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lundi 11 juillet 2022

L'AMIANTE UNE FIBRE TEXTILE SOURNOISE

UNE FIBRE  PAS SI MIRACULEUSE QUE CELA

Il est vrai que les écrits au sujet de l’amiante sont innombrables, les articles pullulent dans les médias, il fait partie des brèves de comptoir mais, que savons-nous exactement à son propos ? En faisant des recherches pour cet article, je me suis rendu compte que, finalement, je découvrais une substance, certes célèbre, mais si mal connue. 

UNE HISTOIRE « DEMENTIELLE »  

Le parcours de l’amiante blanc est exceptionnel et son histoire a de quoi séduire les curieux. On remonte le temps, traverse le monde, transcende la matière, s’immisce dans les travaux des scientifiques, plonge dans l’univers des encyclopédistes, découvre son ascendance extraordinaire sur l’homme.

EN TOUTE LOGIQUE

La dénomination asbeste, asbestose en vieux français qui vient du latin asbestos emprunté au grec, signifie inextinguible. 

Le saviez  vous?  Les grecs utilisaient l’asbeste pour faire des mèche de lampe qui ne s’éteignaient jamais.

Asbeste est le vocable utilisé dans les pays anglo-saxons ; en France, le mot en usage est amiante, du grec amiantos,  pierre pure, incorruptible.     

UNE ROCHE MALÉFiQUE

Fibre mystérieuse, magique et toxique, l’amiante est un délicieux poison, un produit enjôleur qui cache son jeu en exécutant des tours de passe-passe. Objet d’admiration pendant des siècles, objet démoniaque depuis quelques décennies.  


MYSTERES ET CURIOSITÉS 

Les grands esprits, de l’Antiquité à la Renaissance, ont été à la fois intrigués et émerveillés par cette pierre qui a l’aspect du bois, cette fibre immortelle ressemble à une chevelure blonde (nommée à juste titre par les grecs chrysolite ou fibre d’or). Voilà une matière fascinante que certains ont voulu mystique, d’autres juste mystérieuse.

En Carélie, au néolithique, les hommes utilisaient des fibres d’amiante mélangées à de l’argile et du limon pour fabriquer des poteries pour cuire des aliments.

Pline l’ancien, (1er siècle ) fut fasciné par les propriétés des tissus d’amiante qu’il décrit comme des articles de luxe :  » le lin vif (amiante) valait autant que les plus belles perles“. 

Le saviez vous? Pline succomba sans doute à cause de sa curiosité scientifique, puisque c’est en allant sur le Vésuve en 79 au moment de l’éruption qu’il fut asphyxié par le gaz sulfureux émis par le volcan.

Strabon, géographe grec, écrit dans sa Géographie Universelle : « à Carystos en Eubée, on trouve une espèce de pierre qui se carde et se tisse : on en fait des essuie-mains qu’on jette dans la flamme pour le nettoyer“.

Charlemagne devant ses hôtes de marque faisait jeter les nappes d’amiante au feu pour les nettoyer.                                                                                               

Marco Polo dans le « devisemment du monde » note : « on en fait des étoffes, lesquelles étant jetées dans le feu ne sauraient être brûlées.[…]. C’est de cette manière aussi qu’ils ôtent les taches sur ces étoffes, car elles sortent du feu sans aucune souillure.“ Le professeur américain Berthold Laufer évoque en 1919 l’anecdote suivante située dans la Chine du Ve siècle : « Le roi de Kashgar aurait envoyé à l’empereur de Chine une tunique ayant appartenue à Bouddha, mesurant six mètres de long. L’empereur la fit plonger dans un feu violent pendant une journée entière, mais la tunique ne se consuma pas. Tous les témoins muets de surprise crurent à la puissance miraculeuse de Bouddha. »

CONSEQUENCES DE L’INCONSEQUENCE HUMAINE

Si les populations furent laissées dans l’ignorance, certains mirent à “leur profit“ les qualités étonnantes de l’amiante. D’autres, furent témoins des ravages de l’exploitation de l’amiante et quelques-uns tirèrent la sonnette d’alarme. Pline, encore lui, aurait été affligé par l’état de santé désastreux des esclaves romains chargés de filer et de tisser l’amiante. Leurs voies respiratoires étaient visiblement affectées par l’inhalation des poussières d’amiante. En 1918, les compagnies d’assurances américaines refusèrent d’assurer les travailleurs de l’amiante ; en 1950, le décret du 31 août reconnaît l’asbestose comme maladie professionnelle.

L’amiante aurait pu se contenter d’émerveiller les enfants, de fasciner les crédules, d’intriguer les scientifiques, d’être un sujet de conversation de salon. Mais voilà, l’homme fut et demeure encore trop insouciant des conséquences néfastes de sa conduite. Il a exploité à outrance le filon, jusqu’au désastre.

RESPONSABLES  MAIS PAS COUPABLES                                               L’amiante est une fibre dite pathogène, du grec qui signifie « donne naissance à la douleur “, puisqu’elle est à l’origine de l’asbestose aujourd’hui reconnue comme maladie professionnelle après bien des procès entre ouvriers et multi-nationales.                                                               

Le saviez vous? Les  fibres de ce minéral filamenteux sont courtes et agglomérées ; leur ‘extraction et leur broyage provoquent la poussière  qui s’avère très nocive pour les voies respiratoires.

LE POINT FINAL EN EUROPE  

En France, en 1997, un décret officiel proscrit l’utilisation de l’amiante. En 2005, l’Union Européenne met le point final à ce fléau. Depuis quelques années, les constructions susceptibles de contenir de l’amiante sont soumises à des contrôles et lorsque que la présence d’amiante est avérée, les bâtiments publics sont « désamiantés », souvent avant d’être démolis. La détection de l’amiante est obligatoire lors d’une vente immobilière, ce qui prouve que le risque n’a pas été éradiqué. 

L’AMIANTE : UNE MANNE FINANCIERE

Certains pays passent outre les dangers liés à l’extraction et à l’utilisation de l’amiante et continuent l’exploitation des gisements qui se trouvent sur leur territoire. Economiquement, cette industrie est toujours rentable pour les exportateurs comme pour les importateurs qui réclament des matériaux de construction à bas coût. L’amiante est commercialisée en vrac, en nappe, en fil, tissée, en bande, en panneaux rigides, en feutre.

UN CONSTAT NAVRANT

2022 : bien que des mesures de sécurité aient été mises en place dans les gisements miniers toujours en activité en Russie, en Chine ou encore aux Indes, l’asbestose menace toujours les ouvriers.

UN MATERIAU REFRACTAIRE                                                                          L’Amiante est un terme générique qui désigne un groupe de minéraux constitués de silicates fibreux incombustibles. On devrait donc dire les amiantes car il existe plusieurs qualités, chacune d’elles ayant ses spécificités.

-La chrysolite ou amiante blanc, la plus commercialisée dans le monde et la seule qui peut être filée et tissée donc, par conséquent, utilisée par l’industrie textile. Le mot chrysolite vient du grec et signifie “pierre d’or“ mais l’image des  cheveux  est souvent utilisée car les fibres sont longues, flexibles, semblables à des cheveux blancs.

-Les amphiboles, largement représentés par l’ asbeste caractérisée par une coloration vert de gris, par des fibres courtes, raides.

SAVANTS OU APPRENTIS SORCIERS ?

Les chercheurs de la NASA ont mis au point une fibre technique qui aurait les mêmes qualités que l’amiante : la fibre de carbone. Bien que son prix de revient soit plus élevé, elle possède des qualités assez similaires. Cette similitude présente un inconvénient majeur : elle aussi pourrait être à l’origine de cancers du poumon.

Fibre de Carbone
Fibre de Carbone

UN MOT TRES GENRÉ

Silicate pouvant être travaillé en fibres ; ces fibres, résistantes à l’action du feu. Amiante est, contrairement aux apparences, du genre masculin. Donc, ne voyez pas de faute d’orthographe ou d’accord là où il n’y en aurait pas.

L’EPREUVE DE L’EAU ET DU FEU 

Au début du début, l’eau fut source de vie et de purification des corps et de l’âme. Puis il y eut une rencontre magique entre l’homme et l’amiante. Le feu, considéré lui aussi comme purificateur de l’âme, des mauvaises pensées, des vilains gestes, des salissures, trouva un allié à sa mesure : l’amiante. Un lien étroit unissait ces deux compères : le feu nettoyait les tissus d’amiante sans passer par l’intermédiaire de l’eau.  Ce sont les caractéristiques de l’amiante : ininflammabilité, incombustibilité, imputrescibilité, qui firent son succès. Durant des siècles, il fut employé avec parcimonie, par des initiés, puis à profusion par les industriels à partir du XIXe siècle, avec le développement de l’industrie. Pour satisfaire la demande croissante des industries, l’exploitation de l’amiante (extraction, la transformation en fil, en poudre ou en pâte) à grande échelle  se développa dans de nombreux sites à travers le monde.

L’ARBRE QUI CACHE LA FORET

Si le danger est permanent sur les sites d’exploitation, il se manifeste plus insidieusement avec les produits finis. En effet, lorsque la matière vieillit, (panneaux isolants, plafonds, tissus…) elle s’effrite, libérant dans l’air des particules minuscules. Cet air vicié, lorsqu’il est inhalé, peut provoquer des maladies respiratoires. Cependant, la maladie ne se déclare pas immédiatement et parfois, c’est 40 ans après avoir été exposé à l’amiante qu’une personne peut développer la maladie.

SCIENCE SANS CONSCIENCE…..

Parce que  l’on ne peut pas passer son temps à se demander comment font les magiciens pour réussir leur tour, on accepte sans comprendre bien des choses. Longtemps, l’amiante fut considéré comme un produit miraculeux parce que, comme souvent, la réalité dépasse la fiction, les peuples n’y virent que du feu ! Les sorciers étaient les magiciens des temps anciens. Les populations prenaient pour de la magie, voire des miracles, ce qui s’expliquait par des propriétés physiques et chimiques spécifiques.

Le saviez vous? Aujourd’hui la magie a disparu laissant place à la science parce que nous savons pourquoi l’amiante « renaît de ses cendres ». Le silicate de magnésium a des propriétés réfractaires ; c’est pourquoi il résiste sans se dégrader à un feu ordinaire mais, dans un feu violent et continu, la matière à tendance à se vitrifier, à se solidifier.

Dans la vraie vie, on ne peut pas avoir du linge propre sans un peu d’huile de coude ou sans l’aide d’une machine à laver, alors on accepte et on réclame sans chercher à comprendre ce qui facilite le quotidien. Nos ancêtres ne purent résister à ce tissu magique, pas plus que nous lorsque, dans les années 1960, on nous vantait les mérites d’une fibre résistant au feu, aux acides qui, associée à une fibre végétale, protège nos mains de la chaleur, notre corps du feu,… Supercherie ? Sorcellerie ? Non, ignorance.

UN TISSU INDESTRUCTIBLE OU PRESQUE

Broyage des roches, lavage et séchage des fibres qui sont transformées en une masse blanchâtre, laineuse et volumineuse. 

Les fibres sont triées par longueur, les plus longues sont destinées à la filature, les plus courtes sont agglomérées pour obtenir une pâte qui sert à la fabrication de carton d’amiante, isolant.

Une fois transformé en fils puis tissé, l’amiante devenait un tissu « magique » qui servaient lors de cérémonies religieuses. Salis, ils étaient jetés dans le feu et ressortaient propres, blancs et en très bon état. Dans certaines congrégations religieuses, le corps des défunts était incinéré, enveloppé dans un suaire tissé avec des fils d’amiante, ce qui permettait de conserver les cendres du mort sans qu’elles soient mélangées aux cendres du bois utilisé pour le bûcher. Le pouvoir de l’officiant ou du sorcier n’était pas mis en question, au contraire. 

L’AMIANTE : UN INTRIGANT INCORRUPTIBLE

Le saviez vous? Au Moyen-Age, en Occident, on pensait le tissu en amiante tissé avec les poils de la salamandre.

Aujourd’hui, nous savons pourquoi l’amiante « renaît de ses cendres ». C’est un silicate de magnésium qui a des propriétés réfractaires, c’est pourquoi il résiste sans se dégrader à un feu ordinaire, mais dans un feu violent et continu, la matière à tendance à se vitrifier, à se solidifier.

La magie disparaît laissant place à la science. Si le peuple était laissé dans l’ignorance, certains surent mettre à profit les qualités étonnantes de l’amiante. 

UN PASSE GLORIEUX  ET UN PRESENT DRAMATIQUE

Les chinois, les égyptiens, les  grecs et les romains connaissaient ces capacités à résister au feu, et la chrysolite fut utilisée sous diverses formes : étoupes, rembourrage ou tissus. Des traces d’amiante sous forme de textile ont été retrouvées datant du 1er siècle avant J.C.

UNE AUBAINE POUR LES INDUSTRIELS

L’industrie du bâtiment trouva en l’amiante le matériau idéal. Bon marché, présent dans de nombreux endroits sur terre, gisements accessibles, aisément exploitables. Le matériau, une fois broyé étaient utilisé en vrac, en poudre, et servait au bourrage, rembourrage, calorifugeage. Les problèmes de santé sont causés par les fibres courtes et rigides qui n’ont aucune cohésion entre elles et peuvent se détacher avec l’usure les unes des autres, surtout lorsqu’il s’agit d’un flocage. 

Les anciens utilisaient l’amiante pour consolider les poteries, confectionner des linceuls et, suivant cet exemple, les industriels du BTP utilisèrent l’amiante pour renforcer le ciment en inventant le « fibrociment » ou pour isoler les plafonds et insonoriser les murs des bâtiments.

L’industrie textile misa sur les qualités extraordinaires de cette fibre. Les tissus résistants au feu trouvèrent des applications pour les vêtements professionnels qui devaient protéger de la chaleur ou des projections d’acides… On trouve ainsi les pompiers, les coureurs automobiles, les ouvriers sidérurgistes, métallurgistes ou travaillant dans les hauts fourneaux.

Les industries automobile et aéronautique ne furent pas en reste. Certaines pièces comme les garnitures de freins étant soumises à de fortes chaleurs ou à des frottements répétés devaient résister à ces contraintes ; le matériau idéal était tout trouvé.

Le marché des particuliers, des ménagères notamment, fut des plus lucratifs.

Les maniques, les gants, les housses des tables à repasser avant l’apparition du silicone, contenaient de l’amiante, qui servait d’isolant.

Si l’amiante est pris en sandwich entre deux épaisseurs de tissus, les risques encourus par l’utilisateur sont minimes, mais il ne faut pas utiliser ces articles lorsque des marques d’usure commencent à apparaître car, en se dégradant, l’amiante se fragmente, les particules nocives se détachent et se retrouvent dans l’air ambiant. Bien sûr, si on respire cet air il n’y a pas de grand danger car les quantités de particules sont minimes. La liste des produits utilisant ou ayant utilisé des fibres d’amiante n’est pas exhaustive. Au début du XXe siècle, l’armée utilisait l’amiante pour en faire des sachets à poudre. Dans la marine, il y avait des tapis d’amiante pour remplacer le linoléum qui brûlait au contact des débris incandescents. On confectionna, toujours à la même époque, une gamme de produits spécifiques pour les hôpitaux : des draps, des bandes de pansement utiles en cas de maladie contagieuse car pouvant être stérilisés par le feu. Le progrès aidant, les  produits jetables sont tout de même plus performants et plus fiables.

UNE FIBRE « SANS AMOUR »

Comme les fibres d’amiante sont inertes, elles n’ont ni ressorts ni crochets, il n’existe aucune adhérence entre les fibres, les techniciens les appellent fibres « sans amour « . Il existe d’autres fibres qui, pures, sont difficilement filables : l’angora en fait partie. Les poils d’angora s’éparpillent dans l’air et ces poussières peuvent entraîner des allergies respiratoires. Le kapok, léger, imputrescible n’est jamais tissé, mais utilisé sous forme de bourre (dans les anciennes bouées de sauvetage par exemple).

UNE BEQUILLE DE LIN, DE CHANVRE, DE COTON OU DE LAINE 

Les fibres, même les plus longues, étaient encore trop courtes pour obtenir un fil solide ; alors, elles étaient mélangées à un fil d’une autre nature destiné à lier l’ensemble. C’est le lin ou la laine qui s’y prêtaient le mieux. Le pourcentage d’amiante était toujours supérieur à l’autre matière afin que le fil d’amiante puisse exister sans « béquille ». Une fois le tissage terminé, le tissu est jeté au feu pour faire brûler le support éphémère et ne restent que les fils d’amiante. 

LA FIN D’UN MYTHE MAIS PAS DE SON EXPLOITATION

Hier produit adulé, aujourd’hui produit prohibé. Décrétée substance magique par les civilisations antiques à cause ou grâce à ses propriétés, elle est désormais décrétée  officiellement persona non grata à cause de sa toxicité depuis 1996.Mais force est de constater que le commerce de l’amiante n’a subi qu’un faible revers depuis la découverte de l’ampleur des dégâts sur la santé.


dimanche 19 juin 2022

"QUATRE A QUATRE" LES ETOFFES MONTENT SUR LES PODIUM


FEU AIR EAU TERRE
Les étoffes empruntent leurs traits de caractère aux quatre éléments clés de la vie  que la nature offre avec générosité aux êtres vivants, charge à eux d'en assurer la bonne transmission. Chaque type de fibre y puise ses racines.
Je me suis amusée à associer à chacun de ces éléments un tissu. Le résultat est sans doute subjectif mais à vous de faire vos propres associations.
A L EAU j'associe le SATIN DE SOIE qui coule, glisse, ondule, ruisselle... Cette fluidité me fait irrémédiablement penser à l'eau fraîche d'une fontaine qui, aux heures chaudes d'un mois d'août, vient délicieusement se lover au creux de mes mains et disparaît entre mes doigts, avant de m'éclabousser en s'éparpillant en mille gouttelettes qui, emportées par un brusque coup de vent s'en vont nourrir les fleurs bleues qui couronnent les frêles tiges du lin normand.
AVEC LE FEU  , c'est l'idée de la LAINE bouillie , feutrée ou cardée. A la diversité des toisons animales, répond la variété du type de flamme. La laine et le feu sont pluriels, ils ont des formes des couleurs, des odeurs, des tempéraments différents. La laine a un caractère bien trempé, à la fois rustique, chaleureux, brut et amical et, ô combien confortable. La laine des gros pulls mousseux des saisons hivernales, la laine aux couleurs acidulées des plaids écossais qui confère aux veillées familiales un charme inimitable. Et puis il y la douceur d'une petite laine sur les épaules lors des premiers frimas ; la laine s'associe volontiers à la chaleur bienfaisante du feu de bois dans la cheminée, celle qui réchauffe les corps et les cœurs avec élégance et bienveillance. Le feu dégage une force aussi puissante que le feutre qui, léger, se fait feutrine, épais protège, compacte se fait abri. Le feu, lorsqu'il est maîtrisé, ce sont des flammes rougeoyantes qui dansent, qui trépignent, qui s'agitent, offrant un spectacle capable d'hypnotiser celui qui les fixe. Le feu est un bouquet de flamme qui vit au rythme du craquement des bûches.
DANS L'AIR  voltige au gré des courants,  l'ORGANZA, cette soie prodigieuse au gré des courants de l'air, aussi transparent que lui, il se perd dans les hauteurs impalpables : c'est un mirage, une étoffe virtuelle tant qu'on ne la touche pas et se fige enfin, immobile et gracieuse mais volontaire, voilant les corps en dévoilant son potentiel impalpable. C'est un cache cache perpétuel entre le couvert et le découvert, entre la fraicheur de l'air et l'air de rien, entre la beauté des couleurs et la diversité de ses tonalités, entre la fragilité d'une fibre et la force d'un air de haute voltige.
Pour clore ce chapitre très subjectif j'ai trouvé la matière qui résume à elle seule toute cette histoire : la black mud silk.
La terre, c'est "la pacha mama" des péruviens, la mère nourricière et c'est de la terre que naquit la "BLACK MUD SILK, une soie gommée pour les occidentaux, terme que je trouve bien terre à terre pour une étoffe prodigieuse venue du fin fond du lit d'une rivière du sud de la Chine où cette étoffe est baptisée "soie aux nuages parfumés". De la conjonction eau, air, feu, terre, naquit une étoffe quasi magique. La surface de cette soie une recouverte d'une fine couche de boue ferrugineuse (terre+eau) qui, en séchant sous le feu du soleil estival, combiné à l'oxygène nocturne qui se dégage de l'herbe humide des champs, se colore petit à petit d'une tonalité indéfinissable entre le bronze et le cuivre. Un miracle de la nature qui transforme une étoffe, somme toute banale, en une étonnante matière imperméable et luxuriante. Une soie cuir, un cuir soie, peu importe. L'essentiel est de porter ce rêve de soie sur soi.

ET MAINTENANT A VOUS DE JOUER !

vendredi 10 juin 2022

LE BIOMIMETISME OU QUAND L'ES ANIMAUX SERVENT DE MODELE À L'HOMME

 QUAND L'ANIMAL SERT DE MODELE A L'HOMME

L'homme n'ayant pas les capacités de se protéger naturellement des excès climatiques, il a inventé le vêtement. De la peau de bête à la polaire, selon les époques et les civilisations, l'habit cache, masque, démasque, couvre, découvre des parties du corps. Pour l'homme, cet additif textile peut être  fonctionnel,  symbolique  ou sociétal.

LES ANIMAUX EUX SONT "HABILLES POUR L'HIVER"
Ils sont mieux pourvus par dame nature et n'ont pas  besoin de cette béquille qu'on appelle vêtement pour affronter les caprices météorologiques,. 
Toison, fourrure, poils, plumes, écailles, ils sont équipés. Leur "tenue" est fonctionnelle, certains possédant même dans leur "garde-robe" un arsenal d'accessoires qui s'apparente à une parure de séduction : ramages colorés, bois démesurés, etc. 
















Quant à la pudeur ils ne s'en préoccupent pas trop

UN SYSTEME D'ISOLATION THERMIQUE INTEGRE
L'être humain est doté d'une intelligence qui lui permet d'étudier, de comprendre et d'imiter, voire de surpasser le système d'isolation thermique des animaux.
Certains animaux vivent dans les déserts brûlants, d'autres dans les océans glacés et pourtant tous survivent sans artifice là où l'homme ne le pourrait pas. Leur secret ? Une aptitude d'adaptation d'une efficacité inouïe. 

LE SYSTEME MULTICOUCHES DE L'OURS BLANC

Le corps de ce plantigrade est protégé par trois couches protectrices successives. La première est formée de poils de couvertures ou jarres, la deuxième est une bourre composée de poils fins et laineux le duvet et la troisième est sous-cutanée, composée de graisse.



Lorsque la température remonte, durant les deux ou trois mois de l'été arctique, la couche de graisse s'amenuise et le duvet perd en épaisseur. Cette régulation interne lui permet de s'adapter au changement climatique saisonnier, sachant que la température moyenne en hiver est de -30° et en été ne dépasse pas ou peu le 0°. 



  Le système trois couches : un point commun entre l'homme et l'animal





COPIE CONFORME : UN VIDE PLEIN D'AIR 
Les ingénieurs de Dupont de Nemours se sont intéressés aux animaux vivants dans les régions très froides du globe. Ils ont étudié la structure même des poils de la fourrure du caribou et de l'ours blanc. Les résultats ont abouti à une découverte étonnante : le poil est creux et, par conséquent, rempli d'air. L'air étant un excellent isolant, l'animal possède une protection thermique "intelligente". C'est ainsi que les fibres creuses en Dacron Hollofil® de Dupont de Nemours furent commercialisées. 


POLAIRE PEUT-ETRE MAIS POLYESTER SANS DOUTE (Polyéthylène Téréphtalate ou P.E.T.). 
Cette matière a l'avantage d'être légère, chaude, volumineuse et anallergique. Dans un premier temps, ces fibres synthétiques furent utilisées pour le rembourrage de couettes et d'oreillers. L'industrie textile développant des produits de plus en plus techniques mit à profit les qualités intrinsèques de ces fibres creuses. Transformées en fil, elles entrent dans la fabrication des "polaires".
 



Le Caribou à l'aise par moins -40° 
PRECAUTIONS D'EMPLOI
Attention au creux ! Respectez bien les modalités d'entretien. Qui dit creux dit vide et qui dit vide peut aussi dire plein… Si vous lavez votre polaire avec une lessive qui se dissout mal ou avec un produit adoucissant, les résidus vont s'engouffrer dans le vide et, après plusieurs lavages, la barrière thermique va disparaitre, votre vêtement va s'aplatir et il ne tiendra plus ses promesses.




vendredi 3 juin 2022

LES MOIRES PLURIELLES



LES MOIRES : DE LA DIVERSITE NAIT LA RICHESSE

 Si j’emploie le pluriel c’est qu’il existe des moires antiques, musiques, anglaises, françaises, princesses ou encore galoches. Autant de qualificatifs, autant de motifs, autant d’ambiances… Il serait dommage de se priver de cette profusion qui contribue à enrichir le vocabulaire décoratif du monde textile. Mon propos dans ce billet est de vous faire découvrir le destin d’une étoffe, de cerner l’émotion que dégage encore aujourd’hui celle qui a débuté sa carrière il y a fort longtemps, traversé avec bonheur des périodes plus ou moins fastes, résisté vaillamment à tous les courants de modes. 

Ce parcours démontre une fois encore que la transmission de la mémoire textile n’a jamais cessé, et l’histoire des étoffes rejoint parfois fois l’Histoire tout court.


IL ETAIT UNE FOIS….

Grace aux récits de quelques fantasques voyageurs qui, à l’instar de Marco Polo, partirent découvrir le monde et ses mystères, on apprend qu’à Al Attàbi ya, quartier des tisserands de Bagdad, on fabriquait déjà au XIVe siècle, une fine étoffe de soie vivement colorée aux dessins ondulants : le tabis ou atabis.

Les ondes qui envahissent discrètement la surface du tabis étaient obtenues par la pression de lourds rouleaux gravés qui, en appuyant inégalement sur l’envers de l’étoffe, en modifiait l’endroit. Ce traitement décoratif formait de multiples facettes aptes à réfléchir les rayons lumineux dans un joyeux désordre.

Il est évident que les étoffes précieuses comme les camelots (tissus de laine obtenu avec le duvet des chèvres angora ou des chameaux) ou les taffetas de soie, furent les premières choisies pour recevoir  cet embellissement. N’étaient-elles pas, à juste titre, le vecteur le plus approprié pour porter le luxe à son plus haut niveau ?


ENTRE TABIS ET MOIRE : UNE DROLE DE TRAME   

Entre tabis et moire, il y a l’épaisseur d’un fil de trame ! Le « moirage » du tabis était réalisé sur un fin taffetas et l’effet produit par l’écrasement du faible relief était donc  à peine perceptible, comparé aux dessins qui marquent plus distinctement  la surface des ottomans et autres failles, supports privilégiés pour le moirage en  Europe, justement pour le relief plus conséquent de leurs côtes. 


MOIRE : UNE ETYLOLOGIE A LA HAUTEUR DE SA FANTAISIE  

Les sources étymologiques de la moire sont imprécises ; ce sont des suppositions dont certaines sont plus plausibles que d’autres.

De « hair » cheveux ou poil en anglais (haar en allemand) et de mo, sorte de chèvre sauvage d’Asie mineure ? Ce constat est peut-être un peu tiré par les cheveux !

Voici pour terminer la théorie la plus consensuelle :

Moire :  vient de moerer,  déformation par l’anglais du mot arabe « moiacar »ou « moacar », lainage  tissé en Asie Mineure avec le duvet des chèvres angora ou les poils de la sous toison des chameaux. Moerer donnera mohair.


DE TABIS A MOIRE :

Les routes commerciales empruntées par les étoffes n’ont jamais été aussi droites et lisses que la surface d’un satin de soie ; ce sont plutôt des chemins de traverse pareils à la surface déformée et chaotique d’une moire, avec ses zones de lumière et ses zones d’ombre. Les techniques évoluent, la production s’adapte aux lois implacables du commerce et, parfois, les routes bifurquent, transformant au cours du voyage l’aspect d’un produit. C’est ainsi que le chemin du tabis, depuis les faubourgs de Bagdad jusqu’à ceux de Londres, ressemble à s’y méprendre aux méandres des lignes ondulantes caractéristiques de ces deux étoffes. Tout change mais rien ne change, il n’y a que des modifications en surface et c’est là tout l’intérêt des moires.


LE MYSTERE DU MOIRAGE

Effets ni tissés, ni brodés, ni peints, ni imprimés, ni permanents ?  

« Originairement, étoffe faite avec le poil d’une espèce de chèvre d’Asie Mineure. Aujourd’hui, apprêt que reçoivent à la calandre ou au cylindre, par écrasement de leur grain, certaines étoffes de soie, de laine, de coton ou de lin, et qui leur communique un éclat changeant, une apparence ondée et chatoyante » Littré 1880. Le moirage est un procédé technique de finition qui ne s’effectue que sur des étoffes à grains ou à côtes plus ou moins saillants comme la faille, le reps ou l’ottoman et certains taffetas. Le résultat est factice, il sera permanent parfois, de passage très souvent. Il faut pour « nourrir » la machine, lui offrir du « grain » à moudre. C’est pour cette raison que plus le relief est significatif, plus lisible sera le motif


ATTENTION FRAGILE

Le dessin ou filet n’existe que par l’écrasement des fils sans aucun processus chimique, ce qui le fragilise. Exposé à l’eau ou utilisé dans une pièce humide, le motif peut disparaître : le fil se gonfle, reprend plus ou moins son volume initial et sa forme primitive et le motif perd de sa superbe, il n’est plus que l’ombre de lui même sans la lumière. Il y a des fibres qui échappent à cet inconvénient : les tissus mélangés polyester/coton ou soie. Les plis, volontaires ou non, soumis à une forte température, deviennent permanents, idéal pour les plissés et le moirage.       

  

UNE IDEE LUMINEUSE

Une machine à moirer ou calandre, capable de modifier l’aspect d’un tissu par la pression de cylindres gravés en relief fut mise au point par l’anglais John Bagder dans les années 1740. L’étoffe ainsi embellie, devient un espace aux effets d’optiques jubilatoires : la lisibilité des motifs prédéfinis ou aléatoires est sensiblement accentuée en présence d’une source lumineuse, le relief irrégulier multiplie les surfaces réfléchissantes, juxtaposées et différemment inclinées.


LA CALANDRE MET LA PRESSION

La pression exercée sur le relief des fils de trame chamboule la surface plane d’une étoffe comme l’irruption d’un volcan marque à jamais le relief des terres alentours. Vue à la loupe, la face « active » d’une moire est fascinante, car une partie seulement des côtes est écrasée par le cylindre. Ainsi, les côtes et les sillons parfois se mélangent, se croisent, se confondent. C’est une monde imaginaire fait de passages, de rivières, de ponts, de plaines et de montagnes, le tout animé par des colonies de lutins qui n’ont de cesse que de modifier son aspect.

 

LA MACHINE A MOIRER : UN MASTODONTE DIFFICILE A DOMPTER

La calandre est une machine munie de cylindres qui lustrent, lissent, moirent, les étoffes. La calandre construite par Bagder était composée d’une pierre de 8 mètres de long, sur 80 cm de large et de 4 mètres de haut . Le poids considérable de cet « édifice » induit inévitablement des difficultés de manipulation. Malgré tous ces inconvénients, l’exploitation s’avéra rentable et l’Angleterre devint le principal fournisseur de tissus moirés pour l’Europe. 


LA MOIRE : UN REMEDE CONTRE LA MONOTONIE DU QUOTIDIEN

Au XVIIIe siècle, la moire fut adoubée par une clientèle européenne friande de nouveautés. Elle avait des atouts de séduction imparables : une coloration sans équivalent, un langage subliminal rythmé par des motifs « psychédéliques » qui modifient le volume d’une pièce en créant un effet 3 D. Un mur tendu de moire vibre, s’anime au moindre mouvement lumineux, prend des formes différentes. Une vision éparpillée, une pièce transformée en caléidoscope qui habille un univers statique, comment ne pas apprécier le déplacement des ondes qui se propagent entre les plis des robes, entrainant dans leur danse un furtif deuxième mouvement ; une fantaisie inaccoutumée s’invite sur les rubans qui n’en font qu’à leur tête, reléguant un moment les lourdes étoffes brochées et les dentelles arachnéennes.

 Londres, 1743 : la moire a rendez-vous avec le succès et pour longtemps. Cette fois, ce n’est pas l’exotisme qui enchanta les « fashion addict » ; c’est un sentiment plus instinctif, une émotion visuelle, une approche plus sensuelle de l’étoffe. La vue prime sur le toucher, un ordre inhabituel dans le domaine textile. 

 

UN ATOUT FACE A LA CONCURRENCE :  VAUCANSON UN MECANICIEN GENIAL

La vogue des indiennes a fait pencher dangereusement la balance du commerce extérieur. Alors, lorsque la mode de la moire, non seulement prend de l’ampleur dans l’habillement, mais envahit la décoration, les ministres s’affolent. Le souvenir de la prohibition des toiles peintes et des dommages collatéraux qu’elle provoqua, incita le gouvernement à modifier sa politique économique. Vaucanson fut officiellement chargé de fabriquer une calandre à cylindres afin de mettre un terme au monopole des anglais. Mais les résultats furent décevants, les motifs de la moire française étaient étriqués comparés aux dessins plus amples et brillants de la moire anglaise.

 

QUAND L’ESPIONNAGE DEVIENT UN MOYEN D’UTILITE PUBLIQUE

Plus moyen de louvoyer, il faut aller chercher ce qui existe à Londres par des moyens plus ou moins légaux. Un émissaire est donc envoyé officieusement à Londres afin de percer le secret de l’art et la manière de bien moirer. La mission est une réussite, une calandre traverse le Channel en pièces détachées, des notices de montage sont transportées dans les bagages de ce voyageur indélicat, mais la production ne supporte toujours pas la comparaison avec les originaux. Il manque un détail : ce savoir-faire si précieux, resté à Londres entre les mains de l’ingénieux Bagder. 


JOHN BAGDER DEVIENT JEAN BAGDER

En 1753, le gouvernement français emploie les grands moyens, cette fois très licites, pour endiguer la fuite des devises vers la Blanche Albion. Une proposition très attractive financièrement est transmise à John Bagder : logement assuré pour toute sa famille aux frais de la ville de Lyon et conditions fiscales avantageuses. En contrepartie il doit accepter de construire une calandre, de transmettre son savoir-faire en formant des ouvriers. Séduit par le deal, la famille s’établit à Lyon en 1753.


LES AMELIORATONS TECHNIQUES SE POURSUIVENT SIECLE APRES SIECLE.

1843 : Tignat perfectionne la technique du moirage en mettant le tissu sous tension durant toute l’opération.

 1854 : mise en route d’une machine ou des plateaux à pression artificielle irrégulière remplacent les lourdes masses de pierre de la machine Badger et les cylindres de Vaucanson.

Les premières machines à calandrer ne permettaient pas de moirer sur de grandes largeurs et rendait obligatoire le pliage du tissu en deux sur toute sa longueur, lisère contre lisière, face contre face. Une fois déplié, les motifs irréguliers apparaissaient en symétrie par rapport au pli médian rappelant inévitablement le test de Rorscharch.

Les calandres plus modernes permettent de travailler sur une toute la largeur des étoffes grande largeur, ce qui supprime le disgracieux pli central et la symétrie.   

Jadis cet apprêt de finition s’appliquait aux seules étoffes luxueuses, aujourd’hui des supports textiles moins précieux sont utilisés.  

Ils ont le mérite d’être plus accessibles financièrement et d’un entretien aisé. Outre ces qualités, il faut ajouter la permanence des motifs si le tissu choisi est composé de fibres chimiques comme l’acétate ou le polyester qui peuvent aussi être mélangées au coton ou à la soie.  La capacité de ces fibres à tenir les plis est dû à leur thermo plasticité, une qualité largement exploitée pour les plissages permanents. L’action conjointe de la pression et de la chaleur fixe définitivement le déplacement du parallélisme des trames d’axe des fils de trame, modification à l’origine de la diversité des motifs « ondés ».


XXIE SIECLE : UN OVNI DANS UN UNIVERS INDUSTRIALISE

Le moirage demeure une activité marginale dans le secteur textile. Les quelques entreprises familiales qui subsistent dans la région lyonnaise ont la lourde mission de transmettre un savoir–faire, de perpétuer la tradition. La sauvegarde de ce patrimoine est un défi relevé par les nouvelles générations qui fabriquent de manière quasi artisanale des étoffes ondées, diaprées, opalines, irisées, changeantes, lustrées, ombrées, chatoyantes, lumineuses, fantaisies, hautes en couleurs…

Aujourd’hui, moire est un terme générique appliqué à toutes les étoffes ayant été soumises à ce type d’apprêt de finition. Cependant, il existe encore de nombreuses variantes de moires et ce, pour le plaisir des plus « texti-gourmets » dont je fais partie. Pour la petite histoire, voici quelques spécificités qui vous permettront de les distinguer :

La moire dite française :  les moyens techniques mis à leur disposition obligeaient les « moireurs » à dosser le tissu, c’est-à-dire à le plier en deux sur la largeur et ceci sur toute la longueur. Ce qui avait pour effet de marquer l’étoffe par un pli central (dit pli marchand) et d’obtenir un motif symétrique sur la largeur. Le motif obtenu sur le tissu est régulier, répétitif, constitué de cercles concentriques. Ces lignes arrondies confèrent à la moire française une certaine douceur et, selon le support textile, un lustre plus ou moins discret.

La moire antique ou anglaise, puisque produite par des machines construites sur le modèle des calandres anglaises :  les motifs réguliers sur toute la surface ont des formes aigues, le lustre est assez prononcé, l’ambiance est dynamique.

 La moire libre : les motifs sont dus au hasard, lignes interrompues, brisées ou ondulations lascives, tout est possible.  

 Une technique qui laisse toute liberté à l’artisan moireur qui fait habilement glisser l’une sur l’autre, deux épaisseurs de tissus qui, tendus face contre face, sont entrainés vers les rouleaux « compresseurs » de la calandre ; ainsi, d’un geste à la fois épris de liberté et fort bien maîtrisé, il organise les vibrations qui déplacent l’alignement des côtes. Sous le poids des cylindres, la ligne droite se courbe, se cabre, s’étourdit, s’arrondit, se cercle. Selon l’inspiration du jour, la force du geste, la direction du déplacement, les effets sont tous différents et imprévisibles d’ou le nom de moire libre. C’est un exercice périlleux d’où naissent des pages d’écritures aussi abstraites que spontanées pour notre plaisir. La belle nouvelle c’est que la moire libre laisse transparaitre une présence humaine qui fait tant défaut dans les productions industrielles. 

La moire musique. Les motifs pois, figures ou silhouettes sont obtenus à l’aide de peignes métalliques à dents mobiles mis au point par un moireur lyonnais, Taverrier, en 1865. Les motifs des premières moires musiques manquaient de netteté. Des modifications ont été réalisées afin d’améliorer la netteté du dessin au sein de la fabrique de peignes Pradat. Le nom de moire musique est dû à la similitude entre les dents des peignes et la mécanique des boites à musique 

La moire lyonnaise est très particulière, dite « figurée ». Des motifs abstraits ou figuratifs apparaissent lors du moirage  


Et voilà encore une aventure textile passée à la loupe ou plus exactement au compte-fils.  Moires subtiles ou franchement délirantes, jeux de cache- cache entre l’ombre et la lumière, ambiance délicate ou exaltée : de la diversité nait la richesse ! A vous le plaisir de redécouvrir cet article aux multiples facettes.   

vendredi 13 mai 2022

LE CHANVRE TEXTILE UNE PLANTE VERTUEUSE SUITE

 UNE PLANTE FERALE                                                                              Difficile de consacrer un article au chanvre sans mentionner l’Ukraine qui fut un grand producteur de chanvre. La chute de l’URSS et les interdits liés aux produits stupéfiants, l’arrivée des fibres synthétiques, remirent en cause la primauté de cette industrie. C’est ainsi que le cannabis sativa sativa reprit sa forme initiale, sauvage, envahissant des millions d’hectares dans les champs laissés en friches et dans les sites industriels abandonnés.

RENAISSANCE  DE LA FILIÈRE EUROPEENNE  DU  CHANVRE                 lI eut été dommageable de laisser péricliter la culture de cette fibre écologique aux débouchés prometteurs. En 2022, la culture du chanvre est régie par des réglementations françaises et européennes harmonisées depuis 2004 et les semences certifiées sont obligatoires.

TOUT BEAU, TOUT BIO                                                                             Puisque aujourd'hui 'atteindre  un équilibre écologique dans la production et la consommation est devenu une priorité à l'échelle mondiale, il serait incongru de ne pas développer la culture du chanvre. Naturellement bio, il pousse sans produits phytosanitaires, ne réclame pas ou peu d’irrigation, ses racines s’enfoncent profondément dans la terre. Il ne réclame que peu ou pas d’irrigation, et plus encore il dépollue les sols en captant les métaux lourds.  

BILAN CARBONE NEGATIF                                                                     Le chanvre absorbe durant sa croissance plus de carbone qu’il n’en rejette, participant à sa manière à la réduction de l’effet de serre.

ZERO DECHET                                                                                           C’est une fibre remarquable à bien des égards puisque tout est utilisable dans cette plante : les résidus de la culture ou chenevotte, entrent dans la fabrication de certains papiers et pour la fabrication de panneaux d’agglomérés, les graines oléagineuses sont nourrissantes et peuvent être  transformées en huile, la paille est utile pour protéger les cultures.      Le saviez vous ? Christophe Colomb usa et abusa de l’usage du chanvre sativa  lors de ses traversées de l’Atlantique. En 1492, outre les  voiles et les cordages embarqués sur sa caravelle, il y avait dans les soutes des tonnes de graines, dont la richesse en protéines était un aliment bénéfique pour l’équipage, l’huile de chanvre alimentait les lampes, le chanvre était utilisé pour calfater les fentes entre les planches et pour assurer l’étanchéité. Qui sait si le navigateur ne portait de chemise en chanvre !  

UNE FIBRE AUX MILLE VISAGES                                                             En dehors des utilisations textiles, le chanvre est un matériau utilisé dans la fabrication des isolants grâce à sa résistance thermique, à ses propriétés acoustiques, à sa solidité et à ses fonctions de répulsif naturel face aux rongeurs et autres mites et fourmis. L’industrie papetière est l’autre principal débouché, suivi par l’agro-alimentaire et   l’automobile (garnissage de l’habitacle des véhicules, tableau de bord). Avec le développement de la plasturgie, le chanvre renforce les matériaux composites.                                                                                                 DE LA PLANTE AU FIL : UNE FIBRE IRRESISTIBLE                                   Le procédé est quasiment identique à celui du lin : rouissage, broyage, teillage, peignage, avant le stade finale de la filature.

CHANVRE VERSUS LIN                                                                             La plus fine des fibres de chanvre peut être comparée à la plus grosse des fibres de lin. Les  italiens perfectionnèrent la technique de filature du chanvre et réussirent à produire un fil d’une finesse exceptionnelle ; ils utilisèrent la même technique pour filer la ramie. La fibre de chanvre plus solide que celle du lin, est aussi moins impacté par l’humidité, en l’occurence l’eau de mer. La présence de nombreuses fibrilles donnent au fil cet aspect pelucheux et un toucher caractéristique un peu rêche qui s’amenuise au fur et à mesure des lavages, alors que le fil de lin, plus lisse est plus cassant.   

 LE CHANVRE FIBRE DES CHAMPS LE LIN  FIBRE DES VILLES                 Au Moyen Age, les tissus en chanvre furent largement utilisés non seulement pour les voiles des bateaux mais aussi pour les vêtements quotidiens dans les campagnes alors que, dans les villes, les articles en lin, plus onéreux, étaient fort prisés par les nobles et les bourgeois, bien que Marie de Médicis posséda quelques chemises de corps faites de chanvre plus rugueuses et moins nombreuses que celles en lin fin. Le chanvre est sans doute une des fibres naturelles les plus résistantes et les moins onéreuses bien que, aujourd’hui encore, le lin soit plus largement utilisé dans l’habillement et la décoration. En cause, une clientèle mal informée et une présence non stop dans les collections Haute Couture et dans le prêt-à-porter haut de gamme.                                                                         Le saviez vous?  Un indice olfactif ? La fibre de chanvre à une odeur de poussière beaucoup plus prononcée que le lin mais moins que le jute, un cousin proche.

ACTIONS-REACTIONS                                                                                A la teinture, il a une grande affinité tinctoriale et peut se blanchir aisément. Au  feu, il brûle vite comme le papier. A l'eau : il résiste à l’eau, ne  pourrit pas, même en séjournant longtemps dans l’eau de mer. Au soleil : grâce à sa densité, il protège des ultra-violets. J’ajoute en connaissance de cause que les articles en chanvre sont naturellement anti-bactériens, un plus pour les chaussettes et les baskets, hypoallergéniques et agréables au contact de la peau.

UNE FIBRE AIMABLE                                                                                Pourquoi j’aime le chanvre ? Sans doute parce que j’ai appris à le connaître « sous toutes les coutures ». Le hasard a voulu que, dans les années 2000, je rencontre un grossiste-importateur spécialisé dans le chanvre textile qui s’approvisionnait en Allemagne et en Roumanie. C’est ainsi que j’ai découvert cette fibre dont j’ai développé la vente au mètre dans mon magasin (De Gilles Tissus) et que je suis devenue une adepte du chanvre version textile. 

LE CHANVRE, UN LUXE ETHIQUE A PORTEE DE MAIN                            Les articles en chanvre sont des produits rares dans le commerce traditionnel. Seules les boutiques « bios »  en proposent parfois, mais fabriquées avec du tissu chinois et taillés comme des « sacs à patates » dans des coloris fades ou neutres». Il est temps de débarrasser le chanvre de cette image de fibre ordinaire, jadis considérée comme un pis-aller. C’est vous, chers lecteurs et clients avertis, qui avez ce pouvoir, ne l’oubliez pas! 

USEZ ET ABUSEZ DE CETTE FIBRE INSENSEE                                        Cette fibre sur-qualifiée est pourtant encore inconnue du grand public. J’’attends avec impatience que les grandes marques  de prêt à porter s’en emparent . En hiver ou en été, les T shirt sont, non seulement isothermes, mais d’un confort suprême, les chemises sont prodigieusement solides et les pantalons d’une exquise délicatesse et les couleurs conservent leur éclat année après année. Incroyable mais vrai, plus les tissus sont lavés, plus ils  acquièrent de l’élégance. Il faut avoir testé ces étoffes pour en saisir toutes les subtilités       

LE CHANVRE EST A L’ORIGINE DE BIEN DES MOTS                                  Epouvantail à chènevière : Pour protéger les cultures des oiseaux, particulièrement friands des graines de chanvre, fut créé l’épouvantail, un mannequin destiné à éloigner les oiseaux. Auparavant, c’étaient les enfants qui étaient chargés d’éloigner les oiseaux prédateurs des zones de culture. Ils gardaient les champs et protégeaient les semences en jouant le rôle d'épouvantails durant les quinze premiers jours. Ensuite, les graines ayant poussées, elles n'intéressaient plus les animaux. Bouchon : jadis, une poignée de chanvre tortillée était appelée un « bouchon ». Au XVIIe siècle, ce bouchon, suspendu au-dessus de l’entrée des tavernes, servait d’enseigne. Cela disparut au XVIIIe siècle mais le mot bouchon est encore en usage dans le vocabulaire lyonnais. Le  « bouchon  lyonnais » n’est donc ni dérivé du bouchon de linge, ni du bouchon des canuts constitué de déchets de bourre de soie. Canevas : toile grossière claire et ajourée, servant de support aux ouvrages à l’aiguille, ancien français chanevas, fait de chanvre, avec influence du picard canevacha.

Après ce florilège, j’espère que les bonnes ondes de cette fibre textile auront su vous convaincre de la nécessité de son développement et de son utilisation textile. 


LE CHANVRE UNE FIBRE TEXTILE VERTUEUSE

LE CHANVRE, UNE FIBRE TEXTILE VERTUEUSE                                       En Mai fait ce qu’il te plaît, alors c’est avec un infini plaisir que je vous propose la découverte d’une fibre d’excellence, extraite de la tige d’un végétal appelé chanvre agricole ou cannabis sativa.   

UN VOYAGE EN « ETYMOLOGIE »                                                             Chanvre est l’altération du mot latin cannabis emprunté au grec kannabis « plante textile » lui-même issu de kunibu d’origine sumérienne  désignant une sorte de roseau. Sativa signifie cultivé en latin,                    Le saviez vous ? Aujourd’hui le chanvre est un mot masculin, mais il était féminin jusqu’au XVIIe siècle. 

COUSINNADE PAS FRATERIE                                                                   En botanique, chanvre, cannabis, marijuana, chanvre indien ou hashich sont des sous-espèces appartenant à la famille des cannabaceaes. Une sélection s’est opérée au fur et à mesure de la domestication de ces végétaux par l’homme, les scindant en deux grandes variétés qui diffèrent par leurs usages : le chanvre pour la production de fibres et de graines oléagineuses, et le cannabis ou marijuana pour ses vertus thérapeutiques et sa production de substances psychotropes. C’est la teneur en substance psychotrope qui différencie le cannabis entre 5 et 20% du chanvre entre 5 et 2%.                                                                                                        Le saviez vous ?  Le tétrahydrocannabinol ou THC, est une substance chimique sécrétée par le chanvre et certains autres végétaux, qui leur  permet d’éloigner les insectes et autres prédateurs. Cette particularité fut mise à profit par l’homme pour fabriquer des toiles d’emballage destinées aux marchandises transportées par bateaux, le chanvre étant un répulsif naturel contre les rats.                                                                                                                  .                                                                          DEMANDEZ LE PROGRAMME : AGRICOLE- INDUSTRIEL - RECREATIF   Des  adjectifs permettent de distinguer les branches de ce végétal : le cannabis indica est récréatif et le chanvre sativa sativa est agricole ou  industriel.                                                                                               Le saviez vous ? La résine qui couvre les feuilles et les fleurs du cannabis indica contient la substance psychotrope. C’est pour cette raison que la vente de ces deux parties de la plante est formellement interdite dans un grand nombre de pays.

ELEMENTAIRE MON CHER WATSON !                                                     La morphologie des plantes est un indice qui facilite leur identification. Ainsi, la silhouette touffue de la marijuana se distingue du chanvre par ses feuilles au bout d’une tige qui peut atteindre 4 ou 5 m.

LES CAUSES DU DECLIN                                                                          Une réputation sulfureuse mal encadrée « s’il existait un gouvernement qui eut intérêt à corrompre ses gouvernés il n’aurait qu’à encourager l’usage du haschich » in Les paradis artificiels 1860 Ch. Baudelaire. La disparition des voiles de la marine de guerre et marchande. La concurrence des fibres chimiques. Les interdictions successives de l’utilisation du cannabis récréatif dans de nombreux pays « en 1961 une convention à l’ONU interdisant la production de cannabis fut ratifiée par les européens et les russes ». La  prohibition sans distinction de la culture du cannabis indica ou sativa.

UN REMEDE RADICAL                                                                               Dans les années 1960, l'INRA et la Fédération nationale des producteurs de chanvre associent leur recherches visant à mettre au point artificiellement des variétés dont les fleurs mâles et femelles sont réunies sur le même pied,  dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,2%  . Ce résultat a grandement facilité l’exploitation  du chanvre agricole.

UN PERIPLE AUTOUR DU MONDE                                                           Le saviez vous ? Depuis plus de 20 000 ans le chanvre pousse sur notre planète, d’abord à l’état sauvage et, aux dires de certains botanistes, il serait un des plus anciens végétaux. Il fut  domestiqué par l’homme il y a environ12 000 ans en Asie centrale où il poussait déjà abondamment. Il était récolté et utilisé pour ses vertus thérapeutiques par les populations établies sur le pourtour de la mer Caspienne et aux abords de la mer Noire. Les perses connaissaient les qualités nutritionnelles des graines qu’ils surnommaient « graines des rois ».                                                            Le chanvre était aussi cultivé dans l'Egypte pharaonique où, dit-on, Phytagore l'aurait découvert et rapporté en Grèce. Les Scythes, peuple nomade, diffusa son usage à travers l’Asie et l’Europe et, d’après Hérodote (Ve siècle avant J-C), les Scythes utilisaient un linge fin tissé en chanvre. Quant aux phéniciens, ils venaient en bateaux en Murcie (Espagne) pour s’approvisionner en chanvre. Des cordes de chanvre mélangées à un mastic végétal existaient à l’époque Gallo-romaine (50 ap. J.-C.). Cultivé en Grèce, il était exporté vers Massilia où il était transformé en fibres dans un lieu proche du port (canebe = chanvre en occitan). Dès le XIIe siècle, la culture et la transformation du chanvre se développèrent dans la cité phocéenne qui fit commerce de cordage en tout genre. Le souvenir de ce passé glorieux ne persiste qu’à travers le vocabulaire qui, de « fil en aiguille », transforma cannabis en cannebere puis Cannebière, artère la plus célèbre de Marseille.                                                                                               Le saviez vous? Le mot corde n’est prononcé sur les navires  que pour désigner la corde qui actionne la cloche ce qui explique la richesse du vocabulaire dévolu à ces segments de fibres torsadées : bouts, drisse, haussière, grelin. Au théâtre, c’est probablement par superstition que ce mot est interdit car, jadis, des sceaux d’eau étaient suspendus à des cordes et, en cas d’incendie, crier « corde » signalait aux machinistes en coulisses d’actionner ces cordes afin de déverser l’eau sur la scène.  

LE MONDE LUI APPARTIENT                                                             Autant de climats et de terrains différents accueillent le chanvre : Europe, Chine, Inde, Afrique, Amérique du sud, autant de qualités différentes qui se définissent par la finesse, la souplesse et la longueur des fibres textiles. 

UNE HISTOIRE DE FRANCE VUE PAR LE PRISME DU CHANVRE       Instrument stratégique et opportunité pour les paysans, la culture du chanvre se développa sous l’impulsion de CHARLEMAGNE au sein de son Empire. Le coton n’avait pas encore conquis l’Europe et le lin était déjà le rival luxueux du chanvre.                                                                          Le saviez vous ?  Bien que les premiers papiers à base de chanvre aient été imaginés en Chine, ce sont les arabes qui, au XIe siècle, introduisirent cette technique en Europe, remplaçant avantageusement le parchemin. Phénomène marginal, son usage s’intensifia en Occident avec l’invention de l’imprimerie à caractères mobiles. Il permit la diffusion des idées et facilita les échanges. En 1450, la première bible de Gutenberg fut imprimée sur ce type de papier tout comme le fut la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Suivront les billets de banque. En 1807, Canson déposa le brevet du papier calque fabriqué à base de filasse de chanvre. Les sachets de thé réutilisables qui ne se délitent pas dans l’eau chaude, les mouchoirs en papier, le papier bible, le papier à cigarette et le papier pour les documents destinés à être archivés. Le chanvre est une bonne alternative au bois pour le papier, puisqu’il contient plus de cellulose, est moins onéreux et ne jaunit pas avec le temps.                                           LE ROI RENÉ accorda, en 1445, des statuts particuliers aux cordiers d'Angers. Au XVIIIe siècle, le succès des manufactures de cordages et de toiles d'Angers donnèrent une impulsion économique à toute la région. Elles approvisionnèrent la marine royale, les bateaux de la Compagnie des Indes et les armateurs nantais. Le chanvre était un produit rentable pour l’économie locale et indispensable pour le développement et l’entretien de la flotte (toiles pour les voiles, cordages, haubans, câbles et échelles). Plus de 80 tonnes de cordages et de voiles  étaient nécessaires pour équiper les caravelles du type de la Santa Maria de Christophe Colomb. D’autres usages furent dévolus aux cordes de chanvre, telle la sinistre corde de gibet ou « cravate du pendu ». L’herbe pantagruelion de Rabelais n’est autre que le chanvre : « Le chanvre, en tant que c’est de cette herbe que se fait la corde qui sert à étrangler les malheureux qu’on attache au gibet » in la vie de Gargantua et Pantagruel.                                                                      Le saviez vous ? Les toiles tissées à Gênes, généralement beiges ou blanches, dites toiles de jean, utilisées pour les voiles et les pantalons des marins étaient en chanvre.                                                                        Sous l’impulsion de COLBERT naquit la Corderie Royale de Rochefort-sur-Mer, créée pour restructurer la flotte maritime française et concurrencer la Navy britannique. PHILIPPE D ORLEANS ET LOUIS XV  facilitèrent le commerce du chanvre « Arrêt du conseil d’état qui ordonne que le commerce du chanvre dans l’intérieur du royaume sera libre. Fait défense de le faire sortir et de l’envoyer à l’étranger et permet à la Compagnie des Indes d’établir des magasins et le prix des chanvres. » (Imprimerie royale, Paris : Arrêt du 29 décembre 1719.  NECKER ET LOUIS XVI jugèrent nécessaire, en 1779, de réorganiser la culture du chanvre dans les provinces du royaume de manière à subvenir aux besoins de la population sans dépendre des importations, sources de sortie de devises et soucis d’approvisionnements. NAPOLEON en 1800, interdit à ses soldats la consommation du cannabis et des graines de chanvre, fâcheuse habitude prise lors de la campagne d’Egypte mais, en 1803, il ordonna aux maires de faire semer du chanvre agricole dans leur département, poursuivant l’idée de Necker, afin de ne pas dépendre de l’étranger pour les ressources principales. Le chanvre en plus d’être un instrument économique fut une arme politique En1807,  Alexandre Ier et  Napoléon signent le traité de Tilsit destiné en partie à affaiblir la Navy britannique, en la privant du chanvre   indispensable au maintient des équipements des marins et des bâtiments de la flotte                                                                                 Le saviez vous?  Comme le pétrole et le gaz sont aujourd’hui un sujet de « discorde » entre l’Europe et la Russie, le chanvre fut un  instrument de chantage pour Napoléon   la marine britannique étant dépende du chanvre russe. Si  les traités et le blocus continental avaient été scrupuleusement respectés, la marine britannique aurait sans doute perdu de sa superbe et Napoléon ne se serait pas lancé dans la campagne de Russie. Mais le Tsar Alexandre 1er continua les livraisons de chanvre vers l’Angleterre. Napoléon, le 24 juin 1812, fort de 650 000 hommes, marcha vers Moscou avec juste l‘idée de prendre le contrôle de toute la production de chanvre russe,  parce que son ennemi était l’Angleterre et non la Russie. Cette campagne fut un vrai désastre marquant pour Napoléon le début de la fin.  Jusqu’au XIXe siècle, avec le blé et la vigne, le chanvre fut l’une des trois cultures de base en occident, primordiale pour l'économie rurale.  


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