au Malabar et même très fin à Machilipatam, aussi en  grosse laine pour pauvres au Tibet. »

Au XVe siècle, l’usage du bougran était  vaste allant des  vêtements, à la sellerie, aux  étendards

Au XVIe siècle Anne Boleyn possédait d’après les comptes de dépenses du roi Henri VIII un manteau et une robe de nuit en buckeram  Ceci s’il en était besoin prouve que la renommée du bougran  touchait toutes les couches de la société.

Au XVIe siècle, en Grande Bretagne, le buckram est une étoffe laineuse souvent utilisée pour les vêtements cléricaux.

Au XVIIe siècle un dictionnaire anglais  mentionne le Bocassin comme étant un fin bougran semblable à un taffetas

Du XIXe  au XXe siècle, le bougran est  une toile de coton  gommée et calandrée que le tailleur place à certains endroits du vêtement entre l'étoffe et la doublure pour donner du maintien. Au XXIe siècle  c’est un souvenir


LES ETYMOLOGIE HYPOTHETIQUES  SE BOUSCULENT

Logiquement  BOUGRAN  serait l’ altération de Boukhara, ville d’Asie Centrale, point de départ d'un grand nombre de marchandises précieuses comme les épices ou la soie vers les marchés occidentaux. Cependant et j’en conviens, cette merveilleuse cité située sur la route de la soie  est davantage connue pour ses tapis,  et ses monuments aux coupoles turquoises qui se détachent sur le bleu du ciel, que pour  le commerce de cette toile forte. 

Alors d’autres hypothèses sont fréquemment proposées comme

Le  Bougran viendrait de  bouc,  puisqu’à l’origine il fut dit on tissé avec des de poils de chèvre  lorsqu’il s’agissait d’une étoffe fine et souple,  peut être avec la toison de la chèvre du cachemire ?,

L’italien bucherare qui se traduit par transpercer, pourrait aussi bien  s’appliquer au bougeant du XIe siècle qui était une toile grossière servant à doubler les vêtements  tissée avec les poils de la toison de chèvres communes . Les poils raides de cette doublure transperçaient le tissu  venant picoter les peaux fragiles!  Une hypothèse plus fantaisiste que sérieuse circule, bougran viendrait de Bulgarie  dont  les habitants étaient des « bougres », bigre !

Tout cela n’est qu’hypothèse la réalité n’a aujourd’hui que peu d’importance dans la mesure où le bougran n’a  plus qu’une existence historique

UN MONOPOLE BIEN EXPLOITE


Les  tisserands occidentaux ne se précipitent pas pour imiter ce tissu  sans doute trop banal bien que très utile, laissant le monopole de la production et du commerce du bougran  aux ouzbeks, chypriotes, indiens, arméniens, kurdes…


UNE GAMME RESTREINTE DE TEINTES

En Asie le bougran était souvent fantaisie, avec des motifs floraux et des couleurs vives même lorsqu’il servait de doublure, mais en occident, il est  blanc, noir, gris et toujours uni. Parfois, pour les reliure, la gamme s' élargie au  vert pour la reliure


« QU’IMPORTE LE FLACON »  C’EST TOUJOURS DU BOUGRAN !

Un temps tissé à partir des poils de chèvre, du  lin, du chanvre puis en coton, laine en fait tout  matériau susceptible d'être tissé. 

 

CES MESSIEURS « COLLET MONTÉ »

Les impératifs de la mode masculine obligent à certaines contraintes et, comme les femmes sont corsetés les hommes enfilent des vestes qui ressemblent davantage à des cuirasses qu'à des vêtements civils. La silhouette est modifiée, voire déformée. Le buste masculin se doit d'être non seulement bien garni mais également bien raide. Les cols et les revers immenses ne doivent pas se relever au moindre courant d'air ! Glissé entre le tissu et la doublures les tailleurs utilisent le bougran pour raidir “armer“ les étoffes trop souples.


LA REVOLUTION DU BOUGRAN

Au XIXe siècle de grands  hommes de lettres étaient préoccupé par l’importance de la place de la mode dans le quotidien de leur concitoyens et de Hugo à Balzac  unanimement ils critiquèrent l’usage excessif du bougran :  

"ce tourment des habits à collets et à revers rembourrés drap au dehors, carton en dedans." Détournant  l'objet incriminé de la mode, il en fera une arme politique assimilant ce vêtement lourd et guindé à la politique puritaine, académique et triste de Charles X. » Balzac. Peu avant la révolution de 1830 Balzac en appelle à la révolte de la France contre le bougran.


LE POIDS DE LA QUALITÉ

Jusqu'au milieu du XXe siècle, le costume masculin était encore empesé,  rigide et lourd, infligent des contraintes au squelette, comme le fut le corset pour les femmes. Le poids était une sorte de garantie de fabrication d’un vêtement, un tailleur avait à sa disposition un  nombre de fournitures qui au final donnaient cette allure masculine un brin guindée : épaulettes, mignonnette, bougran entoilage, feutre, doublure, ceinture de pantalon..doublure de manches , épaulettes


DE LA QUATÉGORIE POIDS LOURDS A LA CATÉGORIE POIDS PLUMES

Les raisons de la disparition du bougran sont aussi  nombreuses que ses différentes versions, Désormais la mode masculine se décline  tout en souplesse et légèreté. Le prêt -à -porter a changé la donne. Les tissus pour répondre à la demande  des consommateurs sont de plus en plus légers, de plus en plus souples, les supers 100 sont dépassés par les supers 180, 200 et les fournitures pour tailleurs ne sont plus que des souvenirs, mais c’est le jeu, un jeu de pouvoir et pour une fois c’est le consommateur qui est le vainqueur!