Hélas, le combat artisanat /industrie est inégal et le constat sans appel! La quantité contre la qualité, est une lutte dont le résultat est annoncé. L'industrie, qu'il s'agisse du secteur alimentaire ou vestimentaire, cherche à minimiser le coût de fabrication et à augmenter le profit. Pour y parvenir il faut produire en grande quantité, souvent au mépris de la qualité. L'artisanat prêche des valeurs quelque peu différentes. Les industriels font de la lutte des prix leur principale préoccupation alors que les artisans mettent l'accent sur la qualité. Les seuls juges sont les clients, à savoir vous et moi. C'est un choix, acheter moins, plus cher, ou beaucoup, moins cher.
| Un atelier de couture à Ahmenabad dans la province du Gujarat où se trouve un des plus admirable musée dédié au coton |
EN BOLIVIE |
| Cette bolivienne a installé son atelier précaire sur un bout de trottoir et, avec une infinie patience, tisse des ceintures. |
"IL FAUT SAUVER LE SOLDAT ARTISAN"
L'artisan, par nature, maintient une tradition et, s'il est amené à répéter indéfiniment les mêmes gestes pour façonner le même objet, l'homme n'étant pas une machine réglée avec précision, il n'y a jamais copie conforme. Un geste plus lent, un mouvement plus court, un peu de fatigue ou au contraire une vitalité excessive on peut imaginer tout cela dans un objet artisanal c'est toute la différence, c'est l'infime défaut qui suggère la présence humaine. En fait, le résultat est surprenant car tous identiques et tous différents : voilà peut être la clé de l'artisanat.
| Une certaine similitude entre le travail manuel de la tisserande péruvienne et la dentelière de Burano |
Le tourisme de masse est en partie responsable de la disparition d'un véritable artisanat. Trop souvent ce sont des articles made in Taiwan ou made in China que l'on retrouve sur les marchés artisanaux du monde. Le développement du tourisme accentue la demande de produits artisanaux à bas coût et matérièlement, il serait impossible de produire de manière artisanale une telle quantité. Peut on reprocher à des commerçants de s'adapter à la demande ? Non! Si les touristes se contentent de pseudos produits artisanaux , en pseudo laine ou pseudo coton, pourquoi pas. Ils sont vendus avec la bénédiction des guides touristiques locaux. Le voyageur non initié et pas trop regardant sur les finitions ou la qualité compte tenu des sommes modiques engagées, sera content de son achat et rentrera dans son pays d'origine avec un souvenir de voyage
Les stocks d'articles authentiques, "fait main" par des artisans locaux sont trop importants pour être "honnêtes".
L'ARTISANAT EST DESORMAIS UN LUXE
L'industrie à pris le relais des artisans et ponchos, bonnets tricotés, nappes brodées, objets en terre cuite, animaux en bois de balsa, boites en papier mâché. Il s'agit maintenant d'un artisanat semi industriel ou d'une industrie artisanale, une tendance qui se développe aux quatre coins de notre planète, mettant en péril le savoir faire des artisans locaux. Il est vrai qu'entre une nappe en coton brodée à la main et une nappe en polyester brodée machine, le prix varie du simple au triple dans le meilleur des cas. Le client type pour cette marchandise est le touriste de passage qui n'est pas regardant sur la qualité, mais qui veut rapporter un souvenir "pas cher".
Des boutiques spécialisées dans l'artisanat "mondial" se sont multipliées dans les années 70 en France et en Europe ; elles ont aujourd'hui rendue les armes, parce que, en fait d'artisanat, il y avait tromperie et les clients ont déserté les boutiques. J'ai visité au Rajasthan un endroit extraordinaire. Un immeuble de plusieurs étages, chacun des niveaux plein à craquer des milliers de produits "artisanaux", de l'éléphant en céramique, aux boucles d'oreilles en passant par des pieds de lampes en bois exotique et des napperons brodés. Le guide me fit remarquer que chaque étage correspondait à une région. Nous étions ici dans les réserves de magasins qui distribuaient ces produits en France. Au-dessus, il y avait les réserves de boutiques américaines. Le plus connu de ces distributeurs pour moi était PierImport. L'idée de départ était fort louable, une association caritative décidée à vendre des produits d'artisanat essentiellement en provenance d'Inde. Mais l'importance des stocks ne pouvait résulter du travail de petits artisans. Ce sont donc majoritairement des articles fabriqués industriellement qui remplissent les rayonnages des boutiques. L'idée véhiculée dans ces boutiques était de vous faire voyager dans votre salon. Ici un peu de l'Inde mystérieuse, là un peu de la culture Chinoise. Mais aujourd'hui, on ne se prête plus au jeu, qui imagine que des salariés de l'entreprise sillonnent le monde à la recherche de l'artisan spécialisé dans la broderie du soie, ou dans la teinture du coton. Pour alimenter tous ces points de vente il fallut passer à la fabrication quasi- industrielle pour des articles pseudo-artisanaux . Le succès qui fut n'est plus, et de nombreux points de vente disparaissent.
UN DES SECRETS DE L'ARTISAN : "PATIENCE ET LONGUEUR DE TEMPS VALENT MIEUX QUE FORCE NI QUE RAGE" JEAN DE LA FONTAINE
L'artisan travaille avec et contre le temps. Il ne compte pas ses heures, comment le pourrait-il? Il sait prendre son temps et c'est tout l'art de cultiver son jardin, de regarder pousser les fleurs, se mettre à l'unisson des saisons et attendre que la pâte lève que la teinture prenne, que la matière première sèche, que la navette passe entre les fils de chaîne. Le temps, avant nous avions le temps et pas de montre aujourd'hui nous avons tous des montres et pas le temps!
| C'est en Equateur que l'on fabrique les "panama". Les plus belles qualités demandent plusieurs mois de travail et une habilité manuelle incroyable |
Dans nos sociétés industrialisées, l'artisan est devenu un objet de curiosité, un ovni. Sa survie est menacée, parce que sa production est restreinte et les prix ne peuvent rivaliser avec ceux des produits industriels.
DE BELLES RENCONTRES!
En Irlande, j'ai trouvé avec difficultés la boutique/ atelier que j'espérais. Authentique, en dehors des sentiers de la mode, c'est un artisan heureux qui m'a reçu. Il passe ses journées derrière son métier à tisser, et il aime cela.
Y A-T-IL UN AVENIR POUR LES ARTISANS?
Bien sûr que oui, tant qu'il y aura des personnes conscientes de leur importance. Je sais que l'on parle désormais d'un artisanat industriel ce que les puristes rejettent. Parce que l'artisanat est limité, il se situe hors des sentiers industriels, hors des productions de masse, parce que derrière un objet il y a des hommes et des femmes, des gestes, des techniques mille fois vues, des opérations mille fois répétées et un savoir faire unique. D'un continent à l'autre, les techniques, les matériaux, les couleurs, les objets diffèrent, mais la présence de l'homme est sensible jusque dans les imperfections qui deviennent des atouts majeurs face à la machine industrielle, à la production de masse, à l'uniformisation, à la perfection sans âme.
Parfois il suffit de bien peu de choses pour que s'inversent les situations. Le lien entre le passé et le présent, le point de référence immuable et la transmission d'un certain savoir- faire aux apprentis, voilà pourquoi j'aime l'artisanat et pourquoi je vous invite à tout faire pour que perdure cette activité dans notre pays et ailleurs. Les artisans ont à cœur de bien faire et de maintenir une belle tradition.
Je vous laisse découvrir dans les posts qui suivent quelques unes des mes plus belles rencontres
FABRIQUEZ MOI UNE CORDE!
Sur la route de Cochin dans le Tamil Nadu, une famille fabrique des cordes de génération en génération et de mère en fille.
Comment mettre de la poésie dans ce produit banal, qui sert à attacher les animaux, lier les marchandises, pour équiper des poulies.
J'admire ces femmes qui évoluent dans leur saris colorés avec élégance et désinvolture. Elles font le spectacle, elles animent la rue qui a tendance à s'endormir sous le soleil brûlant. Elles réveillent la population en riant, en chantant. Mère, fille, petite-fille, toutes mettent en commun leur savoir faire. Chacune à sa place a un rôle défini dans la fabrication des cordages.
Tout se fait en famille et, bien qu'absorbées par leur tâche, elles n'oublient pas de jeter un œil sur les enfants qui jouent à coté. C'est ainsi que se transmet le savoir, sans s'en rendre compte, en observant, en regardant, en étant le témoin de ces automatisme, en écoutant. Ces gestes, les petites filles les reprendront à leur tour et voilà d'une génération à l'autre, le passage se fait tout naturellement. Ce travail artisanal, comme souvent, est effectué dans l'univers familial, il fait partie des nombreuses activités quotidiennes dévolues aux femmes, comme préparer les repas ou s'occuper des animaux.
Pour qui connait la Corderie Royale de Rochefort, où tout est symbole, installations, machines, architecture, la comparaison est impossible, cependant le produit final demeure une corde.
La différence entre les deux c'est l'importance de la production. Ici tout est important, de la cuisson du pain, au tissage de la soie, en passant par la production de cordage. Il y a dans ce produit sans prestige, une humanité. Les villageois produisent sur place l'indispensable à leur vie quotidienne, mais quant ils achètent une corde, ils peuvent mettre un nom sur la personne qui la fabrique et c'est ainsi pour les poteries qui servent à conserver les aliments ou les espadrilles.
| N°1 du sisal à la corde |
| N°4 La petite fille de la "patronne" connait depuis longtemps les bons gestes |
| N°2 ces gestes qui font partie de la vie ordinaire de ce village indien, deviennent une attraction pour une parisienne en quête de nouveauté |
| la relève est assurée par la quatrième génération |
Le succès des salons "faites le vous-même" ou encore "de fil en aiguilles" est signifiant. Les amateurs de travaux d'aiguilles sont de plus en plus nombreux, les cours de coutures sont pris d'assaut et les listes d'attente s'allongent, les brodeuses ne se cachent plus. Ce retour en grâce des métiers manuels ; ce sont des phénomènes qui pourraient être à l'origine du renouveau de l'artisanat délaissé depuis les années 70 et les colliers de fleurs en papier, les pulls tricotés de toutes les couleurs, que les babas cool ont tant aimés.
DU PRODUCTEUR AU CONSOMMATEUR



