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mardi 6 septembre 2016

DE L'AIR!


Quoi de plus naturel que l'air, quoi de plus abstrait que l'air , quoi de plus léger que l'air, quoi de plus transparent que l'air, quoi de plus invisible que l'air et quoi de plus essentiel que l'air?
Nous sommes capable de détecter avec nos sens toute ces subtilités que véhicule l'air. En effet l'air change au gré des saisons, tout comme notre garde robe.  N'avez vous jamais constaté que hors des villes, l'air d'automne   sent   la mousse, les champignons,  il nous met en appétit, l'air d'hiver est vif, frais, cinglant  il rougit nos joues et gêle nos mains, l'air du printemps délicieusement réchauffé par les doux rayons du soleil caresse délicieusement notre peau, et puis l'air de l'été, mine ne rien, l'air de ne pas y toucher disperse à tous vents les fragrances des fleurs qui égaient nos villes nos balcons nos ronds points, nos campagnes.... Toutes les saisons ont des couleurs et des odeurs, notre vestiaire aussi.
 Cependant bien que l'homme empoisonne  tous les jours un peu plus ce cadeau de la nature, et il  n'a de cesse  de le conserver intact, inodore, insipide, impalpable, comme au premier jour de la création.
Mais comme le pire n'est jamais certain moi je sais qu'il existe encore des lieux d'une pureté primaire
Moi j'en ai découvert deux 
Le premier endroit ce fut au Pérou. Sur les bords du lac Titicaca situé à 3600 m d'altitude, j'ai eu l'impression  que le ciel était à portée de main, rien entre les étoiles et le bout de mes doigts sinon un espace vide et incroyablement transparent. Un air limpide oui limpide. C'est l'œil qui perçoit cette pureté.
Le second ce fut en Afrique du sud sur la pointe extrême sud, à l'extrémité du continent africain, à portée de vue du" cap de bonne espérance” après plus rien que l'eau, l'eau et les glaciers très loin encore, le pole sud. A cet endroit précis j'ai senti l'air, l'air pur, l'air qu'aucun autre humain n'avait respiré, l'air qu'aucun humain n'avait pollué il venait directement des glaciers du sud. Je l'ai senti non pas ressenti. J'en ai rempli mes poumons à en éclater, j'ai inspiré comme jamais, à vouloir prendre des réserves pour l'année.... Une odeur de frais, de délicieusement naturel, avec un soupçon de je ne sais quoi de particulier, difficile à cerner, et encore plus difficile à décrire, peut être quelque chose qui dépasse la dimension humaine, l'espace infini.

Et les tissus dans tout cela me direz vous? Eh bien j'y viens. En les côtoyant quotidiennement, j'ai constaté qu'il existait des correspondances entre les étoffes et les forces naturelles qui nous entourent, ces quatre éléments essentiels sans lesquels la terre ne serait pas notre planète bleue : l'air, le feu , la terre , l'eau.
Ce sont les philosophes grecs qui sont partis d'une hypothèse selon laquelle tous les matériaux constituant le monde seraient composés de ces quatre éléments donc les étoffes seraient aussi concernées Aujourd'hui je vous propose d'associer les tissus et l'air.
 L'air c'est  l'espace,  l'infini,  la pureté. Quels sont les tissus qui correspondent à ces idées? A priori des étoffes invisibles, claires, légères, immatérielles. Mais des tissus  à postériori très présents et utiles. Comme l'air que nous respirons ces étoffes ont un rôle à jouer dans notre quotidien. Elles  habillent, protègent,  préservent, décorent, embellissent, séduisent, parent, magnifient leur environnement immédiat. Des tissus aériens, transparents, légers, frissonnants, immatériels, les voilà qui bougent au gré du vent, les voici qui font le dos rond lorsqu'ils se remplissent d'air... De l'air de l'air de l'air!!!

La plus simple des étoffes est la toile. Une toile de coton fine et opaque voir transparente : c'est le voile.  Zénana, zéphyr, linon,  baptiste, quelque soit le nom qu'on lui donne le voile frissonne au moindre souffle d'air, il habille nos fenêtres, nous protège des rayons ardant du soleil. C'est lui qui masque le visage de la jeune mariée, c'est celui qui cache les larmes des veuves. Le voile c'est un écran imperceptible, le voile vole, masque, cache, suggère. Il aime l'air, il est proche de la nature, il incite au silence, il à la légèreté de l'insouciance, il est comme l'air, libre de ses mouvements, de sa gestuelle, il est authentique dans les matières naturelles, il est technique lorsqu'il est en fibre synthétiques.
Un autre tissu aérien sans doute plus  précieux que le précédent : c'est la mousseline de soie. Tissage ambigu, lourd et léger. La mousseline tient dans le creux de la main, elle est docile et ne cherche pas à s'échapper, utile lorsqu'elle réchauffe le cou avec élégance, sensuelle lorsqu'elle se fait sous vêtement, pudique lorsqu'elle habille un décolleté, un rien coquine quand elle se transforme en déshabillé. Impalpable cette soie est une acrobate de tout premier ordre, elle tournoie dans les airs avant de retomber dans le silence absolu sur la terre ferme,  même pas mal, toujours impeccable.

Un petit troisième pour le plaisir?  La toile de spi ou encore nommée toile de parachute. Ce tissu est magnifié dès qu'il ne touche plus terre, il prend ses aises, il s'enfle, gonfle  mais n'éclate jamais.  Autrefois une soie imperméable qui ne laissant pas passer l'air permettait aux parachutistes de freiner leur chute, voir de planer dans les airs. Aujourd'hui remplacée par le polyamide (Nylon) ce tissu permet de fabriquer de magnifiques cerfs volants et de solides voiles de bateaux.

Et pour finir je ne résiste pas  à la gourmandise de vous présenter le prince des tissus : le gazar
Matière rare dans le prêt à porter, utilisée avec parcimonie dans la haute couture, difficile à travailler car il n'accepte pas le repentir. Le gazar prend du volume, il emprisonne l'air dans ses plis. Il bouge avec brutalité, et s'étale comme une nappe de brouillard, sans bruit, dans un souffle fantomatique. Le gazar est, indomptable, incontrôlable sur terre, mais il se révèle être un merveilleux en apesanteur  il lui faut de l'espace pour exprimer sa beauté. Impossible de le contenir, il explose  comme un pantin dès que l'on ouvre la boite...Il s'exprime totalement lorsqu'il est travaillé comme une sculpture c'est pourquoi l'artisan qui s'en empare doit avoir les codes pour le maîtriser et ensuite le travail terminé, c'est un chef d'œuvre que l'on découvre.


Ces rencontres textiles n'ont d'autre but que de vous faire découvrir combien cet univers que est passionnant.

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