UN MONDE SUR PILOTIS QUI VIT A COTE DU XXIe SIECLE
Les Intha, ethnie minoritaire bouddhiste vivent dans ces cités lacustres depuis le 12 e siècle. Ils ont adapté leur mode de vie à leur environnement, en devenant, pêcheur, jardiniers, ou tisserands.
Le tissage des fibres de lotus est devenu leur spécialité.
Le tissu était destiné à habiller des statues de Bouddha, dans les monastères, les temples où les donateurs sont nombreux et riches, ou simplement chez les particuliers puisque dans chaque foyer bouddhiste on trouve une statue de Bouddha. Si les grands Bouddhas comme dans le temps de ShewDagon à Yangun sont revêtus d'un manteau en fibres de lotus, dans les maisons on place un petit carré de tissu de lotus sur la statue. C'est une offrande tout en symbole. Le lotus étant la fleur emblématique de Bouddha. Selon la légende, aussitôt après sa naissance, Bouddha se mit à marcher et des lotus apparurent à l'endroit où il avait posé ses pieds. C'est pourquoi on trouve souvent des représentations de Bouddha assis sur une fleur de lotus en guise de trône.
UN COMMERCE EN AUTARCIE QUI SE FISSURE
Les ateliers de tissage fabriquent et vendent pour la clientèle locale de petits carrés d'étoffe de lotus, petits parce que le prix est très élevé et il serait impossible aux Intha d'en acquérir.
Ce sont des commandes plus importantes qui permettent à ces ateliers de survivre. La totalité de la production était destinée il y a encore un an ou deux, au marché intérieur birman, mais depuis 2012 , l'exportation est à l'ordre du jour. La production pouvant à peine suffire à la demande, on trouve très peu d'articles "finis" en fibres de lotus. En général, ils sont fabriqués sur commande.
La clientèle étrangère éprise de luxe est un eldorado, un espoir, une manne pour les entreprises locales qui entrevoient un développement de leur production. Le tourisme semble déréguler ce commerce traditionnel. Le jour où sur les marchés on proposera des écharpes en lotus au prix des écharpes en soie, alors ce sera le début de la fin, et les premiers responsables sont les clients. Rapporter un souvenir de voyage à n'importe quel prix, le plus bas possible en général, c'est ce qui met en péril l'artisanat.
A CHAQUE VILLAGE, UN MONASTERE
Dans chaque village il y a un monastère et, dans chaque monastère, il y a des novices, des moines et un Vénérable. Tous portent les habits monastiques.
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A CHAQUE MONASTERE UN VENERABLE
Le Vénérable ce qui équivaut pour nous au titre de supérieur dans un couvent reçoit une robe en fibre de lotus offerte par les fidèles dans les monastères les plus importants. Si les fidèles ont peu de moyens, les robes offertes sont en coton.
Ici un moment de pause pour le repas du vénérable. Il a 75 ans, souffre de diabète et lors de notre visite, le médecin venu de la ville voisine était présent pour surveiller son état de santé
LE DON DE LA ROBE DE MOINE UN CEREMONIAL CODIFIE
Novices, moines, ou vénérable, tous reçoivent de la part des fidèles ou de leur famille une robe. Ce don du thingahn ou robe est un acte méritoire pour tout bouddhiste.
Mais le kya-thingahn littéralement robe de lotus est un présent inestimable Pour réunir la somme nécessaire à la confection d'une robe, il faut parfois des années. Autrefois, les ateliers travaillaient uniquement pour honorer les commandes de robes de moines. Un délai d'une année était nécessaire pour la réalisation d'un vêtement de cérémonie. Tout se faisait manuellement, de la récolte des lotus qui a lieu pendant la mousson, en passant par les étapes de filage, tissage et teinture. La robe des moines doit respecter des règles strictes : elle se compose d'une multitude de morceaux, de longueur, de largeur, de formes différentes, qui sont assemblés par des coutures visibles, entre 50 et 155 éléments à assembler, en fonction de l'importance du moine, un véritable puzzle. Plus le nombre de morceaux est important plus le prix de la robe est élevé, plus la personne qui la porte est importante.
Ceci en mémoire des premiers moines bouddhistes qui devaient fabriquer eux même leur vêtements. Ils devaient aller dans les cimetières pour récupérer des morceaux de tissus sur les vêtements des morts. Ainsi leur robe était constituée de plusieurs tissus de matières et de couleurs diverses. Puis cette obligation fut remplacée par le don des fidèles : les villageois donnaient des morceaux d'étoffes aux moines afin qu'ils puissent en les assemblant fabriquer leur robe. Aujourd'hui les moines n'ont plus l'obligation de faire eux même leur vêtement, ce sont des couturières spécialisées qui réalisent ces vêtement et elles apprécient par dessus tout les commandes les plus complexes.
Ce sont toujours les fidèles qui paient la facture avec la collecte des oboles .
Plusieurs villages se sont installés sur ce lac chacun ayant un secteur d'activité bien distinct. J'ai évidement remarqué le village des teinturiers.
les fils teints sèchent au soleil en attendant d'être installés sur le métier à tisser
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Le matin les teinturiers s'activent, préparent les bains de teinture, teignant et essorant les fils ou les tissus, et dès que le soleil perce alors tout est étendu sur des tiges de bambou jusqu'au coucher du soleil, et le lendemain tout recommence.
UN ARTISANAT AUTHENTIQUE
Les étrangers, occidentaux ou asiatiques, ont été fascinés par cet artisanat et séduits comme je l'ai été par ce savoir-faire ancestral. Et aujourd'hui les ateliers sont débordés, et la quasi totalité de leur production est achetée d'avance par de grands noms de la haute couture. On peut éventuellement passer commande pour des métrages, mais le délais dépasse largement 2014.
Dans la boutique attenante à l'atelier il y a des milliers d'articles en coton et en soie, de toutes les couleurs, de toutes les formes, de toutes dimensions, qui retiennent l'attention de la majorité des visiteurs, mais dans un coin, un tout petit rayon de tissus de lotus, ne proposant qu'un choix réduit à quelques articles
trois étagères dans un coin d'une immense boutique sont dédiées aux articles en fibres de lotus.
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Châles, chapeaux, écharpes et deux malheureux coupons attendent le chaland qui daignera leur prêter attention. Et cette personne collectionneuse, passionnément curieuse, touriste textile, ce fut moi.
Et voila le résultat
AVENTURES EN BIRMANIE A SUIVRE
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