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jeudi 7 juillet 2016

LE METIS ET LE TROUSSEAU : DES SOUVENIRS DES DOUDOUS

UN TISSU SIMPLEMENT MAGIQUE
Qui n'a jamais entendu parler de tissu métis ? Ces fameux torchons en métis écru et rouge, qu'utilisaient nos grands parents ou, pour certains, nos parents.
Cette qualité bien particulière possédait un atout que n'ont pas les produits ménagers qui nous sont proposés aujourd'hui : ce pouvoir d'essuyer les verres sans laisser de traces. Le mélange lin coton est un produit absorbant et sain. La technicité à l'état pur.

POURQUOI ?
Pourquoi ne pas utiliser ce que la nature nous offre si gracieusement ? Pourquoi aller chercher ailleurs ce que nous avons sous la main ? C'est exactement ce que nous faisons en mettant le bon vieux métis, qu'il soient transformés en torchons, draps, serviettes ou nappes, ils sont désormais dans l'album de nos souvenirs... enfin pas pour tout le monde. Il y a encore des adeptes du bon sens.

LE QUOTIDIEN D'HIER EST DEVENU LE LUXE D'AUJOURD'HUI
Bien que la plupart des foyers soient équipés de machines à laver : le linge, la vaisselle, etc, laver le linge ou  faire la vaisselle n'est plus un problème ; tout est réglé de ce côté. A moins d'utiliser une vaisselle en carton, en dehors des pique-nique, les verres surtout en cristal nécessitent un essuyage attentionné.
Nous savons toutes que le cristal et la machine à laver ne font pas bon ménage, pour l'avoir appris souvent à nos dépends. Si proscrire le lavage en machine pour nos verres en cristal est évident, il est encore plus évident qu'un torchon en métis est le moyen le plus adapté à leur entretien. Le lin ne laisse pas de peluche, pas de trace et le coton est absorbant.

Le luxe lorsque l'on reçoit, c'est de dresser une belle table. Couvrir la table d'une vraie nappe,  utiliser des serviettes en tissu et boire dans des verres en cristal.  Ce luxe que nous percevons dans cet attirail de fête, n'est tout au plus qu'un symbole, la mise en beauté de la table est une attention destinée à faire honneur à nos invités. Mais avant le "sopalin", les nappes intachables,  inusables, ces démonstrations honorifiques étaient quasi quotidiennes.

REDONNER UN SENS AU LINGE DE MAISON
Je ne sais pas pour vous, mais pour moi c'est un plaisir, réellement, une sorte de cérémonial, de sortir mon beau linge. La nappe, je la repasse sur la table, enfin je rafraichis le repassage je supprime les plis.  Et puis il y a les serviettes, cette fois bien pliées et si "confortables", qui essuient vraiment, qui ne glissent pas, qui restent sur les genoux et surtout qui se froissent, qui se cassent. C'est à cela que je reconnais un véritable tissu, il vit et cela m'émeut. Mais non je ne suis pas de ceux qui disent "c'était mieux avant", je suis de ceux qui veulent que les choses soient belles, bonnes,  touchantes, je veux du sentiment dans les étoffes, j'y tiens.
J'aime sortir de l'armoire un torchon, le déplier,  sentir sous les doigts cette vrai matière, craquante, à la fois raidie et souple, cassante et douce. Mes torchons font partie de mon trousseau. Eh oui ! j'ai eu droit lors de mon mariage à un trousseau, c'est vrai c'était un autre siècle, d'autres habitudes, mais je souhaite à tous de pouvoir transmettre cette jolie tradition.  Plus de quarante ans ont passé et j'utilise toujours mes torchons en métis, mes nappes et serviettes en coton et je possède également une belle collection de tabliers. Les plus originaux viennent de Londres : de véritables petites robes avec des volants, les plus fonctionnels sont japonais.

Pendant que j'y  pense, ne soyez pas "contrariée" par une tache de vin sur la nappe. Attention ! pas de sel surtout, idée reçue mais à oublier car le sel au contraire va  fixer la couleur. Si vous avez sous la main, ou mieux dans une bouteille, de l'eau gazeuse c'est l'idéal, vite versez quelques gouttes et vous verrez la tache de vin rouge s'évanouir, de l'eau oxygénée fera aussi l'affaire.  Mais pas d'inquiétude ; la nappe comme les serviettes blanches en coton, en lin ou en métis, passeront à la machine à 90° avec un peu d'eau de javel. Donc soyez zen et profitez de votre belle table et de vos invités.
Mais pour le quotidien, j'avoue avoir cédé au sopalin, quoique j'ai toujours à portée de main un joli torchon en coton ou en métis ; ce sont mes amies qui me les offrent comme on offre un bouquet de fleurs lorsque l'on est invité à un  dîner... C'est moins périssable ! Ils viennent du bout du monde, ce sont des cartes postales modernes, puisque les SMS ne peuvent plus  décorer les portes des réfrigérateurs.

DANS MON TROUSSEAU, MON DOUDOU
Mon petit jardin secret ? J'ai toujours un  petit mouchoir de Cholet en batiste brodée que je parfume de temps à autre avec "youth dew" d'Ester Lauder, au fond dans mon sac du soir ! Je ne sors jamais sans lui. Il va s'en dire que je ne l'utilise pas en tant que tel, mais j'aime bien savoir qu'il est là, le sentir, le toucher, c'est beau, c'est élégant, c'est en fait juste une présence textile qui m'enchante c'est mon doudou à moi.  Ma mère  avait toujours au fond de son joli sac du soir, un petit mouchoir qui sentait son parfum et je perpétue cette tradition que personne ne soupçonne, c'est mon petit secret que je vous dévoile aujourd'hui et surtout n'allez pas le répéter, d'ailleurs on ne vous croirait pas !


UN PRODUIT  FONCTIONNEL MAIS SANS SAVEUR
Au XXI eme siècle, au nom de l'hygiène, le papier remplace en partie le linge de maison ! Dans la cuisine, c'est le rouleau de papier, dans nos poches ce sont les mouchoirs en papier, sur la table des serviettes en papier, les couches pour les bébés en papier, les verres en carton. Avez vous songé à la place nécessaire pour stocker ces produits, comparée au volume d'une douzaine de torchons, de mouchoir ou de serviettes ?
Papier à usage unique voilà que notre quotidien se simplifie mais la consommation de produits jetables n'annonce rien de réjouissant.

UN CONSTAT NAVRANT : LE LINGE DE MAISON EN VOIE DE DISPARITION
Le mot linge vient évidemment de lin... Alors oui moins de lin plus de polyester ou de pseudo bambou, alors moins de véritable linge.
Pourquoi avoir des machines à laver le linge de plus en plus sophistiquées, avec des programmes étudiés pour  le linge blanc, pour laver à 90°, pourquoi puisque force est de constater que  nous n'avons plus beaucoup d'articles à faire bouillir ! Les sous vêtements en fibres synthétiques, les nappes easy care, les chemises en polyester, les draps en poly-coton tout cela ne passe pas le cap des 30°. Alors oui les machines nous simplifient la vie, et c'est devenu si simple de laver, de faire bouillir, de repasser qu'il est dommage que cela ne serve plus à rien. Que se passe-t-il donc ? Pourquoi le trousseau est il remisé au fond du grenier ? Du passé  faut-il vraiment faire table rase ? Pourquoi le linge de maison s'étiole jusqu'à disparaître ? Est-ce le temps qui manque ? Est-ce l'idée de l'entretien qui nous rebute ? Peut être, ou peut être pas. Jeter, utiliser, jeter. Pratique ? sans doute ! Cher, trop cher ? Certainement !

QUAND LE SOPALIN REMPLACE LE METIS
Mais savez vous d'où vient ce mot entré dans le langage courant ?  Sopalin est le nom d'une marque déposée en 1948 à l'INPI par la société  française Papier Linge. Elle fut à l'origine du papier essuie tout, absorbant et jetable. Le mot Sopalin  est l'acronyme (un sigle qui peut se prononcer comme un mot ordinaire) SOciété PApier LINge. Désormais c'est un mot générique, qui s' applique aux rouleaux de papier absorbant  même lorsqu'il s'agit d'une autre marque. Il rejoint la liste des marques devenues de noms communs comme kleenex, frigidaire et autre caddie...



Mais revenons à nos torchons en métis. Le mot vient du latin mixus c'est-à-dire mêlé. Dans le vocabulaire textile, métis désigne un tissu dont la chaîne est en coton et la trame en lin.

UN LABEL DE QUALITE
 Pour avoir droit au label Metis, le pourcentage en poids de lin doit être au minimum de 40%.
Cependant, comme beaucoup de mots, il a perdu de son prestige, le terme métis est galvaudé, il désigne souvent une étoffe constituée d'un mélange de fibres différentes : laine et coton ou encore soie et lin.

ETOFFES MIXTES ET RELIGION
Bibliquement parlant les étoffes mixtes étaient interdites, considérées comme impures
"ne t'habille pas d'une étoffe mixte faite de laine et de lin" Deuteronome 22-11
Il s'agit de tissus fabriqués avec des fibres animales et végétales (chaatnez). On peut imaginer que le conflit qui opposa Caïn et Abel, l'un agriculteur et l'autre éleveur n'est pas sans rapport avec ce précepte.

De fait, au Moyen Age encore, les étoffes mixtes étaient relativement rares, d'abord parce que la tradition religieuse persistait mais aussi à cause des abus de contrefaçons. Dans une étoffe de laine les moyens de détecter un pourcentage de fibres différentes étaient quasi inexistants et les clients pouvaient être lésés quant à la qualité du produit. C'est pour pallier ce genre de problème que les corporations interdirent la production d'étoffes mixtes. Mais il existait des exceptions comme toujours. Les plus courants étant les brocards (lin, soie et fil d'or) et la futaine (laine et coton).

IL Y A MIXTE ET MIXTE
Lorsque l'on parle de tissus mixtes il convient de distinguer les mélanges intimes (fil constitués de brins de matières différentes) et les tissus mixtes (fil de trame et fil de chaîne de différente matière).

REDECOUVRIR LE GOUT DES BELLES CHOSES
Prendre du plaisir à soigner son linge, redécouvrir le confort d'une serviette en coton, ce sont de petites choses qui embellissent le quotidien. Nous sommes en période de soldes, c'est le moment de se refaire un trousseau. N'hésitez pas à magnifier votre linge de maison, adoptez le coton, le lin ou le chanvre. Des articles qui peuplent  votre univers et que vous  respectez c'est plus jouissif qu'un rouleau de papier même décorés de fleurs et parfumés artificiellement ! 

dimanche 3 juillet 2016

LA BATISTE

UNE ORIGINE LOIN D' ETRE EVIDENTE
Que l'histoire serait aimable et simple si cette étoffe portait effectivement le nom de son "inventeur". Le sieur Jean Baptiste ou, selon les sources, Jean Baptiste Chambray ou Cambray, originaire de Cantaing sur Escaut établi comme tisseur à Cambrai puis à Valenciennes. On peut se plaire à croire qu'il avait créé un tissu particulier utilisant des fils de lin très fins, filés dans la pénombre des caves humides de Cambrai ou de Valenciennes par des ouvrières à domicile. Peut-être fut-il un tisserand imaginatif, peut-être ce Jean Batiste ne fut-il qu'un metteur en fil comme il en existait tant d'autres au XIIIe siècle dans cette région. En effet, des écrits attestent de la grande renommée de la toile fine de Valenciennes dite toilette.
La batiste est, ou fut, un tissu de lin fin, blanc ou écru, au tissage très serré. On le trouve généralement uni, rarement teint ou imprimé.

LE LIN RAME
Le secret de la qualité exceptionnelle de la batiste du Cambraisis réside dans la manière particulière de cultiver le lin.  Pour avoir un lin ramé il fallait utiliser des rames ou tuteurs de plantes grimpantes. Des sortes de piquets étaient plantés dans les champs labourés et semés afin de soutenir les tiges naissantes du lin, les empêchant de ployer sous les bourrasques de vent ou les averses de pluie. On obtenait ainsi, avec tant de précautions, un lin qui permettait d'obtenir un fil d'exception.

 Il est évident que tant de soins apporté à la culture de cette plante en augmentait le prix ; le tissu obtenu à partir de ce lin ramé était un produit de luxe réservé souvent aux petites pièces comme les mouchoirs ou des vêtements de dessous, les surplis des prêtres, les robes de baptême...
mouchoir en batiste

UNE GENEALOGIE INVALIDEE
Mais  la filiation entre le tissu et le sieur Jean Baptise demeure une hypothèse jamais démontrée. Les éléments de la biographie du sus-nommé sont trop peu nombreux pour permettre de la valider.
Plus rationnelle, serait la dérivation du mot batiche, terme utilisé dans le patois picard dès le XIII e siècle qui signifiait battre (mouvement du battant des métiers à tisser). Plus le mulquinier actionnait le battant plus le tissage était serré.




A gauche, un mouchoir en linon, toujours un tissu en lin mais plus clair ; à droite, un mouchoir en batiste, le tissage est plus dense. Le battant a été actionné un plus grand nombre de fois. La batiste est donc obtenu en battant le métier. Dans les archives de la ville de Cambrai, j'ai pu retrouver des chiffres que l'on aurait du mal à  obtenir avec une machine, si perfectionnée soit-elle. En effet, dans la période faste de la production de batiste dans le Cambraisis,  avec 500 g de fil on obtenait 250 km de fil ! Soit 1 g = 500 m. Peut-être à mettre dans le livre des records.

Cependant, de batiche à batiste il y a Baptise, un prénom très populaire à cette époque qui se prononçait batisse !
On en retiendra que ce tissu, malgré ces controverses étymologiques, a traversé les siècles et les modes en conservant non pas son identité, mais une image, gage de qualité, ce qui est en soi, déjà remarquable.

UN PARCOURS SANS FAUTE
Si j'ai plus haut ajouté que la batiste n'avait conservé que son image, c'est parce qu'aujourd'hui, ce terme s'applique à toute étoffe fine au tissage serré, réalisé avec des fils de coton ou de polyester. C'est une erreur, car si batiste devient un mot générique, qu'adviendra-t-il dans les prochaines décennies des autres tissus ? Ce n'est qu'en leur octroyant le juste nom que nous sauverons notre patrimoine textile.

En cherchant batiste sur le net voici ce qui est proposé par les commerçants.


8,05 €
Tissus-Zanderino.fr
9,95 €
Tissus-Hemmers


A SUIVRE LA ROUTE DU LIN PARALLELE A CELLE DE LA BATISTE



jeudi 30 juin 2016

BATACLAN : UNE ETYMOLOGIE ETONNANTE


Bataclan 1783 : mot de formation onomatopéique, exprimant le bruit d'objets qui tombent, qu'on déplace. D'abord pataclan : bruit d'un corps qui tombe, encore très répandu dans le parler picard, devenu bataclan sous l'influence du verbe battre.
in dictionnaire étymologique de la langue française de
O. Bloch -W. von Wartburg

La locution "et tout le bataclan" signifie et "tout le reste" de manière péjorative (et tout le bordel)
In Le Robert. Dictionnaire histoire de la langue française.




Pourquoi le nom de BATACLAN pour la salle de spectacle du boulevard Voltaire?
BA-TA-CLAN titre d'une chinoiserie musicale de J. Offenbach. Première représentation en 1855.

                                             

La salle du Bataclan située boulevard Voltaire dans le 11eme arrondissement de Paris fut ouverte en 1864. C'était alors tout à la fois un café, un théâtre et une salle de bal avec un thème à la mode : les chinoiseries. Et c'est tout naturellement qu'elle fut baptisée du nom de l'opérette très  populaire de l'époque  : BA-TA-CLAN. En supprimant les tirets c'est  devenu BATACLAN




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mardi 28 juin 2016

GENEALOGIE TEXTILE

A LA RENCONTRE DES TISSUS
Comment comprendre, reconnaître, différencier les étoffes? Tenter de reconstituer leur filiation et ébaucher ce que seront le futurs matières c'est un exercice de haute voltige à la fois passionnant car les indices fourmillent, et frustrant car la quête s'avère infinie. Mais avant tout, le but de ce post est de  vous  inciter à découvrir le vrai visage des étoffes. Vous constaterez ensuite avec  délice copmbien une  conversation autour d'une ziberline ou d'un Zenana  peu devenir passionnante et animée. Et puis si un éditeur venait à lire ces quelques lignes, il pourrait être séduit par l' idée d'en faire un livre.

LA BATAILLE DES MOTS
Battons nous pour conserver un souffle de personnalité aux étoffes qui nous entourent, nous protègent, nous parent tout au long de notre vie. L'idée est simple,  il suffit de donner un nom à chacune d'entre elles. Terminer les références, les noms génériques, il est temps pour les étoffes anonymes de se révolter. Leur rendre une identité c'est leur permettre de retrouver leur personnalité. C'est également un moyen de sauvegarder le patrimoine  mondial textile.

UNE RECETTE POUR LE MOINS COMPLEXE
Le nom des tissus résultent d'un savant dosage  avec une part de mystère, de poésie, de créativité, de  tradition le tout assaisonné avec un soupçon  de sciences et  zeste de hasard.

UNE FAMILLE NOMBREUSE
 En découvrant un à un les tissus, tour à tour communs ou rares, classiques ou modernes, naturels ou chimiques, concrets ou abstraits vous serez  aussi amenés à rêver, à voyager à travers les continents et l'histoire. Il est temps de se mettre aux commandes d'une machine à remonter le temps et à explorer le futur.

UNE GENEALOGIE REDECOUVERTE
Pour de multiples raisons suivre le chemin de la vie d'un tissu à travers les siècles est un parcours semé d'embûches. Les grandes catégories textiles  ont subi depuis la préhistoire de nombreuses modifications, ponctuées par des mariages, des divorces, des unions libres, des naissances, des décès, et même des manipulations génétiques rendues possible grâce aux progrès scientifiques.

" Les dénominations ne sont que passagères, la plus légère modification apportée au tissu suffit pour lui faire donner un autre nom" in Traité théorique et pratique de l'impression sur tissu  J. Personnaz Ed V. Masson

DES ETOFFES FANTOMES
Il est des étoffes dont seul le nom nous est transmis, souvent par l'intermédiaire de la littérature, mais de traces tangibles point, ainsi en est il des "pailes ou de l'auqueton".

UNE LECTURE DIFFICILE
Jadis le tissu avait une lecture évidente et la matière dont il était constitué ne prêtait pas à  confusion. Chacun considérant comme une vérité première que le gazar était en soie, le drap d'Ebeuf en laine. A présent le contenant demeure mais le contenu n'est parfois qu'une imitation

DES FAUX SEMBLANTS
D'autres tissus ne sont plus que de vague imitation de ce qui fit leur renommée, comme le brocard.  Jadis tissé avec les matières les plus riches comme le fil de soie, d'or et d'argent. Aujourd'hui il a perdu de sa superbe, c'est une étoffe "à la manière de" fabriqué avec des matériaux plus ordinaires.

GENEALOGIE TEXTILE


Comment comprendre, reconnaître, différencier les étoffes? Tenter de reconstituer leur filiation et ébaucher ce que seront le futurs membres de cette grande famille est une vaste mais excitante entreprise. J'aimerais à travers un ouvrage  plus complet que ce post vous faire partager le délice d'une conversation autour d'une ziberline ou d'un Zenana. En attendant de trouver l'éditeur qui sera séduit par cette idée,  il faudra vous contenter de ces quelques lignes.

Battons nous pour conserver un souffle de personnalité aux étoffes qui nous entourent, nous protègent, nous parent tout au long de notre vie. Comment faire? Il suffit de donner un nom à chacune d'entre elles. Terminer les références, les noms génériques, il est temps pour les étoffes anonymes de se révolter. Leur rendre une identité c'est leur permettre de retrouver leur personnalité. C'est également un moyen de sauvegarder le patrimoine  mondial textile.
Le nom des tissus résultent d'un savant dosage entre du mystère, de  la poésie, de la créativité, de la tradition, avec un peu de  sciences et quelque fois du hasard.

 En découvrant un à un les tissus, tour à tour communs ou rares, classiques ou modernes, naturels ou chimiques, concrets ou abstraits vous serez  aussi amenés à rêver, à voyager à travers les continents et l'histoire. Il est temps de se mettre aux commandes d'une machine à remonter le temps et à explorer le futur.

Pour de multiples raisons suivre le chemin de la vie d'un tissu à travers les siècles est un parcours semé d'embûches. Les grandes catégories textiles  ont subi depuis la préhistoire de nombreuses modifications, ponctuées par des mariages, des divorces, des unions libres, des naissances, des décès, et même des manipulations génétiques rendues possible grâce aux progrès scientifiques.

" Les dénominations ne sont que passagères, la plus légère modification apportée au tissu suffit pour lui faire donner un autre nom" in Traité théorique et pratique de l'impression sur tissu  J. Personnaz Ed V. Masson

Il est des étoffes dont seul le nom nous est transmis, souvent par l'intermédiaire de la littérature, mais de traces tangibles point, ainsi en est il des "pailes ou de l'auqueton".

Jadis le tissu avait une lecture évidente et la matière dont il était constitué ne prêtait pas à  confusion. Chacun considérant comme une vérité première que le gazar était en soie, le drap d'Ebeuf en laine. A présent le contenant demeure mais le contenu n'est parfois qu'une imitation

D'autres tissus ne sont plus que de vague imitation de ce qui fit leur renommée, comme le brocard.  Jadis tissé avec les matières les plus riches comme le fil de soie, d'or et d'argent. Aujourd'hui il a perdu de sa superbe, c'est une étoffe "à la manière de" fabriqué avec des matériaux plus ordinaires.

lundi 27 juin 2016

LES ETOFFES BAYADERES SUITE

UNE ETYMOLOGIE SURPRENANTE
Le mot bayadère est d'origine portugaise : de balhar danser.  Cependant  il y a ambiguité avec  le mot baller qui en vieux français exprime aussi  l'idée de bouger, se remuer, se balancer.  Baller vient du bas latin ballarer = danser qui donnera le mot bal=réunion dansante. En poussant un  peu  plus loin on trouve ballein que l'on peur rattacher à une racine indo- européenne que l'on retrouve dans le sanskrit Le mot bayadère a par conséquent de nombreuses correspondances  dans plusieurs langues européennes.
Bajadere en allemand, bayadera en espagnol...

QUEL RAPPORT ENTRE LES DANSEUSES SACREES INDIENNES ET LES PORTUGAIS?
Rappelons nous que l'économie européenne prospéra  grâce à une politique de colonisation. Les portugais(Goa), les hollandais(Madras) et les français (Pondichery, Chandernagor, Mahé...) établirent dès  XVIIeme siècle des comptoirs commerciaux en Indes.
Les portugais présents dans l'ouest de l'Inde découvrirent les Devâdâsi officiellement "servantes de Dieu"  communément appellées "natch" c'est à dire danseuses. Ce mot fut traduit  en portugais de donna  balhaderia.  Après quelques modifications balhaderia se transforma en bayadère forme  adoptée unanimement par les occidentaux.

BAYADERE : UN LUSITANISME
Au XVIIeme siècle le Portugal était devenue une puissance internationale, et portugais était  une langue de communication largement utilisée entre les peuples au même titre que l'anglais aujourd'hui.  
Si les anglicismes sont connus et font partie  dans notre langue, les "lusitanismes" sont présents mais  moins décelables. (Lusitanie= ancienne province romaine devenue le Portugal) Il s'agit de l'emprunt d'un mot en usage dans la langue portugaise transposé dans une autre langue 
Voici quelques lusitanismes : sagouin, roupie, bambou,aniline..ectc

LES BAYADERES  : DANSEUSES ET COURTISANES
Lorsque l'on parle de Bayadères il faut imaginer les  Devadâsi  "esclaves de Dieu" plutôt que des" servantes de Dieu" comme on se plait à dire. Ces jeunes filles étaient vendues aux temples, elles  y venaient rarement de leur plein gré. A la fois courtisanes et danseuses dans les temples hindous, elles recevaient une bonne éducation tout en se perfectionnant dans la danse et le chant. Certaines demeuraient  leur vie durant dans l'enceinte des temples, alors que d'autres parcouraient le pays en dansant et chantant lors des processions .
Devadâsi dans un temple indien



LES DANSEUSES SACREES INDIENNES EN TOURNEE EN EUROPE
En 1838  il y eut une tournée des Devadâsi. C'est ainsi que leur art  fut découvert par les européens . Elles apportaient au public occidental une part du mystère de l'Orient et on les appela désormais les "danseuses bayadères". Pléonasme bien sûr, puisque bayadère est synonyme de danseuse.

Cette troupe donna 28 représentations à  Paris. Parmi les spectateurs, Théophile Gautier et Gerard de Nerval  furent séduits par une de ces danseuses. Tous deux publièrent des articles élogieux dans différents journaux mettant en vedette une  bayadère nommée Anamy.

LAST BUT NOT LEAST : LE  COSTUME DES  BAYADERES EST A L'ORIGINE DES ETOFFES BAYADERES
Les robes  très colorées étaient agrémentées de ceintures de couleurs vives, les bras des danseuses étaient couverts de bracelets, leur cou paré de colliers. Tous ces accessoires formaient des bandes  dont l'effet visuel était  exacerbé par les couleurs franches des tissus

                                                                        
les bijoux forment des bandes horizontales qui rythment les surfaces colorées des robes
Ainsi le tissu bayadère  par la présence de bandes colorées est un rappel du costume des danseuses sacrées indiennes. Notons qu'en matière textile, le terme  bayadere est  employé comme adjectif généralement accolé aux mots tissu, étoffe ou vêtement. 

dimanche 26 juin 2016

LES ETOFFES BAYADERES : UNE INVITATION AU VOYAGE

Les étoffes bayadères  réservent quelques surprises dans leurs bagages. Curieusement je remarque qu'un petit mot  dénué d'importance, trop souvent utilisé à tord  est capable de m' entraîner  dans des univers aussi différents que la culture, la religion, la technique et la politique.
Si vous êtes d'accord allons découvrir le vrai visage d'un tissu bayadère.

N'EST PAS BAYADERE QUI VEUX
Le terme bayadère a aujourd'hui perdu de son prestige,  il est devenu un nom générique au point de désigner des tissus comportant de larges rayures multicolores, oh , hérésie!

Dans l'annonce ci dessous le terme bayadère est usurpé. Il s'agit d'une simple étoffe rayée.

Toiles au Mètre | Tissus Rayés Multicolores Catalan

eshop.toiles-du-soleil.com/fr/toiles-au-metre

Les toiles du soleil sont des toiles bayadères, c'est à dire que le tissu présente des rayures multicolores, dans la tradition du tissage basque et catalan.

Pour les puristes il n'est de véritable tissu bayadère  que celui qui présente une succession de bandes de largeurs variables, de couleurs et de matières diverses, produites par des armures différentes.
Le  décor  en bandes  horizontales (perpendiculaires aux lisières) des tissus bayadère est obtenu par tissage.  C'est l'alternance de ces bandes aux couleurs vives et contrastées et de largeurs différentes qui donne son caractère à ce tissu, qui autrement serait simplement un tissu  barré, biffé ou rayé.

rayures. On dit d'un tissu qu'il est rayé lorsque la chaine est divisée en différentes nuances qui forment les rayures. Ces traits plus ou moins épais sont verticaux, parallèles aux lisières
Il existe des étoffes rayées plus complexes comme l'imberline ou le pékiné  mais c'est une autre histoire.





















bandes. On dit d'un tissu qu'il est biffé ou  à bandes lorsque la trame est divisée en différentes couleurs qui forment des bandes horizontales (perpendiculaire aux lisières)

















A SUIVRE : UNE ETYMOLOGIE SURPRENANTE